‹ Le royaume de Provence sous les Carolingiens (855-933?)Chapitre 135 sur 482 · L'expression est dans la Lrf/dtio ad Boso)icm · texte numérisé non relu

L'expression est dans la Lrf/dtio ad Boso)icm

7. (c Omnibus... mainbui'gium auxiliante Deo consorvabo et iuipen- « dere curabo. »

8. Louis le Bègue à Compiègne, en 877, ne ])vomv\ jnslitimn cl rcclu)n que iniicni'/u.c c/iisc<ij)o ri à son église. Cl'. Favki:, iùulcs, p. l*'i,

CAUACTKIIE DK I.A llOYAlTl'; I»l': lloSflN lO.',

p7'0?7iissiones roysdes des couronnements carolingiens, oii VvUiment laïque n'est en génc'ral mentionné qu'à peine et souvent même ne l'est pas du tout'. Quant aux vertus qu'il s'engage à mettre en pratique, ce sont celles qui conviennent à tout chrétien : il se montrera fils respectueux de l'Eglise, humble vis-à-vis d'elle, écoutera ses sages conseils, et, si l'humaine fragilité le fait tomber dans le péché, il s'efforcera de se corriger selon les avis des prélats. Mais si quoiqu'un cependant, parmi ceux qui sont assemblés à Mantaille, — sans que le texte distingue enirc hiïques et ecclésiastiques, — se .rend coupable vis-à-vis du l'oi, celui-ci attendra Ymiendatio du coupable, avec la patience et la douceur qui conviennent à un roi chrétien, mais ne l'en attendra pas moins. C'est ainsi que le souverain et son peuple pourront, confiants l'un dans l'autre, marcher d'accord dans la bonne voie.

Tels sont, dans leurs traits principaux, les Actes du concile de Mantaille. On voit que s'ils fournissent des renseignements assez abondants sur les vertus que les grands et les évèques désiraient trouver dans leur futur souverain, ils sont moins précis en ce qui concerne le côté pour ainsi dire matériel de la roj-auté qui vient de se fonder. Pas une ligne n'est relative à l'étendue, tout au moins théorique, du nouveau royaume, ou à ce que l'on appellerait aujourd'hui ses précédents historiques. On ne cherche à se rattacher à aucun souvenir ; il n'est fait nulle allusion au roj-aume de Provence qui, sous Charles le Jeune, avait existé dix-sept ans auparavant, ni même à une étendue territoriale déterminée'. Tout cela est laissé dans le

Charles le Chauve à Metz ne parle pas expressément des laïques, mais promet de « leges tam ecclesiasticas quam mxndanax conservare. » — Le c. 5 de V Ëlcvlio W'idonis (Uoretius-Khalse, t. II, p. 105) rentre dans la catégorie des capitulaires plutôt que dans celle des jinnitissioncs royales.

1. Le rer/num de Roson, la « Gaule cisalpine », sont, au contraire, rappelés en 890 dans les actes du concile de \'alence.

2. On peut ra})procher ce que nous disons ici de la manièi-e dont certains clironitjueurs ont envisagé les choses : « Tune de regno Fran- « ciae varie sentientibus... aliis liosoni adsentientibus » dit Sigeueiît me Gemuloux, Chronique, Mou. Genn., SS., t. VI, p- ^4- : Cliroit. Turonense. I/ist. de Fr., t. IX. p. 'i6. iNous ne prétendons pas évideniinont qu'en fait Boson ait pu jamais songer sérieusement à se faire reconnaître comme roi de la Francie occidentale. Ce que nous voulons bien faire sentir, c'est (pie d'a])r(''s la rédaction des actes de Mantaille. les prétentions de IJoson s'étendaient beaucoup plus loin que les frontières du pays qu'd gouvernail.

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vague, à dessein sans doute. On donne ainsi au plus grand nombre possible de comtes et d'évêques, à tous les mécontents auxquels ne convient pas la jeune roj-auté de Louis III et de Carloman, la faculté de reconnaître Boson. En d'autres termes, on ne cherche pas à rétablir la situation qui avait existé au temps de Charles de Provence; il n'y a pas, dans le document que nous venons d'analyser, l'expression d'un « mouvement séparatiste » de la Gaule cisalpine'. Ce n'est pas à Charles le Jeune, c'est à Louis le Bègue que succède Boson, et reconnaît qui veut le nouveau souverain. Celui-ci va chercher à étendre le plus possible son pouvoir du coté de la Bourgogne septentrionale, même en des régions sur lesquelles le fils de Lothaire, et plus tard Boson, fonctionnaire de Charles le Chauve, n'avaient jamais étendu leur autorité'.

Ce n'est pas à dire cependant qu'en fait il ait pu n'y avoir aucun lien entre le royaume attribué, en 855, au troisième fils de l'empereur Lothaire et celui qui se constituait, en S79, à Mantaille. Le lien n'est peut-être pas très étroit, et surtout il ne paraît pas avoir existé dans la pensée des contemporains. Mais néanmoins, il semble bien (ju'il faille en reconnaître la réalité.

Il ne s'est pas formé entre les Alpes et le Rhône une nation, parce que ni le mot ni la chose n'existent au ix' siècle. Cependant, à partir de 855, les trois provinces ecclésiastiques d'Aix, d'Arles et de Vienne se sont en quelque sorte accoutumées à se voir réunies sous une même souveraineté. Elles ont formé un ou deux groupes de territoires, qui, à maintes reprises, ont changé de maître, qui ont été annexés aux états voisins, mais qui n'ont pas pour cela perdu une certaine individualité. Celle-ci se manifeste par ce fait que dans les partages le ducatus Lugdiincnsis d'une part, la Provence d'autre part, ne subissent point de nouvelle division. La Provence d'ailleurs pouvait à peine être considérée comme ayant jamais,

1. .1 forliari ne doit-on pas attacher (riniportancc à ce fait que Boson est désigné en un passage du texte, par le vieux titre de « patricius », porté jadis par les rois burgondes, ainsi que le fait .I.vhn (Geschichtc dfr liurijondioiifu, t. II, ]). 'i78). Il est difficile de voir là une « Ueminiscenz ans der Zeit Altbiirgundiens », Burgondie ([ui devait être alors tomI)ée dans l'oubli le plus profond.

2. Le Maçonnais, le (31ialonnais, et les pniji dépendant de la })rovince ecclésiastique de Besancon.

CAlîACTKUr. Iii; I.A UD^AriK lir. I!(»S(»N 107

depuis la date du traité de Verdun, c'est-à-dire depuis (rentesix ans, fait partie du royaume de Francic occidentale dont elle se séparait en 87!)'. C'est en effet en 875 seulement que Charles le Chauve avait étendu sur elle son autorité et encore, depuis cette époque, la Provence s'est-elle trouvée placée dans une situation spéciale, conservant ses relations avec fltaliedu nord avec laquelle elle était unie sous le gouvernement de lîosun. Pour Vienne et pour Lyon, la situation, sans être tout à fait la même, est cependant assez analogue puisque l'incorporatimi du dncdlus LiN/duticnsis aux états de Charles le Chauve no datait que de 869, et que, là encore, c'est à Boson, semble-t-il, ([n'était échu le pouvoir le plus considérable dans le pays annexé. En somme, pour les gens du Lyonnais et du Viennois, Boson tenait la place de leur ancicMi chef, le duc Girard: pour les Provençaux d'Arles et d'Aix il représentait le gendre et presque le successeur du souverain qui avait régné paisiblement sur eux pendant douze années'.

()utre ces considérations pour ainsi dire personnelles à Boson, il est nécessaire de faire une remarque d'une portée plus générale. En cette fin du ix° siècle, où commencent à se former les États de l'Europe occidentale, il n'y a pas encore d'esprit patriotique, mais il y a déjà, à un certain degré, un esprit particulariste. 11 n'y a encore ni France ni Allemagne, mais il commence à y avoir une Lorraine, une Neustrie, une Aquitaine^ — et aussi une Provence. La question de race ne paraît pas jouer un rôle bien considérable dans la formation de ces unités : les comtes aquitains, par exemple, incessamment unis dans une commune révolte contre l'autorité de Charles le Chauve, sont, tout comme les comtes de la Francie, les fils ou les petits-fils des leudes austrasiens de Pépin le Bref et de Charlemagne. En Provence Girard appartenait à une famille alsacienne, Boson à une famille lorraine; il est bien vraisemblable qu'il en était de même de la plupart des comtes dont les origines nous sont demeurées inconnues. Mais, bien (ju'aucun texte ne le dise expressément, il est dans la naluro des choses que très vite, après une ou deux généra-

1. Cette considération a dcjù <Mé présentée par M. Mleiilhaciii;!!, JJcutsi-he Gcsr/i. nntcr den Karoli)igern. p. 589.

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