‹ Le royaume de Provence sous les Carolingiens (855-933?)Chapitre 131 sur 482 · Favre, Eudes, p. '.)o · texte numérisé non relu

Favre, Eudes, p. '.)o

4. Sur ces théories, cf. FAvrui, Inc. cil.. s(|<i., et M. Pitou, préface au De ordine Palatii d'IliNCMAit. p. x.wiii ^<['\.

102 CARACTÈRK HE LA ROVAUÏK DE lîOSON

considérait comme légitimes. L'on ne peut guère faire à ce sujet que des conjectures. Sans doute les deux petits bâtards que Hugues l'Abbé venait de faire couronner à Ferrières * ne leur paraissaient pas des protecteurs suffisants et tout en refusant de se soumettre à Louis de Saxe, auquel k^ traité do 879 avait cédé une partie d'entre eux, peut-être ne reconnaissaientils point à Louis III et à Carloman la qualité de rois.

Pour les rédacteurs des Actes en effet, le roi, c'est-à-dire Louis le Bègue, est mort et n'a point encore eu de successeur". Le procès-verbal d'élection débute par l'exposé de la triste situation de l'Eglise et du peuple, privés de l'appui et de l'assistance d'un homme qui puisse à la fois les diriger et les protéger '\ tant pour faire régner dans le royaume l'ordre et les bonnes mœurs, que pour le défendre contre les païens et contre les mauvais chrétiens. Aux païens, c'est-à-dire aux pirates normands et sarrasins, il n'est fait qu'une imperceptible allusion \ Quant aux mauvais chrétiens, ce sont ceux sans doute, comme d:ins nombre de diplômes ^ qui ne respectent pas les commandements de l'Eglise et surtout envahissent ses biens; mais il faut y voir incontestablement aussi les fau-

1. RÉGiNON, Chron., a. 879, p. 114, dit expressément, en parlant de Boson : « pro nihilo ducens adulescentes tilios Ludowici et velut « dégénères despiciens eo quod.. eorum genitrix spreta atque repu- « diata fuerat. »

2. Ce ne peut être que Louis le Bègue, en effet, dont il s"agit, et dont les évèques reconnaissent la légitimité. Ils parlent de ses relations avec Boson comme d"un titre en faveur de ce dernier, tandis qu'il n'y a pas un mot du rôle de celui-ci sous le règne de Louis 111 et de ('arloman. Nous savons cependant par Hincmar ([u'il continua quchpie temps à diriger les affaires, notaumient au moment de l'invasion germanique. Cela s'accorde, du reste, avec les diplômes de Boson, (pii se montre respectueux de la mémoire de Charles le Chauve et de Louis le Bègue, mais ne parle pas des fils de celui-ci (///.s7. dr l'r., t. IX, p. 671).

— 11. Martin, llixl. de France, 4" éd.. t. 11, p. 473, reconnait aussi ([ue c'est i)our remplacer Louis le I5ègueque Boson fut élu à Mantaille.

;J. On trouve des considérations de même nature et le même recours à l'inspiration divine dans le préambule de l'acte de couronnement de Charles le Chauve à Metz en 860. Ami. Berlin., j). 102. Cf. aussi Elerlio Widonis, dans Buuin'ius-KKAL'SE, t 11, p. 104.

4. L'expression « visibiles inimicos eiiam ex his quos i})sa Cliristi l)eperit sancta mater ecclesia » sous-entend pour ainsi dire les païens.

— Ils ne sont cependant pas la pi'incipale in'iuiétude du synode comme à Valence en 890.

5. L'expression est de slyle. Cf. par exemple un diplôme du comte Hugues. (///.s7. de Fr.. t. I.\. p. 689) ou un diplôm(> de Charles le Cros l)oui' SaiutMarlin d'.Vutuu (l!(ii:iiMinî-Mrt;in.it\<"iihi!, iv 1659).

CARACTERI-: HK I.A lliiNAin': lii; ItnSdN 103

(eurs (1(^ guerres civiles et ceux, qui, (•(jiniuc Théudoric et Hugues l'Abbé, ne se sont pas, dans les {Icrui^res luttes, rangés du coté du nouvel élu de Dieu, Roson.

C'est de Dieu, enefîet, tout comme un prince carolingien, roi par la grâce de Dieu, c'est-à dire la miséricorde divine, que le nouveau souverain tiendra son pouvoir. Il y a bien eu réunion des grands et élection, mais cette élection procède, en théorie, de l'inspiration divine ' ; elle n'est aux yeux des prélats « qu'un moyen choisi par Dieu pour manifester sa volonté" ». Cependant, contrairement aux habitudes '', les évéques croient devoir (MitrcM- dans quelques détails, sinon pour justifier leur choix, (lu moins pour recomnuinder celui (pii en a été l'objet au peuple qui va se trouver soumis ;ï son autorit('. Les titres de Ijosou, ce sont les services qu'il a rendus et la faveur dont il a joui au temps de l'empereur Charles et du roi Louis, son fils; c'est aussi la confiance qu'a mise en lui \^' pontife de Rome, r « Apostoile » Jean YIII, (pii a fait l'éloge de son dévouement et l'a choisi pour son fils adoptif et pour son défenseur lors de son retour en Italie. Il semble même qu'il y ait eu là de la part des prélats du concile, non seulement le désir de faire l'éloge de Boson, mais encore un ingénieux moyen de compromettre habilement Jean VIII \ en le faisant passer, aux yeux du public, pour un fauteur de l'audacieuse entreprise.

En somme, s'il y a deux conditions qui font, avec le sacre, un souverain légitime, la naissance et l'élection', celle-ci représentant la volonté de Dieu, Boson satisfait à l'une d'entre elles, car il est l'élu des nobles et des évéques. Il remplace la naissance**, à laquelle au ix" siècle le clergé semble n'avoir

1. « Deum... exoraverunt... ut rectum daret consilium et evidens « consilii promeret indicium. I)eiiif|uo cui patet oinne cor et omnis « Yoluntas loquitur fatigatos majonnu et miiinnim inspiciens aiiinios, « quoddam clarescere fccit solatiuin et quodaminodo praesentavit suf- « fi-agiuni. Sane omnibus uniun sapientibus et per divinam visitationem « idcin indivisibiliter ambientibti.s, cordi fuit exliibitus homo... »

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