‹ Le royaume de SiamChapitre 3 sur 27 · POSITION GÉOGRAPHIQUE - CLIMAT - PRODUCTIONS · texte numérisé non relu

POSITION GÉOGRAPHIQUE - CLIMAT - PRODUCTIONS

Ce royaume, Tun des Étals les plus riches de Textrême Orient, appelé par les indigènes Sajam (race brune), est borné au nord par la principauté de Xieng-Tong, qui dépend de la Birmanie, au sud par la mer (golfe de Siam), a Test par Tempire d'Annam et le royaume du Cambodge*,

' Aux termes d'un traité passé à Paris le 15 juillet 1867, entre ta France, représentée par M. le marquis de Moustier, alq^s ministre des affaires étrangères, et le royaume de Siaro, représenté par LL. EE. Phya Surawongse, premier ambassadeur, et Phra Raxa Sena; deuxième ambassadeur, une nouvelle délimitation des frontières du Siam et du Cambodge a été fixée; et, Tannée suivante, une commission mixte composée de Français, de Siamois et de Cambodgiens, a opéré cette délimitation.

et à l'ouest par Tempire Birman et les possessions anglaises de la presqu'île de Malacca \

Sa superficie est d'environ 22,810 kilomètres carrés ; il s'étend depuis le 4* degré de latitude nord jusqu'au 22* ; sa plus grande largeur, de l'est à l'ouest, est de 600 kilomètres, depuis le 96* jusqu'au 102* degré de longitude.

Sa population totale, y compris celle des pays tributaires, est évaluée à 6,000,000 d'âmes, mais d'origines différentes, qu'on peut répartir ainsi : Siamois ou naturels du pays, 1,900,000; Chinois, 1,500,000; Malais, 1,000,000; Laotiens, 1,000,000; Cambodgiens, 500,000; Péguans, 50,000; Karimgs, Xongs et Lavas, 50,000. Ce chiffre de 6,000,000 d'habitants paraît bien faible si l'on considère la densité des populations des payscirconvoisins; aussi certains géographes l'ont-ils porté à 8,000,000 et au-dessus.

On comptait autrefois, parmi les États tributaires du royaume de Siam, le Cambodge ayant alors un vaste territoire réduit aujourd'hui à quatre provinces situées entre le Siam et la Cochinchine. Cet État est borné, au midi, par la mer; au nord par le royaume d'Annam, à l'ouest par le royaume de Siam et à Test par la Cochinchine, et est traversé dans toute sa longueur par le fleuve Mékong. La po^ pulation actuelle du Cambodge est de 500,000 âmes, et sa capitale, nommée Udong, a environ 12,000 habitants *.

Sur ses côtes maritimes, le Siam possède un certain nombre d'excellents ports, en Icle desquels nous placerons

* L'Angleterre, par un li^aité conclu en 18G8 avec le Siam, a de nouveau délimité ses frontières par rapport à ses possessions de Ténassérim, c'est-à-dire en regard de lo clialne de montagnes qui coupe la presqu'île de Malacca dans toute sa longueur.

* On sait que le Cambodge a été placé sous le protectorat de la France.

Bang-pla-soi, Ghantaboun, ville jadis fortifiée, mais le principal est Paknam, qui se trouve à renibouchure du Mé-Nam et à quelques lieues de Bangkok, capitale du royaume. La ville de Bangkok est située sur le Mé-Nam, un des plus beaux fleuves de l'extrême Orient. Au fond du golfe où ce fleuve se jette, les navires qui le remontent pour aller à Bangkok rencontrent bientôt une large et longue barre de sable ; mais, à Taide de pilotes et de la marée montante, ces navires (si leur tonnage n'excède pas 500 tonneaux) peuvent la franchir, suivre le lit du fleuve et venir jeter l'ancre au centre même de la capitale. Il est difficile de trouver un port aussi vaste car il peut contenir jusqu'à dix mille navires en pleine sécurité.

L'immense vallée du Siam est bordée, à Test et à l'ouest, par deux chaînes de montagnes, couvertes de forêts; elles s'élèvent en amphithéâtre et sont à juste titre considérées comme des ramifications de l'Himalaya. La chaîne de l'est se termine au Cambodge; celle de l'ouest s'étend jusqu'à l'extrémité de la presqu'île malaise. Cette plaine, qui a 600 kilomètres de long sur 200 de large, est arrosée par le Mé-Nam [ou mère des eaux) S qui, pareil au Nil, l'inonde une fois par an, depuis le mois de juin jusqu'à celui de novembre et y dépose un limon fertilisant. Pendant ce temps, une infinité de barques circulent en tous sens à travers les rizières, espacées de manière à former une multitude de canaux laissés libres pour la circulation.

Tant que dure l'inondation, les poissons affluent dans les

' Ce mot de la langue thaï se décompose ainsi : Mé = Mère. Nam = Eau. Mère des eaux. U faut ici remarquer que, dans cette langue comme dans la langue sacrée de l'inde, le sanscrit, tes noms de fleuves sont féminins. Aussi est-ce à tort que l'on dit le Ganget on devrait dire la Gange,

rizières et fournissent une nourriture abondante et saine qui, augmentée du riz récolté, de la volaille, des fruits et des légumes, assure la subsistance de la population dans les conditions les plus favorables.

Le climat du royaume de Siam est plus ou moins variable, selon la latitude; la chaleur y est toujours supportable. Il existe pour le pays trois saisons : celle des pluies, celle de la sécheresse, et celle des chaleurs, appelée communément saison chaude. L'époque la plus chaude comprend les mois de mars et d'avril; alors le thermomètre centigrade monte ordinairement de 35 à 40^ à l'ombre.

Pourtant ces variations subites de température ne nuisent en aucune façon à la végétation de cette contrée si riche par ses productions de toutes sortes. Les semailles y poussent presque sans culture.

Un simple sillon tracé, quelques grains de riz jetés dans cette ouverture béante, suffisent ; le reste est l'œuvre de la nature. De ce sillon, cultivé d'une façon aussi expéditive, sortira une récolle abondante de riz. Il en est de même pour les autres cultures. La terre produit d'elle-même pour ainsi dire : ^onte sua. Aussi trouve-t-ondansle royaume de Siam des productions végétales de toute nature. Les principales sont : le riz commun, le riz des montagnes, le riz gluant et le riz rouge S le maïs et des légumes variés, qui servent à la nourriture ,

ordinaire de la population. Le palmier, le figuier, le bananier, j

* Ii€s indigènes comptent une grande variété de riz. Ils n'en ont pas moins de quarante espèces diflérentes. Nous n'en distinguons que quatre f attendu que ce sont les seules que connaisse le commerce. Les Laos, sur les quatre espèces, ont une préférence marquée pour ie rii gluant» Quant aux Siamois et aux Chinois, ils ne se servent du riz gluant que i

pour faire des gâteaux. C'est de cette espèce de riz qu'ils tirent leur eau-de-vie de m i

ou Irak. 1

Toranger, le citronnier, l'olivier, le mûrier, le cotonnier, l'amandier, l'indigotier, le bois de teinture, le bois de teck, le tabac, couvrent le sol siamois en abondance. Ces derniers produits sont cultivés avec soin et succès par les habitants des campagnes, attendu qu'ils sont la base même du commerce siamois. Le caféier, dont les missionnaires ont récemment introduit la culture à Battabong, est devenu une riche production du pays.

Les fruits sont les plus savoureux de l'Orient ; on y trouve en abondance le durian, le mangoustan, la mangue, le jack, l'orange, etc., etc.

Le règne animal est non moins varié.

En première ligne se présente l'éléphant. Les animaux de cette espèce vivent en troupes nombreuses dans les forêts où on les chasse à l'aide de femelles privées qui attirent les mâles dans des embûches préparées a l'avance.

Réduit à l'état de domesticité, l'éléphant est doux, intelligent, et rend d'innombrables services à son maître.

Des habitants des forêts siamoises, le tigre royal est le plus redoutable; il attaque l'homme lorsqu'il le rencontre et dévore les bœufs, les buffles, les cerfs et les cochons sauvages dont il fait un grand carnage.

Les rhinocéros, les sangliers, les cerfs, les daims, les chevreuils, les gazelles, les chèvres et les singes de diverses espèces complètent cette nomenclature.

Les oiseaux sont aussi très-nombreux. Le petit aigle, le vautour, Targala à tête chauve, le corbeau, le pélican, la grue, le héron, le cormoran, l'ibis, le paon, ainsi

qu'un grand nombre d'oiseaux connus en Europe, pullulent dans ces contrées.

Les principaux reptiles sont : le crocodile qui atteint une longueur de vingt-cinq pieds et dont la voracité répond à la taille; le caméléon, le boa constrictor, le serpeni de feu; le jecko que l'on voit dans les habitations, se livrant à la destruction des moustiques et autres insectes et une immense variété d'autres espèces. Nul pays ne produit plus de reptiles que le royaume de Siam. Les fleuves et la mer contiennent d'ailleurs une multitude d'habitants dont la liste complète serait beaucoup trop longue; citons seulement : les tortues, les souffleurs, les marsouins, les requins, les dauphins, les bonites, les dorades, les petites baleines qui fourmillent à l'embouchure des rivières.

La richesse du royaume de Siam consiste, surtout, dans les nombreux minéraux que recèle son sol qui change et se modifie pour ainsi dire*. Le sol renferme, en effet, des mines d'or, de cuivre, d'étain, de plomb, d'antimoine, de zinc et de fer; on y trouve aussi des pierres précieuses, telles que topazes, émeraudes, saphirs et rubis.

C'est l'étain qui est le plus abondant. Les provinces de

• Oui, le sol change. Quelque étrange que puisse paraître celte assertion, elle ne manque pourtant ni de vérité, ni de vraisemblance. On peut voir, dans le curieux ouvrage de Mgr Pallegoix, les obsen'ations qu'il a faites lui-même et qui conilrmcnt notre assertion, que le sol change, $e hausse ou se baisse. Qu'il nous suffise de dire que le sol de l'ancienne capitale Juthia s'est haussé de 5 mètres ; ce qui le prouve d'une façon évidente, c'est qu'en creusant à cette profondeur, on rencontre des détritus d'arbres, de plantes et des cristallisations fort curieuses. Ajoutons encore que la mer qui se retire tous les jours, comme l'a constaté l'évêque de Mallos, ne contribue pas moins à modifier le sol. De plus, les annales siamoises, se rapportant à l'an 650 de notre ère, établissent qu'à cette époque les jonques chinoises remontaient le fleuve Mé-Nam jusqu'à la ville de Sangkhatok. Or, actuellement, Sangkhalok est à plus de 120 lieues delà mor.

Xalang, Xaija, Xumphon^ Rapri, Pak-Phrïk en possèdent des mines nombreuses.

x\près Télain vient l'or qui se trouve un peu partout. C'est la province de Xumphon qui en contient la mine la plus importante située dans la montagne de Bang-Taphan ; elle appartient au Roi et est gardée, contre les incursions, par des soldats. Pourtant on peut aller y extraire de l'or à la condition de payer au gouvernement, c'est-à-dire au Roi, une somme fixée d'avance, et il suffît de prendre une poignée de terre, de la laver dans une sébille pour obtenir des grains d'or en assez grand nombre. L'argent n'existe pas à l'état natif.

Ouant aux pierres précieuses, le sol en possède beaucoup, surtout à Chanta-Boun, où les planteurs de tabac et de cannes à sucre les trouvent en cultivant. Seulement, chose curieuse, les Siamois n'attachent pas une grande importance aux topazes, aux émeraudes, aux rubis et aux saphirs, car, au lieu de les polir et d^en faire le commerce, ils préfèrent les vendre brutes à la livre. Le prix de la livre varie de seize à soixante francs. Ce sont les Chinois qui achètent ces pierres brutes, qui les travaillent et viennent ensuite les revendre à ceux-là mêmes qui les leur ont d'abord vendues.

D'après ce qui précède, on peut voir que le royaume de Siam n'a rien à envier aux autres pays sous le rapport des productions. Elles sont nombreuses, vigoureuses, variées, et la culture ou Textraclion en est facile.

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