‹ Le royaume de Provence sous les Carolingiens (855-933?)Chapitre 44 sur 482 · Diplôme pour Saint-Denis, llist. de Fr., t. VIII. p · texte numérisé non relu

Diplôme pour Saint-Denis, llist. de Fr., t. VIII. p

2. Ann. liertiu., a. 861, p. 56. II y a peut-être allusion au rôle de médiateur entre Charles de Provence et ses oplimates pris par Charles le Chauve dans les mots « occasione indebitae jjotentiae » de la lettre de Lothaire et de Louis II au pa})e Nicolas I''' (BoiaiMER-MuEHLB., n° 1262). On ne peut avec certitude rattacher à ces événements, comme Ta fait M. Longnon, la 3^ lettre d'Hincmar au comte Girard (Flodoard, Ilistoria liem. Ecci, 1. III, c. 26) dans laquelle il est (juestion de deva.'ilalores qui se sont emparés des biens de l'église (le Reims situés en Provence. En etTet, 1" Schrœrs a montré que les lettres adressées par Ilincmar à un même personnage se suivent en général chronologii|uementdans les analyses de Flodoard, donc la lettre en question est vraisemblablement postérieure à la seconde lettre au même comte, laquelle se rattache plus certainement à l'expédition de 860; 2" elle est d'iuie époque où la paix est rétablie, au moins en api)arence, entre Charles le Chauve et Girard ; 3" il est (luestion des alï'airos privées de réglise de iJeinis, au détriment de laquelle des actes de brigandage ont été conunis. Si la cami)agne d'ailleurs avait été entreprise sous j)rétexte de faits de ce genre, il est à croire (pi'IIincmar, qui cherche plutôt en général à justifier la conduite de Charles, aurait mentionné cette circonstance dans ses Annales.

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lui-m<^me se dirigeait vers la Bourgogne, accompagné de la reine Ermentnide'. Le 14 septembre il était à Auxerre", et pénétra de là dans le Maçonnais où nous le trouvons le 1 1 octobre''. Mais les laits (jui se produisirent alors ne nous sont que très iuiparfaitenient connus. Les annales d'Hincmar sont peu explicites au sujet de l'expédition : « Les événements, disent-elles, furent peu à l'avantage de Charles, et celui-ci, après avoir dévasté le pays, revint à Ponthion*. » Ce sont là des expressions vagues, avec lesquelles les annalistes de Charles le ('hauve dissimulent souvent de terribles défaites essuyées par leur maître. Celui-ci, en effet, avait été forcé de reculer et de renoncer si bien à ses projets de conquêtes qu'il dut prétendre n'en avoir jamais eu. Du moins Hincmar écrivit-il en ce sens au comte Girard ^ à la suite de réclamations que lui avait adressées ce dernier. Il est possible aussi de former, d'après cette lettre, quelques hypothèses sur la manière dont les choses se sont passées*. Charles avait tenté de mettre la main sur les monastères fondés par Girard, c'est-à-dire ceux de Pothières" et de Vézelay. Il avait sans doute aussi ravagé les terres que le comte de Vienne continuait à posséder dans la partie de la Bourgogne qui dépendait du royaume franc de l'ouest. Charles, en effet, au

1. Ann. Berlin., p. 56. Il est question de la reine qui accompagne Charles dans le poème de (}iravl de Viaiie (éd. Tahbé, h'eims, 1850, in-8", p. 71-73), mais cette indication n'est peut-être pas assez caractéristique pour que l'on puisse voir là un souvenir de l'expédition dirigée en 861 par Cliarles le Ciiauve contre le royaume de Provence.

2. Diplôme confirmant aux moines de Saint-Germain d'.\uxerre une vigne sise à Valpaissant, daté d'Auxerre, 14 septemi^re 861. (///.s7. de Fr.,t VIII. p. 569).

3. Diplôme du 11 octobre, daté de Verziaco Castro, sans doute \'erzé, Saône-et-Loire, arrondissement et canton Màcon (Ql'anti.n, Cartul. de r Yonne, t. II, p. 75).

4. Ann. Berlin., p. 56: « Ubi, rébus parum prospère gestis et deprae- « dationibus plurimis jjopulo terrae ingestis, Pontigonem palatium « rediit. »

5. Seconde lettre d'Hincmar au comte Girard (Flodoari). I/isl. Item. Eccl., 1. III, c. 26).

6. II résulte du moins de la môme lettre que Girard avait porté contre Charles cette accusation.

7. Un dii)lômo du 4 décembre i)oui' ré,i,dise de Màcon est donné « apud Melnam castrum » (l/ist. de l'r.. t. \'1II, p. 570). Or, comme d'ai)rès les A7in. Bertiniani, Cliarles revint directement de Bourgogne à Ponthion. il s'agit bien évidemuient ici de lieaune, dans la ('ôte-d'i)r. et non de Heaune, dans le Loiret, comme le veut Due.mmler, Uslfr. lieirh., t. II, p. 21).

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témoignage des Annales de Saint-Bertin, qu'aucun autre texte narratif ou diplomatique ne vient contredire, ne pénétra qu'en Bourgogne. Il y demeura assez longtemps, au moins jusqu'au commencement de décembre'. Il y eut d'autre part, Hincmar est obligé de l'avouer, des voies de fait que nous croyons être des pillages exercés sur les vastes domaines de Girard'. Celuici menaça de s'emparer par représailles des terres connues sous le nom de patrimoine do saint Rémi, des biens que l'église de Reims possédait en Provence. Hincmar s'efforça de le détourner de ce procédé violent en affirmant les intentions pacifiques de son souverain vis-à-vis du royaume de « Gaule cisalpine'' » et en se déclarant surtout lui-même, avec plus ou moins de sincérité, étranger au coup de main qui venait néanmoins d'être tenté par Charles le Chauve '.

Ce qui est moins net, ce sont les motifs qui déterminèrent ce deriiier à revenir ainsi en arrière et les conjectures que l'on peut faire à ce sujet ne sont appuyées que par des textes assez légendaires et très postérieurs aux événements en question.

La tradition veut, comme l'on sait, que Charles ait livré sur

1. Lettre précitée d'IIincmar au comte (lirard. Après avoir, en efTet, soutenu que les premières réclamations de Girard (que nous pouvons supposer d'une époque à laquelle les intentions hostiles de Charles le Chauve ne s'étaient point encore clairement manifestées) étaient sans fondement, Hincmar est obligé d'ajouter: « Nunc autem certam et « causam habens et personam. » Il semble donc bien qu'il y ait eu des faits précis. — M. Parisot, op. cit., p. 190, rapporte, au contraire, toute la lettre au moment où le régent de Provence ne pouvait invoquer contre Charles aucun grief réel, mais seulement des bruits plus ou moins vagues.

2. Ce sont les « depraedationes » dont parlent les Annales de Saint- Bertin, ravages qui n'eurent pas lieu dans ce que l'on pourrait appeler le pays ennemi, c'est-à-dire, en l'espèce, le royaume de Charles de Provence, puisijue Charles le ('hauve n'y pénétra })as ; de simples pillages en pays ami n'auraient rien d'extraordinaire à cette époque; mais connue nous avons une lettre attestant des actes d'hostilité vis-àvis de Girard, il est plus naturel de rapprocher les deux textes.

3. Lettre })récitée : « Quod Karolus Franciae rex... Karoli Cisalpinae « Galliae régis regnum sibi vellet subripere, quod ipse donnius Uinc- « marus nequacpiam tieri asserit. »

4. C'est l'objet ])rincipal dans la lettre. Pour ([u'IIincmar désavouât ainsi les actes de Charles le Chauve, il fallait qu'il y eût des motifs sérieux, autres que le souci de la bonne réputation du roi, })ar lequel Sciii!(ii-;i{s (J/inhnar, p. 525) expli(iue la lettre. Nous savons qu'llincmar écrivit à ('harles le Chauve une lettre ndative au comte Girard (FlonoAun, I/ifit. Hem. EccL, 1. III, c. 18), mais nous ne savons si elle se raj)i)orte à ces faits connue le conjecture SciiU()i-;iis, op. cit., Heg., n^' 150.

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les bords de rArsen', au lieu dit Vauboton, une terrible bataille au comte Girard de Roussilloir, bataille qui resta indécise'', et la légende d'un combat en ce lieu est encore aujourd'hui vivante dans le pays'. Mais, il est assez difficile de déterminer l'époque à laquelle eut lieu la lutte qui donna naissance à la légende.

Un texte très postérieur au ix" siècle, la Chronique universelle d'Aubri de Trois-Funtaines^ rattache la guerre entre Girard et Charles le Chauve à l'expédition entreprise par ce dernier en 870 pour se mettre en possession des territoires que le traité deMeersen lui attribuait dans le partage des États de son neveu Lothaire 11, expédition qui se termina par la reddition de Vienne, faiblement défendue par la comtesse Berthe^ Mais le texte des Annales de Saint-Bertin rend peu admissible l'hypothèse d'uncombatlivréen cette année, surtout dans la Bourgogne \ Girard, retiré dans un château pendant que l'armée royale investissait Vienne, ne parut que pour effectuer la reddition de la place et « il n'y a aucun point de comparaison entre les guerres longues et acharnées que raconte la Chanson et la latte d'un instant qui s'établit en 870 entre Charles le Chauve et Girard pour finir peu brillamment par le second, parla capitulation de Vienne'^ ».

Mais il est une autre circonstance dans laquelle Girard et Charles, ou du moins leurs armées, ont pu se trouver en présence sur un champ de bataille, ne fût-ce que dans un simple engagement et cela précisément on Bourgogne. C'est lors de la tentative faite par Charles le Chauve en 861 au détriment de son neveu de Provence. Les Annales d'Hincmar no parlent

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