MORT DE CIIARLKS DE PROVENCE [25 JANVIER
Ce royaume, du reste, devait être bientôt démembré, et ce n'est pas sans raison que Lothaire II songeait à sauvegarder ses droits éventuels. Le 25 janvier 863 en effet, Charles, sans doute dans Tune de ses crises d'épilepsie, terminait probablement à Lyon sa vie misérable \ C'est en tout cas dans cette dernière ville, en l'église Saint-Pierre ^ que ses fidèles ensevelissaient le triste souverain sur lequel nous savons si peu de choses et qui n'est guère pour nous qu'un nom. Ce n'est pas à dire cependant que son court règne ait été sans importance dans l'histoire de la France du sud-est. Si, en effet, il ne s'est pas formé dans la vallée du Rhône une nationalité, au sens moderne du mol, en ce sens qu'il n'est pas à supposer que les populations aient jamais pris nettement conscience de leur unité et se soient beaucoup intéressées au petit nombre de chefs étrangers comme l'Alsacien Girard, qu'elles avaient à leur tète, on s'est néanmoins habitué à considérer comme un tout l'ensemble constitué par l'union de la Provence et du duché de Lyon. Les « Provençaux » eux-mêmes et surtout ceux qui comptent seuls alors dans les événements politiques, les représentants de l'aristocratie laïque et ecclésiastique, ont eu le temps de s'accoutumer à vivre indépendants des deux royaumes de l'Est et de l'Ouest. A partir du règne de Charles le Jeune il y a un royaume de Provence, dont les deux parties, séparées en 86:5, pourront cependant conserver au moins un souvenir de leur ancienne unité.
A la mort de Charles, ses Etats, en vertu du traité conclu par lui cinq ans auparavant avec Lothaire II, auraient dû
bonne, également réfugiés en Gaule (Ann. Fuh/nises, a. 861). Quant au second point, l'acte vise évidemment la tentative sur la Provence. Le document est, du reste, un peu postérieur aux événements que nous venons d'étudier; c'est, en effet, seulement à l'entrevue de Mayencc entre Lothaire et Louis le Germanique (lin avril 862) qu'il parait avoir été préparé. Duemmlek, Oslfr. Hcich, t. IL p. o't et Boicii.mer- MuKliLUACilER, n" 1262; Pakisot, op. cit., p. 197.
1. Ann. Berlin., a. 863, p. 61 : « Karolus, rex Provinciae, diu epel(>mptica inlirmitate vexatus, nioritur. » Adon, Chroni(]ue, a. 86.'{ (Mon. Ccirn.. SS., t. Il, p. 322); Ann. Laiihicnses et Ann. Leodienses, a. 863 {ibi(L, t. IV, p. 14); HÉdiNoN, Chronique, a. 858, p. 77.— La date de jour est donnée par VObiluarimn LiKjdunensia ecclesioe, éd. GiiKai;, p. l'i.
2. .\i)ON, CJironiquc, /oc. cil.; diplôme de Lothaire II du 18 mai 863 ])our le monastère de Saint-Pierre de Lyon (Boimimeh-Mmeiilmaciieh, n" 1265 ; J/isl. de Fr., t. Vlll, p. 408). Le" tombeau et les ossements de Chai'lcs furent retrouvés au xvu'' siècle (note de Steveiît, dans UE i,a Mi;i{E, J/int. des ducs de Bourbon, éd. Ciiantei.ai.'ZE, t. I, p. 25).
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faire retour à ce dernier. Mais aussitôt qu'il apprit la mort de son frère, l'empereur Louis accourut en Provence' et gagna à sa cause une partie des grands. A cette nouvelle Lotliaire se liàla d'accourir aussi", pour faire valoir ses droits à la succession qui venait de s.'ouvrir. Les (( palatins » des deux rois réussirent à empêcher une lutte qui seml)lait imminente et à ménager, sans doute dans le courant d'avril, en un lieu indéterminé, une entrevue au cours de laquelle fut réglé le partage des États de Charles''. Lothaire, peut-être encore parce
1. Ann. Berlin., lac. cil. — Le mot « vocatus », dans ce passage, ne doit pas être pris comme signifiant (pie Louis avait été appelé par une partie des seigneurs provençaux, mais presque comme un écjuivalent de «soi-disant ». Cf. Ann. liert., a. 86'», p. 67 (« Hiudovicus imperator Italiae nominatus ») et p. 74.