‹ Le royaume de Siam (volume 3)Chapitre 3 sur 26 · POSITION GÉOGRAPHIQUE - CLIMAT — PRODUCTIONS · texte numérisé non relu

POSITION GÉOGRAPHIQUE - CLIMAT — PRODUCTIONS

Ce Royaume, Tun des Ëtats les plus riches de l'extrême Orient, appelé par les indigènes Sajam (race brune), est borné au nord par plusieurs principautés tributaires de la Chine ; à l'est, par l'empire d'Annam; à l'ouest, par la mer, l'empire Birman et les possessions anglaises delà presqu'île de l'Inde ; au sud, par les petits royaumes de Pahang et de Perah.

Sa superficie est d'environ 22,810 kilomètres carrés; il s'étend depuis le 4' degré de latitude nord jusqu'au 22'' ; sa

plus grande largeur, de Test à Touest, est de 600 kilomètres, depuis le 96* jusqu'au 102* degié de longitude.

Sa population totale, y compris celle des pays tributaires, est évaluée à 6,000,000 âmes , mais d'origines différentes, qu'on peut répartir ainsi : Siamois ou naturels du pays, 1,900,000; Chinois, f, 500,000; Malais, 1,000,000; Laotiens, 1,000,000; Cambodgiens, 500,000; Péguans, 50,000; Karimgs, Xongs et Lavas, 50,000. Ce chiffre de 6,000,000 d'habitants parait bien faible si l'on considère la densité des populations des pays circonvoisins ; aussi d'autres géographes l'ont-ils porté à 8,000,000 et au-dessus : l'absence totale d'administration et d'état civil ne permet pas d'ailleurs de vérifier ces chiffres.

On comptait autrefois, parmi les États tributaires du royaume de Siam, le Cambodge ayant alors un vaste territoire réduit aujourd'hui à quatre provinces situées entre le Siam et la Cochinchine. Cet État est borné, au midi, par la mer; au nord et à l'ouest, par le fleuve Mékong qui le sépare aussi du royaume de Siam du côté de l'est. La population actuelle du Cambodge est de 500,000 âmes, et sa capitale, nommée Udong, a environ 12,000 habitants.

Sur ses côtes maritimes, le Siam possède un certain nombre d'excellents ports, en tète desquels nous placerons Bang-pla-soi«Chantaboun, ville fortifiée, mais le principal est & quelques lieues de la capitale, Bangkok ; il est situé sur le Mé-Nam, fleuve magnifique qui prend sa source en Chine. Au fond du golfe où ce fleuve se jette, les navires qui le remontent pour aller à Bangkok rencontrent bientôt une large et longue barre de sable; mais, à l'aide de pilotes et de la

marée montante, ils peuvent franchir celte barre, suivre le lit du fleuve et venir jeter l'ancre au centre même de la capitale. 11 est difficile de trouver un port ^ussi vaste, car il peu^ contenir jusqu'à dix mille navires en pleine sécurité.

L'immense vallée du Siam est bordée, à Test et à l'ouest, par deux chaînes de montagnes, couvertes de forêts; elles s'élèvent en amphithéâtre et sont à juste titre considérées comme des ramifications de l'Himalaya. La chaîne de l'est se termine au Cambodge; celle de l'ouest s'étend jusqu'à l'extrémité de la presqu'île malaise. Cette plaine, qui a 600 kilomètres de long sur 200 de large, est arrosée par le Mé-Nam {ou mère des eaux) S qui, pareil au Nil, l'inonde une fois par an, depuis le mois de juin jusqu'à celui de novembre et y dépose un limon fertilisant. Pendant ce temps, une infinité de barques circulent en tous sens à travers les rizières, espacées de manière à former une multitude de canaux laissés libres pour la circulation.

Tant que dure l'inondation, les poissons affluent dans les rizières et fournissent une nourriture abondante et saine qui, augmentée du riz récollé, de la volaille, des fruits et des légumes, assure la subsistance de la population dans les conditions les plus favorables.

Le climat du royaume de Siam est plus ou moins variable, selon la latitude; la chaleur y est toujours supportable. Il n'existe pour le pays que deux saisons, celle des pluies et celle de la sécheresse. L'époque la plus chaude comprend les

' Ce mot de la langue Tbaî se décompose ainsi : Mé = Mère. Nam = Eau. Mère des eaux, U faut ici remarquer que, dans cette langue comme dans la langue sacrée de l'Inde, le Sanscrit, les noms de fleuves sont féminins. Aussi est-ce à tort que rpu dit le Gange, on devrait dire Im Gange*

mois de mars el d'avril; alors le thermpmèlre centigrade monte ordinairement de 30 à 35** à l'ombre.

Pourtant ces variations subites de température ne nuisent en aucune façon à la végétation de cette contrée riche entre toutes par ses productions de toute sorte. La végétation y est belle et pousse presque sans culture.

Un simple sillon tracé, quelques grains de riz jetés dans cette ouverture béante, cela suffit; le reste est l'œuvre de la nature. De ce sillon, cultivé d'une façon aussi expéditive, sortira une récolte abondante de riz. Il en est de même pour les autres cultures. La terre produit d'elle-même pour ainsi dire : Sponte %uà. Aussi trouve-t-on dans le royaume de Siam des productions végétales de toute nature. Les principales sont : le riz commun, le riz des montagnes, le riz gluant et le riz rouge ^ le maïs et des légumes variés, qui servent à la nourriture ordinaire de la population. Le palmier, le figuier, le bananier, Toranger, le citronnier, l'olivier, le caféier, le cotonnier, l'amandier, l'indigotier, le bois de teinture, le bois de teck, le tabac, couvrent le sol siamois en abondance. Ces derniers produits sont cultivés avec soin et succès par les habitants des campagnes, attendu qu'ils sont la base même du commerce siamois.

Le règne animal est non moins varié.

En première ligne se présente l'éléphant. Les animaux de cette espèce vivent en troupes nombreuses dans les forêts, où

' Tes indigènes comptent une grande variété de riz. Ils n'en ont pas moins de quarante csfiéces difTérentes. Nous n'en distinguons que quatre^ attendu que ce sont les seules que connaisse le commerce. Les Laos sur les quatre espèces ont une préférence marquée pour le riz gluant. Quant aux Siamois et aux Chinois, .ils ne se servent du rix gluant que pour faii*e des gâteaux. C'est de cette espèce de rix qu'ils tirant leur eau-de-vie de riz ou Arak.

on les chasse à l'aide de femelles privées qui attirent les mâles dans des embûches préparées à Tavancc.

Réduit bientôt à Fétat de domesticité, Téléphant est doux, intelligent, et rend d'innombrables services à son maître.

Des habitants des forêts siamoises, le tigre royal est le plus redoutable; il attaque l'homme lorsqu'il le rencontre et dévore les bœufs, les buffles, les cerfs et les cochons sauvages, dont il fait un grand carnage.

Les rhinocéros, les ours, les sangliers, les cerfs, les daims, les chevreuils, les gazelles, les chèvres et les singes de diverses espèces complètent cette nomenclature.

Quant aux oiseaux, ils sont également très-nombreux : le petit aigle, le vautour, Targala à tète chauve, le corbeau, le pélican, la grue, le héron, le cormoran, l'ibis, le paon, ainsi qu'un grand nombre d'oiseaux connus en Europe, pullulent dans ces contrées.

Les principaux reptiles sont : le crocodile, qui atteint une longueur de vingt-cinq pieds, et dont la voracité répond â la taille; le caméléon, le boa constrictor, le serpent de feu et une immense variété d'autres espèces. Nul pays ne produit plus de reptiles que le royaume de Siam. Les fleuves et la mer contiennent d'ailleurs une multitude d'habitants, dont la liste complète serait beaucoup trop longue; citons seulement : les tortues, les souffleurs, les marsouins, les requins, les dauphins, les bonites, les dorades, les petites baleines qui fourmillent à l'embouchure des rivières.

Mais la richesse du royaume de Siam consiste surtout dans les nombreux minéraux que recèle son sol, qui change

et se modifie pour ainsi dire*. Le sol renferme, en effet, des mines d'or, de cuivre, d'étain, de plomb, d'antimoine, de zinc et de fer; on y trouve aussi des pierres précieuses, telles que topazes, émeraudes, saphirs et rubis.

C'est rétain qui est le plus abondant. Les provinces de Xalang, Xaija^ Xumphon, Rapri, Pak-Phrlk en possèdent des mines nombreuses.

Après rétain vient Tor qui se trouve un peu partout. Mais c'est la province de Xumphon qui contient la mine la plus importante, située dansJa ville de Bang-Taphan ; elle appartient au Roi et est gardée, contre les incursions, par des soldats. Pourtant on peut aller y extraire de Tor, à la condition de payer au gouvernement, c'est-à-dire au Roi, une somme fixée d'avance, et il suffit de prendre une poignée de terre, de la laver dans une sébille, pour obtenir des grains d'or en nombre raisonnable. L'argent n'existe pas à l'étal natif.

Quant aux pierres précieuses, le sol en est presque jonché, surtout a Chanta-Boun, où les planteurs de tabac el de cannes à sucre les trouvent en cultivant. Seulement, chose curieuse, les Siamois n'attachent pas une grande importance

* Oui, le sol change. Quelque étranf^e que puisse (irait re cette assertion, elle ne manque pourtant ni de vérité, ni de yraiseBiblance. On peut voir, dans le curieux ouvrage de Mgr Pallegoix, les observations qu'il a faites lut-même et qui confiraient ce fait, que le êol change, se hauêse, ou se baisse. Qu'il nous suffise de dire que le sol de l'ancienne capitale Juth'a s'est haussé de trois mètres; ce qui le prouve d'une façon évidente, c'est qu'en creusant à cette profondeur, on rencontre des détritus d'arbres, de plantes ft des cristallisations fort curieuses. Ajoutons encore que la mer qui se retire tojtis les jours, comm^ l'a constaté l'évéque de Mallos, ne contribue pas moins à modifier le sol. De plus les annales siamoises se rapportant à l'an 650 de notre ère, établissent qu'à cette époque les jonques chinoises remontaient le fleuve Mé-Nam jusqu'à la ville de Sangkhalok. Or, actuellement, Sangkhalok est à plus de 120 lieues delà mer.

— H — aux topazes, aux émeraudes, aux rubis et aux saphirs, car, au lieu de les polir et d'en faire le commerce, ils préfèrent les vendre brutes à la livre. Le prix de la livre varie de seize à soixante francs. Ce sont les Chinois qui achètent ces pierres brutes, qui les travaillent et viennent ensuite les revendre à ceux-là mêmes qui les leur ont vendues originairement.

D'après ce qui précède, on peut voir que le royaume de Siam n'a rien à envier aux autres pays, sous le rapport des productions. Elles sont nombreuses, vigoureuses, variées, et la culture y est chose facile.

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