LA FAMILLE DE LOUIS L'AVEUGLE
Plus connu est un autre fils do Louis l'Aveugle, le conile Charles-Constantin, doiiljU^ nom que ce personnag'o portait déjà au x" siècle'. Il parait pnur la [)remièrc fois comme (i/jihftsciator dans un diplôme du ;> juin 923". Cela sembl(M'ait indiquer qu'à cette date il était déjà sorti de Tenfance ; l'on pourrait donc placer sa naissance dans les premières années du x" siècle *. Mais Richer ajoute que Charles était bâtard*. Tous les historiens sont d'accord pour rejeter le fait sans contrôle. Ce renseignement ne se trouve pas, il est vrai, dans Flodoard; mais Richer ajoute parfois au texte de son prédécesseur des détails qu'il tient de son propre père, Raoul, chef de bande au service de Louis d'Outremer, et qui accompagnait peut-être celui-ci dans l'expédition d'Aquitaine au cours de laquelle le roi reçut à Màcon la visite et le serment d'hommage du comte de Vienne'.
Reste donc à savoir si l'hypothèse de l'illégitimité de Charles-Constantin s'accorde mieux ou moins bien avec les faits que celle de sa légitimité.
a. Nous n'avons sur les mœurs de l'empereur qu'un seul témoignage, suspect à la vérité comme émanant d'un ennemi.
(f927). Nous considérons cette hypothèse comme tout à fait inadmi.'^sible (cf. iiifra. Appendice iv, p. 314-319). Nous ne savons s'il faut étabhr un lien entre l'origine bourguignonne d'Adélaïde et le fait de l'intervention de Rodolphe II dans les affaires de Provence après la mort de Louis l'Aveugle, ou l'hostilité de Hugues d'Arles, qui avait en Italie à lutter contre liodolphe 11, vis-à-vis des fils du souverain défunt. Ces événements sont si mal connus qu'il serait certainement imprudent de chercher à en tirer argument.
1. Flodoaru, Annales, a. 931 ; Mon. Genn., SS., t. 1(1, p. 379: « Karlo Constantino Ludovic! orbi filio » ; — a. 9'il, p. 388: « Ludovicus rex a Karlo Constantino in Viennarecipitur )> ;— a. 951,p. 'lOO: « KarolusConstantinus, Viennae princeps. . . » Richer, Ilistor., 1. H, c. 98: « Karolus Constantinus Viennae civitatis princeps. » — Richer sur ce point ne se borne pas à reproduire le texte de Flodoard, auquel il ajoute deux indications relatives, l'une à l'âge de Charles-Constantin, l'autre à l'illégitimité de sa naissance.
2. A la requête de « dilectissimus (ilius nostri (sir sur l'original) Karolus », Louis donne à son fidèle Bon trois serfs en pleine propriété (Charles de Cliinij, n" 242).
3. Ce qui concorderait justju'à un certain point avec l'indication de Richer qu'il était « grandaevus » en 951, bien qu'il y ait quelque exagération à appliquer cette épithète à un homme (jui ne devait pas avoir atteint cinquante ans.
4. RiciiEit, Jlist., 1. II, c. 98. « Concubinali stemniute us(iue ad tritavum sordebat. »
ô. 11 se trouvait dans l'armée de Louis W en U'iS et 9.".i;.
PouPAHDiN. Royaume de Provence. 1 1
2 lu CIlAULKS- CONSTANTIN
c'est celui de l'auteur des Gcsta Berenyarii^ qui ne trouve que ce seul reproche à adresser à Louis :
cui moribus auctor Tempnendus Ludovicus erat, sed stirpe legendus.
b. Charles-Constantin étant bâtard, on s'explique que son exclusion du trône ait fait assez peu de difficultés. Floduard, en effet, non seulement ne mentionne de sa part aucune tentative pour ressaisir la couronne, mais ne parait pas même considérer comme anormal qn'il ne l'ait point portée à la mort de son père.
c. Dans des cas très nombreux de double nom qui, à la vérité, appartiennent pour la plupart au xi" siècle, il y a un « nom de naissance » et un « nom de baptême » : « Quand l'enfant reçoit « un surnom de baptême, ce nom qui au point de vue religieux, « consacre une renaissance, remplace rapidement le nom de « naissance. Tandis que le premier, du moins pour l'aîné, vient « de la ligne paternelle, le second vient de la ligne maternelle' » .
11 s'ensuit de là que des deux noms de Constantin-Charles, dont le second peut seul appartenir à sa famille paternelle, le premier doit être un nom de baptême et venir de la ligne maternelle''. Or, le nom de Constantin ne se trouve pas. dans la famille rodolphienne. Il se rencontre au contraire assez fréquemment en Viennois ''. En résumé, l'on peut dire que si la femme de Louis l'Aveugle n'était pas une rodolphienne on ne s'explique ni son nom, ni celui de son fils. Si Charles-Constantin n'était pas bâtard, on ne s'explique point son nom de naissance.
Il y a d'ailleurs à ce système une difficulté que nous reconnaissons. Conrad le Pacifique appelle le fils de Louis l'Aveugle son « cousin' n. Cela s'expliquerait fort bien si Charles avait été fils d'Adélaïde, tante de Conrad''. Au contraire, dans notre