Kalckstein, loc. cil
392 GRANDES FAMILLES GOJITALES A L'ÉPOQUE CAUULl.SGIEiNNE
son d'Ivrée, roi d"Italie, se trouve descendre à la fois de la famille de Frioul par son aïeule Gisla, fille de Bérenger I", des (îui de Spolète et de Nantes par son t)isaïeul Anscher d'Ivrée, desWelfs par sa mère Willa, arrièi'e-petito-fillo de Conrad d'Âuxerre ; enfin, cette même Willa. (ille de Boson, marquis de Toscane, rattache également son fils aux familles comtale et royale de Provence, en même temps (|u'au\ Carolingiens de Lorraine ^
On pourrait multiplier ces indications. Elles suffisent à montrer ((uela plupai't des grands personnages laïques ayant joué au ix"" siècle un rôle important a|)partiennent à im nombre assez restreint de familles d'origine austrasicune, alliées entre elles et (|ui se sont partagées entie les royaumes francs. Mais les branches principales de ces diverses maisons sont en général plus spécialement possessionnées et bénéficiées dans certaines régions. C'est là surtout (ju'elles ont entre les mains les charges de comtes, parfois remplies par un même personnage dans plusieurs cités, (pTelles jouissent des droits et des biens attachés à ce titre. C'est là aussi quelles possèdent surtout l'influence que de grands propriétaires exercent toujours sur ceux qui les environnent, qu'elles ont des tenanciers et des vassaux, et cette influence se double de celle qu'exercent les comtes en tant (|u'abbés laïipies des monastères les plus imj)ortants. Les seigneurs de moindi'c importance, s'ils ne sont pas unis aux chefs des grandes dynasties comtales par des alliances de famille ou par des liens précis de vasselage, sont cependant dans leur clientèle, dans leur « faction, » et les suivent dans leui-s révoltes ou dans leur politique.
Néanmoins, en dépit de cette tendance des divej'ses branches des familles comtales à se fixer en des régions déterminées, durant tout le cours du i\* siècle les etfets de la communauté d'origine continuent à se laisser entrevoir. Les rois francs, après le traité de Verdun, ont de bonne heure compris les dangers (|ue pouvait présenter pour eux l'existence de celte aristocratie internationale, alors (|ue la constante préoccupation de cha(|uc souverain est au contraire de s'attacher aussi étroitement (|ue possible ses fidèles particuliers. Les défections de ceux-ci, leurs appels aux princes étrangers menacent à chaque instant la sécurité de Louis le Pieux. C'était bien assez déjà que les comtes de cluupie royaunu' eussent des parents et des alliés dans les grandes familles des-élats voisins. Les Carolingiens pren-
1. Sur la «iénéalogie de ce personnage, cf. Lhiti'Uam>, Anlci'u'h 1. Il, V. ;j.{; 1, IV, c. 8, c. !1.
GRANDKS FAMIIJ.KS COMTALKS A l/Kl'iigUK CAlSoLINGlilNNE 303
n(Mit des précautions pour (pic leurs fidèles ne se trouvent point engagés vis-à-vis ric plusieurs des adversaires en présence, et les capitulaires interdisent aux grands de posséder des bénéfices dans plus d'un royaume'. Mai,s il est bien douteux «pie cette réglemenlalion ait été toujours obs(M-vée par des personnages comme Adalard, comme Conrad le Weif, (pii. en même temps (jue ses monaslèi'cs fie Saint-Ricpier et de Jumièges, |)oss('de labbaye alsacienne de Leberau ^ Le traité de paix conclu en 858 entre Charles le Chauve et Louis le Germanique paraît prévoir le cas où un même comte aurait reçu des honneurs des deiix frères ^ D'autre part, pour les alleux, les propriétés patrimoniales, il n'y avait pas à prendre de mesures de ce genre. Les Francs établis par Cliarlemagne.()U Louis le Pieux dans les diverses parties de l'empire conservaient tout naturellement dans leur pays d'origine leurs domaines héréditaires et les transmettaient à leurs descendants, jusqu'à une époque à laquelle ceuxci se trouvaient fixés dans une région fort éloignée des pnqi austrasiens ou rhénans dans les(|uels étaient situés ces biens. Les déplacements de comtes, le hasard des successions, des mariages aussi ^, pouvaient de même amener un personnage ou une famille à la possession de terres sises en des parties de l'empire très distantes les unes des autres. La famille de saint Guillaume de Gellone a des propriétés et des intérêts à la fois en Aquitaine et en Autunois, où sont d'ailleurs bénéficiés ses parents, les Théoderic et les Eccard '. Eccard lui-même tient de son père Childebrand des domaines dans le Morvois''. La famille de Hugues, comte de Tours, a des domaines au pays de Milan", et Matfrid, comte d'Eifelgau, est en possession de la Valteline^ Leuthard, un des fidèles de Charles le Chauve, comte sans doute dans la province de Reims ^, conserve dans le royaimie
\. Onlinatio imperii de 805, c. '.»; de 817, c. 9; de 8ol. c. 5. Houetu's-Krause, t. II, p. 22. « Homines uniuscnjusque eorum regum acci- « plant bénéficia unusqui.sqtie in regno domini sui et non alterius. » Le même texte pose, au contraire, le principe contraire en matière de domaines patrimoniaux.