‹ Le royaume de SerbieChapitre 35 sur 38 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Actuellement, la Serbie occupe une situation prépondérante parmi les États de la Péninsule balkanique.

Ses institutions politiques et administratives offrent avec celles de la France de nombreux points de ressemblance. A côté du roi, chargé du pouvoir exécutif, se trouvent : un Conseil d'État, formé de quinze membres ; une Skouptchina ou Chambre des Députés, composée de cent trentequatre membres, nonimés à raison d'un député par 4,000 âmes. Sont électeurs tous les Serbes âgés de vingt-cinq ans et payant un impôt quelconque. Les Ministres des Finances, des Travaux

publics, de l'Instruction publique et des Cultes,

de la Justice, des Affaires étrangères, de Tintérieur et de la Guerre complètent le pouvoir central.

Une Cour de cassation, une Cour d'appel et une Cour des comptes assurent le fonctionnement régulier de toutes les branches de l'Administration.

Au point de vue territorial, la Serbie est divisée en 17 départements, comptant en totalité 48,589 kilomètres carrés et habités par 2,162,759 personnes, d'après les chiffres donnés en 1891, ce qui représente une population de 44 habitants par kilomètre carré, soit une densité double de celle de la Russie d'Europe, égale à celle du Portugal et largement supérieure à celle de tous les États de la Péninsule balkanique, la Turquie comprise.

Tous les habitants sont Serbes, à l'exception de deux cent mille individus parlant la langue roumaine et tchèque. L'excédent annuel des naissances sur les décès était, en 1891, de 40,889, ce qui assure à la Serbie une accroissance rapide de ses forces vives.

Parmi les départements se trouvent, bien entendu, ceux de Nisch, Vrania et Prekoplje, acquis par le Traité de Berlin. Le district de Kourchoumlia, au nombre de ces acquisitions était, avant son retour à la Serbie, habité par les Arnautes, montagnards féroces et à peine civilisés. Ne voulant pas se plier aux lois serbes, ces populations musulmanes ont abandonné leurs

établissements et se sont retirées dans le Vilayet de Kossovo.

Combien il est regrettable que le Traité de Berlin ait refusé de restituer cette dernière province à la Serbie; elle forme le territoire de la vieille Serbie, son chef-lieu est Pristina, l'ancienne capitale des rois serbes. Plus qu'aucune autre terre, elle est serbe, pleine de souvenirs na-

^ tionaux, si chers aux patriotes ; pour eux, tout y

réveille des idées de grandeur et d'héroïsme.

De plus, ce département devait échapper à la barbarie ottomane et recevoir, par son adjonction au royaume, les bienfaits de la civilisation et du progrès moderne.

Mais on sait que dans les conférences de

' Berlin, la Russie et ses alliés ont été sacrifiés aux

rancunes et à la jalousie de la politique allemande et anglaise.

Reconstituée sur de nouvelles bases, Tarmée a subi depuis la campagne de 1878 de profondes

f modifications, que nous devons signaler ici.

Le principe fondamental qui en est la base est le suivant : les Serbes, sans exception, doivent à la patrie trente ans de service militaire, de 20 à 5o ans. Ils sont incorporés pendant une année

i dans Parmée active, puis passent dix ans dans la

réserve, ensuite dix ans dans le premier ban de la

milice nationale et dix ans dans le deuxième ban.

L'armée est partagée en cinq grandes divisions

territoriales : celles de la Morawa, chef-lieu

Nisch ; de la Drina, chef-lieu Valîévo ; de la Choumadia, chef-lieu Kragoujévatz ; du Danube, cheflieu Belgrade ; et du Timok, chef-lieu Knajevatz.

Comme conséquence de ce fractionnement, l'armée active ou permanente comprend :

5 bataillons d'infanterie de la garde royale.

5 régiments d'infanterie de ligne, à 3 bataillons de 4 compagnies chacun.

5 régiments d'artillerie de campagne à 6 batteries montées et une à cheval, chaque batterie à 6 pièces.

5 batteries d'artillerie de montagne, à 4 pièces chacune.

5 compagnies d'artillerie de forteresse.

I escadron de cavalerie de la garde royale.

3 régiments de cavalerie légère à 3 escadrons.

I régiment du génie.

I bataillon de pionniers.

1/2 bataillon de pontonniers.

5 escadrons du train.

5 compagnies d'infirmiers.

5 compagnies d'ouvriers d'art.

Au total : 1,000 officiers et 20,000 hommes.

En cas de guerre, cette armée forme le cadre que remplissent les neuf classes de réservistes ; elle peut alors mettre en ligne :

75 bataillons d'infanterie, soit..... 70.000 hommes

30 escadrons de cavalerie 3 . 500 —

57 batteries de 282 pièces 7.000 —

24 compagnies du génie 3 . 500 —

Au total 84.000 hommes

A cette force s'ajoutent les deux bans de la milice nationale, qui donnent :

I20 bataillons d'inf amené, soit. . . . 70.000 hommes

10 escadrons de cavalerie i .000 —

20 batteries à 120 pièces 2.000 —

5 compagnies du génie i.ooo —

Au total 74.000 hommes

On le voit, la Serbie possède une force effective de près de 160,000 hommes. L'infanterie et l'artillerie y tiennent une place prépondérante, à cause de la nature montagneuse du sol; ces deux armes ont, de tout temps, été celles dans lesquelles les Serbes ont excellé.

Eu égard au chiffre de sa population, le Royaume de Serbie peut armer, en cas de besoin, un nombre considérable de combattants, et le vieux dicton national : a Tout Serbe naît soldat », est aussi vrai maintenant qu'il y a cinq cents ans.

Si, maintenant, nous examinons la situation financière du royaume, nous voyons qu'elle est loin d'être défavorable.

Jusqu'en 1874, la Serbie n'avait point de dette : les dépenses et les recettes s'équilibraient parfaitement chaque année.

Survînt la guerre 1877-78, qui força le Gouvernement à emprunter, pour satisfaire aux nécessités de l'armement; puis : la part de la dette ottomane, applicable aux trois départements conquis; les indemnités à payer aux Ottomans qui ont quitté ces provinces ; enfin, l'article du Traité de Berlin, qui enjoint à la Serbie de compléter la ligne du chemin de fer entre la Hongrie et la Turquie, en raccordant entre eux les réseaux de ces deux pays.

En i883, la dette s'élevait, pour les diverses causes que nous venons d'énumérer, à environ i3o millions.

Depuis lors, l'achèvement du réseau ferré et les travaux publics ont exigé de nouveaux appels au crédit public ; mais la Serbie pouvait-elle rester en arrière des autres nations, sous le rapport des voies de communication, de la salubrité des villes, de leur embellissement, des grands travaux publics, et se dérober aux stipulations du Traité de Berlin, en ce qui concerne les chemins de fer? Evidemment non.

Au 3i décembre 1891,1a dette publique s'élevait à 328 millions, sur lesquels i58 millions, soit la moitiéj s'appliquent à la construction des 540 kilomètres, qui forment le réseau des chemins de fer serbes.

Ce ne sont point là des dépenses improductives ; en effet, quand on considère la grande ligne de chemin de fer, qui part de Belgrade, où elje opère

sa jonction avec le réseau hongrois, lance à Plana un embranchement sur le Danube, vers Semendria, et un autre vers Krajoujévatz, puis dessert Nisch, point central du royaume, et là se bifurque en deux tronçons, dont le premier, par Sophia et Andrinople, atteint Constantinople sans solution de continuité, et le second, par Uskub, rejoint le grand port de Salonique, sur la mer Egée ; quand on considère, disons-nous, la direction de ce réseau, on s'aperçoit de suite que les sacrifices, faits en vue de son établissement, promettent de larges rémunérations dans un temps fort court.

Tout le trafic de l'Autriche-Hongrie et de l'Europe centrale avec la Turquie et le Levant est appelé à passer par la Serbie, évitant ainsi la voie lente et dangereuse du Danube et de la Mer Noire.

Le service fonctionne régulièrement depuis quelques années ; les bénéfices, portés au budget de 1 89 1 pour 5 millions, s'élèvent, dans celui de 1892, à 6 millions.

Ils seront beaucoup plus importants, lorsque le transit des marchandises et des voyageurs aura pris de l'extension. Nous n'en voulons pour preuve que les chiffres suivants dont la simplicité est plus éloquente que tous les raisonnements :

Transit en 1890 8.956.000 francs

Transit en 1892 18.367.888 »

Si nous passons à la question budgétaire, nous

constatons que la Serbie n^est pas en plus mauvaise position que certains grands États, dont les dépenses surpassent de beaucoup les recettes.

Le budget de 1 89 1 se soldait par 2 millions en déficit, celui de 1892 s^établit de la manière suivante :

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