‹ Le royaume du CambodgeChapitre 24 sur 37 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Lm MSTftgea SunrèB, Fora, Oaoia.PhnongB, Btièngs, Proas, Bodàa, Ohrâus, Canchos. ~~ I Ohinoia, lei Aonamitei, les Siunoîi, lei HaUu at les Cbuiu établis an Cambodge.

Les Samrès sont originaires, et habitent encore, en grande majoiité, la province d'Angcor, juste au Toycr où brilla autrefois la civilisation des Khmers; ils ne forment jamais des agglomérations considérables et leurs villages ne se composent que d'une douzaine de petites cases au plus, juchées sur des pieux comme les habitations cambodgiennes, mais moins élevées que celles-ci au-dessus du sol.

Ces sauvages ne sont pas d'aussi forte complexion que les Khmers, mais ils leur ressemblent sous d'autres rapports. Ils sont d'apparence assez robuste ; ils ont le teint foncé des Khmers des campagnes, le buste beau, les saillies musculaires des bras et des jambes bien marquées, leur taille est élevée, ils ont les lobes des oreilles percés de grands trous, leurs cheveux sont forts, lisses et point frisés et quant à la barbe, ils en ont beaucoup moins que les Cambodgiens. Les Samrès ont le nez aplati, Icspommettes des joues proéminentes et, à tout prendre, ils sont plus laids que les Khmers; ils ne se coupent, ni ne se liment les dents comme dans cerlEÙnes tribus de l'Est.

Les Samrès sont indolents, négligents et très paresseux; ils sont pau-

vres, dépourvus de tout et s'ils travaillent ce n*est que pour subsister; ils sont mous, endurants et lorsque pourtant ils ont résolu de se venger de quelqu'un, ils lui jettent un sort magique, espérant, à Taide de ce maléfice, altérer sa santé et lui ôter même la vie.

On dit ces sauvages assez hospitaliers. A la tête de chaque village se trouve un chef qui administre et rend la justice. Deux fois dans Tannée, des maniarins cambodgiens ou siamois, pour les villages placés actuellement hors des limites restreintes du royaume khmer, visitent ces tribus, règlent les affaires pendantes les plus épineuses et ramassent Fimpôt.

Les assassinats sont rares chez les Samrës, qui passent aussi pour être peu voleurs. Les suicides sont, pàraît-il, plus communs et ce sont plus spécialement les femmes qui s'y livrent par jalousie et qui se peudent avec leur écharpe.

Ces pauvres gens sont peu intelligents, timides et craintifs en présence des étrangers, des Européens surtout; ils n'ont ni temples, ni prêtres, ni culte bien déterminé, cependant il nous a semblé qu'ils professaient une sorte de paganisme grossier consistant en l'adoration des esprits, des démons qu'ils redoutent et qu'ils supposent être renfermés dans des pierres de forme particulière, dans les arbres, les montagnes. Beaucoup d'entre eux ont dans leur maison un autel élevé à TArac, le diable, sur lequel brûlent des bâtonnets odorants.

Les Samrès parlent une langue tonique distincte de celle des Khmers; ils ne connaissent aucun genre d'écriture et ils parlent presque tous le Cambodgien avec un accent étranger. Leur costume est simple; il se compose, pour les hommes, d'un étroit langouti et d'une ceinture. Les femmes portent, en plus, la robe étriquée des Malaises; elles relèvent leurs cheveux ^t\ gerbe au-dessus de la tête. Les hommes ont les cheveux courts, mais ils ne se rasent pas une partie de la tête comme les Khmers. Les femmes portent des bagues et des bracelets en laiton, ainsi que de grands colliers en grains de verroterie.

Comme presque tous les sauvages, ceux-ci se couvrent d'amulettes: ce sont le plus souvent des colliers préservatifs en corde, sur laquelle on roule des feuilles de plomb marquées de certains signes magiques. Souvent, on suspend à ces colliers des dents de tigre, ou de chien, en forme de chapelet.

La polygamie est en usage dans cette tribu, mais en réalité elle n'est pratiquée que par les notables qui n'ont guère au-delà de trois femmes.

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La cérémonie du mariage consiste dans l'offre réciproque du bétel et la liaison des mains. Comme chez les Rhmers, la résidence de Fépoux chez le beau-père est obligée pendant un certain temps.

Les femmes sont plus laborieuses que les hommes, et en dehors des travaux de la maison, elles soignent des jardins potagers et fruitiers. Les filles se marient vers Tâge de quatorze à quinze ans.

Le mobilier, les ustensiles de ménage et les outils des Samrès se composent de peu de chose : quelques nattes, un coffre, des boites en pailles tressées pour enfermer le peu de linge qu'ils ont, une ou deux marmites en terre cuite, des bols en faïence et en cuivre, quelques bachots et coutelas et quelquefois un métier à tisser le coton,

La base de la nourriture est le riz bouilli, accompagné de poisson, de légumes, de maïs cru et de fruits. Les viandes de poulet, de canard et de porc sont réservées pour les jours de fêtes. L'unique boisson, c'est l'eau puisée le plus près possible de l'habitation. Les peuplades sauvages dont nous aurons à nous occuper ont une horreur instinctive de l'eau, et c'est à grand'peine qu'on les décide à s'embarquer pour un trajet quelconque, ne fût-ce que pour traverser un fleuve. Lorsqu'ils sont forcés d'entrer dans .une barque, ils s'accrochent auxfargues, ils s'accroupissent le plus au fond qu'ils peuvent et tremblent de peur de chavirer.

Le sel est rare dans ces villages isolés otiTon en fait une consommation beaucoup trop modérée.

Les Samrès sont grands consommateurs de bétel, qui pousse à l'état sauvage dans leurs forêts. Les marchands chinois leur apportent des noix d'arec, qu'ils remplacent, au besoin, par l'écorce du papel [hopea odorata) qui possède, comme l'arec, des propriétés astringentes. La chaux est faite sur place avec des coquilles ramassées dans les lits des torrents, dans les étangs et les mares.

Au Cambodge, le tribut pour chaque Samrè est de cinq livres de coton non égrené, un peu de graine de daccan servant à teindre en rouge et une certaine quantité de fruits sauvages, appelés thpou, employés dans les bonnes cuisines comme condiments* C'est tout ce que les Samrès doivent au gouvernement, qui ne réclame d'eux aucune corvée et ne les appelle pour la guerre que pour des besoins pressants. Leurs armes favorites sont le bâton, le sabre, la lance, l'arc et l'arbalète.

L'esclavage est en usage dans cette tribu et ces pauvres gens consen-

lent volontiers à devenir les serviteurs des mandarins cambodgiens voisins de leur territoire, pourvu que ceux-ci ne les éloignent pas de leur village qu'ils ne consentiraient pas à quitter pour longtemps.

Les Samrès cultivent le coton, le riz qu'ils sèment après avoir labouré avec des buffles ou des bœufs et ils font, enfin, venir quelques légumes pour leur consommation; ils livrent au commerce des peaux d'animaux domestiques et sauvages et un peu de gomme-gutte. Ils n'ont pas de monnaie particulière et ils acceptent volontiers ceUe qui a cours au Cambodge.

Goi sauvages ne brûlent pas leurs morts ; ils les enveloppent dans une natte et un grossier clayonnage de bambous^ après leur avoir lié les pieds, unsi que les mains jointes, les doigts entre croisés, fléchis et «cliques sur le dos des mains et, enfîn, ils les enterrent ainsi la tête ioumée du côté de l'ouest, similitude d'orientation avec Angcor-Yat, le jplQg important des temples khmers. Les tombes ne sont ornées d'aucun MgH^ extérieur ; on ne les reconnaît qu'à un petit tumulus en terre et en pierfes accumulées au-dessus de la sépulture.

Les Samrès fêtent le jour de l'an, conune les Khmers ; ils se font ce jour-là des cadeaux réciproques et c'est aussi l'occasion d'un grand festin dans les familles , festin auquel personne n'oserait toucher avant d'avoir préalablement offert tous les mets aux mânes des ancêtres.

Les distractions ordinaires sont la musique, la chasse, le volant et le jeu d'échecs.

Les maladies sont attribuées à la présence des démons, des revenants, et, comme chez les Khmers, le remède c'est Texorcisme. Lorsqu'ils exorcisent, ils tracent une grande circonférence autour de la maison du possédé, et ceux qui ont l'imprudence de franchir cette barrière peuvent être dévalisés, par les parents du malade, de tout ce qu'ils portent sur eux sans qu'ils aient rien à dire.

En dehors de l'impôt que les Samrès paient au gouvernement cambodgien, ils sont astreints à garder un certain nombre d'éléphants royaux. Celte obligation leur pèse, car on sait que c'est là une corvée réservée surtout aux neac-ngéars, ou esclaves d'État.

Celte tribu fournil des musiciens et des chanteuses aux réjouissances publiques de la capitale. On peut les voir, en avant du palais, les jours de fête, faisant de lu musique et chantant de manière à faire plutôt fuir le public qu*à Fat tirer.

LE linYAlME DU CAMBODGE 4M

Nous avons recueilli une vieille légende qui a cours parmi les Suinrès et que voici :

1. Auliefois, le chef des Samrfes devînt l'ami du roi khmer, qui lui offrit d'être son premier tninislre; mais le chprSamrè refusa dîsaul qu'il était son t^gal i-l qu'il ne pouvait consentir ii devenir son employé. Alors le roi klimer usa d'un slratag&me pour flt'^chir la résistance de ce chef; il l'attira auprès de lui, ayant l'air d'en faire son confident et son ami, et plus fard il finit, h force de séductions, par lui faire accepter le litre de Ac-luong, dont sont investis seulement les chefs des peuples tributaires. ^

" C'est de cette époque quf date notre subordination ans roiskhmers. Cependant, au bout d'un certain temps, le Ac-luong des Samrès « s'ennuyant » h la cour du roi du Cambodge, obtint de s'éloigner pour allep^j se livrer à l'agiiculturo avec ses concitoyens, et il fut convenu qu'à j partir de ce moment la tribu paierait un impôt annuel et en naturp,^ Cet état de choses s'est perpétué jusqu'à nos jours. »

iVous rechercherons plus tard ce que signifie cette courte lége

Les Pors sont groupés par petits villages dans la plaine ou sur les fiancs les plus abaissés des montapies du cardamome^ plus communément connues sous le nom de chaînons de Pursal. Ils récoltent le cardamome pour le compte du roi et ils font pour eux du riz qu'ils sèment sans ordre en éparpillant le grain sur le sol à peine remué. Us cultivent aussi la canne à sucre, le bétel et quelques légumes.

Les hal^itants de celte contrée ont des mœurs, des coutumes particulières, et les Cambodgiens des environs, qui ne leur sont pas à cette heure de beaucoup supérieurs, les désignent sous le nom flétrissant de Menus prey (homme des bois). Les Pors habitent, en effet, les forêts; et pour se garer des tigres, des éléphants sauvages et des autres animaux féroces, ils établissent leur demeure sur des troncs d'arbres rapprochés et coupés à même hauteur à une belle distance au-dessus du sol. Dans cet espèce de nid, auquel ils accèdent au moyen d'une simple échelle à main, ils sont, eux, leurs enfants et leurs volailles, àrabri des attaques des bêtes de la forêt, et cette disposition ingénieuse préserve en outre les habitants des mauvais effets de l'humidité dont le sol est imprégné six mois de l'année.

Ces montagnards sont grands et robustes; ils ont le teint foncé des Khmers et parlent une langue très différente du cambodgien ; ils n'ont d'autre culte que celui des Neac-la et des divinités locales et ils redoutent

par-dessus tout les démons qu'ils s'efforcent d'apaiser lorsqu'ils les croient irrités contre eux. Ils font fréquemment des offrandes a(Cx ftmes des ancêtres.

Le costume de ces sauvages est le même que celui adopté par les Khmers, mais les étoffes sont plus grossières. Ils n'ont qu'une seule femme et réprouvent la polygamie. Ils sont craintifs^ sédentaires, et c'est à contre-cœur qu'ils abandonnent leurs villages une fois l'an pour porter leur tribut à Pursat, le chef-lieu de leur province. Ce tribut consiste pour chacun d'eux à fournir au roi annuellement dix-huit livres de cardamome.

Ces sauvages se sont plus d'une fois révoltés contre les exigences du gouverneur de leur province; ils l'ont même une fois, en 1832, attaqué brusquement et chassé de sa résidence. Ils vivent en très bonne intelligence entre eux et ils passent pour être doux, hospitaliers, mais ombrageux, susceptibles et cruels dans leur vengeance. Ils se nourrissent mal, mangent peu ou point de viande, et ils s'abstiennent surtout de manger du lièvre, des anguilles, des grenouilles et des crabes.

Lorsque les Pors se marient, ils tuent, suivant leurs moyens, un bœuf ou un buffle pour faire la base du festin. Au moment du repas, deux hommes placés de chaque côté de la porte appellent à haute voix, et par leur nom, les ancêtres, et après cette invitation obligée on se met à table.

Les Pors construisent de belles pirogues qu'ils vont vendre à Pursat au moment du débordement des torrents.

Ces sauvages ont comme une idée de la divinité considérée comme puissance infinie, et dont ils supposent l'esprit répandu dans toutes les productions gigantesques ou bizarres de la nature. Partant de là, ils déposent des offrandes au pied des plus beaux arbres de la forêt, sur des troncs d'arbres abattus et de forme extraordinaire, sur de beaux blocs d'albâtre ou sur des cailloux roulés et affectant des formes curieuses. Ils ne connaissent aucune prière, aucune formule invocatrice, aucun hymne. Au moment de l'offrande, ils se contentent de dire à haute voix : « Neac-ta, je vous offre ceci... »

Depuis les temps les plus reculés, on s'est pris à croire fermement dans cette tribu qu'une famille de leur race a été de génération en génération en communication avec les esprits célestes. Lorsqu'on craint des malheurs publics, les habitants assemblés désignent un membre de cette famille à l'intention duquel ils font aussitôt des invocations en vue de

décider l'esprit protecteur à s'incarner plus particulièrement dans ce sujet, qui, à partir de ce moment, a le pouvoir de préserver le pays des maux dont il est menacé. C'est là une doctrine analogue au lamaïsme des Mongols, qui enseigne que le Buddlia s'est incarné dans le corps de Lama et que le sage réside continuellement en lui et ses successeurs. La famille brahmane de Chinchas, dans l'Inde, jouit du privilège d'avoir un dieu héréditaire parmi ses membres. Elle prétend tirer son droit d'une incarnation, ou émanation de Ganésa. Nous pourrions citer bien d'autres exemples de l'identité des pratiques superstitieuses des différents peuples de rinde, de l'Indo-Chine et des habitants du centre de l'Asie.

L'instrument de musique dont se servent de préférence les Pors se compose de la réunion de deux sortes d'orgues à bouche dont le même exécutant tient à la fois les embouchures à ses lèvres. L'un de ces instruments est formé d'une citrouille sèche et creuse portant un long tube terminé par une embouchure. Un petit trou percé à l'extrémité opposée permet l'écoulement de la salive. Cette courge est traversée de part en part par trois bambous creux percés au dehors et à l'intérieur de la caisse de petits trous. On promène les doigts sur les orifices extérieurs, pendant que l'on aspire ou que l'on souffle dans l'embouchure. Ces bambous sont joints à la courge au moyen d'un masticage en cire.

L'autre instrument est semblable au premier; seulement le nombre des tubes creux est de sept au heu de trois dont se compose le premier appareil.

Les Ciiois sont répandus en grand nombre dans les provinces septentrionales du Cambodge et dans celles qui ont passé sous la domination siamoise^ comme Angcor, Molu-prey, Tonly-repou... Us sont généralement plus actifs, un peu plus intelligents et plus industrieux que les autres sauvages, et nous avons vu que dans la province de Compong- Soai, ils s'adonnaient avec assez d'ardeur à la fabrication du fer. Ceuxci paient le tribut qu'ils doivent au gouvernement cambodgien en fer fondu et martelé, à raison de vingt-cinq livres par an et par mineur.

Ces sauvages ont été tellement mêlés aux Cambodgiens qu'ils ont avec eux de nombreux points de ressemblance. Certains d'entre eux ont même embrassé la religion des Kbmers, et bien qu'ils soient tous superstitieux, il paraît qu'ils ont peu de confiance dans les sorciers et qu'ils ne s'affublent guère d'amulettes. Au mois de février, ils célèbrent une grande fête en vue d'apaiser le diable et de se le rendre favorable.

Ils tuent ce jour-là des canards, des poules, des cochons et, eux d'ordinaire si sobres, ils boivent alors du vin de riz jusqu'à l'ivresse. Ils sont monogames et fort aimables pour les femmes, avenants à l'égard des étrangers, indolents, timides, craintifs, peu voleurs et nullement porlés au meurtre.

Comme les autres sauvages, les Cuois ont horreur de l'eau, et nous nous souvenons du refus obstiné qu'ils opposèrent à l'invitation que nous leur avions faite de venir visiter une chaloupe à vapeur que nous avions conduite à Compong-Soai. Quelques-uns pourtant parurent, à force d'instances de notre part, vouloir se décider. Pour les encourager, nous accostâmes la chaloupe au rivage, les plus courageux y entrèrent et nous rimes de les voir marcher avec précaution sur le pont, comme s'ils se fussent trouvés sur la croûte d'un cratère. Quant à leur faire comprendre le jeu des pièces de l'appareil mécanique, il n'y eut aucun moyen et ils ne purent surtout pas se faire une idée quelconque de l'office du propulseur qui était une hélice et qu'ils ne pouvaient d'ailleurs pas voir.

On n'a jamais pu plier les Cuois à l'esclavage et c'est là un côté honorable de leur caractère que nous mettons volontiers à leur actif. Ils ont une langue particulière et à tons; aussi lorsqu'ils pailent cambodgien, c'est avec un accent musical désagréable à entendre. Ils ne savent point écrire leur langue.

C'est par erreur que Ton a avancé que les Cambodgiens appelaient les Cuois les Khmers-dom, c'est-à-dire les anciens Rhmers. Aucune des peuplades sauvages limitrophes ou englobées dans le royaume ne porte ce nom-là, et c'est mal connaître les Cambodgiens que de les supposer capables d'avouer qu'ils peuvent provenir d'une race d'individus sauvages de nos jours et vraisemblablement de tout temps. C'est en parlant de leurs ancêtres contemporains de l'époque prospère et artistique que les Cambodgiens modernes emploient avec orgueil l'expression de Khmer-dom.

Les habitations des Cuois ressemblent à celles des Rhmers ; elles sont, comme celles-ci, montées sur des têtes de pilotis, mais elles sont bien plus petites.

Ces sauvages sont grands partisans des réunions où se trouvent des jeunes filles. Les garçons sout d'un côté assis sur une seule Ugne; celles-ci leur font face et Ton s'amuse des heures entières à des jeux innocents. Le plus populaire de ces jeux est celui-ci : dans le groupe des

jeunes hommes on est armé d'une longue canne de bambou, au bout de laquelle pend un long fil terminé par une petite sphère en métal ou en cire. L'un des gars s'empare de cette sorte de ligne qu'il présente de manière à mettre la boule à portée de la main de la personne à laquelle il désire rendre hommage. Si celle-ci touche la boule sans la repousser, c'est un grand succès pour le garçon ; on y applaudit et la fillette reconnaissante lui passe une bonne chique de bétel, ce qui, comme on sait, peut être considéré comme un engagement. Si la boule est repoussée, i c'est un sujet d'humiliation pour le postulant et le signal d'une foule de railleries et plaisanteries.

Dans ces réunions on joue du pipeau, de la flûte, de la lyre à une corde, d'un violon à deux cordes montées sur une demi-courge qui s'applique sur la poitrine, d'une guitare et, enfin, on bat à tour de bras un tambourin en terre cuite fermé à chaque extrémité par une peau de boa.

Pour guérir la fièvre, des médecins empiriques mettent surl'épigastre du malade des petites boules d'une substance grisâtre et poudreuse qui recouvre les feuilles de deux arbres appelés par les Cambodgiens Domansé et Dom-thloc, et ils brûlent ces boules sur la peau, qu'ils attaquent si fortement qu'elle conserve pour toujours, à cet endroit, des traces de brûlures. La petite vérole fait tous les ans de grands ravages parmi ces sauvages.

Les Phnongs sont fixés sur la rive gauche du Mëcong, près de la frontière laotienne. Us sont un peu moins foncés en couleur que les Khmers ; ils ont les oreilles assez petites, bien faites, mais détachées du crâne et percées aux lobes de trous plus ou moins grands. Ils sont bien découplés, bien proportionnés et leurs membres présentent des muscles bien dessinés et saillants qui dénotent une certaine force physique. Us ont les cheveux assez fins, le front fuyant et découvert, les lèvres fortes et proéminantes, le nez épaté, les yeux allongés et rapprochés. L'angle facial n'est que de 70 degrés environ. Les Phnongs ont l'œil vif, la mine éveillée et cette assurance, rare chez les sauvages, ils l'ont sans doute acquise dans les rapports qu'ils ont eus avec les commerçants étrangers qui visitent sans cesse les populations riveraines du grand fleuve. Généralement, tous ces sauvages n'ont pas de barbe, mais on nous a assuré que certains Phnongs, probablement croisés, en avaient et la portaient longue *.

• Voir page 225»

Lorsque les enfants ont atteint Tâge de treize ans, on leur coupe les dents de la mâchoire supérieure de manière à les laisser à peine déborder des gencives, et on les maintient ainsi écourtées en les limant de temps à l'autre ou en les frottant avec un corps poreux. Les dents du râtelier inférieur sont affilées avec un outil et rendues pointues comme les dents d'un chat. Nous n'avons jamais pu avoir une explication raisonnable de ce singulier usage, qui existe aussi chez les Paoins de la côte occidentale d'Afrique et chez d'autres sauvages anthropophages.

Une bande de toile passée sous les cuisses, dont les deux bouts sont relevés et tournés autour de la taille, constitue tout lé costume des hommes et des femmes. Quelquefois celles-ci portent un court jupon les couvrant un peu plus que l'écharpe dont nous venons de parler. Hommes et femmes portent les cheveux longs réunis en nœud derrière la tête et retenus dans cette position par une longue broche fourchue qui déborde de chaque côté du crâne. Les plus jeunes filles enveloppent leur chignon dans une résille en grains de verroterie enfilés et nuancés de manière à produire un bel effet.

Hommes et femmes portent des colliers doubles ou triples en fils de laiton et celles-ci en garnissent leurs bras de manière à les couvrir complètement jusqu'aux coudes. Les colliers des hommes faits, sont confectionnes avec des perles enfilées ullernanl avec des dents de chien. Us engagent dans les trous des lobes des oreilles de gros cylindi-es de bambou, ou bien des pendeloques énormes en plomb qui retombent jusque sur les épaules.

Ces sauvages ne suivent aucune religion connue, mais on peut dire qu'ils éprouvent le sentiment de la puissance invisible qui régit l'univers et lui rendent hommage à leur manière. Ainsi eux, qui n'ont encore imaginé aucune manière d'exprimer le respect qu'ils doivent à leurs parents, aux vieillards, eux qui ne s'inclinent devant aucune idole et devant personne, arrivés sur les bords du Mëcong, si particulièrement majestueux dans ces parages, ils appliquent plusieurs fois leur front contre terre, après avoir jeté sur le fleuve des regards d'admiration.

Les Phnongs ont, comme les Khmers, la superstition des ISeac-tas; ils leur offrent des festins, mais dans ces sortes de démonstrations on ne les voit jamais saluer, ni se prosterner, comme ils le font, sans y manquer jamais, sur les bords du grand fleuve.

Dans celte tribu, où l'on n'a aucune manière de compter le temps.

Tannée commence au moment d'ensemencer le riz, c'est-à-dire au début delà saison des pluies, en avril; elle finit avec la saison sèche, en mars.

Les familles aisées ont des cases particulières ; les autres se logent sous de longs hangars à toiture surbaissée, divisés à Tintérieur par des cloisons transversales constituant des logements séparés. Pour isoler les denrées de l'humidité et les soustraire à la dent des rats, on installe audessus de la partie habitable des planchers solides, déterminant des greniers auxquels on accède par des échelles à main. Les villages sont entourés de fortes palissades en pieux taillés en pointe, disposition indispensable dans ces contrées infestées de bêles fauves.

Charrue des Cambodgiens.

Les Phnongs se nourrissent de riz, de poisson frais et salé et de viandes de porc, de singe, de volaille, de chien, de bœuf el de buftle. Ils font une consommation assez forte d'eau-de-vie qu'ils obtiennent en distillant le riz.

Ces sauvages parlent assez bien le cambodgien et sont très recherchés par ceux-ci comme esclaves. '

L'éducation des enfants est faite dans les familles; on leur enseigne la manière de se conduire avec les parents, avec les étrangers et quelques usages traditionnels de bienséance qu'ils observent scrupuleusement et qui, à défaut de lois et d'autorités constituées, sont une garantie d'ordre dans cette société.

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Dans cette tribu la demande en mariage d'une jeune fille consiste à offrir aux parents de celle-ci des jarres, des colliers et des bracelets en fil de laiton et en faux ambre. Si ce cadeau est accepté, on prend jour, d'un commun accord, pour la cérémonie qui consiste en un grand festin auquel prennent part à peu près tous les gens du village. Si c'est un buffle qui est condamné h être mangé ce jour-là, il doit être tué à coups de sabre; si c'était un bœuf ou un cochon, on devrait Fassommerà coups de bâton appliqués en travers du nez. Tout écart à cette règle entraînerait de grands malheurs pour les mariés. Dans ce festin, les parents de la fille n'ont à fournir que le riz et l'eau-de-vie. Un peu avant le coucher du soleil les'époux sont mis en présence; on place entre eux un bol plein d'eau-de-vie et ils boivent à tour de rôle avec le même chalumeau tout le contenu. Pendant que les époux s'excitent mutuellement à boire, les convives, groupés autour d'eux^ en font autant de leur côté; on s'allume en compagnie, les têtes s'échauffent et la nuit arrive à propos pour laisser tomber son épais rideau sur la scène.

L'usage de faire du feu sous la couchette d'une femme en couches est pratiqué chez tous les sauvages.

Les Phnongs sont assez laborieux, mais ils sont sales, voleurs, querelleurs et pas toujours sobres. Ils sont encore plus voleurs que jaloux, et ils se vengent des commerçants étrangers coupables de trop de galanterie à l'égard de leurs femmes ou de leurs filles, en les dévalisant de leurs marchandises. Ils sont monogames, cependant les notables ont quelquefois deux et même trois femmes.

Vers la fin de l'année 187 4, une quinzaine de Phnongs descendirent jusqu'à la capitale dans le but de réclamer contre les exigences du gouverneur cambodgien de Sombor, leur chef direct. Us venaient de faire auprès du roi iNorodon une démarche sans issue, lorsque les besoins de notre service nous forcèrent à partir pour Saigon. L'idée nous vint aussitôt d'emmener quelques-uns de ces sauvages avec nous, afin de leur montrer notre établissement de Cochinchine, espérant qu'ils rapporteraient dans leurs forêts une idée favorable de notre installation et de notre puissance. Nous n'en trouvâmes pas un seul qui fût disposé à nous suivre, malgré la promesse que nous leur faisions de plaider leur cause auprès de Sa Majesté au retour. Nous fûmes forcé de recourir à l'autorité du Cralahom, ministre de la marine, qui devait faire le voyage avec nous et qui décida, enfin, cinq ou six d'entre eux à l'accompagner. On sait que ces sauvages redoutent par-dessus tout le changement d'eau à

boire ; il fallut, pour calmer leurs inquiétudes à cet égard, faire à Phnom- Penh une abondante provision d'eau et ils refusèrent même de se laver le corps avec Teau du bas du fleuve et celle des puits et des fontaines de Saigon.

Dès que nous fûmes en route, nous remarquâmes que nos passagers étaient fort étonnés de voir marcher si vite une chaloupe qui n'avait ni voiles, ni avirons; et comme ils entendaient les bruits divers des organes de la machine lancée à grande vitesse, ils supposèrent que c'était grâce à l'influence de cette musique enchanteresse que le navire allait ainsi de l'avant.

A Saïgon, les Phnongs furent intimidés, incommodés par les rassemblements qui se formaient autour d'eux lorsqu'ils sortaient; et ce qui les frappa le plus, ce furent les grands navires, les maisons à plusieurs étages et surtout la magniflque résidence du gouverneur de la colonie. L'amiral Duperré, qui gouvernait alors la Cochinchine, voulut bien offrir quelques cadeaux à ces sauvages, qui s'en trouvèrent fort honorés et qu'ils promirent de garder toute leur vie en souvenir de leur voyage en France,

Les tribus sauvages de race différente se font la guerre entre elles en vue de se procurer des prisonniers, pour les vendre ensuite comme esclaves aux étrangers. Ce sont les Phnongs qui déploient le plus d'adresse et d'audace dans ces expéditions et qui sont géographiquemenl les mieux placés pour tirer parti de leurs captures. On fait l'éloge néanmoins de l'hospitalité des Phnongs et nous les avons entendus eux-mêmes se vanter d'être plus généreux à ce point de vue que les Khmers. Ils procurent^ parait-il^ aux étrangers qui s'arrêtent chez eux tout ce qui leur est indispensable pour subsister; et non seulement ils offrent leurs produits aux voyageurs, mais ils admettent aussi que si un champ n'est pas gardé, ceux-ci peuvent y prendre ce qui leur est nécessaire, pourvu qu'ils en fassent au préalable la demande à haute voix au propriétaire supposé présent. Dans les villages, on soigne les malades, on nourrit ceux qui ne peuvent travailler et on surveille, avec une sollicitude toute niiale, les vieillards et les inflrmes qui sont sans famille.

La fièvre, sous toutes ses formes, désole ces pauvres gens, qui n'ont à leur disposition aucun moyen de la combattre. Ils redoutent, non sans raison, la petite vérole à cause de son caractère contagieux. Les malades qui en sont atteints, ainsi que les cholériques, sont conduits au fond des forêts et abandonnés là avec plusieurs jours de vivres* Les médecins in-

digènes savent traiter la dyssenterie qui est commune dans ce pays, ainsi que la gale.

Les Phnongs ensevelissent les morts' dans des fosses très peu profondes, après leur avoir rempli la bouche de riz et de viande arrosés d*eaude-vie; on met au-dessus du tumulus en terre un vase plein d'eau et de la nourriture que Ton renouvelle de temps en temps. Le tout est abrité par un toit de feuillage supporté par quatre pieux. La nourriture est pour Fftme du défunt, qui pourrait, si Ton n'avait pas pourvu à ses besoins, retourner dans la famille pour réclamer des secours. Nous notons, en passant, cette vague croyance dans la survivance de Tàme, mais nous savons que les Phnongs ne se font aucune idée précise de ses destinées.

Les villages phnongs qui sont tributaires du Cambodge ont pour chefs des individus désignés par le gouverneur de la province cambodgienne la plus voisine.

Pour toute amulette les Phnongs portent au cou un petit rondin taillé dans la racine d'un arbuste cultivé par eux avec le plus grand soin. Us attribuent à ce modeste talisman des propriétés extraordinaires.

En dehors des denrées consommables, ces sauvages cultivent avec assez de soin Tortie de Chine, une plante textile riche et déjà bien répandue, lis élèvent, pour les vendre, des animaux domestiques de haute taille, tels que l'éléphant, le buffle et le bœuf. Ces sauvages livrent en outre au commerce de la cire, de la laque, de l'ivoire, des cornes d'animaux de toute espèce, domestiques et sauvages.

L'impôt que les villages phnongs tributaires doivent au roi du Cambodge consiste, en tout, en quatre mille kilogrammes de laque tous les trois ans et une quantité un peu moindre de cire. A la fin de la troisième année, des collecteurs cambodgiens se rendent sur les lieux pour réclamer cet impôt dont les chefs sont responsables.

Les produits d'importation les plus faciles à placer sont : le riz, l'arec, le sel, le fil de laiton de différents diamètres, les grains de verroterie, le fer, les bols en cuivre et en porcelaine, les étoffes de coton de couleurs voyantes. Les Phnongs savent tisser les étoffes; ils font notamment des couvertures de coton solides, ornées de bandes de couleur, et qu'ils vendent à peu près dix francs. Us font aussi des nattes, des paniers, et des hottes en joncs, des poteries, des haches, des couteaux et des armes. Ce sont, comme on voit, des sauvages fort industrieux.

L'esclavage est en usage dans celte tribu. Uu nn^Miagc complet, homme, femme et enfaiils, s'î^chaiige contre un éléphant valant sur place cinq cents francs.

Les forêts de celte contrée sont peuplées d'éléphants, de huflles, de bœufs sauvages, do rhinocéros, de tigres, de sangliers. Les indigjïnes chassent l'éléphaut h l'arbalète dont ils empoisonnent la llècbe; ils se réunissent quatre ou cinq chasseurs et ils fouillent ensemble les points les plus fréquentés par ces animaux. Dès qu'ils les aperçoivent, ils s'approchent en rampant de la haude et tirent ceux qui sont armés des plus gros ivoires. Cela fait, ils grimpent sur les arbres pour se mettre k l'abri et pour suivre de l'œil les blessés. Le plus souveot, les éléphants sont atteints mortellement et tombent sans pouvoir faire un pas; mais s'ils ne sont que blessés, ils sont soutenus et entraînés par les autres à de grandes distances quelquefois, où il faut aller les chercher en suivant les traces avec précaution et en se tenant prêt k tout événement. La règle est que le chasseur qui a tué un éléphant prend les défenses et abandonné le reste aux autres chasseurs, qui font aussitôt sécher au soleil les viandes pour les manger ou pour les vendre. On tire un bon parti des tibias dont le tissu est serré, très dense cl suscepfible d'un beau poli. Les Chinois en font des boites à gants, des pots k tabac, des montures d'éventail et une foule d'autres objets qu'ils font passer pour de véritable ivoire.

Les Phnongs ont imaginé une installation facile à établir et peu coûteuse pour prendre le sanglier : ils suspendent à un arbre, placé au bord d'un chemin, un bloc de bois retenu par une corde qui fait retour jusqu'au sol et est fixée, par cette extrémité, à un plateau, comme celui d'une bascule, qu'il suflit de toucher pour faire fonctionner un échappement qui permet au massif de bois suspendu de tomber de tout son poids k terre. On met un appât sur le plateau pour aitirer l'animal, dont le poids suffit toujours pour faire marcher l'appareil. Dix-neuf fois sur vingt, les sangliers qui sont attirés sur ce piège sont tués sur le coup.

Les Phnongs ne craignent pas l'eau comme les autres sauvages; on les voit se baigner dans le Mtcong et dans les petites rivières qui traversent leur pays.

Hommes et femmes portent les cheveux longs ; on les coupe seulement pendant la durée du deuil.

De toutes les races sauvages qui bornent b' Cambodge du nord-ouest

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On MOif ^^ //«d r«ir fifliiile H Amx. nais eesx ^ les eaploêeet t'tm^m^^ 0î^\s0^ au Oumliridiei^ aB»«re8t qa'iis sost. aa conlnire, §$iftS$m$in H \u$àu:s9X%h. ifn h§ dit. en outre. sales« Toieun^ asseï M9tifm$%, i\kytmnufk d^ m^ni/iiryf, maiii pas d^iateffiçeoce.

Omiioif diJMif ia IritHi préeédeole^ le costame est on fimple linge paW; Huif0i Im ym%\90t% fil f erianl devant et derrière s engager dans one t,m$U$ré*, l/tn 'y*mtft% temm^^ (lortent an langoali qui s^arrète aux tfé*uoit%. lj*n hra«i, le lias des jamlies sont entourés de fils de laiton foiirlrin. Ij'M it\utyf*Ai% mut prirt/fs longs, tortillés à Tarrière du crâne et Inu^Tti/;» \tiir mut longue épinglr» r5ri cuivre. I^s lobes des oreilles sont rlturg/tM (le lfiinll<'tM t'H Iioim, «ffi bambou ou en ivoire.

Hwit i\\ut Ut% Slieng» aii^ril Tair de 8oup(;onner un être suprême qu'ils ap|Mtllrrit lira^ on pinil dire qu^iU nVml aucune idée nette de la divinité iH qu'iU ont (Idi lirer b*ur Bradu Prea des kbniers, qui ne désigne pas lirh'inMuimi un flieu Ici ((ue nous le concevons. Us ont une croyance iupiiinrlivo prononréo dans rimmortalilé de Tâme et ils en supposent UMI1 h loMN l<!M animaux, h laquelle ils ofTrenl des excuses lorsqu'ils se voiiMil (onYiH JV^gorger ceux-ci pour subsister.

LcM rancN dnM Sliengs sont en bois et en bambous, recouvertes en (^liMunin cl pcrcbccH sin* des pieux. La partie inférieure sert d'écurie UMX bMt^H (lonit*Hli({uc8 el conslilue un foyer d'infection et d'insablb^il<'^

Lit nonrriliirc csl \{\ ri/, les jeunes pousses de bambou, le poisson, une loub^ (le plantes luborculeuses et légumineuses que Ton cultive ou qui poussent sponlanémenL Les viandes de bufile,de bœuf, de porc, de volaille, de singe el de cbien, ne paraissent que dans les festins. Les

aliments sont salés légèrement avec du sel noir importé qui s'échange contre un volume égal de cire. L'eau est la boisson ordinaire, mais on consomme aussi une sorte de vin obtenu en faisant fermenter le riz.

Les Stiengs sont polygames, mais généralement ils n'ont qu'une seule femme. Au repas de noces, les invités forment deux groupes et jamais les hommes ne sont mêlés avec les femmes. Les enfants vont de l'un à l'autre groupe demander ou prendre leur ration.

On ne chauffe pas l'appartement d'une femme en couches, mais on applique, après la délivrance, une lourde pierre sur le ventre de celle-ci, dont l'office se conçoit sans qu'il soit nécessaire d'entrer dans les détails.

Les Stiengs ne voyagent pas pour une foule de raisons, dont les principales sont : la crainte de boire de mauvaise eau et celle, plus fondée, d'être empoignés et vendus comme esclaves.

Personne n'est chargé de rendre la justice dans les villages; c'est celui qui est volé qui se venge, s'il en a la force et les moyens, en s'emparant du voleur qu'il vend ou qu'il garde à son service pour s'indemniser du dommage qu'il a subi. Dans les cas graves, les notables interviennent pour châtier les criminels.

Les morts sont enterrés avec solennité dans cette tribu ; les habitants du village assistent aux obsèques et ils manifestent leur douleur par des cris et des pleurs de commande. On dépose sur les tombes des calebasses remplies d'eau et des plats de riz cuit.

Les Stiengs cultivent le riz, le maïs, l'ortie de Chine, la canne à sucre, le coton, le tabac, certains légumes et plusieurs arbres fruitiers. Les hommes et les femmes passent pour être très adroits à l'arbalète, qui est l'arme que ces sauvages ont le plus en main.

Les Prous habitent le chaînon de montagnes qui sépare le bassin du Mëcong de l'empire d'Annam. Nous avons peu de renseignements sur cette tribu sauvage, qui est très isolée et peu connue des Khmers. Les quelques individus que nous avons connus et interrogés avaient été enlevés de leur pays étant jeunes encore, et ils n'en avaient guère conservé qu'un vague souvenir. Ceux-ci parlaient une langue chantante inconnue au Cambodge et avaient une sorte de culte pour les médecins, les astrologues et les sorciers.

Un homme mûr s'échange chez les Prous contre quatre buffles et un sac de sel, un jeune homme vaut cinq buffles et deux sacs de sel, et une jeune fîlle six buffles et deux sacs de sel.

Les Prous dressent un grand nombre d'éléphants poar leur usage et pour ]a vente.

Ces sauvages sont vigoureux. Ceux que nous avons vus étaient aussi bruns que les Khmers, mais ils nous ont affirmé que certains de leurs concitoyens étaient beaucoup moins foncés. Us ont les cheveux lisses qu'ils portent longs et noués en torchon derrière la tète. On cultive beaucoup chez eux le sésame et le gingembre. La cire, le cardamome sauvage et le rocou abondent dans leurs forêts, qui sont également très riches en arbres de beUe venue et d'essence estimée.

Les Prous mangent la viande de chien, de chat, de rat et même de serpent, alternativement avec celle d'animaux domestiques et de basse-cour pourtant plus estimée.

Les guerriers de cette tribu sont habiles aux armes blanches et surtout à Tare; ils façonnent, en vue de protéger le haut du corps, d'énormes boucliers cylindriques en bois, qui sont concaves, légers et bien maniables.

On ignore chez eux l'existence des États relativement considérables qui se partagent l'Indo-Chine et ils ne connaissent que les tribus sauvages qui les entourent.

Les Prous sont indépendants. Dans chaque village, l'habitant le plus riche, le plus populaire, le plus fort, le plus adroit, le plus audacieux, prend la direction des affaires, mais ce pouvoir est bien précaire et insuffisant à arrêter le débordement de tous les excès.

Dans les repas de noces, les époux se bourrent réciproquement la bouche de riz ; puis ce sont les parents et enfin les amis qui leur offrent et qui s'offrent mutuellement la nourriture. 11 faut voir là, sans doute, le symbole du principe de mutualité qui doit présider à lexistence d'un ménage, d'une famille, d'une tribu et, en général, des sociétés, aujourd'hui bien trop divisées par les intérêts, une concurrence effrénée et malhonnête et des compétitions de tous genres.

Les morts chez les Prous sont lavés, habillés et enfermés dans un cercueil fait avec un tronc d'arbre fendu en deux dans le sens de la longueur et évidé.

Des lingots de fer et de cuivre d'une forme déterminée servent de monnaie. Ce sont, croyons-nous, les Laotiens qui ont importé cette monnaie dans le pays.

Les Canchos^ aussi appelés Candios, habitent, comme les Prous, le massif montagneux qui limite à l'est le bassin du Mëcong. Leur pays

as

confine au Laos. Le leinl de ces sauvages est brun olivâtre; leur faillo est moyenne et bien proporlîonnt^e; Jeur figure est plate, le nez petit et les lèvres fortes; leurs oreilles sont énormes; leur front est assez découvert mais peu développi^ ; leurs yeux sont petits et le regard cruel; leur chevelure est abondante et crépue; leur peau est rugueuse comme celle du buflle et couverte de gale ou de taches de lèpre; en un mot, l'aspect général d'un Cancho est celui d'une bftte féroce.

Les femmes et les filles portent de gros pendants d'oreilles cylindriques en plomb qui relombenl jusqu'aux seins.

Ces sauvages ont fol dans la vertu des amulettes et ils s'en aflluLIent do toute espèce. Ils professent une sorte de culte pour le Bra-yan (l'esprit Yan), auquel ils fout des offrandes, mais il parait qu'ils n'ont aucune idole, aucun objet sensible h l'œil, pour représenter cette divinité. Ils n'attribuent pas au yan une grande puissance créatrice ou destructive, ils lui supposent soulementlepouvoir d'influer sur le temps, les récoltes, la santé des particuliers.

Les viandes d'éléphant, de chien, de singe et de rat, sont des régals sérieux dans cette tribu.

Le Candio est ivrogne, querelleur, brutal, sale, insolent, grossier, inintelligent et paresseux. Le seul Candio que nous ayons connu h Phnom-PenU avait été déjà en captivité dans le haut du fleuve, chez un Cambodgien qu'il égorgea, non pas parce que celui-ci le maltraitait, mais parce que, disait-il, il le faisait trop travailler. Le meurtrier voulut fuir, mais il fut arrêté, conduit à Phnom-Penh chez un des ministres, qui eut dû le livrer à la justice pnur son crime, mais qui préféra le garder h son service sans autre forme de procès.

Ces sauvages ne sont pas polygames. La justice, comme administration et comme principe, est inconnue dans cette tribu. Le crime est chose si commune parmi eux qu'il ne cause aucune émotion, elles criminels s'en tirent en se dépouillant un peu en faveur des parents do la victime. Les autres délits sont de trop mince importance pour qu'on s'en occupe.

Les morts sont enterrés quatre jours seulement après le décès et on plante autour de la tombe des arbres fruitiers, des cannes h sucre, afin d'assurer la subsistance de l'âme du défunt. Un maraudeur qui enlèverait un fruit de ce jardin mystérieux s'exposerait à toutes les calamités. Nous avons été surpris de trouver chez ces féroces individus la croyance

dans la survÎTance de rftme, croyance qui fait le fond de la philosophie de certaines peuplades voisines moins rudimentaires.

Avant d'ensemencer un champ, les Canchos le font piétiner plusieurs jours de suite par des éléphants; ils arrachent ensuite les herbes foulées qui s'y trouvent et ils jettent la semence sur le sol ainsi remué.

Dans les fortes brises, les gamins mettent au vent de grands cerfsvolants, dont la ligne médiane est occupée par un bambou percé de trous disposés de telle sorte que, lorsque le vent s'introduit dans ces orifices, il en résulte un bruit sourd qui se propage à de grandes distances.

Le deuil consiste à se faire couper les cheveux et à les porter courts pendant cinq ans. Avant de les laisser repousser, on fait une cérémonie fort en usage, qui consiste à tuer un porc, à en faire cuire la tête qu'on va déposer sur la tombe de la personne pour laquelle on a pris le deuil, et à faire un festin du reste.

Les Rodés habitent aussi les pays montagneux à l'est du Mëcong. Ils sont bien moins foncés que les sauvages dont nous venons de parier; ils sont petits^ assez bien faits; ils ont le front proéminent et à moitié couvert de cheveux fins, non frisés; le nez est petit avec des os nasaux fortement accusés^ il est un peu aplati vers les ailes qui sont dilatées; les yeux sont bridés à l'angle externe et très rapprochés entre eux; les pommettes sont saillantes, la lèvre supérieure est forte, le menton petit, rond et avancé; l'angle externe du maxillaire inférieur est très déjeté en dehors et la base de cet os forme à très peu près Fangle droit ; l'angle facial chez la plupart des sujets de celle Iribu varie entre 80° et 80**; le buste est normalement développé, sans aucune exagération de formes; les membres supérieurs n'offrent rien de particulier; les jambes sont légèrement arquées et la masse du mollet est élevée et portée en dehors de l'axe du tibia. Les Rodés tiennent, croyons-nous, un peu des Annamites et surtout des Cliams qu'ils ont eus pour voisins à l'est.

Ces sauvages sont assez propres; ils sont laborieux relativement à leurs voisins, intelligents et assez honnêtes. Us forment une peuplade redoutée même des Annamites. Les femmes sont charmantes, colorées lorsqu'elles sont jeunes et quelques-unes ont le teint aussi blanc que les femmes annamites du beau monde. Les vieux Chinois de Phnom-Penh racontent que dans le temps les Annamites envahirent le territoire des Rodés et les refoulèrent vers le Cambodge. Les Rhmers profitèrent de

cette débâcle pour s'emparer de ces malheureux fugitifs qu'ils vendirent comme esclaves. Les femmes, qui étaient presque toutes jolies, furent chèrement vendues et les fils du Ciel ne dédaignèrent pas, paratt-il, de les prendre pour épouses.

Ces sauvages ont des qualités qui les font rechercher comme esclaves; ils se mettent rapidement au courant du service auquel on les destine, et ils excellent surtout dans Fart de soigner les chevaux.

Les hommes portent des pendants en plomb qui tiennent à Foreille par un croc et dont l'autre extrémité est terminée par une rosace qui s'applique sur la joue.

Hommes et femmes ont les cheveux longs, roulés et ramassés sur la nuque. Les femmes portent un langouti tombant sur les pieds. Les hommes s'épilent le peu de barbe qui leur vient.

Les Rodés n'ont ni religion, ni, paratt-il, de croyance dans les Neactas, les esprits protecteurs ou détracteurs; ni, non plus, dans le dogme de la transmigration des âmes. Us ne connaissent leur âge à aucune approximation, tellement ils se préoccupent peu de compter le temps.

Lorsqu'un Rodé, qui n'a pas de famille, veut se faire adopter dans une maison, il va trouver le propriétaire et lui expose son intention. Si celui-ci accepte, une de ses femmes, ou de ses filles, mais le plus souvent une vieille plus ou moins sèche se présente et offre le sein à l'étranger; celui-ci le prend, fait le simulacre de téter un court instant et l'adoption est consommée.

Les Rodés sont chasseurs ; ils fument les viandes des animaux qu'ils tuent pour les vendre ou pour les manger ; ils se nourrissent aussi de porc, de chien, de singe, de volaille, de poisson, de légumes et de fruits sauvages. Ils ont un faible pour la citronnelle et ils en mettent dans toutes les sauces. Les notables qui ont plusieurs femmes ne mangent que ce qui est préparé par la favorite, de crainte sans doute d'avaler du poison glissé dans les plats par les autres femmes jalouses.

Ces sauvages font avec le riz une espèce de liqueur fermentée, appelée tempê^ qu'ils apprécient beaucoup. Pour l'obtenir, ils font cuire le riz, ils l'étaient sur une claie et ils le mélangent avec une certaine quantité de levain destiné à déterminer la fermentation. Ce levain est tiré d'un tubercule farineux très aromatique appelé dans le pays Anhau-Cua. Ce mélange est exposé à l'air ambiant, toujours assez chaud dans ces contrées pour favoriser le travail de la fermentation. Lorsque celle-ci

499 LS ROTAUMK DU CAMBOD^

eAmmefieé, on veise 1#^ matières daim des jarre» cpe Ton eomFre bien 9vee dêH CAnvercleFi mastiqués et on n'y louche pas pendant da, joim» Aprè^ ce tempfi, an retire les couvercles et on remplit: d'eau le vide ipâ Vf^ni^, an-dessus des matières fermentées. Ce premier via est très fbrt : on le boit avec un chalnmean et on ooîUe à mesure avec de Feait jo^ qy\k ce ({ne la liqnenr soit sans force.

f^9 Rodés n'écrivent pas lesr langoe, et ils n'ont ni annales, m tradition orale. Us sont poty^wues et ies asages venleiU que riwwmp qm époose Fatnée d^nne fomtUe ait le droit de s'approprier anasi les phs jenoe<« <uipnr» pour en faire des deuxième, troisô^oe... femmes. Gellesei penvent cependant se marier, si eUes tronvent, nuis il (Sut Faiitorisation do mari de leur sorar abiée, qui, s'il dosne son eirnsenteoieiit^ est temi de fournir la dot ip(M>-(acto.

Les gens de cette tribu ne sont ni voyageurs, ni commerçants, ni corient, ni dispoi^s h se (aligner pour s'instruire; ils sont courageux, fort adroits et ils mettent leur dmour'^>ropre à braver certains dangers. Ainsf^ ils s'amosent à traversera cheval les torrents les plus impétueux, s^euposant à y rester eux et leur monture.

Il parait que dans cette tribu la position de chef de village est hérédi- Iflire dans la même famille et que c'est ce personnage qui rend la justice ^1 TPîDe h la sûreté de la cilé« C'est là un premier pas fait vers la civilifinlion.

Iii*9 niïairc» »o font par échange do produits, car aucune monnaie n'y a mur».

Lns Hodê» fabriquent de longues échasses absolument semblables à rollo<4 qui sont on usage en Europe et ils excellent à s'en servir. Us sVxerrent surtout h Tarbalëte. Le but est une tranche de bambou plao(^o horizontalement h quinze ou vingt mètres, et dans laquelle on ohorrhe h introduire le plus de (lèches possible.

Cns sauvages sont assez forts calculateurs de tète et ceux qui sont en nsclavago à IMinom-Ponh apprennent facilement à se servir de la table i\ ralcul chinoise, qui est très en usage sur les marchés du Cambodge,

Les CMah sont i^tablis dans les montagnes et les hauts pUleanx qui séparent le Cambodge de TAnnam. On a prétendu qu*ils étaîenl blancs et de type caucasique. Celte dernière assertion est la seule ^T«f pour la plupart d*entiv eux. On peut dire, sans trop s'écarter de h vérité,^ que ces sauvages ont les traits les \ûns saillants des Européens et le teint jaunAtre des laotiens, mais un peu plus foncé.

En général, ces sauvages ont le visage ovale, le nez bien fait, saillant et les narines tant soit peu dilatées; les lèvres sont fines; les chevenx sont flexibles, fournis et lisses; les oreilles sont petites et collées an crâne; ils ont peu ou point de barbe et leurs sourcils sont très marqués. Les hommes sont de taille moyenne, plutôt petits qne grands; leuibuste est assez fort, mais leurs membres sont grêles.

Nous pensons que cette race a été bien moililiée par des croisements nombreux, car à côté de sujets dont les traits généraux sont aryens, il s'en présente d'autres tout petits, replets, bien membres, qui ont le nez de dimension moyenne, insensible à la naissance, aplati dans toute sa longueur, avec des narines trfes dilatées, le menton fort avancé, la lèvre inférieure charnue et enfin un ensemble de pliysionomie daguerréotype sur le museau d'un bouledogue. L'usage de casser par moitié les dents du râtelier supérieur est observé dans cette tribu.

Au Cambodge, les chefs de famille qui ont à leur service des esclaves chréais précisent ainsi leurs qualités et leurs défauts : inintelligents, peu menteurs, maladroits, paresseux, sales, gourmands, curieux et coureurs de fêtes; ils ne sont pas précisément voleurs d'argent, mais ils sonl fort lestes à s'emparer des choses bonnes à manger ; ils sont sobres quant aux liqueurs fortes, excellents compagnons des enfants de leur maître qui, de leur côté, leur témoignent beaucoup d'affeclion; ils sont généralement faibles de constitution et assez souvent malades.

Voici, d'un autre côté, l'opinion des commerçants chinois et laotiens qui ont plusieurs fois parcouru la contrée habitée par ces sauvages, et qui ont eu des rapports d'affaires avec eux. Les Chréais, disent-Us, sont méchants, indiscrets, exigeants, grapilleurs pour des bagatelles qui leur font envie. Ils recherchent toutes les occasions pour inlliger eux-mêmes des amendes, payables en marchandises, aux commerçants étrangers qui s'aventurent parmi eux et qui, étant isolés, sans moyens suffisants pour se défendre et sans protection, n'osent point se soustraire à ces exigences. Ainsi, par exemple, ils rançonnent d'un peu de sel ou de laiton les étrangers qui entrent chez eux les pieds boueux. Si on leur prend du (eu, ne frtt-ce que pour allumer la pipe, sans en faire préalablement la demande, c'est une nouvelle amende. Ils ne permettent pas surtout qu'un étranger entre chez eux s'il a une blessure, ou une plaie saignante; ils prétendent que le sang porte malheur et alors ils imposent, à titre de dommages et intérêts, les malheureux blessés qui n'ont

pas tenu compte du tort qu'ils occasionneot aux habitants de la maison où ils sont entrés.

Si un étranger oublie un objet quelconque dans la case d'un Chréai, celui-ci remet Tobjet à la première réclamation, mais il exige pour ce fait une rétribution...

Le chef du village, en supposant qu'il le voulût, est impuissant à empêcher ces abus de la force et ce manquement aux règles élémentaires de Fhospitalité. Aussi, il est rare que les marchands étrangers se décident à pénélrer dans une contrée où ils ne trouvent aucune garantie de sûreté pour leurs personnes et surtout pour leurs mar^ chandises...

Les hommes et les femmes portent les cheveux longs et retroussés en nœud derrière la têle. Le langouli des femmes prend la taille et tombe jusqu'aux mollets; elles portent, en outre, une espèce de pelisse ample, composée d'une pièce d'étoffe doublée en deux, percée d'un trou rond au milieu pour passer la tête et dont on coud à moitié seulement les extrémités, afin de laisser un passage pour les bras. L'aiguille qui sert à la confection de ce vêtement est eu fil de laiton; l'un des bouts est pointu et l'autre est aplati au marteau et percé d'un petit trou. Dans celte tribu, les femmes sont, paraît-il, peu farouches et les commerçants laotiens prétendent qu'ils les attendrissent aisément à l'aide de petits cadeaux de laiton façonné en bague et en collier.

Les Chréais ont pour certaines pierres un culte idolâtre. Leur imagination place dans ces objets sensibles quelque faux dieu, dont ils n'ont aucune idée bien nette. Ils prennent, par exemple, une pierre marquée de nous ne saurions dire quels signes et ils la mettent dans un panier, ou un nœud de bambou, qu'ils suspendent au comble de leur case. Ce fétiche porte chez eux le nom de Yan ou Yafig Les Chréais, ainsi que les Pors de Pursat, ne sont pas les seuls sauvages à avoir la superstition du fétichisme; on rencontre partout des peuplades lancées dans ces sortes d'extravagances d'esprit et surtout parmi les nègres de la côte occidentale d'Afrique. 11 faut voir là, pensons-nous, un ancien culte connu dans l'Inde ancienne et qui s'est propagé de proche en proche jusqu'en Indo-Chine. Ces pierres mystérieuses étaient appelées par les Indous Tchintamani ; elles procuraient à ceux qui les possédaient, et qui avaient foi en elles, tout ce qu'ils pouvaient désirer. Les anciens Gaulois ont également professé un culte pour les pierres sacrées, ainsi que pour les arbres, les lacs, les agents et les phénomènes de la nature.

Chaque fois que les Chréais sacrifient un animal au Yan, ils en recueillent le sang, le délayent dans Teau-de-vie et ils en répandent le mélange sur le fétiche, en lui demandant de leur être propice dans leur santé y leurs récoltes, leurs entreprises de toute espèce. Ils n'entourent cependant le Yan d'aucun ornement; ils ne lui dressent aucun autel et n'entretiennent aucun feu allumé près de lui.

Uy a à la tête de chaque village un chef qui n'a aucune autorité effective, et dont le pouvoir est proportionné à l'ascendant, à l'influence qu'il a su prendre sur l'esprit de ses concitoyens.

Pour tout instrument aratoire, les Chréais ont une pioche à tout petit fer droit, semblable à un ciseau emmanché, dont ils se servent pour déraciner les plantes parasites et remuer un peu la terre avant d'ensemencer.

Ces sauvages sont réputés pour leur sobriété et il est rare qu'on les voie ivres comme leurs voisins les Plmongs et les Stiengs. La règle est de tout offrir au Y'an avant d'en faire usage.

Pas plus que leurs autres compagnons des forêts, les Chréais ne savent écrire leur langue, et nous ne pensons pas qu'il soit vrai, ainsi qu'on l'a prétendu, qu'ils aient conservé des annales ou d'antiques inscriptions, dont le déchiffrement pourrait peut-être faire la lumière sur leur passé absolument oublié.

Les filles se marient jeunes^ de treize à quinze ans; mais il parait qu'elles sont forles à cet âge et tout à fait en état de pouvoir supporter le sacrement. La polygamie n'est pas dans les coutumes de ce peuple; le veuvage n'y est pas non plus en grande estime, et il est admis que l'on doit se remarier deux ans après avoir perdu sa femme et après avoir sacrifié en l'honneur de la défunte un bœuf ou un bufllc, dont on dépose la tête sur la sépulture de celle-ci en manière d^offrande ou d'hommage. Un individu assez osé pour vouloir se dispenser de ces formalités préliminaires s'exposerait à être vendu comme esclave pour avoir manqué aux usages et irrité le sentiment

public.

Lorsqu'on découvre un objet volé dans une maison, on ne punit pas seulement le voleur, mais on fait aussi le procès à toute la famille, parce que l'on admet qu'elle eut toute entière profité du vol, sans mot dire, s'il n*eut pas été découvert. On n'exécute jamais les assassins dans cette tribu. Ce n'est pas qu'on soit guidé dans cette manière d'agir par un esprit de philanthropie, mais parce que l'on sait qu'un homme

mort égale zéro, tandi» que s'il est vivant, et cpi'on puisse en diisqposer, il vaut de 9ept à huit buffles.

I>^s Chréai» ne r hiquent paii le bétel ; ils fument le tabac, ^*ils cultivent, dans des pipes en terre ai^leuse cuites dans un feu concentré de paille de paddy.

Après la moisson du riz, Fusage prescrit de tuer un cochon et A'en répandre le sang sur la récolte.

L'unité de mesure, de nombre et de poids chez les Chréais, c^est le cahey. Pour les grandes mesures, le cabey n'est autre que la brasse ; c^est Tempan pour les mesures faibles. C'est une encoche faite sur un morceau de bois pour les nombres et c'est un petit lingot de fer, de forme et dimensions déterminées, pour les poids. On fait les additions en ajoutant des encoches à celles déjà faites et des soustractions en faisant disparaître au couteau une certaine quantité de ces marques. Les opérations arithmétiques les plus simples se font de cette manière et jamais mentalement.

Celte tribu est indépendante; elle livre au commerce des esclaves, des étoffes de coton grossières, de la cire, des nattes en feuilles de palmier tressées, de Fivoire, de la laque, du cardamome el des cornes d'animaux sauvages.

On est convaincu dans ce pays que les éclipses lunaires et solaires sont dues à un mariage complet du soleil avec la lune.

l>es «tuicides el les crimes s'accomplissent au moyen du poison. iNous devons, en terminant cette note sur les Chréais, mentionner la présence parmi eux de deux majestés nominales, spirituelles ou mystérieuses plutôt qu'effectives, dont tous les peuples du sud de la grande presqu'île indo-chinoise ont entendu parler et qui sont connues sous les noms mythologiques de Roi du feu et de Roi de Veau.

Si l'on considère les traces profondes que le brahmanisme a laissé dans le sud de irndo-Chine, on sera forcé de reconnaître dans ces deux princes sauvages les divinités humanisées d'Agni, le dieu du feu, et de Vnrouna^ lo dieu des eaux. Les Chréais accordent au dieu du feu la priorité et ce n'est qu'à lui que les souverains du Cambodge rendaient hommage autrefois.

Les Indous représentaient Agni une lance à la main; aussi son correspondant chez les sauvages csl-il en possession d'une arme, que l'on dit être un sabre, ou un fer de lance, renfermant un ^an qui lui donne des propriétés et un pouvoir surnaturels.

Si la renommée de cette double royauté s'est répandue, ainsi que nous l'avons dit, dans le sud de Tlndo-Chine; si elle est parvenue, en s'affaiblissant toujours cependant, jusqu'à la génération actuelle; si elle est entourée encore de nos jours d'un certain prestige, c'est qu'elle a dû briller dans le temps d'un a^ssez vif éclat et peser de quelque manière sur la politique de cette contrée. Si, comme on le prétend, les Chréais, réduits aujourd'hui à une tribu perdue dans des montagnes et des forêts reculées, ont joué autrefois un rôle important en Indo-Chine, cela est dû, sans doute, à l'influence que ces deux mystérieux personnages ont exercée sur l'esprit d'un peuple livré au mysticisme religieux et politique le plus désordonné, qui devait se laisser conduire aveuglément là où la fantaisie et l'intérêt de ses divins maîtres commandaient de le faire aller.

Il nous a été impossible de trouver dans les provinces cambodgiennes, voisines des tribus sauvages, un seul individu étant allé visiter les forêts des Chréais. Les Khmers ne se mettent guère en rapport qu'avec les sauvages établis près de leur frontière, et ils redoutent de pousser plus avant par crainte de la fièvre dite des bois, qui est, en effet, très redoutable. Le voyage au pays des Chréais serait long et pénible, vu le mauvais état, ou le manque même de routes praticables, la pénurie des moyens de transport et surtout l'absence d'une autorité écoutée quelconque pour venir en aide aux voyageurs dans les circonstances embarrassantes.

La tradition orale est pleine de fables, de faits prétendus historiques et singulièrement exagérés, dénaturés et souvent contradictoires. Il est impossible de remonter plus haut que la mémoire des contemporains dans l'histoire de ces deux curieux personnages.

Ainsi que nous l'avons dit, ces deux princes sauvages n'exercent aucune autorité politique ou administrative ; ce sont de bons paysans qui vivent de leur labeur et des dons que la piété publique veut bien leur faire. Us n'ont pas adopté la même résidence, paraît-il, et on ne parle guère que du roi du feu, dont les pouvoirs surnaturels ne sont jamais mis en doute, ni surtout ridiculisés.

Dans les fêtes, les mariages, les sacrifices faits en l'honneur du Yp-n, le peuple convie le roi du feu. On lui pare un endroit spécial; on étend sur le sol, ainsi que c'est l'usage de le faire dans toute l'Asie pour les souverains, des pièces de coton toutes blanches, et on couvre également de bandes de toile le chemin par où le prince doit venir. Les u 28

fidèles se pressent derrière lui, soutenant le pan de sou langouli et en poussant des cris de.joie.

Lorsque les rois du feu et de l'eau se présentent en public, le peuple se prosterne, et Ton est convaincu que si Ton ne lui rendait pas cet hommage une tempête terrible se déchaînerait aussitôt sur la contrée.

Celle haute dignité est héréditaire dans la même famille; et ceux de ses membres auxquels la tâche étant échue voulurent s'y soustraire par la fuite, furent recherchés parleurs concitoyens consternés, contraints de regagner le logis et de supporter, de gré ou de force, le poids de cette bizarre souveraineté.

Mais ce n'est pas seulement la personne du prince qui intéresse si fortement les Chréais ; ces pauvres enfants de la nature craignent surtout que les trois talismans célèbres, qui sont en la possession de cette famille depuis des siècles, ne perdent leurs vertus en passant en d'autres mains, ou ne disparaissent tout à fait. Ces tahsmans sont : le fruit d'une liane appelée Cwi, cueilli avant maturité il y a plusieurs siècles, et qui est resté toujours verl et frais ; un rotin également très ancien et qui n'a jamais séché; enfin, un sabre renfermant un Yan^ qui le garde perpétuellement et lui fait produire des miracles.

Les Cambodgiens, et aussi les Chams, paraît-il, prétendent que ces trois lahsmans, tombés on ne sait quand et comment au pouvoir des Chréais, ont appartenu à leurs anciens rois.

Les rois de Siani, du Cambodge, et de nos jours le célèbre rebelle cambodgien Pucombo, ont essayé tour à tour de s'emparer de l'arme sacrée des Chréais, afin, sans doute, de s'assurer un grand prestige el surlout des succès dans les guerres et les révolutions qui ont désolé tous les États de Tlndo-Chine, succès qui n'auraient pas été douteux pour ceux qui auraient eu en leur possession cette arme si redoutée. Mais le Yan ne permit pas qu'un pareil enlèvement s'exécutât, et les Chréais sont restés propriétaires de ce fameux tahsman qu'ils conservent enveloppé dans des chiffons de coton recouverts de belles pièces de soie.

De tout temps, et jusqu'au règne actuel, où le roi Norodon a laissé tomber cet usage, les souverains khmers avaient tenu à rendre hommage et à envoyer des cadeaux annuellement aux deux personnages chréais. Ces cadeaux se composaient d'ordinaire d'un jeune éléphant mâle richement harnaché; ensuite, venaient différents objets, tels que: du (il de laiton, de la verroterie, du fer, des étoffes de coton et, enfin.

LE UOYAUxME DU CAMBODGE 43o

de magnifiques pièces de soie destinées à envelopper Tarme sacrée. Ces dons étaient portés pompeusement vers le haut du grand lleuve et remis au gouverneur de la province de Cratié, limitrophe du Laos, qui prenait des dispositions pour les faire parvenir de tribu en tribu à leur destination, aucun Cambodgien ne voulant s'exposer aux dangers et aux fatigues d'un voyage comme celui-là.

Ces cadeaux étaient destinés au roi du feu, qui les acceptait toujours et répondait par une politesse analogue en envoyant invariablement à son auguste frère du Cambodge un pain de cire énorme et deux grandes calebasses, Tune pleine de riz et l'autre de sésame. On y ajoutait quelquefois un peu d'ivoire et des cornes de rhinocéros. Au centre du pain de cire, on remarquait l'empreinte du gros doigt de la main du roi du feu. On sait que c'était l'usage dans l'Inde, usage suivi encore de nos jours au Cambodge, de garder avec soin l'empreinte des pieds et des mains des personnes que l'on estimait et que l'on aimait le plus. Les sauvages conservent sur la cire des empreintes de ce genre et • l'envoi de l'empreinte d'un doigt de sa personne sacrée était, de la part du roi du feu, un témoignage non équivoque de considération pour celui auquel elle était destinée.

Remarquons, en passant, que les grains de sésame, qui entrent toujours dans la composition des cadeaux faits par le Sire des bois, figuraient aussi dans les offrandes de première valeur faites aux diverses divinités par les brahmanes indous. Le marc d'huile de sésame était une expiation des abus de liqueurs spiritueuses et Manou annonça « que les donneurs de sésame obtenaient la postérité qu'ils désiraient. »

Dès que les présents du roi du feu arrivaient à Ja capitale du Cambodge, on les livrait aux brahmes, gardiens de l'épée sacrée des anciens roiskhmers, qui les ramassaient avec soin à côté des attributs de leurs souverains. On faisait avec la cire de cette provenance des cierges qu'on brûlait sur divers autels les jours de cérémonie. Dans les temps malheureux, pendant les épidémies, les trop fortes inondations, la guerre, on jetait sur le sol un peu de riz et des graines de sésame, afin d'apaiser la colère des esprits malfaisants.

Il y avait au palais des rois khmers plusieurs objets provenant des cadeaux du roi chréai. 11 ne reste plus aujourdliui, comme spécimen des présents de cette origine, qu'une corne de rhinocéros que l'on conserve précieusement.

Dans une guerre que Aug-duoiig, père du roi Norodon, eut à soutenir contre les Annamites, le f^l4i|lr/eu lui expédia neuf éléphants en Tassurant de ses vœux pôdlrle suobès de ses armes et en lui faisant part des regrets qu'il éproirtrait do ae pouvoir faire davantage pour le Cambodge. Ces éléphants furent conduits par des cornacs et des envoyés de race chréai, qui les remirent au gouvernement cambodgien à Oudong môme. On célébra une grande fêle en Thonneur de ces ambassadeurs sauvages; on les habilla proprement de pied en cap; on les traita du mieux qu'on put pendant un mois et ils s'en retournèrent emportant un bon souvenir de leur réception et quelques cadeaux pour leur roi mystique. Mais malheureusemnt quelques-uns d'entre eux moururent en route de la petite vérole. A la belle saison suivante, le roi sauvage fit réclamer à Ang-duong les ossements de ses sujets restés sur le territoire cambodgien. On ne put rien retrouver de ces malheureux et on arrangea l'affaire à l'aide de quelques nouveaux présents qui firent, sans aucun doute, plus de plaisir que les dépouilles qu'on attendait.

Le roi actuel du Cambodge n'a jamais rendu aucune espèce d'hommage, ni envoyé de cadeaux au roi du feu. Celui-ci, fort surpris de celte façon d'agir, députa, il y a quelques années, auprès du gouverneur cambodgien de Cratié, deux ou trois notables de la foret pour demander doucement des explications h ce sujel. Le gouverneur rendit compte de cette démarche à Oudong. Le roi Norodon ne répondit rien et ne donna rien et les Chréais s'en retournèrent n'emportant ni présents, ni non plus un refus catégorique et huniilianl.

Depuis cette époque les relations ont cessé complètement entre les doux cours.

iNous pensons bien faire en donnant à la fin de ce paragraphe un tableau comparatif des langues parlées par les sauvages de ces différentes tribus, ainsi que de leur numération.

Si nous reprenons et si nous résumons les notes sur les sauvages, nous remarquons, en premier lieu, dans la légende si populaire des Samrês^ que originairement le roi des Khmers et le chef des Samrês vivaient en bonne inlelligence ; que plus lard, ces bons rapports s'affaiblirent, el qu'enfin la prééminence du chef khmer ayant prévalu, les Samrês se retirèrent de la capitale et devinrent tributaires du souverain cambodgien. De nos jours, dans la province d'Angcor, on voit des Samrês employés a la garde des anciens temples. Nous en avons compté

un grand nombre dans la bonzerie d'Angcor-Vat, qui étaient affectés à ce service et qui se relevaient à tour de.f^ iDus les mois.

Disons d'abord que Tétai de subordinatioii dtStJSçimrês, et leur rôle traditionnel de gardiens de temples et d'éléphants foyaux, les relèguent dans la catégorie des individus désignés au Cambodge sous le nom de Neac-Ngéar, qui ont été, comme on sait, réduits à cette condition par de grands crimes commis par eux ou leurs ancêtres, ou bien qui proviennent de prises faites à la guerre. La tribu des Samrês étant toute entière rangée dans la même malheureuse condition, il n'est guère possible de ne pas admettre que ce sont les événements politiques et les guerres de conquête qui les ont amenés où ils sont.

Si les nombreuses preuves d'infériorité des Samrês par rapport aux Khmers, les différences de langage, de religion, de mœurs, de coutumes, n'excluaient pas toute idée d'assimilation de race entre ces deux peuples, la condamnation des Samrês au tribut et à la corvée avilissante des pagodes prouverait suffisamment que les Khmers ne les ont jamais considérés comme leurs égaux, eux qui ne se décident à hvrer les leurs à cette dégradation que pour des crimes abominables.

Ce que nous venons de dire des Samrês s'applique aux autres sauvages tributaires, qui, depuis la décadence, l'affaiblissement des Khmers et la ruine de leurs anciens monuments, se sont peu à peu affranchis de certaines corvées, étant plus éloignés et moins directement placés que les Samrês sous la main des gouvernants actuels. Les soixante royaumes tributaires de l'ancien empire khmer, dont parlent les auteurs chinois, n'étaient autres, sans doute, que ces différentes tribus sauvages dispersées aujourd'hui dans les montagnes et les forêts du sud de l'Indo-Chine, et qui devaient être autrefois un peu mieux organisées sous les ordres de chefs de leur race, comme l'étaient les Samrês.

Cette manière de traiter les peuples conquis n'est-elle pas encore une preuve de l'origine indienne du peuple khmer?... Les rois indiens traitaient les Kiratas (sauvages), qui étaient les premiers habitants du pays, de la même manière ; ils les firent tributaires et ils les employèrent à la garde des temples, des palais et au service particulier des rois.

Le culte des ancêtres pratiqué par une partie de ces sauvages; la croyance de certains autres dans les esprits bons ou. méchants renfermés dans les objets de la nature ; le dogme de l'incarnation admis par quelques-unes de ces tribus; les superstitions de lous ces peuples

primitifs el surtout celle des amulettes; la foi, chez certains, en la survivance de l'âmo et les offrandes de nourriture faites aux âmes des morts; la crainte des maléfices; le culte des pierres sacrées; les sacrifices faits en certains endroits en Thonneur de divinités aujourd'hui mal définies ; TolTrande particulière du sang de la victime sacrifiée chez les Chréais; la présence parmi ce dernier peuple des deux incarnations d'Agni et de Varouna; la confiance des Chréais dans les propriétés surnaturelles des armes sacrées et Foffrande de sésame, nous paraissent être des épaves laissées dans i'Indo-Chine par les anciens cultes de rinde el surtout par le brahmanisme, qui précéda immédiatement la religion du Buddha dans cette contrée.

Arrivant, enfin, aux idiomes parlés par les différentes tribus sauvages, nous voyons que bien que en apparence ces idiomes présentent des différences notables, dues le plus souvent h la différence des prononciations, ils ont cependant bien des mots communs, au moins entre tribus voisines. Ainsi, par exemple, le samrê, le por, le cuoi, le phnong, le stieng et le prou, ont bien des mots analogues pour désigner les mêmes choses ; quant aux rapports intimes des langues parlées parles Canchos, les Rodés et les Chréais, ils sont bien plus évidents, bien moins contestables.

Si nous comparons maintenant ces idiomes parlés par les sauvages aux langues des peuples puissants, qui ont vécu do longs siècles à côté d'eux, nous trouvons que les Samres, les Pors, les Cuois, les Phnongs et Jes Sliengs, qui étaient limitrophes ou bien compris dans Tempire khmer, ont emprunté bien des expressions h la langue relativement plus riche des Cambodgiens, tandis que les Canchos, les Rodes el surtout les Chréais, parlent, h la prononciation près, la langue des Chams, qui étaient leurs voisins immédiats du côté de Test.

Nous pouvons en dire de même de la numération qui a été empruntée de toutes pièces par les uns aux Klimers et par les autres aux Chams. Ces numérations sont toutes décimales et de provenance indoue.

Mais ce qui ressort de plus certain de ces différentes comparaisons, c'est que tous ces idiomes sauvages ont beaucoup plus de rapports entre eux, el quelques-uns avec le cham, qu'ils n'en ont avec la langue des Khmers, ce qui tendrait h prouver que ces peuples ont été moins longtemps en relation avec ces derniers, ce qui découle d'ailleurs des annales du Cambodge^, qui établissent elles-mêmes que les Cbanis ont

précédé les Khmers en Indo-Chine, s'ils n'en sont même originaires comme les sauvages dont nous nous entretenons.

De plus^ toutes ces langues parlées par les sauvages, y compris le cham, sont des langues à tons, tandis que le cambodgien se prononce recto-tono. Cette particularilé-de la langue khmer n'est-elle pas aussi une preuve que le peuple qui la parle n'a pas toujours appartenu, à rindo-Chine, où n'existent que des idiomes vario-tono?... *'

Les sauvages qui ont conservé le mieux le type originaire, sont : les Phnongs, les Stiengs et surtout les Prous et les Canchos, qui habitaient un pays également éloigné de l'empire khmer et de l'ancien Ciampa.

FHA.NV.AIS.

SAMRÉ.

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