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KESSOURCES ET PRODUCTIONS DU ROYAUME DE SIAM

AU POINT DE YOB DB l'eXPORTATION

Le royaume de Siam offre une remarquable variété de produits supérieurs en qualité. Il mérite donc que Ton consacre à chacun des articles de son commerce d'exportation une mention spéciale, dans l'intérêt même des négociants français.

C'est pourquoi nous allons donner ici la nomenclature des produits naturels les plus importants de ce royaume, et qui servent de base à l'alimentation de ses rapports commerciaux avec l'Europe et la France en particulier.

Bois. — Le magnifique bois de teck et d'autres essences, propres aux conslructions navales, existent en quantités immenses dans les

forêts de Siam.

Ces bois sont d un prix si peu élevé, qu'ils peuvent supporter des frais considérables de transport.

L*exploitation des bois de teck de Siam et du Laos formaient une sorte de monopole au profit du prince Kromalouang, frère du défunt Roi, président des cinq négociateurs du traité de 1856 avec la France. Sur la demande que lui en fit M. C. de Hontigny, négociateur du traité, ce prince s'empressa de promettre aide et protection aux ingénieurs et agents du gouvernement français, chargés parle gouvernement de l'Empereur de faire abattre, débiter et transporter ces bois.

Mentionnons encore un bois rouge d'une telle dureté, qu^onpeut

remployer au lieu et place du fer ou du cuivre, pour cheviller les doublages des navires; ce bois est fort en usage à Siam.

Il existe encore à Siam une foule d'autres bois durs, propres à la fabrication des poulies, etc., ainsi qu aux travaux d'ébénistcrie.

Café. — Grain bien régulier et petit, belle qualité, arôme délicieux, provenant principalement de Battabong où il a été importe il y a quelques années par les missionnaires français.

La culture du café tend chaque jour à augmenter d'importance; et les échantillons de cette fève, envoyés à TExposition universelle, y ont été très-appréciés.

Coton. — Le coton forme, avec les diverses productions énumërées plus bas, une des bases du commerce de cette contrée. Il se récolte en grande abondance, et les produits qu'il donne sont exploités sur une vaste échelle à Bangkok et dans Tintérieur du pays. Il sert à fabriquer ces magnidques tissus appelés langontis, que Ton a pu admirer à l'Exposition universelle. Il n'est pas encore connu en Europe, mais tout porte à croire que la récompense honorable qu'il a obtenue en 1867, le fera sûrement apprécier par plusieurs de nos grands manufacturiers. A l'aide des métiers perfectionnés que Ton possède dans Touest de la France, on ne peut douter de la finesse et de la solidité des produits que donnera sa fabrication.

\. — Les cornes de buffle sont et ont toujours été trèsrecherchées. C'est un article d'importation qui intéresse vivement la France, elles se trouvent en grande abondance; du poids moyen de 3 kilogrammes ; de 3 à 8 ticaux le picul.

de cerf. — Abondantes et de poids très-différents ; on peut les obtenir pour 3 à 7 ticaux le picul.

I. — Les peaux de buflles, d'éléphants, de pangolins, de raies, de rhinocéros, de vaches, etc., etc., sont abondantes.

u — Qualité aussi bonne que celle de l'Inde (Bengale), quoique d'exploitation nouvelle ; il peut être obtenu pour le prix de 4à 6 licaux lepicul.

D'une qualité très-supérieure, ce produit est fort employé au Siam pour la confection des tissus et étoffes de toutes sortes principalement de vêtements. Du reste, l'excellence des soies de Siam a été aussi fort appréciée à l'Exposition de 1 867, où on a beaucoup admiré les étoffes tissées de fils d'or, d'argent et de soie.

Étain. — Le minerai d'étain a été exploité par les Siamois depuis les temps les plus reculés, et fournit un étain pur. Les gttes les plus riches sont au sud de la province de Merguy. Toull'étain qui vient à Bangkok représente les tributs que certains vassaux du roi de Siam sont obligés de payer chaque année. Cet étain est de bonne qualité.

I. — Siam est très-riche en gommes ; on trouve, en première ligne, le benjoin qu'on apporte de l'intérieur mêlé aux écorces de l'arbre sur lequel on le recueille.

Poivre Doir. — Le poivrc noir est cultivé h Siam dans les mêmes conditions que celui de la côte de Malabar et de la côte occidentale du golfe de Siam. Sa culture est exclusivement entre les mains des Chinois. Celte épice se récolte à la fin de février et arrive ordinairement en mars et avril. La plus grande récolte se fait généralement àChantaboun, où Ton estime la production annuelle à 30,000 piculs. A celte époque de l'année, les jonques chinoises achèvent leurs cargaisons pour partir fin avril ou vers le milieu de mai. En juillet, il y a encore une seconde récolte, mais elle ne dépasse pas 2,500 à 3,000 piculs. La qualité est, du reste, supérieure. Dans un même lot, on trouve quelquefois des poivres légers, demi-lourds et lourds ; mais les Siamois ne font aucune différence et mêlent toutes les qualités.

i. — La principale ressource, pour le commerce de Siam, est le riz; sa qualité est très-appréciée en Chine, où on le paye volontiers 10 à 15 piastres, par coyan\ plus cher que le riz d'Akyab. La récolte du riz se fait en décembre; elle est très-abondante jusqu'en mars. On peut, en tout temps, faire des cargaisons de ce grain, qui se divise en trois qualités : riz paille^ rizblanc^ riz cargo.

Le riz paillCj entièrement recouvert de son enveloppe, s'achète ordinairement sur pied ou à livrer; il s'exporle peu et promet de beaux bénéfices à ceux qui les premiers ont introduit des machines à décortiquer.

Le m blancj totalement dépouillé de son enveloppe, d'un grain sec, moyen, et d'un goût agréable, est trës-estimé en Chine, dans la Malaisie, ainsi que dans les vastes archipel s des Soloo et des Moluques.

Pendant la disette de Chine, la grande exportation de cet article en a élevé le prix de 20 à 50 ticaux le coyan de 20 piculs* ; mais ce prix fléchit, pour les années ordinaires, entre 25 et 40 ticaux.

Riz cargo. Composé de riz paille et de riz blanc.

SapaB. —Le bois de sapan produit une couleur d'un jaune rouge dont on fait grand cas en Chine et au Japon. Ce bois, dont l'emploi en Europe et dans l'Inde anglaise est d'une date récente, fait la principale richesse des forêts de Siam. Leur exploitation coûte peu et alimente une exportation considérable. Les plus grandes forêts de sapan sont situées sur la côte occidentale du golfe de Siam. Tous les navires emportent une certaine quantité de ce bois, avec lequel ils font un excellent fardage.Le sapan de Siam est de très-bonne qualité, et l'on peut s'en procurer de grandes quantités dans toutes les saisons. Les bateaux contiennent ordinairement des morceaux assortis par leurs dimensions. Siam expédie une quantité prodigieuse de sapan en Europe, à Singapore et en Chine, son prix varie de 1 à 3 ticaux le picul.

* Le coyan ou cbar de vif contient 20 piculs, et le ptcul équivaut à 62 kilos 1/2.

séMuneift. — Qaalité aussi bonne que celle de l'Inde , cultivée dans le haut de la rivière et aussi estimée que celui de Bombay; récolte en novembre. L'exportation ayant ouvert un débouché à cette graine, qui antérieurement ne servait qu'à la consommation locale, explique Télévation des prix de 50 à 70 ticaux le coyan de 18 piculs; mais on est généralement d'avis que les bénéfices réalisés par les indigènes sur le sésame, joints à une culture facile, encourageraient les Siamois, et que la production, qui a été jusqu'ici de 900 à 1,000 coyans, en serait bientôt notablement augmentée.

u — La fabrication de cette denrée, qui a lieu de fin décembre à juillet, varie entre 80,000 et i 00,000 piculs. Susceptible d'accroissement et de perfectionnement, dans l'état actuel elle produit trois qualités distinctes : le sucre blanc, le sucre gris et le sucre rouge.

Sucre blanc. Qualité supérieure ; se cote de 2 à 3 ticaux plus cher que le gris.

Sucre gris. Celui-ci, très-sec et formé de petits cristaux, peut se comparer pour les nuances aux n""' de 12 à 15 et 16 de Java. Il vaut de 5 à 6 ticaux le picul. Cette qualité, qui serait appréciée sur nos marchés, où elle serait souvent assimilée au sucre blanc, fournit à elle seule de 40,000 à 60,000 piculs.

Sucre rouge, presque aussi abondant que le gris, s'obtient avec une différence de 50 p. 100. Il est spécialement destiné à l'importation en Chine. Il pourrait aussi servir à alimenter nos usines.

La mélasse s'emploie pour les constructions, en la mêlant avec la chaux, à laquelle elle donne beaucoup de consistance.

Le sucre est toujours en ballots d'un poids uniforme de 1 picul par ballot. La récolte se fait en février et arrive à Bangkok par bateaux de 200 à 400 piculs jusque vers la fin de juin. Plusieurs cargaisons de sucre de Siam ont été expédiées en France.

La canne à sucre est connue à Siam depuis un temps immémorial; mais sa culture pour la Tabrication n'y a été introduite qu'au commencement de notre siècle par les colons chinois. Les plantations les plus considérables sont situées sur le Mé-Nam ; on emploie des Siamois pour la culture, mais les Chinois seuls s'occupent de la fabrication.

Tabac. — Esl très- abondant, le sol se prête beaucoup à sa culture, et il a fixé à l'Exposition universelle l'attention toute particulière du jury international qui a accordé à ce produit une médaille d'or ; il sera facile de tirer un parti avantageux de cette production du Siam.

Résumons ici la nomenclature des produits principaux de Siam, formant la base de sa prospérité et de son bien-être :

Le riz doit occuper le premier rang, car il est la nourriture principale des indigènes ;

Le sucre, dont la production s'accroît de jour en jour ;

Le bois de teck dont l'exportation tend à augmenter sans cesse, de même que celle du sapan ;

Les bois d'aigle, la gutta-percha, le cardamome, la gomme, les bambous et le curcuma, qui sont les principaux produits végétaux du pays ;

Enfin le coton et le tabac qui sont d'une excellente qualité.

Coaatmctioas marfiioMii. — L'art des conslructions navales est certainement un de ceux dans lesquels excellent le plus les Siamois. Ce n'est pas sans étonnement que l'on voit dans le pays de beaux navires de 800 à 1,000 tonneaux entièrement construits par des ouvriers indigènes, sous la direction d'un charpentier de leur nation. Ces constructeurs copient avec une incroyable fidélité les

formes du bâtiment qu'on leur indique, et les navires qui sortent de leurs ateliers ne le cèdent guère à ceux fabriqués en Europe.

Nous n'en voulons pour preuve que ce qui eut lieu lorsque la reine Victoria fit don au père du Roi actuel d'un petit yacht à vapeur armé en guerre. En huit mois, après bien des études, des épures, des tâtonnements, on vit lancer dans le port un yacht identiquement semblable, avec une machine de la même force, entièrement construit par des Siamois, manœuvré par des matelots et des officiers siamois. Ils avaient exactement reproduit la machine, forgé chaque pièce, trouvé la raison et la fonction des volants, du piston, des régulateurs, fabriqué, en un mot, jusqu'à la dernière pièce, voiles, mâture, etc.

Enfin, quelques mois après que parurent dans les marchés les premiers envois de montres faits par les Européens, les bijoutiers du pays fabriquèrent eux-mêmes des chronomètres d'une admirable précision.

Navigation « vapeur. — La navigation à vapeur a aussi fait de grands progrès à Siam. Il y a peu d'années, aucun navire de ce genre n'existait sur le Mé-Nam, et en ce moment on en voit un grand nombre, tous construits à Bangkok. Le Roi et les grands mandarins en possèdent chacun plusieurs pour leur usage particulier. Beaucoup d'autres sont sur les chantiers. Les machines venaient, il y a quelques années encore, des États-Unis; mais aujourd'hui la France et TAngleterre en fournissent un certain nombre. Ces machines sont conduites par des Siamois, ce qui témoigne d'une véritable connaissance de la mécanique.

BieheMes minérales (pierres précieuscs, miues d'or, de cuivre). Si des produits végétaux on passe aux minéraux, on reconnaît qu'à Siam les pierres précieuses abondent dans certaines localités.

Les rubis et les saphirs viennent de Chantaboun.

Les parties supérieures du Mé-Nam produisent beaucoup d'agates, de grenats, d'améthystes, d'opales, de cornalines, etc. Leur recherche n'est soumise à aucune restriction.

Le diamant n'a pas encore été trouvé à Siam. La grande quantité qu'en possèdent le Roi et les grands mandarins est apportée directement de Bornéo, de Java et surtout d'Europe.

Néanmoins, le feu Roi qui faisait grand cas des artistes lapidaires d'Europe et surtout de France, avait voulu avoir à Paris son bijoutier ordinaire; il avait en conséquence choisi M. Joseph-Halphen que lui signalaient non-seulement sa réputation, mais encore les œuvres d'arts envoyées par lui à la cour de Siam, pour le nommer son bijoutier royal, et il lui avait conféré, le 14 mars i864, le titre de Khoon-Ralnanqchitre.

Il y a des mines d*or dans différents districts ; celles de Batlambong, près du grand lac de Cambodge, ont attiré l'attention depuis quelques années.

Les mines de Bang-Taphan, au pied des montagnes appelées les Trois-cents-Pics, sont aussi fort renommées , l'or s'y trouve par

petites pépites ayant à peu près la forme de menu gravier.

Le fer existe dans plusieurs provinces de Siam, et les Chinois surtout l'exploitent avantageusement ; aussi a-ton formé des usines considérables qui ont à leur tète de riches propriétaires.

Le enivre est très-abondant, et certains minerais ont offert 30 p. 100 de métal pur; beaucoup d'échantillons sont argentifères; mais les mines ne soni pas encore exploitées.

Les districts de Suphan et de Pak-Phrek produisent beaucoup de plomb, et les montagnes de Rapri abondent en antimoine.

La quantité d'espèces métalliques qui existe dans le pays doit

être prodigieuse; les temples et les palais du Roi renferment des trésors inestimables.

Les ouvriers qui travaillent Tor sont nombreux ; le Roi et les grands en entretiennent toujours quelques-uns attachés à leur service. Dans quelques occasions, six cents sont employés au palais.

Le genre de travail particulier à Siam consiste en coupes et en boites d'arg^nt incrustées d'or ; ces ouvrages sont très-délicats.

La majeure partie des ustensiles de ménage sont en cuivre que les Siamois savent bien travailler. Les riches se servent de ces mêmes ustensiles, mais émaillés, genre d'industrie dans lequel les indigènes excellent ; les produits les plus remarquables sont certainement ces belles écharpes en soie, délicatement brodées d'or, que portent les grands, et qui coûtent jusqu'à 500 francs la pièce.

On fait aussi beaucoup de poteries communes.

Presque tous les produits dont nous venons de parler arrivent au marché de Bangkok pendant les premiers mois de Tannée. C'est donc depuis février jusqu'en juillet la saison active ; c'est à ce moment qu'il y a le plus de concurrence parmi les acheteurs, à cause de la présence des commerçants, que les navires et les jonques amènent régulièrement chaque année. Néanmoins, quoique en quantité moindre, on trouve encore pendant les autres mois de l'année toute espèce de produits.

Indépendamment des productions que nous venons d'énumérer, le royaume de Siam abonde en fruits, qui sont infiniment supérieurs à ceux du Bengale, de Bombay, de la péninsule Malaise, et même de Ccylan, de Java et d'autres contrées tropicales de l'Inde. Bangkok, capitale du Siam, est, à proprement parler, situé au milieu d'une vaste forêt d'arbres fruitiers ; aussi, avec le riz, les fruits forment-ils la principale nourriture des Siamois. Les plus exquis sont l'ananas, la mangue, le mangoustan, le durion et l'orange.

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