‹ Le royaume de SiamChapitre 8 sur 27 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

MCEURS- USAGES

Les mœurs sont très-douces. Les Siamois, dit Mgr Pallegoix dont le témoignage est fort précieux en raison du long séjour de ce digne prélat dans le pays, appartiennent à la race mongole. Leur taille moyenne est d'environ 5 pieds 2 pouces; ils ont les membres inférieurs forts et bien proportionnés, le corps long, les épaules larges, les membres et la poitrine bien développés, le cou court, et la tète proportionnée ; enfin les mains sont grandes et le teiut olivâtre. La partie supérieure du front est étroite, le visage est large entre les pommettes, et le menton est étroit par rapport à la partie supérieure de la tête. Les yeux sont noirs et bien fendus, le blanc est légèrement teinté de jaune. Le nez est un peu aplati, les narines sont ouvertes, les lèvres

s'avancent, mais peu. Ils s*épilent la barbe. Les cheveux sont rudes et d'un beau noir; ils les gardent en touffe sur le haut de la tête, le reste de la chevelure est rasé ; seulement, les femmes conservent de plus deux mèches de cheveux d'une longueur de 2 à 5 pouces qui longent les tempes.

On rase la tête des enfants dès leur bas âge. A trois ou quatre ans, on leur garde un toupet rond au sommet de la tête, mais un peu en avant. Ce toupet de cheveux, qui est bien peigné, arlistement noué et retenu par une belle épingle en or ou en argent que les pauvres remplacent par un piquant de porc-épic, n'est coupé que lorsque les enfants ont atteint douze ou treize ans. Cet usage donne alors lieu à une cérémonie de famille que l'on nomme : cérémonie de la coupe du toupet.

Une d'elles s'est accomplie au mois de mars 1868, à la cour de Siam, sur la personne de la princesse Fuang Cambodiaratne, fille cadette du roi de Cambodge, Naradon. Cette jeune princesse résidait alors à la cour de Siam avec sa sœur, la princesse Cambodia Raymladuang. On sait que le roi de Cambodge, qui était précédemment tributaire du royaume de Siam, a reconnu le protectorat de la France, à laquelle il est lié par un traité d'alliance perpétuelle.

La tête est tellement chose sacrée chez les Siamois, que personne, même les esclaves, ne supporterait qu'on les touchât de la main sur cette partie du corps ; enfin, ils portent si loin le respect du chef^ qu'ils ne demeureraient jamais dans une maison dont l'étage supérieur serait habité par d'autres personnes.

^^^Mgggm

Leur costume est des plus primitifs. 11 se compose pour les femmes comme pour les hommes d'une simple pièce d'indienne teinte (langoutis) qu'ils attachent à la ceinture, en ayant soin d'en relever les deux bouts. Les jeunes filles nubiles portent toujours une écharpe qui leur couvre la poitrine. Ce n'est qu'après leur mariage qu'elles laissent la partie supérieure du corps à découvert; cependant aujourd'hui celles qui se respectent se drapent d'une gaze. D'une propreté excessive, ils se lavent et se peignent jusqu'à deux et même trois fois par'jour. Leur caractère est doux. Us sont naturellement affables, aiment passionnément les bijoux, l'or, l'drgent, en général ce qui brille. Les jeux et les divertissements sont en grande faveur. De plus, le peuple de ce pays a un goût naturel pour les métiers et les arts industriels. 11 accueille les étrangers avec bienveillance et se montre trèsdocile envers l'autorité; la vieillesse est très en honneur, et le respect pour les parents très-profond. Ils ont comme on le voit aussi le culte de la famille.

Les cérémonies du mariage ont un cachet tout particulier ; c'est toujours un entremetteur qui va trouver les parents de la jeune fille. — Le prétendu doit payer une dot que les parents acceptent en rendant l'équivalent en objets de toilette et de ménage. — Le jour de la cérémonie arrivé, le futur, accompagné de ses parents en tète desquels marchent les talapoins avec la musique, se rend dans la famille de la prétendue, suivi de personnes portant des plateaux chargés de présents, dont deux de chaque espèce. Leur nombre n'est jamais moindre de douze et va quelquefois jusqu'à cent. Une fois réunis, le garçon et la jeune fille viennent saluer leurs

parents, puis on mâche le bétel apporté par le mari, ce qui est le signe de Talliance des deux époux. Cette cérémonie terminée, commence un repas en commun après lequel le mari retourne chez lui, suivi de son cortège ; dans la soirée les parents de la jeune mariée la conduisent au domicile conjugal.

Quoique la polygamie soît dans les mœurs du pays, elle n'y a cependant pas Tinfluence exagérée qu'on lui attribue dans d'autres contrées de l'extrême Orient.

On peut en juger par les détails aulhefitiques suivants :

Le défunt Roi a laissé 62 descendants dont 29 fils et 33 filles.

Dix enfants naquirent d'une seule de ses femmes. Une autre lui en donna 7, une autre 4, etc. En somme, 30 femmes seulement ont donné le jour aux fils et filles dont nous avons parlé plus haut.

Les autres femmes composant le harem royal, et qui sont toutes prises parmi les princesses ou filles de mandarins de haut rang admises par faveur spéciale dans le palais du souverain, attendent que Sa Majesté leur procure, lorsqu'elles ne sont pas choisies par lui, des alliances en rapport avec le rang de leur famille.

Il y a loin de là, comme on le voit, aux 600 concubines attribuées au Roi de Siam.

Rien que le Siamois riche puisse avoir trente femmes, il n'en est pas moins vrai qu'il n'en a qu'une légalement. Ce sont, en effet, les enfants seuls de la première femme légitime qui héritent» Les autres n'ont que ce que leur père

leur a donné de son vivant. De plus, cette première femme a seule le droit de commander ; les autres n'ont que le devoir d'obéir.

Du reste, l'esclavage est entré à tel point dans les mœurs du pays que les esclaves y forment au moins le tiers de la population. Ils se divisent en deux classes :

1" Les captifs ou prisonniers de guerre ;

2*" Les esclaves ordinaires, c'est-à-dire ceux qui ont été obligés de se vendre eux-mêmes pour vivre et payer leurs dettes ou ceux qui ont été vendus par les pères et mères dans leur bas âg[e. Les premiers peuvent toujours se racheter en payant leur dette; peut-être est-il à regretter qu'ils n'aient droit à aucune rétribution comme salaire et que leur travail ne compte que pour l'intérêt de leur dette. — Quant à ceux qui sont nés dans l'esclavage, la loi leur permet de devenir libres au moyen d'une rançon dont le taux est fixé par le gouvernement. La situation de la population esclave n'est pas aussi pénible qu'on pourrait le supposer au premier aperçu, car les maîtres traitent avec beaucoup d'humanité et ne font travailler que très-modérément les malheureux qu'une des deux causes précitées a réduits en servitude.

Les habitations sont très-saines et bien appropriées au climat. Elles sont élevées en bambous et couvertes de feuilles de palmier. Nous parlons ici des habitations du petit peuple des villes et des campagnes; celles des riches sont beaucoup plus luxueuses, bâties en briques à la façon chinoise ; elles sont bien meublées et entourées de vastes jardins.

Le climat même impose cette hygiène qui est prudemment observée. Une grande propreté règne partout.

Les rues de la ville, percées dans les intervalles que les canaux laissent disponibles, sont pavées de larges briques et bordées sur tout leur parcours de vastes bazars.

Les Siamois qui, en raison de leur croyance sur la transmigration des âmes, tiennent en honneur tous les animaux, ont une vénération toute' particulière pour le lion, quoiquMl ne se trouve pas dans le pays.

Mais l'animal que les Siamois vénèrent au-dessus de tous les autres est l'éléphant blatte. Les éléphants de cette couleur (qui provient, à ce que Ton croit, d'un état maladif du sujet,) étant extrêmement rares, cette dernière circonstance ajoute encore au prix attaché à leur capture.

LorsqueTon aperçoit un éléphant blanc, on emploie pour s'en emparer un pompeux appareil.

Les mandarins vont au-devant de lui musique en tête. Depuis 517 ans, pendant le règne de trente-neuf rois siamois y compris le présent règne, il y a eu seulement vingtquatre éléphants blancs capturés à diverses époques. Sur ce nombre, on en a compté de différentes catégories, dont onze de la première. L'éléphant blanc est le symbole du royaume de Siam et se trouve représenté dans les armes de ce pays. On garde ces beaux animaux dans le palais royal, où on les entoure d'un grand luxe et de soins minutieux. Bangkok n'en possède actuellement qu'un seul.

Les Siamois sont d'une extrême frugalité. Ils mangent fort peu de viande. Leur nourriture se borne à du riz bouilli et du poisson, à de jeunes pousses de bambou et d'autres arbres, le tout accompagné d'une sauce rouge au piment. Ils ne boi-

vent jamais avant d'avoir.fmi leur repas. Ils prennent alors une tasse d'eau fraîche ou de thé sans sucre. Leur repas, en général, ne dure pas plus d'un quart d'heure à vingt minutes; il y est observé le plus grand silence.

Ils font un grand usage de béteL C'est le nom que Ton donne à un masticatoire composé de feuilles de poivre bétel, de noix d'arec et de chaux vive ; on y met souvent, en outre, du cachou et du tabac. On étend sur la feuille de bétel, les diverses substances que nous venons d'indiquer, et l'on en fait une boule que Ton mâche.

La mastication du bétel excite la sécrétion de la salive en colorant cette humeur en rouge brique; la bouche prend un aspect comme sanguinolent ; les dents noircissent, ce qui est une beauté dans le pays ; elles s'usent et se corrodent par l'excès de la proportion de chaux, se conservent au contraire si les principes astringents prédominent dans le bétel.

Il y a, dans cette pratique, un but complexe d'hygiène, de mode, de sensualité. Les principes excitants et toniques du bétel semblent fortifier l'Indien contre les influences déprimantes de son climat. Il y trouve des satisfactions qui dérivant d'une certaine impression sur le système nerveux, légèrement enivrante, maisbeaucoup moins que celle du haschisch et de l'opium. Dans une rencontre, dans une visite, on s'offre mutuellement du bétel ainsi que l'on fait en Europe des cigares ou du tabac; on l'offre de même aux étrangers comme témoignage de bon accueil. On le porte sur soi, souvent ostensiblement, dans des coffrets, dits hottes à bétel^ fabriqués avec des matières plus ou moins précieuses, rehaussés d'ornements, et parfois d'un très-grand prix. Les femmes

aiment et mâchent le bétel encore plus que les hommes, et Ton voit les Européens eux-mêmes, acclimatés dans l'Inde, prendre plaisir à son usage habituel. On lui a reproché d'infecter Thaleine; mais l'abus seul entraîne cet inconvénient; et l'Indien au contraire voit dans le bétel un moyen de se parfumer la bouche; et c'est à cette fin qu'il s'en munit lorsqu'il approche un chef ou quelque personnage de distinction *.

On a dit que les œufs de fourmis et les nids d'hirondelles étaient une des nourritures de Siam ; c'est une erreur. Les gens riches seuls peuvent en manger, car ce mets très-recherché est très- coûteux.

En définitive, le Siamois est d'un caractère heureux ; il est sobre, il aime sa famille, et son hospitalité est fort large. Le suicide, si fréquent en Chine, est inconnu à Siam ; c'est la meilleure preuve de la bonté du caractère et de la douceur des mœurs de cette nation.

La seule forme de suicide qui se soit jadis produite au Siam est celle du sacrifice volontaire à Bouddha.

Voici comment se pratiquait cette coutume aujourd'hui complètement disparue des mœurs siamoises.

Celui qui avait lait vœu* de s'offrir en sacrifice ou holocauste à Bouddha s'enduisait le corps de résine et d'huile, puis, accompagné de tous les membres de sa famille et de ses amis, il se rendait en un lieu où un bûcher avait été élevé. Après des prières et des invocations à Bouddha il montait sur le bûcher et ordonnait qu'on y mit le feu.

* Extrait du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, par le docteur Delioux de Savignac, ancien médecin en chef de la marine, Paris, 1869.

On raconte que la dernière fois que se produisit ce sacrifice, le patient ne put supporter le supplice jusqu'à la fin et alla se noyer dans la rivière qui était proche.

— Nous ne croyons pouvoir mieux terminer ce chapitre qu'en empruntant à l'excellent ouvrage de sir John Bowrin^ sur le Siam^ (lequel n'a malheureusement pas été traduit en français jusqu'à ce jour) les quelques passages suivants, qui sont de nature à intéresser le lecteur par l'originalité des coutumes et usages qu'ils révèlent.

I. — « La science médicale, quoique placée immédiatement sons le patronage du roi, n'a pas jusqu'ici fait de sensibles progrès. Cependant les Siamois ont la plus entière confiance en leurs médecins, et, par suite, éprouvent une invincible aversion pour la médecine européenne. »

a Les médecins se divisent en deux corps : ceux qui traitent les affections internes, et ceux qui traitent celles externes; c'est à peu près notre grande division, les médecins et les chirurgiens. Il existe un grand nombre de docteurs à Siam, mais un usage protège heureusement les malades des effets de la charlatanerie. » Pas de guérison^ pas d'argenty dit le proverbe qui consacre cette coutume.

Ainsi, lorsqu'une personne est malade on mande le médecin. « Pouvez-Yous la guérir? » lui demande-t-on. Après consultation, Thomme de Fart répond presque toujours affirmativement. Alors on convient par écrit de la somme qui lui sera due aussitôt la guérison, puis il demande deux bougies de cire pour être offertes au génie de la médecine, et six sahmgs (4 francs 65 centimes) pour frais de médicaments.

• The Kingdom ami people of Siam, by sir John Bowring. F. R. S. 2 vol. in-8». — Londres, 1857.

Si la santé du malade s'améliore, les visites du médecin continuent, mais s'il juge le cas sans espoir il cesse ses visites, et le contrat se trouve annulé de plein droit.

Avouons que cet usage pourrait être avantageusement intronisé dans nos mœurs.

Voici une ordonnance d*un médecin charlatan prescrite dans un cas de fièvre morbide^ nous traduisons littéi'alement :

« Prenez : des fragments de corne de rhinocéros, de défense d'éléphant, de dents de tigre et de crocodile, une dent d'ours, trois morceaux d'os de vautour, de corbeau et d'oie, un morceau de corne de bison et un autre de cerf, un morceau de bois de sandal, réduisez le tout en poudre et mêlez avec de l'eau pure sur une pierre. Moitié de celte mixture est à boire, l'autre servira à en frotter le corps du malade, après quoi la fièvre disparaîtra. »

Il existe des livres de médecine, traduits du pâli en Siamois, et dans lesquels Tétude des simples et plantes médicinales du Siam est intelligemment faite, et Tapplication bien indiquée. Le traitement par les simples est souvent couronné de succès.

Les bains de vapeurs accompagnés de frictions sont aussi fort usités.

Mais voici un traitement employé pour les femmes en couche, et dont l'usage est tellement enraciné au Siam que le dernier Roi luimême n'a pu y soustraire sa femme.

Dès que l'enfant est venu, la mère est placée près d'un grand feu et reste plusieurs semaines exposée à une extrême chaleur; la mort est souvent la conséquence de cette exposition. Veut-on faire connaître qu'une femme est morte en couche, on dit : Elle est morte devant le feu.

Les mères allaitent leurs enfants jusqu à l'â^e de trois ans, tout en leur donnant à manger du riz et des bananes.

Fmiérfrfiif». — Quand un Siamois est à Paritcle de la mort, on appelle les (alapoins ou prêtres ; ceux-ci aspergent le moribond avec une sorte d'eau lustrale, puis récitent des passages des livres sacrés qui traitent de la vanité des choses humaines, et lui crient aux oreilles cette exclamation : u Arahang I Arahang I » — mot mystérieux qui signifie pureté ou absolution des désirs de la concupiscence par les mérites de Bouddha. Dés que le moribond a rendu le dernier soupir, toute la famille se met à pousser des cris lamentables et à adresser au mort les plus tendres reproches en ces termes :

Père bienfaisant, pourquoi nous as-tu quittés? — Qu'avonsnous fait pour t'oflenser? Pourquoi pars-tu seul ainsi? C'est notre faute. — Pourquoi as-tu mangé des fruits qui donnent la dyssenlerie? Nous t'en avions prévenu; pourquoi n'as-lu pas suivi notre conseil ? — misère I ô désolation ! 6 inconstance des choses de ce monde I — Ensuite ils se jettent aux pieds du mort en pleurant et en le couvrant de baisers, le tout sans cesser leurs reproches affectueux. Puis, quand toute cette explosion de douleur est passée, on lave soigneusement le corps et on le revêt d'un suaire blanc : on le met dans un cercueil recouvert de papier doré et de fleurs artificielles, qu'on expose sous un dais préparé à cet effet et semblablement orné avec des guirlandes de fleurs et un grand nombre de bougies allumées. Deux jours après, on enlève le cercueil que l'on fait sortir non par la porte, mais par une baie pratiquée exprès dans le mur; les porteurs, courant aussi vile que possible, lui font faire trois fois le tour de la maison, afin que, suivant une superstition du pays, le mort oubliant Vendroit par lequel il est sortie ne revienne pas tourmenter les vivants. De là le cercueil est transporté sur un grand bateau et posé sur une plate-forme recouverte d'un dais, et le convoi s*avance au son d'une musique triste et mélancolique. Les parents et amis viennent dans de petites barques, jusqu'au temple ou le corps doit êlre brûlé; le cercueil est ouvert et les officiers chargés de la crémation s'emparent du défunt, dans la

bouche duquel on a mis un tical d'argent (3 fr.), destiné à payer les frais. Les susdits ollQciers commencent par laver la face du cadavre avec du lait de noix de coco, puis, si le mort a stipulé dans ces dernières volontés que son corps devint la proie des vautours et des corbeaux, il est coupé par morceaux et distribué aux oiseaux de proie qui planent sans cesse au-dessus des temples, sinon on place le corps sur un bûcher où il est réduit en cendres. Quand cette cérémonie est terminée, les parents s^assemblent, réunissent les ossements et les remettent à la famille immédiate du mort. Le deuil se porte en blanc. Les funérailles des gens riches durent trois jours, et sont accompagnées de feux d'artifice, sermons de talapoins, représentations théâtrales de nuit, et expositions de bétes, monstres, etc. — Des tentes sont disposées dans l'intérieur de la pagode, où des jeux et des danses sont organisés en conformité du rite bouddhiste pour égayer les mânes du trépassé.

SupersHtioBs. — Lcs Superstitions des Siamois n'ont aucun rapport avec leurs croyances religieuses, bien plus, elles leur sont radicalement opposées, puisque les doctrines de Bouddha les proscrivent sévèrement ; mais, en dépit de ces mêmes doctrines, le brahmanisme indien a introduit parmi le peuple, généralement ignorant et naturellement porléau mysticisme et ausurnaturel, certaines croyances grossières tendant, soit à expliquer les phénomènes naturels, soit à conjurer les mauvais sorts, soit enfin à donner un sens aux songes et aux changements de température, etc.

C'est ainsi qu'en dehors des astrologues royaux, il existe des individus appelés Afoetttô, que le peuple paye et consulte sur les affaires journalières, sur le résultat des spéculations commerciales, sur un projet de mariage, sur 1 époque favorable pour la coupe du toupet, sur un voyage à entreprendre, siirla manière de gagner au jeu, de « recouvrer un bien perdu ou volé, etc., etc..

Comme on voit, les fonctions de ces individus diffèrent peu de celles (les magiciens et diseurs de bonne aventure, qui, de nos jours

ncore, jouissent d'un certain crédit dans les contrées peu civilisées de la vieille Europe.

Ils ont de plus une Foi trés-vive dans les talismans ou amulettes, croyance qui doit leur venir vraisemblablement des Malais mahométans.

Parmi les différents métau^L auxquels est attribué le pouvoir de conjurer les charmes et les mauvais sorts se trouve le mercure : une boule de mercure solidifié rend invulnérable celui qui la porte; des bois rares imbibés de certains ingrédients jouissent des mêmes propriétés. Les amulettes les plus ordinaires sont des chapelets d'or ou d'argent enfilés par des ficelles bénies par des bonzes, ou encore de petites plaques de métal sur lesquelles sont gravés des caractères mystérieux. Presque tous les colliers des femmes ont été trempés dans Teau bénite.

Lorsqu'un malade est supposé être en danger de mort, certains Siamois superstitieux font venir les magiciens dont nous avons parlé; ceux-ci fabriquent une espèce de statuette d'argile qu'ils portent dans les bois voisins et promettent de conjurer le mauvais sort et de le faire passer du corps du malade dans celui de la statuette, et cela par le moyen d'incantations mystérieuses.

La croyanceaux goulesou vampires s'estaussi introduite auSiam, modifiée dans ses particularités, mais maintenue cependant quant à ses caractères distinctifs. Les enfants venus avant terme sont généralement confiés aux magiciens pour être exorcisés, car on les croit doués d'influences pernicieuses.

Notons ici une des plus originales superstitions de ce genre.

Les magiciens ou sorciers ont le pouvoir de réduire un buffle a la taille d^un pois^ lequel étant avalé par la personne que Ton veut ensorceler reconquiert dans ie corps de celle-ci, son volume primitif et le fait éclater!

Les sorciers vendent des philtres d amour, comme ceux d'Europe.

Les démons sont les gardiens de trésors cachés, et Ion conic plus d'une histoire à ce sujet. Malheur à qui ose se jouer de ces démons, il est bientôt puni.

La crainte des esprits et des démons est universelle au Siam.

Jenx. — Les Siamois sont très-joueurs. Un des principaux et des plus goûtés de leur jeux est celui des échecs.

Leur damier ressemble au nôtre; il a soixante-quatre carrés seulement, ceux-ci sont d'une seule couleur. Le damier est séparé en deux parties par un espace appelé la rivière. Le nombre des pièce est le même qu*en Europe. En somme, la marche est à peu près semblable à la nôtre, et Tobjet ou but est également celui de : faire écliec et mat.

Ils sont aussi amateurs de combats de coqs, de chiens, ainsi que ceux de formica-leo (grosses Fourmis) dont s'amusent les cn- Tants et les parents. Mais les combats les plus curieux sont ceux de poissons.

Il existe au Siam une espèce particulière de petits poissons rougeâtres d'une nature très-belliqueuse, et qui s'attaquent entre eux avec furie; quand un de ces poissons s'aperçoit dans une glace, il se précipite avec rage contre elle la tête la première. Pour faire battre ces poissons, on les lient séparés pendant un certain temps, puis on en met deux ensemble, soit dans un vase remph d'eau, soit dans une large bouteille, et aussitôt on les voit se précipiter l'un sur Tautre se déchirant les nageoires et faisant sauter leurs écailles, et cela jusqu'à ce qu'il y en ait un hors de combat.

Les Siamois aiment beaucoup les courses de bateaux ou régates, et ces sortes de divertissements font toujours partie des programmes des fêtes publiques ou privées.

Page 1