LOTHAIRE VEUT EVINCER SON FRERE CHARLES
situation n'empirât pas, et que le jeune Lothaii'e régnât sur la totalité des territoires cisalpins que son père avait possédés. L'intérêt des grands de la Francia et celui de leur souverain s'accordaient ainsi pour repousser tout morcellement nouveau. Ce qui vient à l'appui de notre hypothèse, c'est le témoignage de Prudence, qui, en nous racontant l'entrevue d'Orbe, dit formellement que le jeune Lothaire voulait faire tonsurer son frère Charles '. Et les grands, qui d'après le même annaliste arrachèrent le petit prince des mains de Lothaire, sont évidemment ceux de la Provence, qui s'étaient rendus à Orbe pour défendre les droits de Charles et leurs intérêts propres. Si les optimates de la Francia allaient à Francfort, c'était pour obtenir de Louis le Germanique qu'il approuvât la dérogation faite aux dernières volontés de l'empereur défunt, et promît en même temps son appui contre les revendications éventuelles de Louis IL
A quelle date eut lieu la visite faite au roi de Germanie par son neveu ? Les Annales Fuldenses la placent à la fin des événements de l'année 855 2, Nous savons que Louis était à Francfort, où se passa l'entrevue, le 20 octobre 855 au plus tard, et qu'il ne quitta pas cette ville avant le i8 mai de l'année suivante 3. D'autre part nous trouvons Lothaire à Aix-la-Chapelle le 26 octobre et le 9 novembre 855, puis les 11 et i3 février 856 4. S'il a pu faire le voyage de Francfort entre le 9 novembre et le II février, il est plus naturel d'admettre qu'il ait passé l'hiver dans sa capitale et ne soit venu s'y installer qu'en revenant de Francfort. Avant de relater cette visite du jeune Lothaire à son oncle, les Annales Fuldenses mentionnent une pluie d'étoiles filantes arrivée la nuit du 17 octobre. Ce serait donc entre le 17 et le 26 octobre que Lothaire et ses grands se seraient rendus auprès du roi des Francs orientaux 5.
Pourquoi ce dernier et non son frère ? Peut-être parce qu'étant le plus fort des deux, il paraissait le plus à redouter ; une fois le consentement de Louis donné, Charles n'oserait pas s'opposer à ce que Lothaire étendît son autorité sur le Lyonnais et la Provence. On peut se demander enfin quel intérêt déterminait Louis le Germanique à sanctionner les projets ambitieux du jeune souverain ^. Nous ignorons de quel prix ce dernier a payé l'appui qu'il demandait à son oncle : peut-être s'engageait-il à exi-
traité de Verdun eut donné à l'empereur cette dernière contrée, il n'en fut pas moins obligé, pour indemniser ceux de ses fidèles qui avaient perdu les bénéfices qu'ils possédaient dans les pays adjugés à Louis ou à Charles, de leur donner des biens appartenant aux églises ou aux abbayes, le domaine royal ne fournissant pas de quoi les satisfaire (B. M. i25o).