‹ Le royaume de SiamChapitre 12 sur 27 · RELIGION -CÉRÉMONIES · texte numérisé non relu

RELIGION -CÉRÉMONIES

La religion du royaume de Siam est le bouddhisme dont les préceptes sont inscrits dans le livre sacré nommé Traiphûnij ce qui veut dire les Trois lieux. Cette dénomination vient de la division même que les Siamois font de l'univers. Ils distinguent, en efTet, trois états de l'Univers :

!• J/Univers en général, dans son ensemble, comprenant la Terre.

^ L'Univers en ce qui concerne le Système des cieux.

3* L'Univers en ce qui concerne l'Enfer.

Les Siamois placent dans la divine Lanka (Ceylan) le siège primitif de leur religion. C'est en effet de Ceylan, que le bouddhisme^ au quatrième siècle de notre ère selon les uns.

et avant Jésus-€hrist selon les autres, a été porté dans Tlndc au delà du Gange.

Bouddha, sans être reconnu pour dieu, est honoré à l'égal de la divinité par le peuple siamois. On lui donne le litre générique de Arahang {éloigné des pécheurs^ père des justes, éloigné des ennemis, c'est-à-dire des mauvais désirs).

Bouddha sait les lois de la nature et connaît toutes les créatures (Tune manière vraie et distincte. Il connaît tous les animaux^ la terre et le ciel; il n'a pas de semblables; toutes les créatures lui sont soumises.

En un mot, il est le maître des hommes et leur enseigne le chemin de la rie spirituelle.

Adorer Bouddha, être supérieur à tous les êtres et présidant aux mystères de la religion à laquelle il a donné son nom à Siam et dans une grande partie de l'Inde orientale, est le premier précepte de la religion bouddhiste. Aussi l'image de Bouddha est-elle répétée à l'infuii, et sa statue, chargée d'or et de pierres précieuses, s'élève dans toutes les pagodes confiées aux soins exclusifs des talapoins ou prêtres. Les préceptes du bouddhisme, il faut le proclamer, ont pour objet essentiel de combattre les mauvais penchants de l'homme et de le rendre digne de jouir, dans un autre monde, d'une vie nouvelle et pure.

Au surplus, nous ne pouvons mieux faire connaître la religion bouddhiste qu'en insérant ici quelques passages de l'excellent ouvrage de Mgr Brîgandet, évêque de Ramatha, qui est resté trente-deux ans en Birmanie.

Ce prélat nous apprend de la manière suivante et d'après

les livres sacrés écrits en pâli \ comment se produisit la vocation du bouddha Gaudama :

« Pendant une succession de sept thingies ' de mondes, celui qui devait devenir bouddha sentit naitre au dedans de lui la pensée du culte bouddhiste qui tint son âme éveillée durant cette immense suite de révolutions de la nature. A cette pensée succéda dans son cœur le désir d'être appelé à cette grande vocation.

« Il comprit tout d'abord que, pour se rendre digne du glorieux objet de ses vœux les plus ardents, il devait se livrer à la pratique des plus hautes vertus, et il ne se succéda pas moins de 125,000 bouddhas dans cet espace de temps.

« Vers la On de cette première période, les méditations intimes de son âme le portèrent à demander ouvertement la gloire de bouddha. Il se passe neuf thingies de inondes, lesquels furent illustrés par 987,000 bouddhas. Au commencement de cette dernière période, celui qui devait devenir Gaudama était un prince du nom de Lankatara, qui régnait sur le pays de Nanda. A ce même moment, parut dans le pays de Kapilawot, un bouddha appelé Thakiamuni Panrana Gaudama^] quand celui-ci traversa le pays de Nanda dans le double but de prêcher la loi et de mendier sa subsistance, le chef Lankalara lui fit de grands cadeaux, en même temps qu'il se jeta a ses pieds pour obtenir de lui la faveur de devenir plus tard un bouddha comme Thakiamuni lui même.

' Traduit de Tangiais, the IJfe or Ijegcnd of Gauâama^ by Ihc Rcv. F. Bigaiidcl, bishop of Ramatha. 1 vol. in-8*. Rangoon, 1866.

* La Mifiyîe représente ruoité suivie deCi zéros selon les uns, de 140 suivant les autres.

' Très-probablement celui connu dans les Annales imiienne$ sous le nom de Çakfja^ iMotini, fondateur du bouddhisme. [Kote du Tradiutrur.)

« Il exprima de plus le vœu de naître dans le même pays, des mêmes père et mère, d'avoir pour épouse la même reine, de monter le même cheval, d'avoir les mêmes compagnons et les mêmes deux grands disciples, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche.

« Thakiamunî répondit à cette demande d'une manière affirmative, mais il ajouta qu'il se passerait encore un temps immense avant que ces vœux fussent exaucés entièrement. Semblable notification avait été faite à tous les bouddhas qui avaient précédé, et une même promesse lui fut faite.

« La troisième période de 4 thingies de mondes fut remarquable par l'absence complète de tout ce qui aurait pu éclairer ou illustrer les divers états de l'existence. Alors une obscurité complète s'étendit sur le cœur et l'esprit du genre humain et les hommes furent enveloppés de profondes ténèbres, a Aucun bouddha, aucun pitzekabouddha ne se révéla pour éclairer de sa science et de sa doctrine Tespril des humains. Aucun tsekiawade, ou roi du monde, n'apparut pour infuser la vie et la force au sein de l'universelle torpeur.

« Mais les cent mille révolutions de la nature qui suivirent cette époque funeste furent plus heureuses, car c'est alors que fleurirent vingt-sept bouddhas, depuis Talimgara, le premier de la série, jusqu'à Kathaba, le dernier qui précéda immédiatement Gaudama.

a C'est pendant la période durant laquelle le bouddha Dcipinkara dirigeait le genre humain que notre futur Gaudama naquit dans le pays d'Amarawatti, de parents riches et illustres appartenant à la caste de Pounhas.

« Encore jeune, il perdit ses parents et hérita de leurs biens.

« Au sein des plaisirs et de l'opulence, il fît un jour cette réflexion : Les richesses que je possède aujourd'hui appartenaient à mes parents, et elles ont été injpuissantes à les sauver de la mort. Hélas ! elles ne me réserveront pas un sort meilleur, et quand je descendrai dans la tombe elles ne me suivront pas. L'enveloppe corporelle qui me recouvre n'est pas digne de pitié, pourquoi alors en aurais-je compassion? Pleine d'impuretés, chargée de pourriture, elle contient tous les éléments de destruction dans les diverses parties de son existence. C'est vers Néibban que je veux tourner mes regards, mes yeux y seront désormais fixés.

« Plein de ces |>ensées, le jeune homme donna tout ce qu'il possédait sans garder rien pour lui, et, délivré du tracas des richesses, il se retira dans un lieu désert où les génies avaient préparé et disposé tout ce qui pourrait lui être utile; mais bientôt, trouvant son existence trop douce, il quitta cet endroit, ne voulant plus d'autre toit que les branches des arbres. »

Voici le résumé succinct des dogmes bouddhistes : <c Tout ce qui existe est divisé en deux parties bien distinctes : l*" les choses qui, susceptibles de changement, obéissent au principe de la mutabilité, telles que la matière dans toutes ses modifications et les êtres vivants, et S"* les choses éternelles et immuables, c'est-à-dire les préceptes de la loi et le neibban. Les choses immuables n'ont ni auteur, ni cause, elles existent par elles-mêmes et sont placées dans des conditions telles que les influences qui causent la mutabilité ne peuvent les atteindre.

« Quant au révélateur de la loi, fiuddha, c'est un homme

\fur^ rjtii pcnihint dcft myriades de siècles a

Mir wMUtn^ jiiHqij'â vAt qu'il ait obtenu XeXeMtm

i'*é*HUh'i\U'it la délivrance de toute$ panions. Dès celle q

jusqu'il Hti mort, c<!t ("aiiinent personnage est considéné

U* tiUiUiv, d(! la n^ligion cl le docteur delà loi. En raisoo delà

i^it*,iu'j* pinfaiti* qiiMl a acu^uise, il a décou?ert et enseigné toas

li't» \fi^f4»\iU»H qui (U)UHlilucnt la loi en vue du salut de tous. D

h't*>i \mH Vnwivwv iUi C/Ctte loi, il en comprend et décoorre

ti'uU^iiwhl U'H |uYN'(q)lr»H par le pouvoir de sa suprême intdli*

yj^hi'r^ iUt mhtw. qun riouH arrivons à distinguer pendant la

imi h'nohjHHqui iiotiH entourent par le moyen d'une lumière.

^ Aiiihi, riiommi^ (|ui ent destiné à observer la loi, se dis- IJMijMi' \mr U*H Migrt(*M earacténstiques suivants :

// Héfti roiMMiUminrj^H Honl supérieures à celles de tous les /'iH'i) imiImi/'h, /i r^xcoption des génies et des brahmas; son iittéMiyj'iuT. i'( Nil \H*\mSi) dépassent celles de tous les autres

tt 1/41 iMJt hHiivhm'i (pi'il HO propose d'atteindre, par l'ob- ^.t'i'yniivv di' lu loi <4 Iti niéditnlion, est d'arriver à un étal l'OMipIt'l d'hMliiïï'i'i*n(u* pour toute» choses.

o NoIohM k\ qui^ r<4ln indifrérence ne consiste pas dans une ftlupldi' ïii^nwïntwv iWn cIiohoh de ce monde, mais qu'il doit tt't'.n\u*r do I» ronnaUNiinec uc(|ui8cde la vanité de ces mêmes

'/ 1.^' m\yi% qui oh\. arrivé h ce degré de science, n'est plus MHJiiiU /t rinllurnn* d(< r(*ll(^ vulgaire illusion qui fait que l'on il loi daiihili*hrjHm(*H qui n'ont aucune réalité en elles-mêmes, i*\ qui, nNisatil qu'un pniu'ipe éphémère, changent incessamiiinil di' InriiK' i*l flitalenient s'eiTacenlou s'annihilent.

« Il en résulte un mépris qui s'étend jusqu'à soi-même. L'individu n'aspire plus alors qu'au moment où il sera dégagé de son enveloppe terrestre.

c< C'est ce qui explique que le bouddha Gaudama, après avoir conquis ce suprême état de perfection, considérait avec une égale indifférence les méchants et les bons, et que, sous un autre rapport, un nombre considérable d'anachorètes ont été considérés pour s'être laissé dévorer par des bêtes féroces ou mordre par des caïmans vénéneux, plutôt que témoigner le moindre signe de frayeur.

« Le mépris d'eux-mêmes était d'autant plus complet qu'ils savaient très-bien que leur corps est, ainsi que toutes choses, un composé de quatre éléments et est totalement distinct de leur individu moral.

c< En somme, cinq commandements forment la base de la morale bouddhiste, et sont obligatoires à tous les humains.

Ci Ces commandements sont :

« N'ôter la vie à aucun être vivant;

<c Ne pas voler;

« Ne pas commettre d'adultère ;

« Ne pas mentir;

c< Et ne pas boire de boissons enivrantes. »

Chose remarquable, de ces commandements découlent cinq défenses, ce qui impliquerait que l'homme est surtout enclin au mal ou péché. La loi bouddhiste défend le mal sans indiquer le moyen de faire le bien : elle ne relève pas l'individu, mais l'empêche seulement de tomber plus bas.

Nous voulons donner encore quelques détails puisés dans

Touvrage déjà cité de S. John Bowring, et qui ne seront pas sans intérêt pour nos lecteurs, qui y verroat la manière dont on procède à l'ordination d'un Phra ou talapoin.

Le candidat est vêtu de blanc, et accompagné par ses parents et amis il se rend au temple. La troupe est précédée de nombreux musiciens et de porteurs chargés de présents pour la pagode. Arrivé au temple, le candidates! introduit dans une grande salle, où se trouvent une douzaine de Phras. Le premier s'assoit sur un tapis, les autres talapoins se rangent en égal nombre à la droite et à la gauche.

Puis un des talapokis présente le candidat en disant :

« Voici une personne que je vous présente comme désirant être ordonnée Phra. » Le candidat s'avance rampant sur les genoux, et après trois salutations il dit, en joignant les mains sur son front. « Vénérable président, je vous regarde comme mon ordinateur : » puis il se recule de douze coudées. C'est alors que le Phra introducteur lui pose les questions suivantes.

Le Phra. — Candidat, vous devez répondre avec sincérité aux diverses questions qui vont vous être posées. Êtes-vous lépreux?

Le Candidat. — Non, monsieur.

Le Phra. — Avez-vous été atteint d'aliénation mentale?

lie Candidat. — Non, monsieur.

Le Phra. — Les magiciens ont-ils exercé sur vous quelque influence pernicieuse?

Le Canotoat. — Non, monsieur.

Le Phra. — Êtes-vous du sexe masculin ?

Le Candidat. — Oui, monsieur.

Le Para. — A vez-vous des dettes?

Le Candidat. — Non, monsieur.

Le Phra. — Êtes- vous esclave ou fugitif?

Le Candidat. — Non, monsieur.

Le Phra. — Vos parents vous ont-ils donné leur consentement ?

Le Candidat. — Oui, monsieur.

Le Phra. — Avez-vous plus de vingt ans?

Le Candidat. — Oui, monsieur.

Le Phare. — Vous êles-vous muni d'un langouti jaune, d'une ceinture, d'un manteau, d'une écharpe et d*un pot?

Le Candidat. — Oui, monsieur.

Le Para. — Avancez alors.

Le candidat s'avance sur ses genoux et joignant les mains il dit par trois fois : « père bienfaisant, je vous prie de m'admettre à la dignité de Phra. Ayez pitié de moi. Retire/ moi de l'abaissement des laïques où je me trouve, pour m'élever à la parfaite condition de Phra. »

Le Phra officiant dit alors : «Frères, s'il est un de vous qui ait quelques objections à opposer à la réception du candidat, c'est maintenant qu'il doit parler. »

Après une pause il ajoute : <c Aucune objection n'ayant été présentée, le candidat est admis. »

On apporte un registre, et pendant qu'on y inscrit le nom, l'âge du candidat, celui-ci revêt les nouveaux vêtements jaunes du Phra. Un éventail est placé dans sa main, un pot sous son bras, et le Phra ofRciant lui adresse ces paroles :

«Maintenant que vous êtes reçu je dois vous apprendre quels vont être vos devoirs et les péchés que vous devrez surtout éviter.

« Chaque jour vous devez demander l'aumône de votre subsistance.

« Vous devez être toujours revêtu de vos vêtements jaunes. Vous devez demeurer dans des pagodes et non dans les habitations des laïques, vous devez vous abstenir des plaisirs charnels, du mensonge, du vol et du meurtre appliqué à qui ou quoi que ce soit. »

Les novices doivent demeurer au moins trois mois au couvent, après quoi ils peuvent rentrer dans la vie civile, mais s'ils désirent reprendre l'habit ecclésiastique, il faut qu'ils soient ordonnés à nouveau.

Beaucoup restent deux ou trois ans et se marient ensuite; cependant cela constitue une infraction à la règle de Bouddha, qui ne permettait pas le renoncement aux vœux monastiques.

Quand un Phra meurt, on lui enlève ses vêtements jaunes, car ceux-ci ne doivent jamais se trouver en rapport avec la pourriture.

Voici quelques maximes ou préceptes qui forment en grande partie la règle des Phras.

Ne tuez aucun être humain. ,

Ne volez pas.

Évitez les péchés de la chair.

Ne soyez pas orgueilleux de votre propre sainteté.

Ne labourez pas la terre.

Ne détruisez aucun arbre.

Ne tuez aucun animal.

Ne buvez aucun breuvage enivrant.

Ne mangez pas de riz après midi.

Ne faites pas attention aux chansons, à la musique ou à la

danse.

Ne vous servez d'aucun parfum pour le corps.

Ne vous asseyez ni ne dormez dans un endroit plus élevé

que celui où se trouve votre supérieur.

N'ayez ni or ni argent en voire possession.

Ne parlez que de sujets religieux.

Ne faites que des œuvres de religion.

Ne donnez pas de fleurs aux femmes.

Ne remerciez personne pour vous avoir donné Taumône. N'empruntez rien àBes laïques.

Ne prêtez rien à intérêt, fût-ce même un petit pot. N'ayez pas d'instruments de guerre, de lances, de sabres. Ne mangez pas à l'excès.

Ne dormez pas à l'excès.

Ne chantez aucune chanson gaie.

Ne jouez d'aucun instrument. Évitez les courses et les jeux. Ne jugez pas votre voisin ; ne dites pas de celui-ci : Il est

mauvais, — de celui-là : Il est bon.

Ne travaillez pas pour de l'argent.

Ne donnez pas de forte médecine à une femme enceinte. Ne recherchez aucun plaisir à regarderies femmes. Ne faites aucune incision qui fasse venir le sang. N'achetez ni ne vendez rien.

Quand vous mangez, ne faites pas de bruit comme des chiens.

Ne dormez pas dans un endroit ouvert.

N'administrez aucun poison.

Cest pécher que :

De ne pas marcher dans les rues dans une posture contemplative ;

De ne pas se raser la tête et les sourcils et de négliger ses ongles ;

De remuer les jambes quand on est assis ;

D'affecter Tair austère des moines des bois ; d'avoir Tair plus sévère que les autres et de ne pas faire concorder les paroles avec les actions ;

De recevoir des aumônes pour les donner à un autre ;

De parler à une femme dans un endroit secret;

De se mêler des affaires royales, excepté quand elles concernent la religion ;

De cultiver la terre ; d'élever des dindons, des poulets, des vaches, des buffles, des éléphants, des chevaux, des cochons ou des chiens, comme les laïques ;

De posséder en propre des objets d'or ou d'argent ;

De prêcher dans une autre langue qu'en pâli;

De s'asseoir sur la même natte qu'une femme ;

De faire cuire du riz;

De manger quelque chose qui n'a pas été offert les mains jointes ;

De rêver d'une femme et d'être réveillé par le rêve ;

De convoiter le bien d'autrui;

De parler d'une façon injurieuse, de la terre, du vent, du feu, de l'eau et de quoique ce soit ;

Etc., etc., etc.

Cependant, il ne faut pas croire que le bouddhisme de Sîam soit identique au bouddhisme indien. Il existe, en effet, entre les deux doctrines quoique semblables, des différences notables. C'est ainsi que les Siamois distinguent neuf degrés dans la perfection, tandis que les bouddhistes indiens en comptentonze. Il n'y en a que dix proprement dits, un de plus que chez les Siamois, puisque le onzième et dernier est Tassimi* lation à Bouddha. Ajoutons encore que la doctrine du Nirvana du bouddhisme indien a son équivalent dans le Niphan du bouddhisme siamois. Toutes les deux sont l'image de l'anéantissement, de l'extinction. L'aumône est la'vertu souveraine selon la prescription bouddhiste ; aussi tous les jours, à l'aurore, les fleuves et les canaux sont sillonnés par les talapoins, qui vont mendier, et tous les pieux Siamois, et surtout les femmes et les enfants, se mettent-ils sur le pas de leur porte pour donner leur offrande aux prêtres qui passent avec leur besace ou leur marmite.

Quoique le bouddhisme soit la religion du royaume deSiam, le Roi défunt, très-tolérant pour l'observance de tous les cultes, protégeait et faisait respecter le christianisme.

Depuis de longues années, de nombreux missionnaires s'efforcent de convertir au catholicisme les populations siamoises ; Bangkok est le siège d'un vicariat apostolique, dont le titulaire actuel est Mgr Dupond, évêque d'Azoth. Ce prélat, qui est resté trente ans sur le sol siamois, est en ce moment à Paris ; il a été, ainsi que tous les évêques de la chrétienté, appelé à assister au Concile œcuménique de cette année.

Nous venons de dire que le défunt Roi de Siam était très-tolérant pour l'observance de tous les cultes. Sa Majesté

« laissent bâtir leurs églises et faire tranquillement leurs tt missions. »

Parmi les cérémonies, la plus curieuse est celle des funérailles. La crémation est d'un usage universel qu'il faut attribuer non-seulement à la religion, mais aussi à l'inondation qui couvre le pays pendant plusieurs mois de l'année.

Les cérémonies qui accompagnent la crémation des personnes royales se font avec un grand apparat. En voici la description selon un témoin oculaire, Mgr Pallegoix :

« Quand un Roi de Siam est mort, on lui fait avaler une c( grande quantité de vif-argent, on lui met un masque d'or, « et on l'établit, solidement assis, sur un trône percé au- « dessous duquel est un grand vase d'or; le vif-argent le des- :< sèche promptement; tous les jours on va en grande céré- X monie vider dans le fleuve ce qui est tombé dans le vase « d'or, et lorsque le corps est bien desséché, on l'accroupit, « les mains jointes, dans une grande urne d'or où on le c( garde environ un an, pendant qu'on fait les préparatifs de c( ses funérailles. On envoie couper dans les forêts les plus « grands arbres qu'on puisse trouver. Tout le peuple est mis c( en réquisition pour la construction d'un catafalque colossal « et pyramidal, de 300 pieds de haut, qu'on élève sur « une grande place au milieu de la ville... Au temps fixé, on « processionne en grande pompe sur un char doré l'urne qui « renferme le corps du défunt ; on le place sur une haute (c estrade; alors commencent les jeux publics, qui durent « sept jours. Le dernier jour, le souverain héréditaire met c( lui-même le feu au bûcher composé de sandal et autres

acluellc, Somdetch Pra Paramendr Haha Ghulalonkorn Klow, suit les traces de son auguste père, et nous pouvons ajouter que ce n'est pas d'aujourd'hui seulement que cet hommage doit être rendu aux sentiments des souverains de ce pays et & la nation siamoise, car, il y a bientôt deux siècles, notre illustre la Bruyère, ce grand écrivain, l'une des gloires les plus pures du règne de Louis XIV, l'auteur, en un mot, des Caractère», a, dans son livre immortel, consacré tout un paragraphe au Siam et à l'esprit de tolérance religieuse qui distinguait déjà cette nation.

Voici ce curieux passage de son livre :

a Si l'on nous assurait que le motif secret de l'ambassade ' « des Siamois a été d'exciter le roi très-chrétien à renoncer « au christianisme, à permettre l'entrée de son royaume aux « talapoins qui eussent pénétré dans nos maisons pour per- « suader leur religion à nos femmes, à nos enfants et à nous- « mêmes, par leurs livres et par leurs entretiens ; qui « eussent élevé des pagodes au milieu des villes, où ils « eussent placé des figures de métal pour être adorées; ar« « quelles risées et quel étrange mépris n'erOendriom-tyHU pat « des choses « extravagantes ? Nous faisons cependant six a mille lieues de mer pour la conversion des Indes, des « royaumes de Siam, de la Chine et du Japon, c'est-à-dire a pour faire à tous ces peuples des propositions qui doireal " Ifur [larailrc Mlcs et l'iiliniles : lU sHfi/ii>rlrnl. unnmtÛHs,

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c( bois odoriférants. Quant aux os qui ne sont pas consumés, « on les réduit en poudre, on les mêle avec un peu d'argile « et on en fait de petites statues. »

Ces cérémonies, dans lesquelles le gouvernement déploie un grand luxe, attirent un immense concours de population toujours empressée d'honorer par sa présence la mémoire de ses rois défunts.

Il est encore une cérémonie ou plutôt une sr ite de fêtes que les Siamois célèbrent avec empressement. Mous voulons parler des solennités qui ont lieu tous les ans, à l'époque de l'anniversaire de la naissance du Roi, et que signalent de grandes processions sur terre et sur l'eau, pendant lesquelles le souverain, accompagné de la famille royale et de toute sa cour, visite les pagodes principales de son royaume. Nous devons à un témoin oculaire de ces dernières cérémonies qui ont eu lieu au mois d'octobre 1867, un récit auquel nous allons emprunter quelques détails intéressants.

Nous laisserons parler le narrateur :

ce Le 19 octobre 1867,onteu lieu àBangkok les processions sur terre et sur l'eau, présidées par le Roi de Siam, dans le but d'aller en |)èlerinage, à l'occasion de l'anniversaire de sa naissance, aux pagodes royales disséminées dans Bangkok et sur les bords du fleuve Mé-Nam.

« Dans la procession sur terre, le Roi, précédé de sa garde et de sa musique, est assis sur un trône porté en palanquin par huit pages et escorté de trois mandarins tenant ouverts des parasols à huit étages qui sont les insignes de la royauté du Siam. Le cortège, composé de plusieurs voitures à l'européenne où se trouvent les princes et princesses de la famille

royale, défile au milieu de la foule du peuple et des habitants, qui ont pris soin d'exposer sur le passage du Roi leurs étoffes les plus riches.

c( Dans la procession sur l'eau, la solennité est encore plus imposante.

« Le Roi, couronne en tête, quitte le palais et monte dans sa barque de cérémonie, suivie par toutes celles des mandarins. Rien de plus pittoresque à voir que cette multitude de pirogues dorées et occupées par tous les personnages de haut rang en costumes officiels.

« Quatre barques de 120 pieds de longueur, et où se trouve la garde du Roi, ouvrent la marche ; viennent après deux barques contenant, Tune la musique européenne, et l'autre la musique siamoise. Apparaissent ensuite les barques royales, parmi lesquelless'avance majestueusement celle du Roi. Cette barque est longue de plus de 100 pieds, ornée à l'avant d'un groupe de dragons dorés de 50 pieds de haut, et surmontée de parasols d'or à sept étages. Sur la barque royale s'élève le trône surmonté d'un dôme représentant la couronne royale. De chaque côté du trône, dont les marches sont couvertes de riches tapis, est un arbre d'or aux feuilles du même métal, et qui est encore un insigne royal. En face du trône et sur une espèce d'étagère à deux gradins sont placées les théières, les coupes d'or ornées de diamants et d'émeraudes ; à côté est un riche coussin sur lequel sont posées les pantoufles du Roi lorsqu'il les quitte pour descendre à terre, car Sa Majesté siamoise ne marche jamais dans ces solennités religieuses que pieds nus. De l'arrière à l'avant et au centre de la barque royale se tiennent les grands mandarins portant

les parasols ouverts pendant tout le temps que le Roi est présent et ceux chargés de la préparation du bétel pour Sa Majesté.

ce Le Roi, assis sur son trône et couronne en tête, appuie sa main droite sur une canne tellement couverte de diamants et de pierres précieuses, qu'on n'en pourrait reconnaître la matière ; sa main gauche tient un mouchoir blanc à coins brodés d*or. Les doigts des mains, la poitrine du Roi, sont également resplendissants de pierres précieuses, et la couronne royale est tellement lourde qu'elle interdit presque le mouvement à Sa Majesté.

ce A droite de la barque royale est une autre barque, moins grande et moins riche que la première, ayant au centre, au lieu d'un trône, un dôme doré garni de rideaux de drap d'or ; c'est cette barque qui accoste la terre et dans laquelle le Roi descend pour aborder et se rendre aux pagodes, après avoir ôté sa couronne et ses pantoufles et pris un costume plus léger.

ce Une autre barque contient les présents destinés par le Roi aux talapoins et aux pagodes, présents confiés à la garde de nombreux serviteurs portant une veste rouge et une calotte violette.

c< Le costume nouveau pris par le Roi en quittant sa barque se compose d'une chemise de mousseline blanche retenue par des boutons de diamants d'une grosseur prodigieuse, d'un langouti national en soie brochée, d'une veste de drap d'or ornée de plaques et de boutons en diamants ; sur sa tête est une toque de velours noir garnie de diamants et de rubis.

c< Lorsque le Roi a mis pied à terre, un bruii de conques

marines se fait entendre, et aussitôt tous les mandarins et le peuple se prosternent, le visage tourné du côté de Sa Majesté, en levant les mains au ciel comme pour implorer sa protection ; ensuite les mandarins, ayant à leur tête les plus élevés en grade, se mettent en marche et se dirigent vers la pagode que le Roi va visiter. Tout le parcours du chemin est tendu de nattes; à l'entrée de la pagode, deux pages se présentent pour laver les pieds de Sa Majesté ; une aiguière d'or et un plateau de même métal déposés sur un riche tapis servent à cette cérémonie.

« Le costume des grands mandarins ressemble assez à celui des prêtres officiant dans nos grandes cérémonies religieuses, et revêtus de leurs riches ornements. Par-dessus le langoutis en soie, ils portent une longue chemise en mousseline brochée, brodée d'or en bas, au collet, aux poignets, et ayant au-dessous du coude une large broderie faisant le tour du bras ; un sabre enrichi de pierres précieuses est porté en sautoir et retenu par un large baudrier orné d'or et de diamants ; les mandarins d'un ordre inférieur ont les mêmes broderies, mais en soie blanche.

« A la porte de la pagode et tout autour de l'enceinte qui est immense et renferme une quantité de petits temples et de jardins pittoresques semblables à ceux de la Chine, sont placés, dans des pavillons ouverts, les membres delà famille royale et les premiers dignitaires de l'État qui se retirent ù la suite du Roi et remontent dans leurs barques respectives lorsque, les cérémonies étant terminées. Sa Majesté rentre dans son palais. »

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