LES SARRASINS DANS LK PAYS D'AULES ET DE MARSEILLE
avait été chassé de son siège par la crainte qu'inspiraient les envahisseurs. Il fut alors obligé de chercher un refuge dans le nord de la Gaule, où il remplit à Reims les fonctions de métropolitain pendant la « minorité » do l'archevêque Hugues, un enfant de cinq ans, fils du célèbre comte Herbert de Vermandois '. Il faut sans doute rapprocher de ces incursions celles qui, vers la même époque, dévastèrent les biens appartenant à la mense canoniale de l'église de Marseille et forcèrent même les chanoines à abandonner leur résidence". Ils reçurent de Tarchevêque d'Arles, Manassès, comme compensation à ces maux et comme lieu de refuge l'abbaye de Saint-Gervais-de-Fos dans la Camargue ^ On peut en conclure qu'à l'époque de cette donation, c'est-à-dire en 923, les pays situés à l'ouest du diocèse de Marseille n'étaient point encore habituellement dévastés par les bandes sarrasines. Celles-ci, un peu plus tard, probablement dans le second quart du x" siècle^ paraissent être entrées à Marseille et y avoir détruit le célèbre monastère de Saint-Victor, que l'évêque Honorât devait plus tard relever de ses ruines'. A une date voisine de celle-ci elles infestaient tellement le pays d'Avignon, où se trouvaient les domaines de Foucher de Valen-
t. I, p. 706, et d'après lui par Reinaud, op. cit., p. 166, sur l'invasion des Sarrasins à Aix et les cruautés commises par eux dans cette ville sont empruntés au texte apocryphe connu sous le nom de légende de saint Badilon.
1. FLonoAUi), llisl. Hem. EccL. 1. IV, c. 22, Mon. Germ.. SS.. t. XIII, p. 579. Cf. Lh'I'ERT. Kiinig Rudolf, p. 65.
2. Charte de Manassé d'Arles du II) juin 923, darlid. de Sainl- \ irlor. n° 1.
3. Fos ou Foz, Bouches-du-Rliône, arr. Aix, cant. Istres, à l'ouest de l'étang de Berre.
4. En 923, ce sont seulement les « courses continuelles » des Sarrasins qui troublent la sécurité des chanoines. Les expressions dont se sertie rédacteur de l'acte ne permettent guère de ci'oire (jue la ville ait été dévastée au moment où il écrivait. D'autre part, l'évêciue do Marseille Honorât, qui rebâtit le monastère de Saint-Victor, est mentionné depuis rannée 948.
5. (iall. Christ., t. I, col. 6'i;!. Le fait de la destruction admis .sans liésitation ])ar les auteui-s du (idllia. et naturellement par RKiwn). Invasions des Sarr(/sins. p, 166. n'est cependant pas absolument à l'abri de toute contestation. 11 semble bien sup])o.sé par h; terme de rc/iedi/icare qu'emploie l'une des chartes du Carlnl. de Sninl-Virtor (n" 100), mais les auti'es termes de cette charte peuvent s'appliquer à la ruine au sens tiguré, à l'anéantissement des ressources du monastère ])ar suite de la dévastation de ses domaines, aussi bien qu'à une destruction ell'ective.