Ibid., t. I, p
Poui'AHUis. Royaume de Provence. 1
2 PAUTAf-E DES ÉTATS DE LOTIIAIRE I" [855]
l'existence. Désormais la longue bande de territoires que Lothaire avait gouvernée est fragmentée en trois sections recueillies par un roi de Lorraine, par un roi de Provence, et, selon l'expression légèrement dédaigneuse d'PIincmar, par un empereur d'Italie, ou plus simplement par un <( roi des Italiens » comme l'avait écrit Prudence quelques années auparavant »\ Ce dernier va s'absorber dans les affaires de la péninsule, sans pouvoir émettre la prétention de jouer, entre ses oncles, le rôle de médiateur. Quant aux deux « tronçons )) situés au nord des Alpes, ils vont, à partir de cette date, vivre d'une vie propre et indépendante.
Celui du Nord, outre la Francie proprement dite", comprend une portion méridionale, correspondant à l'ancien pays des Burgondes, c'est-à-dire à notre Franche-Comté et à une partie de la Suisse actuelle, qui, après avoir passé entre les mains d'un assez grand nombre de maîtres, se détachera de la Francie pour devenir le royaume de Bourgogne jurane. Au contraire les territoires laissés par Lothaire I à son plus jeune fils, bien que parfois politiquement séparés pour un temps les uns des autres par le hasard des partages et des successions, ne se fractionneront plus en deux royaumes distincts. A partir du règne de Charles il y a entre le Rhône, les Alpes et la Méditerranée un État, on pourrait presque dire une nation si le mot n'était trop moderne, dont l'histoire pendant le temps de son indépendance forme l'objet du présent travail.
Le nom de Provence'^ par lequel la plupart des annalistes et beaucoup d'historiens modernes désignent l'ensemble des régions dont l'empereur Lothaire avait formé la part de territoires par lui laissée à son plus jeune fils étant assez vague, il est nécessaire avant tout de chercher à fixer avec un peu plus de précision, ou au moins avec une approximation plus grande, les limites et l'étendue du nouveau royaume.
Los textes narratifs, parlant du partage fait en 855 par l'empereur mourant, sont très sobres de détails. Selon les Annales do Saint-lîertin, Charles aurait reçu la Provence et le
1. .1. DoiZK, Les fils lie Loids Ir Pieux et l'uitité île i Empire, dans le Moyen âf/e, 1H98, p. 262.
2. Sur rétendue de la /'rtincir au r\'' siècle, cf. Loncxon, Alltis hislorif/iie, texte, p. 'i8. I.e sens du mot est ici restreint à la iM'ancie orientale, à l'Austrasie.
:{. Sur ce nom, cl', i/i/'ra. Appemlirr I.
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duché de Lyon ^ ; selon la Chronique d'Adon de Vienne, il aurait eu dans son lot la Provence et une partie do la Bourgogne". Ce dernier auteur ajoute plus loin un détail prouvant ({ue, selon lui du moins, le royaume de Charles comprenait une partie de la Bourgogne transjurane"*. C'est le sens de ces deuK textes qu'il faut tenter d'éclaircir et de préciser autant que possible.
Le mot Provincia'*, comme l'on sait, ne désigne plus tout à fait alors la totalité de l'ancienne Province Romaine ; mais après avoir tendu à se restreindre au pays au sud de la Durance, il a repris une partie de son extension et désigne le pays entre les Alpes et le Rhône^ . Cependant il a encore un sens plus restreint et dans lequel, semble-t-il, l'emploie Adon de Vienne, la ]*rovincia est essentiellement le pays d'Arles ^ la région qui a alors à sa tète le comte Fulcrad. Celui-ci, révolté en 845^ mais bientôt rentré en gràce^ paraît avoir joui en effet d'une autorité particulière, tout au moins d'une sorte
1. Ann. Berlin., a. 856, p. 47: « Karlo tamen... Provinciam et ducatum « Lugdunensem juxta paternam dispositionem... » Au contraire, sous l'année 855, ces mêmes annales ne mentionnent que la Provence. Cf. p. 1, note 3. Il en est de même de certains autres chroniqueurs, comme André de Bergame (Hist., c. 7, Script, fh-r. Lang.. p. 226) et Erciiem- PERT (Ilist. Lang.. c. 19; ibid., p. 241).
2. Adon, Clironique, Mon. Germ. SS., t. II, p. 322. « Lotharius impe- « rator infirmari se conspiciens regnum inter filios dividit. Carolo mi- « nori Provinciam et partem Burgundiae, ... consignari jubet. »
3. Adon, (Chronique, ibid., p. 323, dit en parlant de l'empereur Louis recueillant l'héritage de son jeune frère : « Accepit autem partem « transjurensis Burgundiae simul et Provinciam. »