‹ Le royaume de PrusseChapitre 39 sur 49 · CARACTÈRE DE LA MONARCHIE FRANKE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE LA MONARCHIE FRANKE

(Appendice.)

« Dans la première partie de nos Etudes, nous avons cherché à établir par une série de faits incontestables que Clovis n'a pas régné sur la Gaule comme conquérant ; qu'il y a été appelé par le vœu des peuples comme chef et protecteur du parti catholique alors en lutte contre le parti, arien et auquel adhérait l'immense majorité de la nation; que les populations gallo-romaines se sont ralliées sous ses drapeaux ; qu'elles l'ont appuyé de toutes leurs sympathies et qu'elles ont contribué de tous leurs efforts au succès de ses armes ; qu'en conséquence, il n'a ni asservi ni dépossédé ces populations, qu'il ne les a privées ni de leurs libertés ni de leurs biens^ ni d'aucuns de leurs droits civils ou politiques, mais qu'il a laissé subsister les lois, les institutions, les formes administratives, l'état social, enfin, tout entier, tel qu'il existait avant lui dans les dernières mains de l'Empire, et qu'il s'est contenté de prendre à la tête du gouvernement la place de l'empereur ou plutôt celle du patrice qui, depuis longtemps, représentaient dans l'Occident la puissance impériale.

T> En môme temps, nous avons fait remarquer que le pouvoir entre les mains du fondateur de la monarchie mérovingienne dérivait de deux sources différentes. A l'égard des

Fr^cs, ses compatriotes, il était d'une part le chef héréditaire de la plus puissante tribu de la nation salienne, de Tautre, le chef militaire investi p^r les empereurs du commandement général des peuples l^tiques dans le nord de la Gaule. A Tégard des populations gallo-romaines^ il était le défenseur de TËglise^ le maître des milices, le consul, le patrice gouvernant cette portion de TEmpire sous Tautorité suprême quoique nominale des Césars d'Orient.

» Les faits nous ont même enseigné que^ contre l'opinion commune, ce fut dans le second de ces titres et non dans le premier qu'il puisa les véritables éléments de sa puissance. Nous avons vu que parmi les Francs, sa propre tribu lui resta seule constamment dévouée à cause des liens de fidélité personnelle qui attachaient les Gerniains à leurs chefs héréditaires. Hais les autres fractions de la race salienne et la nation entière des Ripuaires maintinrent leur indépendance et méconnurent son^ autorité. Sa conversion au christianisme établit surtout une séparation profonde entre lui et les hommes de race germanique en même temps qu'elle lui conciliait l'attachement des populations gallo-romaines. Une partie même de sa propre tribu l'abandonna dans cette épreuve dé-

cîsive ; ses parents, ses compatriotes devinrent ses plus cruels ennemis. Pour triompher des dispositions hostiles des Francs, il fut contraint, dans les dernières années de son règne, de leur faire une guerre acharnée, et il ne crut son autorité solidement établie qu'après avoir exterminé tous leurs chefs nationaux.

» Ainsi la force matérielle qui fut l'instrument de ses victoires et la base de sa haute fortune ne put lui venir des tribus franques qu'il sévit obligé de combattre et dans lesquelles il eut plus d'adversaires que des soldats. Cette force, il la trouva dans la bravoure et le dévouement des milices gauloises, qui, depuis la défaite de Syagrius et la soumission volontaire des provinces au nord de la Loire, fournirent toli-

jours la majeure partie de ses armées. Cessons donc de répéter^ d'après les traditions mensongères des chroniqueurs du moyen-âge et des historiographes de la Renaissance, que Clovis a conquis les Gaulois par les armes des Francs; il serait plus juste de dire qu'i^ a conquis les Francs par les armes des Gaulois.

» Ces assertions pourront paraître hardies, étranges même dans leur nouveauté» et cependant elles n'ont rien d'hypothé* tique ni de hasardé ; elles se déduisent invinciblement des faits historiques tels qu'ils sont établis par tous les témoignages contemporains. Il y a plus, elles sont la reproduction presque textuelle des propres paroles de Grégoire de Tours. »

(Tome III des Institutions de l^époque mérovingienne, ch. I, par M. de Pétigny.)

Page 1