DATE DE L'ÉTABLISSEMENT
tifîcalions naturelles du lieu n'auraient pu suffire à les protéger.
La date de cet établissement est très incertaine. S'il est exact, comme le dit Liutprand, que l'invasion ait commencé par le débarquement sur un point de la côte d'une poignée de musulmans, ce débarquement n'a pas par lui-même assez attiré l'attention des annalistes pour qu'ils aient du le mentionner à sa date'. S'il est vraisemblable que les premiers débarqués durent être vite suivis de nouveaux arrivants, la question se pose de fixer l'époque approximative de l'installation solide et durable des Sarrasins au Fraxinetinn et du commencement des ravages ({u'ils exercèrent dans les pays circonvoisins.
La date de 889, généralement admise ^ ne s'appuie que sur un passage des actes du concile de Valence où sont mentionnés « des Sarrasins qui ravagent la Provence et réduisent le pays à l'état de désert ». 11 est absolument impossible de démontrer que ces envahisseurs fussent alors établis dans les états de Louis, plus que ne l'étaient les bandes de Normands dont les mêmes actes rappellent les dévastations.
Cependant, nous savons que dans les dernières années du IX'' siècle les dévastations des Sarrasins s'étaient étendues assez avant dans l'intérieur des terres. Dès une époque antérieure à 89G, la cité d'Apt avait reçu la visite des païens, Sarrasins ou Normands et à cette date Louis de Provence faisait don à l'église de cette ville, pour la dédommager des pertes qu'elle avait alors subies, du lieu \\{ Monaster\olum\ 11
1. Ajoutons (|u'il faudrait que cette date fût antérieure à 882 ou ])0Stérieure à 917, car, seuls parmi les annalistes francs, llincniar et Flodoard parlent des incursions des Sarrasins en Provence.
2. Pagi, CvU. à Banmiun, a. 921, n. m, admet, en raison de l'oj)position établie par les actes entre la situation des pays ([ui ont un souverain et celle des états qui en sont privés, que l'établissement des Sarrasins au Frainet, eut lieu entre lajnort de Charles le Gros (888) et l'élection de Louis (890), c'est-à-dire en 889. Boi'CiiE, I/ist. dr Provence, t. I, p. 774, reprend cette opinion. Elle passe dans la plupart des ouvrages généraux (Reinmjd, Invasions des Sarrasiîis, p. 158. Di'EMMLER. Oslfr. /{l'ic/i, t. 111, p. 317, et en marge de son édition de Liutpraml, etc.). iXins les ouvrages destinés à renseignement, elle est donnée comme une date aussi sûre que celle de la mort de Gliarlemagne ou du couronnement de Charles le Chauve. Mn réalité, tout ce que nous pouvons dire avec (juelque certitude, c'est ([ue l'établissement est de la fin du w" siècle ou des premières années du \« siècle. Mais les Sarrasins du concile de Valence peuvcMit être une de ces bandes (pii occupaient fré(iueminent la (Camargue.
3. l!iii:iiMi:itMiii.iii.ii. n" ri.")0; I/isl. de A'y., t. IX, p. 670: « [llcclesial
l'RLlMIÈKKS I.NCIIISIONS loi
faut sans doute rapprocher de cette mention celle d'une charte de Rostaing, archevêque d'Arles, en faveur du monastère de Saint-Césairo des Aliscamps, d'après laquelle, à la date (h; 897, une partie des domaines de l'abbaye avaient été déjà désertée par leurs habitants'. Néanmoins, il est impossible de rattacher le débarquement, ou plutôt les débarquements successifs au Fraiinclntn, à ces incursions pour lesquelles nous possédons des numlions datées".
variis ca.sibus quam etiam nequam Christianonim aniiiiiilata. « — Nous n'avons pu ielentiticr ce lieu dit Monaslcviolum.
t. Publiée par M. Jacquemin, Heviie des Sociélra savantes, IV"^ série, t. \'II (I8(i8, !«■• semestre), p. 203 : « Oppressione tamen paganoruni « sevieute. ipsius loci unde Deo sacrate sustentabantur. déserte facte « sunt sicut et inulte alie ».
2. Aldi:i5\uu {Vila Saïu-li Maioli, 1. 1. c. 3 ; Acla Sand. lioll.. mai. II, p. 668) rattaclie aux invasions qui précédèrent la naissance de saint .Mayeul, la dévastation par les Sarrasins de Tile de Saint-Honorat de Lérins. Le récit a été admis, a;i moins quant au fond, par Sacwr, hic (lluniacenscr in ilirer... Wirkscunkcil. t. II, p. 339), qui a cru qu'Audebaud venait peut-être même de Lérins. Le fait même de la destruction de Lérins au W" siècle par les Sarrasins est possible. L'abbaye était florissante sous Charlemajine. Une lettre d'Alcuin (éd. Di'em.mleh, Mun. Genn.,\n-k. Epistolar,t. IV, p. 363, n° 2 19) est adressée aux moines de Lérins, et Bernier, frère de Wala, y passa une partie de son existence {ibid., p. 220, n" 364). Plus tard, elle fut enrichie par les libéralités d'un certain com1e Leibulf (Car/u/. de Lérins, n° cc.XLix), un des fidèles de Louis le Pieux (Sickel, Acta KaroL, I, 355 ; Bœhmeh- Mi'EiiLB., n» 769). Puis la série des chartes s'interrompt dans le cartulaire jusqu'à rannée 990 (Cartul. de Lérins, n" ccxxn). L'n acte de 1037, considéré comme authentique par les éditeurs de la Nouvelle Jlist. de Languedoc (t. II, p. n. n" 76), parle expressément des dévastations des Sarrasins, qui ain^aient saccagé le monastère à une date postérieure à 828. Mais si la charte de Leibulf de 828, rapportée dans l'acte de 1037, ne parait pas de nature à éveiller les soupçons, le récit détaillé de sa découverte à Tortose en Espagne est plus suspect. 11 est également question de la destruction du monastère par les Sarrasins dans plusieurs actes faux (.Jafi'É, n" 7352, cf. P. Meveiî, dans Romania, t. \ , p. 250). En outre, Audebaud rattache à ces faits le récit du martyre de saint Porcaire avec cinq cents moines ses compagnons, mis à mort par les païens. Ce massacre est, au contraire, attribué au vm^ siècle par un récit anonyme (.4 t7a .'><'/»r^ Z/o//., août, t. II, p. 737), d'apparence l)lus légendaire encore que le texte d'Audebaud. La Vie de saint Honorât en accuse les Vandales de Genseric (P. Meveii, La vie latine de snint Honorât et Raimond Feraut, dans Romania, t. VIII, p, 505), mais place le fait sous les successions de Cliarlemagne, ce qui n'a rien que de naturel dans un texte où ce dernier prince est présenté counne le contemporain de saint Honorât. \.e Gallia Christiana adopte (III, col. 193) Il date donnée par le Marli/rinni anonyme, tandis que l'abbé PiEitnviiVES (La fin de Lérins, i'aris, 1883, in-8) s'efforce de prouver qu'il n'y a eu qu'un seul Porcarius, contempoi'ain de saint Césaire d'Arles, et' mis à mortjjar les \'andales. M. Mcver considère la légende (loc.ril..