CHAPITRE II
voue BRANKOVITCH ] PAUL BRANKOVITCH ) ^47i-i495
ouc et Paul Brankovitch, fils de Grégoire frère d'Etienne, qui venait de mourir en Syrmie, furent élus Despotes et reconnus dans ce titre par Mathias Corvin, roi de Hongrie. Les Serbes groupés dans le Banat de Témeswar et la Syrmie jouissaient (d'une certaine indépendance, tant le Roi de Hongrie appréciait leur valeur.
Voue s'attacha particulièrement à organiser une armée, peu nombreuse, mais brave et bien entraînée; nous la verrons toujours à l'avant* garde des Hongrois.
Les exploits du Despote lui valurent le surnom de Zmik (le Dragon).
En 1475, le Roi de Hongrie finit par comprendre que le danger véritable qui le menaçait venait du côté des Ottomans et non de celui de la Bohême ; sa politique, dès lors, entra dans une
nouvelle phase. Mahomet II, non content de la possession de Belgrade, avaitrfait fortifier la ville de Schebatz, située sur la Save, à une très courte distance à l'ouest de Belgrade, c'était comme la sentinelle avancée qui observait le flanc droit de la Hongrie. Mathias Corvin résolut de surprendre cette forteresse; Paul et Voue Brankovitch se réunirent à lui avec leur armée, et Schebatz tomba au pouvoir des Chrétiens.
Pour venger cet affront, Mahomet II envoya en Transylvanie des forces considérables.
Mathias Corvin rassembla ses troupes, fit appel aux Serbes et à tous ses alliés, et bientôt son lieutenant Bathory, secondé par Paul de Kinisy^ général roumain, se mit en campagne (1476).
Une première rencontre eut lieu près de Gibeh, puis une grande bataille à Kenyer Mesoë.
Dès le début de l'action, les Janissaires obtinrent un avantage bien marqué; les Hongrois plièrent sous le choc ; Bathory, couvert de blessures, allait tomber entre leurs mains, quand cinq mille Serbes, qui étaient en retard, parurent sur le champ de bataille, appuyés par les houzards de Kinisy. L'aspect de la lutte changea aussitôt ; les troupes de Voue Brankovitch chargèrent avec leur impétuosité habituelle et mirent en déroute l'infanterie ottomane.
On donnait aux soldats du Despote serbe le nom de Légion noire.
La Hongrie était encore une fois hors de dan-
ger ; elle rentra en possession de Belgrade, mais ne poussa pas plus toin ses succès pour le moment.
La mort de Mahomet II, survenue en 1481, redoubla le courage des Chrétiens; ils reprirent les armes, mais Bajazet II sollicita une trêve de cinq ans. Elle fut acceptée par Mathias Corvin, au grand désespoir des Serbes, qui désiraient rentrer en possession de leur patrie ; d'autant plus que Zizim, frère de Bajazet, alors entre les mains des Chevaliers de Rhodes, offrait au Roi de Hon« grie de rendre la Bosnie et la Serbie tout entière, sUl Faidait à sortir de captivité et à enlever le trône à Bajazet. Mathias Corvin commit la faute impardonnable de repousser les propositions de Zizim, et recommença la lutte avec Frédéric, Empereur d'Autriche.
En 1485, il marcha sur Vienne et mit le siège devant la capitale ; Frédéric s'enfuit épouvanté et la ville tomba au pouvoir des Hongrois.
Les Serbes, forcés par les traités de suivre Mathias Corvin, assistèrent bien à contre cœur à cette campagne.
La mort de Mathias Corvin mit un terme à la puissance de la Hongrie ; depuis cette événement, elle ne fit plus que décroître, pour associer sa destinée à celle de l'Autriche quelques années plus tard et renoncer à son indépendance séculaire.
Le règne de Voue et de Paul Brankovîtch ne se termina point sans que leur armée n'échangeât de nouveaux coups avec les Ottomans, car en 1492 Bajazet tenta un effort pour faire rentrer Belgrade en sa possession ; il échoua complètement dans cette entreprise et se rabattit sur la vallée de la Save, qu'il livra au pillage.
Ladislas II Jagellon, Roi de Bohême, qui venait de monter sur le trône de Hongrie, prince faible et pusillanime, ne sut pas prendre le commandement de son armée, aussi les Hongrois, malgré le concours efficace des Serbes, ne purentils chasser les Turcs; vaincus dans une première rencontre, ils repassèrent le Danube en désordre.
Voue Brankovitch mourut sans enfants en 1497, Paul l'avait précédé deux ans auparavant, et le titre de Despote revint à Georges, fils aine d'Etienne Brankovitch et d'Angélina d'Albanie.