JEAN BRANKOVITCH ET SA FEMME HÉLÈNE JACKSICEVA
L'histoire du peuple serbe exilé sur une terre étrangère, n'offre rien d'intéressant sous le règne de ses princes.
Le Roi de Hongrie, occupé à réprimer la révolte sanglante des Kurucz, n'entreprit absolument rien contre les Ottomans, qui, satisfaits de leurs dernières conquêtes en Bosnie, le laissèrent tranquille.
Pendant vingt-cinq ans, les Serbes ne prirent part à aucun événement digne d'être signalé ; et lorsque Jean mourut, en i5o3, sa veuve lui succéda et garda le pouvoir jusqu'à son décès, en i52i ; ils ne laissèrent pas d'enfants ; et les Brankovitch ne furent, plus représentés que par des neveux de Voue. Soit que ces derniers n'eussent point revendiqué le titre de Despote, soit qu'ils n'en obtinrent point la reconnaissance, toujours est-il que la famille des Brankovitch ne le reprit que quarante ans plus tard, en i56i.
La fin du règne d'Hélène vit se rallumer la guerre entre les Ottomans et les Hongrois. Ladislas était mort en i5i5, Louis II, le roi enfant, lui succéda, et bientôt la Hongrie tomba dans un état complet d'anarchie et de désorganisation. Au contraire, la Turquie atteignit le plus haut degré de sa puissance, sous Fhabile direction de Soliman le Magnifique. Une prétendue violation du droit des gens de^lapart des Hongrois, fut le prétexte que le Sultan saisit avec avidité pour envoyer une nombreuse armée sur le Danube. Chabatz et Belgrade tombèrent en son pouvoir, malgré les efforts désespérés de la petite armée serbe.
Louis II sollicita des secours jusqu'auprès du Roi d'Angleterre, Henri VIII, il n'obtint rien et se prépara à reprendre Belgrade au moyen des seules forces de la Hongrie et de ses auxiliaires habituels, les Serbes et les Valaques (i526).
La campagne ne dura pas longtemps. Soliman accourt à la tête de cent vingt mille hommes et trois cents canons, passe la Save, non loin d'Osieck , s'empare de Peterwardein, sur le Danube, et va offrir la bataille aux Hongrois dans la plaine de Mohacz.
Louis II commandait lui-même son armée, et, malgré le prudent Pereniy , évêque de Vardeîn, qui conseillait d'attendre l'arrivée de l'armée valaque, engagea le combat. L'impétueuse cavalerie hongroise enfonça, dès le début, la ligne des
Jannissaires ; celle-ci, en se retirant, démasqua toute l'artillerie turque, dont les flots de mitraille écrasèrent les Magyares à bout portant et les mit en déroute complète.
Dès lors, le sort de la bataille était décidé ; en vain la Légion noire serbe fit des prodiges de valeur, Farmée chrétienne fut culbutée dans un marais, et Louis II partagea la mort de presque tous ses braves chevaliers.
Cette victoire ouvrit à Soliman la route de Bude, il s'en empara sans coup férir, et la vie indépendante de la Hongrie, se termina au milieu des convulsions qui suivirent cette catastrophe.
L'échec final et irrémédiable des armes chrétiennes, décida à l'émigration une nouvelle partie de la nation serbe. Les Boyards donnèfent l'exemple; ils passèrent en Hongrie, et parmi eux le vaillant Knèze Paul Bakié et ses cinq frères, renommés parmi leurs compatriotes pour leur courage et leur sagesse.
Nous avons dit que lorsque les Serbes émigrèrent en Hongrie ils s'établirent particulièrement dans deux endroits différents : le Banat de Temeswar et la Syrmie. Aussitôt après la mort de Jean Brankovitch en i5o3, et l'élection de- sa veuve Hélène, un seigneur serbe, Etienne Stilvanovîc, Knèze de Jolohmie, réclama le titre de Despote, comme allié à la famille des Brankovitch, et s'établit à Morovic, en Syrmie. En i5o5, il fut chassé
par les Ottomans, et pasant le Danube, demanda au Roi de Hongrie, Vladislas, en quel lieu il pouvait se fixer, ainsi que ses nombreux compagnons.
On lui désigna les environs de Funftekirchen^ qui devinrent ainsi le centre d'une nouvelle colonie serbe. Etienne Stilvanovic mourut en 1 5 1 5 et n'eut point de successeur. D'ailleurs, ce prince n'administrait que les Serbes fixés en Syrmie et ne s'occupait point de ceux du Banat de Témeswar, dont Hélène Brankovitch gardait le gouvernement.
La mort .de cette princesse remontait déjà à cinq ans, l'état troublé de la Hongrie, où Jean l^ Szapolay et Ferdinand !•% Empereur d'Autriche, tous deux nommés rois de Hongrie par deux Diètes différentes, ne permettait point de s'occuper des Serbes, toujours sans Despote.
Enfin, sur leurs pressentes réclamations, Etienne Bérislaw obtint la reconnaissance de ce titre, en i526.
ETIENNE BÉRISLAW (i526-i56i)
Aussitôt que le Despote vit son titre confirmé par Jean !««•, Roi de Hongrie, des troubles s'élc^ Tèrent dans le Banat de Témeswar. Ils étaient
causés par un aventurier du nom de Jean Crinovic, qui, appuyé par une troupe nombreuse de malheureux réfugiés, appartenant aux dernières classes de la société, tant Serbes que Hongrois et Valaques, s'investit lui-même du titre de Tzar de Serbie. Il se prétendait parent d'Angelina, épouse du Despote Etienne Brankovitch et morte depuis longtemps, mais rien ne le prouvait d'une manière péremptoire.
Errant tantôt sur le territoire hongrois, tantôt sur les confins de la vieille Serbie, occupée par les Turcs ; Crinovic, plutôt bandit que prétendant sérieux, pillait tout ce qui lui tombait sous la main, et devint bientôt l'effroi de la contrée.
L'Empereur Ferdinand d'Autriche, pour faire pièce au Roi de Hongrie, Jean I«% son rival, qui avait reconnu Despote Etienne Bérislaw, s'empressa de conférer ce titre au misérable Jean Crinovic. Son parti se recruta aussitôt d'une foule d'adhérents et commença à inquiéter sérieusement les Valaques et les Transylvains, au point que Zapolya, Ban de Transylvanie, dut entreprendre contre lui une expédition militaire.
Les commencements de cette guerre furent favorables à Crinovic, il battit à Szeged une troupe de Roumains, commandés par Pereniy; mais Zapolya vint renforcer promptement son lieutenant et chassa de la ville les vainqueurs de la veille. Crinovic, blessé en défendant sa conquête,
s'enfuit; maïs poursuivît par les Valaques, il tomba dans une embuscade et y trouva la mort. Ses partisans, sans direction et repoussés de toutes parts, s'embarquèrent sur le Danube et, le remontant jusqu'à Komorn, vinrent supplier Ferdinand de les prendre sous sa protection. L'Empereur les accueillit bien et les répartit dans ses troupes (i528).
Cependant le Sultan Soliman brûlait du désir de compléter la conquête de la Hongrie, commencée après la bataille de Mohacz. En iSSg, il saisit avec empressement la demande de secours, que les Hongrois lui réclamaient au nom du jeune Jean Sigismond, fils de Jean !«', qui venait de mourir.
L'Empereur Ferdinand, en vertu du traité de Varad (i538), devait hériter de la Hongrie à la mort de Jean !•', même dans le cas où ce dernier aurait un fils. Il prit donc possession de la moitié de la Hongrie, et Soliman de l'autre. Quand au jeune Roi, qu'il devait secourir, le Sultan l'envoya avec sa mère en Transylvanie , dont il le nomma Voîvode.
Les Serbes, qui avaient pensé échapper à la domination turque en cherchant un asile en Hongrie, se virent déçus dans leur espérance, et voulurent au moins partager les combats des patriotes Hongrois, qui ne prétendaient point abandonner leur pays à Soliman. Les Bakiés, boyards serbes, devinrent l'âme de cette guerre.
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Elle dura, avec des phases diverses, de 1 542 à 1545, et Soliman s'empara de plusieurs villes de la Hongrie qui tenaient pour Jean Sigismond.
Dans le but de se concilier, sinon l'afiFection des Hongrois, du moins leur obéissance, le Sultan traitait bien les vaincus.
La trêve humiliante que Ferdinand conclut avec le Sultan, mit un terme aux hostilités pendant cinq ans, mais elles reprirent avec une nouvelle ardeur à l'expiration du traité.
Un boyard serbe commandait la cavalerie sous les ordres du général de l'armée hongroise Lozonski ; il se conduisit héroïquement et fut tué dans l'assaut que les Ottomans livrèrent à Temeswar et à la suite duquel ils s'emparèrent de cette ville. Démétre Ocarovitch et Baskié entraînaient une petite troupe de serbes à ^attaque de Szeged en février 1 552, mais ne purent s'en emparer. En revanche, ils figurèrent noblement à la défense mémorable d'Éger, où quatre assauts des Turcs furent repoussés et huit mille Ottomans restèrent devant la place.