OBJETS EN COQUILLES MARINES
Il a été déjà établi que le gisement de Somrong-Sen se composait de lits alternativement stratifiés de coquilles ayant vécu dans les eaux douces de la contrée et de dépôts terreux. Mais un petit nombre de coquilles marines, converties en objets portant des preuves manifestes du travail de l'homme, en ont été aussi retirées ; celles-ci sont conséquemment étrangères à la localité qui les a fournies. Elles appartiennent aux trois genres cône, colombelle et porcelaine et à des espèces des mers asiatiques.
* Voir l'ouvraffe de M. Noulet.
La pièce représentée, /;/. I, fig, 28, provient delà base d'un grand cône (Cône tigre, Conus ynille jiunctatushdim.) scié en travers. 11 ne reste plus que ce qui avait constitué la spire de la coquille, dont la longueur intégrale avait pu atteindre 0, 10 à 0, 12 centimètres. Cette portion a été modifiée de façon que les deux derniers tours ont été convertis en une sorte de disque épais portant au centre, en saillie circulaire, ce qui reste des sept premiers tours. Le revers de cet objet offre la coupe intérieure de la base du cône, avec les tours de spire, en lanae mince et saillante.
Ne doit-on pas voir dans ce singulier bijou un ornement d'oreille, qui aurait pu êlre fixé à Taide du bouton en saillie, dont le pourtour est légèrement creusé en gouttière circulaire? Ainsi placé, Télégant enroulement intérieur de la spire aurait été mis en évidence.
Dans un dessin de M. le lieutenant de vaisseau Delaporte, représentant deux des femmes du roi de Muong-You (Laos,) Tune d'elles porte à une oreille un ornement qui rappelle les enroulements dç la spire de la base du cône du coquillage de Somrong-Sen.
Les trois exemplaires modifiés du genre colombelle^ que nous avons à faire connaître, reviennent k\îi colombelle commune {coltimbella mercatoria^ Lam») petite coquille de 0"*, 020 millimètres de long dans son intégrité, caractérisée par les sillons marqués qui la coupent en travers. Nos exemplaires ont été intentionnellement tronqués, de manière que le sommet en ayant été détaché, le dernier tour seul est resté, ainsi disposé en une sorte de perle pouvant être traversée par un fil de suspension,/?/. I, fig. 29.
Enfin, nous avons aussi quelques porcelaines cauris [ciprœa moneta) également travaillées. Les cauris sont des coquilles blanches et polies, communes dans les collections, à spire non apparente, à bords épais et noduleux. La modification subie par les cauris tirés de Somrong- Sen consiste en ce que la saillie que la coquille porte sur la face opposée à l'ouverture a été enlevée ; dès lors, chacune est devenue une sorte d'anneau irrégulier,/?/. I,/?^. 30.
De nos jours encore, au Laos, les cauris percés et enfilés sur des cordons servent de monnaie, ou entrent dans la confection des colliers, des bracelets et des ceintures.