PROU
chet tham chet chôn baar chet baar chet mui baar chet baar baar chet pô baar chet puon baar chet chheng baar chet trau baar chet pos baar chet tam baar chet chen pô chet pè chet mui pô chet baar pô chet pô puon chet chhon chet trau chet pos chet tham chet chen chet mui clam mni clam mui mui clam baar mui clam pô mui clam puon mui clam chhong baar clam puon clam mui halic baar halic set halic mui son mui léan
CAXCHO.
saplu salapan saplu doalapan doa plu doa plu sa doa plu doa doa plu clou doa plu pac doa plu lema doa plu nam doa plu tuchu doa plu salapan doa plu doalupan clou plu clou plu sa clou plu doa clou plu clou pac plu lema plu nam plu tuchu plu salapan 'plu doalapan plu »
noDÊ.
plu sapan plu doapan doa plu doa plu sa doa plu doa doa plu to doa plu pac
doa plu éma doa plu nam doa plu cachu doa plu sapan doa plu doopan toplu to plu sa lo plu doa to plu to pac plu ema plu nam plu cachu plu sapan plu doapan plu
CHREAl.
plu repan plu toapan toa plu toa plu sa toa plu toa tao plu clou toa plu pac toa plu léma toa plu nam toa plu tuchu toa plu repan toa plu toapan clou plu clou plu sa clou plu toa clou plu clou bac plu léma plu nam plu tuchu plu repan plu toapan plu retus retus sa retus toa retus clou retus pac retus lema toa retus pac retus ha repou toa repou »
11 y a des Chinois établis au Cambodge depuis les temps les plus reculés. Mais ce fut vers 1279, époque à laquelle commencèrent les grandes luttes entre les Mongols, d'un côté, les Tarlares et les Chinois de l'autre, guerres qui durèrent un siècle et qui se terminèrent par la domination des Mongols, qu'eurent lieu les nombreuses migrations de Chinois, qui se répandirent et, pour ainsi dire, débordèrent sur tout le littoral de la merde Chine et de l'océan Indien.
Les peuples du Nord suivirent la voie de la mer ; ceux du Sud descendirent les fleuves Song-coi, Mëcong et Menam, et se répandirent au Tong-King, au Laos, au Cambodge et au Siam. Depuis cette époque, les relations entre les deux pays se sont multipliées, et, à l'heure qu'il est, chaque navire qui arrive de Chine amène des ouvriers chinois qui débarquent là oîi ils trouvent à s'employer.
Les Chinois établis dans le pays font remonter les rapports du Céleste Empire avec le Cambodge à une époque bien antérieure, et ils appuient leur dire sur une légende à laquelle ils attachent l'importance d'un document historique et que voici :
(( Au temps les plus reculés, et qu'on ne saurait préciser, l'Empereur de Chine envoya des savants au Cambodge pour y prêcher la loi et pratiquer la médecine. La barque de ces premiers missionnaires flt naufrage au pied de la montagne de Dangrôc, et on voit aujourd'hui encore en cet endroit une butte ayant la forme d'une immense jonque de mer pétrifiée. Sur ce monticule ont poussé des plantes médicinales. inconnues en Indo-Chine, et notamment un arbuste nommé en cambodgien Angcot et en chinois Chiuni. On ne trouve cette plante médicinale que là, et si l'on en a quelques spécimens à Pursat, c'est qu'ils y ont été transportés de Dangrêc. Suivant la légende, ces plantes proviennent des graines faisant partie de la pharmacie des docteurs du Céleste Empire naufragés. »
Les Fils du Ciel, d'accord en cela avec les Khmers, concluent de celte légende que la mer arrivait autrefois jusqu'au pied de la chaîne de Phnom-Dangrêc, qui se trouve aujourd'hui à une distance en ligne droite de trente lieues marines du rivage le plus rapproché.
Nous verrons dans la notice sur Angcor-Yat le naufrage de la jonque
chinoise, qui forme le fond de cette légende, sculpté sur les murailles •'^' de cet édifice en un admirable bas-relief.
Il est certain toutefois que de tous les étrangers, les Khmers et les Chams exceptés, ce sont les Chinois et les Malais qui ont été les premiers à connaître le Cambodge et à s'y établir. Les annales cambodgiennes, quoique très mal tenues, font supposer néanmoins que les Chinois ont été depuis plusieurs siècles assez nombreux et assez puissants en Indo-Chine pour jouer, à diverses reprises, des rôles politiques importants. Les annales chinoises, de leur côté, classent le Cambodge parmi les États tributaires de la Chine à partir de l'année 616 de notre ère.
C'est vers cette dernière époque, sans doute, que commencèrent les relations diplomatiques entre ces deux États par l'envoi réciproque
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Forge camboJgicnne.
d'ambassadeurs d'abord, et ensuite par les voyages entrepris par de nombreux savants et négociants chinois.
Mais, ainsi que nous l'avons dit, c'est vers la fin du xi^ siècle qu'eurent lieu les grandes migrations chinoises vers les côtes de la mer de Chine, et surtout vers l'Indo-Chine.
Les explorateurs chinois parlent peu de leurs concitoyens établis dans les contrées qu'ils ont visitées. L'un d'eux pourtant, qui parcourut le Cambodge en 1402 de notre ère, dit, en parlant des pénalités réservées aux criminels indigènes, qui n'étaient rien moins à cette époque que la mutilation atroce des membres ou la mort, que les Chinois coupables des mêmes crimes se rachetaient avec de l'or, ou étaient simplement vendus comme esclaves s'ils ne pouvaient payer uneforte amende. Ces privilèges accordés à des étrangers prouvent qu^à ce moment du moins les Chinois jouissaient d'un grand prestige au Cambodge, ou bien encore que leur gouvernement y était redouté.
En 1596, les Chinois jaloux de l'ascendant que prenaient au Cam- I 29
bodge les Espagnols, les Portugais et les HoUandais, et prévoyaot, de plus, qu'ils les auraient bientôt pour concurrents dans le commerce, leur suscitèrent de tels embarras que la lutte éclata entre eux très vive, surtout à Phnom-Penli où les •Européens, aidés de quelques Cambodgiens, détruisirent les comptoirs chinois de ce grand marché et s'emparèrent de leurs barques de transport. Mais quelques jours après, les Chinois, aidés par les Malais, culbutèrent les Européens et les forcèrent à se rembarquer pour Manille.
Quelques-uns des sujets du Fils duCiel se convertirent au christianisme en 1665, et depuis cette époque, il y en a eu toujours un certain nombre qui sont restés attachés à cette religion.
Sous le règne de Tenipereur de Chine Kanghis^ de 1667 à 1722, les guerres étrangères, et surtout les divisions intestines, agitèrent fortement le pays et poussèrent hors de TEmpire un grand nombre d'individus, qui se répandirent un peu partout, mais plus particulièrement en Cochinchine et au Cambodge. C'est parmi eux qa*ua prétendant à la couronne du Cambodge, le prince Non, trouva des partisans pour combattre les Siamois qui avaient pris parti pour le souverain légitime.
En 1715, le chinois Mac-cuu s'empara de Hatien et gouverna ce territoire à peu près souverainement. Il mourut en 1736, et Mac-ton, son frère; lui succéda et soutint avec succès, en 1740, un siège contre les Khniers qui voulurent le déloger de Hatien.
En 1757, le roi du Cambodge, pourchassé par les Annamites, se réfugia à Hatien et obtint la paix, grâce à l'intervention de Mac-ton. En 1758, le roi Prea-ang-tong fit cession au Chinois Mac-Ton des territoires situes sur la cùfe du golfe de Siam, depuis Hatien jusqu'à Compot, et môme un pou plus au nord du côté et très près de la frontière siamoise. Les services rendus par Mac-ton au roi du Cambodge furent ainsi largement payés et le prix devait sans doute en être arrêté à l'avance.
C'est vers celte époque que les Chinois s'établirent dans les provinces côlières de Hatien, de Compot et de Compong-Som, où on les voit encore aujourd'hui, en très grand nombre, se livrer à la culture du poivre.
En 1772, le roi de Sîam Phaya-tac chassa Mac-ton de Hatien; mais deux ans après, un retoui*de bonne fortune permit à ce chef chinois de reprendre possession de son gouvernement.
En 1780, un navire siamois ayant été pillé dans les eaux de Hatien^ Mac-ton fut rendu responsable de cet acte de piraterie; il fut attaqué
vivement, saisi et mis à mort par les Siamois. Le fils de Mac-loii fut installé comme gouverneur de Hatien dix ans après (1790) par les Annamites, devenus maîtres de tout le Delta du Mëcong. Ce gouverneur mouruten 1800, et ce fut le dernier. Le gouvernement annamite s'annexa la province de Compot et de Compong-Som.
Le rôle et Finfluence politique des Chinois finirent avec le dernier gouverneur de Hatien ; ils sont restés depuis étrangers aux luttes qui ont dévasté le Cambodge, et cette indifférence pour la politique les a fait de tout temps respecter, eux et leurs biens, des partis en désaccord.
A l'heure qu'il est les Chinois sont très utiles au Cambodge. Ce sont eux, en effet, qui exploitent les immenses poivrières que l'on peut voir sur toute la côte du golfe de Siam, ainsi que les champs de coton qui bordent les deux rives du Mëcong; ils cultivent. aussi le bétel, les légumes, le jardinage et le commerce du pays est presque en entier entre leurs mains.
Les Chinois, ceux mêmes qui sout nés au Cambodge de parents établis dans ce pays depuis plusieurs générations, conservent leur religion, les mœurs, le costume des habitants du grand empire. Ils parlent entre eux le dialecte de la contrée dont ils sont originaires, et la plupart se sont familiarisés avec les langues cambodgienne et annamite. Le plus grand nombre a conservé le type chinois, sauf la couleur qui est plus foncée, à cause de leur alliance avec des femmes indigènes. Notons que les Chinois qui vivent en Indo-Chine depuis longtemps sont au moins aussi superstitieux que les habitants.
Après avoir reconnu les qualités, les services rendus par les Chinois établis dans le royaume khmer, nous devons, pour être juste, ajouter que ce sont eux aussi qui l'exploitent avec le plus d'acharnement et de méthode, en s'unissant pour se faire adjuger les douanes, les fermes de toute espèce, qu'ils administrent ensuite au détriment du pauvre peuple, qui, poussé à bout, a fait plus d'une fois main b^sse sur ces établisse-* ments publics depuis que les Chinois les ont pris à ferme et en ont fait des postes de bandits. Sur la demande du gouvernement français, basée sur les abus que nous venons de signaler sans entrer dans les détails, les douanes sont aujourd'hui administrées en régie.
Le Cambodge était tributaire de Tempire d'Annam bien avant l'année 1658, époque à laquelle commencèi*ent les invasions et empiétements du gouvernement annamite sur le territoire cambodgien, jusqu'à l'en-
lière conquùle r't annexion de tout le pays place aujourd'hui sous notre domination et qui est coinui sous le nom de Cochinchine française.
Ce fut, en eflVt, vers 1058 que le roi du Cambodge, vaincu et fait |)nsonnier par les Annamites, n'obtint sa liberté et la restitution do sa couronne qu'a la condition de reconnaître la suzeraineté de Tenipereur dWnnani, de favoriser et de protéger spécialement les nombreux Annamiles qui demandaient alors h se fixer au Cambodge.
Le royaume khmer était encore intact du côté du sud, où il s'étendait jusqu'à la mer, et il était limité an sud-est parla chaîne de montagnes (litr de Bahria, qui sépare aujourd'hui les possessions fmnçaises de rempin» dWnnam. Ce fut grâce h ce traité, convention ou ordre, comme on voudra, imposé au chef du gouvernement cambodgien, que des vagabonds annamites, des civeuturiers, franchirent en grand nombre les frontières de rAimam, refluèrent vers le Cambodge, se mêlèrent aux habitants et obtinrent ou prirent des terres qu'ils cultivèrent sans redevances d'aucune sorte. La violence, les empiétements exercés par les particuliers n'étaient que le prélude d'expropriations plus importantes méditées par la cour de Hué et aussitôt consenties par le gouvernement cambodgien.
Ce fut vers 1G75 que commencèrent ces guerres continuelles entre les deux peuples et l'annexion progressive de tout le delta du fleuve au royaume annamite, attentat consommé en l'an 1790, époque à lacjuelle le pays commença h être pacifié et véritablement gouverné. Jusque-là, ce n'avait été qu'un champ clos occupé alternativement par l'un ou l'autre adversaire» suivant les chances et les hasards de la guerre.
Cependant aucune convention formelle, aucun traité régulier, n'iatervinrent pour régler et légitimer la prise de possession par les Annamites de tout cet immense et riche pays. Il n'y eut pas de frontière tracée ; et si depuis lors les agrandissements officiels ont cessé, les empiétements des particuliers ont continué sous l'œil, Tapprobatian et l'appui moral des autorités annamites. Les territoires n'étant pas délimités sur la zone indécise et contestée, les mauvais citoyens de toutes les races, de tous les pays, s'y installaient, surtout les Annamites qui poussaient leurs établissements plus avant, le long des fleuves <'t des arroyos, s'emparaufr des terrains fertiles^ méconnaissant rautoriié du pays qui d'ailleurs les redoutait, se soustrayant à tout impôt et n'entendant relever que des gouverneurs annamites des provinces
limitro|ilies, qui i^'taienl trop loin pour les surveiller cl auxquels ils allaient seulement de lemps àautre rendi-i; hommage et porter quelques cadeaux. Le terrain Unissait par resler en entier h ces intrus et les Khraers, ne pouvant s'accoutumer au voisinage d'étrangers aussi remuants, aussi enlreprenanls, t^'varuaient la place et allaient se fixer j Ailleurs.
C«* fut oetle situation que nous IrouvAmes en 1863, l'-poque à laquelle lu Cambodge, fatigué d'Ctre l'otijct do spoliations toujours inassouvies, se plaça soiislaprnleclion delà Fran're. Les divers gouverneurs français de la Cocliinchine, instruits dos désordres qui régnaient sur cette frontière, dos conllits coulinuels qui s'élevaient entre indigènes el aussi entre les autorités des deux pays, pi-oposèrent au roi de déterminer k l'amialde uno frontière qui serait marquée par une séiie de poteaux indicateurs. Le roi accepta cl les inconvénients que iiouâ venons de signaler n'exisleul plus h cette heure.
IjB nombre des Annamites lis>'s an Cambodge est considérable et il augmente d'année en année. Le dornier recensomenl porte h GjjO le nombre des inscrits, ce qui correspond à une population d'environ 4,000 personnes. Ui n'est pas comprise la population flollanle, qui est considérable.
Les Annamites réfugiés au Cambodge sont en général moins estimables »[ue ceux de la Cochinchinc. La plupart ont quitté leur pays pour éviter des démêlés avec la justice, ou pour fuir des créanciers pressés de rentrer dans leurs fonds. Ils vivent de pèche, de commerce, forment les équipages des barques du charge, cullivenl des rizières, des plantalions de bétol, de mitrier, élèvent des vei-s h soie el lissent des étoffes. Oneîqnes-uns sout très aptes îl faire des charpentiers do marine et de bâtiment.
Les Chinois et les cullivalours annamites s'emparent des meilleurs endroits, el le gouvernement laisse faire pourvu que la location de la terre soilçayée; ils rejettent les Khmers dans l'iriléneurct vers Ics'J montagnes, àh ceux-ci trouvent la vie paisible qui conVlenl à leur forapérameot. L'en vahisso ment du ChÎEiois el do l'Annamite augmente h^ \m d'ipil, cl le temps n'est pas éloigné où le chifTre do ces étrangers balancera celui de la population indigène, éloignée des grands centres et des lives fertiles du fleuve.
Li's Annauiifea se distinguent des Cambodgiens par tlf>g qualités importantes, uiiïls aussi par des défauts sfirllants : ils sont plus inlelH-
iîA LE ROYAUME Dl C\MBODGE
genN. plu» in«iruiié. pluâ coarageox. plos laborîeox. plus adroits, plus indu^fri^ux, plus vif» et plus lestés que leurs foisins. Us soot également Mjhr(ti>, dr>f:il*-s^ asr^z disposés, aujourd'hui que rautorité du roi est fortifiée |Mr l'appui du gouvernement français, à respecter les lois, les usages et sont au?^si faciles à gouverner que les Khmers. 3lais on peut din; aus^i. «tans craindre d'être démenti, que les Annamites sont à un degré éle\é sal^-f^, taciturnes, menteurs, joueurs, orgueilleux, Toleurs, haineux, vindicatifs et cruels à l'occasion. Cest grâce à tous ces ^ices, el malgré leur ^litude au traTail, que les Annamites finissent souTenI par devenir les e^K^laves de quelques notables ou mandarins cambodgiens, malais, chams ou chinois.
f^hysiquement, l'Annamite esl moins bien doué que le cambodgien; il esl pelii, d'apparence faible mais assez nerveux; son visage est plat et anguleux ; ses jambes sont très arquées, résultat delà mauvaise habitude prisf* par les mères de porter leurs enfants à califourchon sur la taille. Le teint de TAnnamile est d'un jaune moins accusé et un peu plus foncé que celui des Chinois. Les femmes sont bien faites; elles ont de jolis traits, des mains et des pieds petits et elles sont assez blanches lorsqu'elles ne sont point forcées de s'exposer journellement au soleil. Ilommos et femmes portent les cheveux longs et noués sur le chignon.
Il y a entre la race annamite et la race khmer une antipathie aucif'une 1res sensible et qui no diminue point. 11 ne faut pas seulement ou rechercher la cause dans les questions politiques, puisque les Siamois ont fait au moins autant de mal au Cambodge que les Annamites, (•I que cependant ils sont mieux vus, ou plus supportés. Le motif en serait plutôt dans Tincompatibilité d'humeur de ces deux races et dans rorgueil énorme de l'Annamite, qui le porte à ne considérer le Cambodgien que comme un être inférieur, un sauvage. Les Camhodf^ieiis reconnaissent la supériorité, sous certains rapports, des Annannt(»s; ils leur reprochent de chercher à tout propos à les froisser dans h'ur amour-propre et leur orgueil, qui n'esl pas petit non plus, el, <Mi(in, les Khmers méprisent les Annamites surtout à cause de leurs (lr*(anls.
Lrs Chinois appellent les Annamites Ytfen ; les Khmers les désigneni par 1(» mol Yuony qui se prononce de la même manière. Yiien est le nruM (!«' famille (1rs Khans de la Mongolie, que les Annamites, eux, appelleni Nyuycn^ dont un membre, le fameux Koubilai, fonda en Chine la première dynasii»» impériale d'origine tartare.
On verra, dans l'aperçu que nous donnerons plus lard de l'histoire du Cambodge, la fatale influence des Siamois ou Thaïs sur les destinées de ce royaume, autrefois si étendu et si florissant et réduit aujourd'hui, de spoliation en spoliation, à un État du dernier ordre.
Ce sont les Siamois qui ont commencé la ruine du peuple khmer en rognant petit à petit leur grand royaume du côté du nord, donnant ainsi l'exemple aux Annamites qui profitèrent, dans la suite, de toutes les occasions pour s'agrandir vers le sud au détriment du Cambodge.
Ce sontles Thaïs qui sont surtout responsables de la destruction delà merveifleuse capitale de l'ancien empire khmer. Ce sont eux qui, par leurs attaques continuelles, forcèrent souvent les souverains d'Angcor à s'éloigner de leur résidence, qui fut saccagée chaque fois et définitivement abandonnée vers Tannée 1437.
En 1812, le gouvernement siamois occupa et administra directement, sans motifs légitimes, les grandes provinces cambodgiennes de Battambang et d'Angcor. Ce nouvel agrandissement mit les Siamois en position de surveiller de près les rois du Cambodge, qui ne furent plus dès lors que des gouverneurs aux ordres de la cour de Bangkok.
Cette situation dura jusqu'en 1863, date à laquelle le roi du Cambodge se plaça régulièrement sous le protectorat de la France. Mais les rapports entre les deux peuples sont restés fréquents et amicaux.
La religion dans ses dogmes, son rituel et sa morale est la même dans les deux États ; les mœurs et les coutumes des deux peuples ne diffèrent pas non plus sensiblement. Le Siamois traite bien le Cambodgien d'un peu haut, reste d'habitude du temps oîi son gouvernement était tout puissant au Cambodge, mais il ne prétend pas, jcomme l'Annamite, à une supériorité de race et c'est ce qui le fait tolérer dans un pays où il ne se conduit pas pourtant de manière h inspirer beaucoup d'estime.
Ce n'est sans doute pas la meilleure portion delà population siamoise qui émigré au Cambodge; mais les sujets qu'on y rencontre sont loin de donner une bonne opinion de la masse ; ils sont bruyants, insolents, ignares, ivrognes, vantards, immodestes, paresseux, joueurs et fumeurs raffinés d'opium. Certains se font adjudicataires de fermes et monopoles^ et presque toujours ils s'esquivent à la fin de leur bail emportant tout ce qu'ils peuvent des revenus publics. D'autres se font comédiens et, enfin, les plus habiles se placent gratis au service du roi, des princes, des hauls dignitaires de la couronne, et cette position leur permet, sans
risques à courir, de ^ivre de rapines, de tricheries et d*an tas d'autres moyens qu'eux seuls connaissent et sont capables d'inTenter.
I^s femmes siamoises sont charmantes ; elles sont grandes généralement et bien faites; elles fournissent des recrues appréciées au corps de ballet du palais du roi Norodon, et ce sont des Siamois qui, moyennant finances, se chargent de ce recrutement en allant, à leurs risques el périls, faire des chargements de filles à Bangkok.
Les Siamois ont les traits assez fins; ils sont grands, bien proportion* nés, sveltes, agiles, robustes; ils ont le teint jaune, mais un peu plus foncé que les Mongols purs; ils ont le front étroit à la partie supérieure; Tintenalle entre les pommettes est considérable; leurs yeux sont noirs et bien fendus, mais le blanc est jaunâtre; ils ont le visage plus allongé, le nez mieux fait et plus droit que les Khmers ; ils ont les narines larges, le menton étroit et les lèvres avancées; leurs cheveux sont noirs, rudes et non frisés. La plupart des Thaïs sont tatoués comme les Laotiens.
La langue siamoise tire son origine du sanscrit, du pâli et aussi du chinois. C'est une langue monosyllabique et à tons comme le chinois et lannamite. Le système de numération est le même que celui des Khmers.
Les annales de FAnnam constatent les fréquents voyages sur les cotes du Tong-Ring et du Ciampa de marchands malais et cela dès les temps les plus reculés. Il faut croire que ce courant commercial se ralentit^ ou même s'arrêta, on ne dit pas pourquoi, vers le xiv* siècle, car nous lisons dans les annales : « En 1394 les Malais, qu'on n'avait vus depuis longtemps, reparurent dans les eaux des royaumes de l'Annam et du Ciampa pour y faire du commerce. »
On ne saurait pas non plus préciser Tépoque à laquelle les Malais se sont introduits au Cambodge; mais il est certain que les premières immigrations de ce genre remontent à plusieurs siècles. Ces étrangers étaient, vers Tannée 1673, assez puissants et assez nombreux dans le pays pour former une conjuration ayant pour objet la mort du roi, qui fut assassiné efTeclivemenl.
A partir de ce moment, on les voit constamment figurer dans la balance politique, tantôt dans un plateau et tantôt dans un autre, suivant les besoins de leurs intérêts particuliers. L'autorité cambodgienne était arrivée à les craindre fortement et les plus remuants d'entre eux s'emparèrent, à diverses époques, des plus hautes positions dans l'État.
Les Khmers appellent les Malais Ghvéas, qui est une corruption du mot malais Java, car ils désignent plus particulièrement ainsi ceux qui sont originaires de Tlle de Java. Les habitants de Sumatra sont les Chvéas Crebey (les Malais du pays des buffles). Les Malais du Cambodge désignent la grande île de Sumatra sous le nom de Manang- Cabao (le buffle victorieux). Cette appellation de la plus grande des îles de Tarchipel malais a donné lieu à une légende très populaire parmi les Malais et que nous regrettons de ne pouvoir donner ici* ï^
Les Malais n'ont pas d'annales et la tradition ne leur a transmis que des notions confuses sur leur passé. Lorsqu'on leur demande depuis combien de temps ils sont au Cambodge, et d'oîi ils viennent, ils répondent à cette dernière question seulement et indiquent Manang-Cabao comme leur pays d'origine. Or, c'est là précisément le nom que portait Sumatra du ix* au xiii' siècle compris. Ces émigrants ont retenu l'ancien nom de leur pays et n'ont pas l'air de se douter qu'il a été changé deux ou trois fois depuis cette époque. Cette circonstance fait supposer qu'il y a eu une migration malaise importante en Indo-Chine antérieurement au XIV* siècle. D'un autre côté, comme tous les Malais flxés au Cambodge sont mahométans, et que l'islamisme n'a pris faveur chez eux que dans les premières années du xiii* siècle, importé sur la côte orientale de Sumatra par des marchands maures, persans et arabes, on est fondé à supposer que les grandes migrations dont nous parlons n'ont pu se produire avant l'introduction à Manang-Cabao du nouveau culte, c'est-à-dire avant le xiii* siècle. Ce serait donc dans le cours de ce xui*" siècle que les émigrants malais ont dû refluer en grand nombre du côté du Cambodge et sur d'autres points du golfe de Siam. Un siècle après environ, vers la fin du xiv* siècle, d'après les annales de l'Annam, des migrations malaises furent constatées plus au nord sur les côtes du Ciampa et de la Cochinchine.
Le type de tous ces Malais est sensiblement le même ; il est souvent difficile de les distinguer entre eux*. Ils parlent la langue malaye, qu'ils écrivent avec les caractères arabes. Il y a des traductions du coran en langue malaye, mais les marabouts le lisent et le comprennent dans la langue oîi il fut primitivement composé et écrit.
Les Malais ne se sont guère mêlés aux Khmers à cause de la différence de religion. Certains ont conservé intact le. type de leur race, mais le
* Voir page 209.
plu» grand nombre a dans les reines du sang cham, un peuple dont nous aurons à parier longuement. On trouve les Malais en Indo-Chine tels que les voyageurs de tous les temps les ont décrits . ils ont le front abaissé et arrondi, les yeux ronds^ les lèvres un peu fortes, le nez plein, large et les narines écartées* la bouche grande et la mâchoire avancée, la barbe rare et ne poussant qu*au-dessus des lèvres et au menton. L*aspect général d'un Malais est farouche ; ils sont d'ailleurs naturellement traîtres, dissimnlés, hypocrites, hardis, jaloux, cruels, âpres au gain^ rusés, trompeurs et trafiquants habiles.
Leur costume, comme dans toute la Malaisie, est le pagne tombant, un gilet boutonnant droit, un veston en toile ou en soie et un petit turban. Les laïques ont les cheveux coupés très court, mais non rasés. Les femmes portent également le langouti et une longue robe de soie collant au corps et aux bras. Elles ont les cheveux longs et noués à Tarrière suivant la mode annamite.
Les Malais fixés au Cambodge ont parmi eux des descendants des Radyahs de la Malaisie, qu'ils entourent de beaucoup d'égards; ils n'approchent ces ' princes qu'en saluant très bas et en demandant la faveur de baiser leur bague. Us ne prononcent jamais leur nom sans le faire précéder du mot sêl (saïd).
Nous avons eu occasion de connaître plusieurs de ces princes malais, l'un d'eux surtout, Tuon«-sêt-a]i, qui était grand mandarin du roi Norodon, et dont le fils administre à l'heure présente la province de Stung- Trang. Le père de Tuon-sèt-ali, connu sous le nom de Tuon-sêt-asmit, qui mourut premier ministre du roi du Cambodge, avait joué dans sa jeunesse un rôle politique important en Basse-Cochinchine, en luttant courageusement pendant quinze ans à la tête des Chams, qui faisaient alors les derniers efforts pour expulser les Annamites de leur pays. A cette époque les Chams, secondés par de nombreux Malais, obtinrent quelques succès, mais ensuite ils se divisèrent et les patriotes continuèrent la lutte avec acharnement, tandis que d'autres, en plus grand nombre, jaloux de la prépondérance que prenaient parmi eux les Malais, préférèrent h ceux-ci les Annamites et firent cause commune avec eux. Cette division assura la conquête du Ciampa au gouvernement de Hué, et le parti patriote cham passa, avec les Malais, au Cambodge. 11 est impossible d'obtenir des Malais qu'ils assignent des dates précises à ces divers événements.
Sèt-asmit se fixa au Cambodg^e avec ses Malais et les Chams qui
rivaient suivi. Le gouvernement cambodgien, afin de s'attacher les nouveaux venus, fit faire des avances aux chefs principaux et surtout à Asmit, qui de dignité en dignité parvint à la haute position de Sonadach- Chauféa.
Ce personnage ayant été envoyé eu mission à la cour d'Annam^ le gouvernement annamite le traita en ennemi, en souvenir de la guerre à outrance que ce chef lui avait faite dans le temps à la tête des Ghams. Mais les autorités annamites ne se contentèrent pas d'accueillir avec hauteur et mépris l'envoyé de la cour de Oudong; elles- le firent arrêter et conduire pieds et poings liés au roi du Cambodge, qui le fil exécuter lâchement sur l'invitation, ou sur l'ordre de la fcour de Hué,
Les mandarins cambodgiens virent avec plaisir disparaître ce chef malais qu'ils n'aimaient point, qu'ils jalousaient et qu'ils accusaient d'aspirer au pouvoir suprême. Mais les Chams et surtout les Malais s'apprêtaient à le défendre et à l'enlever des mains des meurtriers. Asmit, qui eut connaissance dans sa prison des projets de ses corelh gionnaires, s'efforça de les apaiser et de les dissuader en leur disant que son heure était fatalement arrivée et qu'il convenait de ne point contrarier la destinée... On lui trancha la tête d'un coup de sabre ! Le corps de ce chef célèbre fut enseveli h la pointe nord des quatre bras du fleuve à Phnom-Penh.
Le plus jeune fils de Asmit, nommé Tuon-sêl-it, souleva en 1858, contre le roi Ang-Duong, presque tous les Malais et les Chams du royaume. Il ne réussit pas dans sa tentative^ et il dut se réfugier à Chaudoc avec un grand nombre de ses partisans.
De tout temps les rois du Cambodge ont ménagé les Malais et ont cherché à se les attacher. L'un de ces souverains contracta même une alliance avec la fille d'un prince de cette race et dut embrasser la religion de Mahomet. Les Khmers désignent ce prince sous le nom de Prea-Réam-chol-sas (le roi Rama qui a changé de religion). C'est le monarque qui a régné en 1638, sous le nom de Prea-bat-réam-tupphdey. On a prétendu que ce mariage ne fut pas de la part du roi uniquement une affaire d'inclination, mais qu'il s*y décida afin de s'attacher, par un lien nouveau, le parti malais dont il avait besoin alors pour conjurer les dangers d'un soulèvement qui était sur le point d'éclater parmi les Khmers, très mécontents de l'administration de ce prince, qui se déshonora par une foule de crimes.
Quelques marabouts malais ont accompli le pèlerinage de la Mecque;
reax-]à joBÎuent d'une réputation de sagesse et de pureté morale ezeeptmneOw, et on les désigne sous le nom de hadji Les Malais et les Chandu Cambodge s'abstiennent de viandes de porc, de chien, de caimaD« d*éléphanf. de paon, de vautour, d'aigle et de corbeaa. Le> liqueurs fories. di!«tilléeft ou simplement fermentées. sont proscrites de leur table.
Ij^ roi do Cambodge nomme les quatre ehefs de la religion musulmane dans ses Etats. CemMÎ représentent parmi leurs coreligionnaires les quatres kalifes înslitnés par Mahomet, mais ils n^exerceot pas. comme les premiers tieaires da prophète, des p^Duvoirs politiques eonrurremment atec les devoirs do sacerdoce ; ils ont cependant des pouvoirs judiciaires très étendus, mais qu'ils ne peuvent exercer qu'à regard de» mahomélans. Leurs titres sont : ocnha Pake, ocnha réachéa Caler, ocoha reya Caler et ocnha toc Caley... Ces quatre hauts dignitaires sont seuls investis du pouvoir ordinant.
Les marabouts 9<ml tous issus de familles ayant un rang élevé dans la société malaise, et formant une sorte de caste sacerdotale analogue à celle des brahmes de Flnde. Dans ces familles, les fîUes sont également religieuses et c^eist parmi elles que les marabouts choisissent leurs épouses. An Cambodge. les jeunes Malais entrent dans les ordres à quinze ans« à moins que le roi n'invite les chefs de famille à les réserver [lour le service de l'État, et alors ou doiinr* à ceux-là une instruction spéciale suivant les fonctions auxquelles on les destine.
Les prèlres malais sont armés de pouvoirs exorbitants pour réprimer les mîiîiquemenfs à la l«»i du prophète. Ils considèrent comme des fautes graves d'avoir, étant prétr^^s ou laïques, plus de quatre femmes; <b* débaucher la fille ou la femme dun autre; d'épouser sa mère, sa tante, sa tille, ses sœurs. La peine eucourue pour ces divers délits est, Comme en Judée, le supplice de la lapidation^ qui n'est pas appliqué au Cambôdgr de nos jours et que Ton transforme en une punition sévère. La t<*ntalive d'enlèvement d'une tîlle est punie de quarante coups de rotin, ainsi que Tivresse, l'usage de l'opium et le jeu d'argent. Ceux qui font commerce d'idoles des religions étrangères à l'islamisme, qui vendent des liqueurs fermenlées, de l'opium et. enfin, les faux témoius. sont condamnés à faire trois fois le tour du viliasre, montés sur une jument ou une buflesse, la face tournée vers l'arrière et la tête enveloi»pée d'une sorte de turban fait avec les boyaux d'un animal quelconque tué dans ce but et aux frais du condamné.
Un marabout qui u'observe pas le jeûne dans toute sa rigueur doit, chaque fois qu'il y manque, racheter un esclave. Un M^ifr^onvaiacu. d'avoir rendu hommage à des divinités étrangères au cnlte dk|r «a race, est privé de sa famille, expulsé de son village où il n'est réadivf^ qu'après avoir donné des preuves multiples de son repentir. • .."r . • ; ■
Les Malais et les Malaises peuvent épouser 4esh6rétiquÊs, à condition que ceux-ci, ou celles-ci, embrassent lishmisme ipràot Je mariage.
Les Malais sont dispersés un peu j^artool dafl^ le royaume. Us sont cultivateurs, pêcheurs et surtout commerçants. Hs* fabriquent des étoffes pour leur usage, des matelas divisés eu parties sbperpôsables, des boîtes en métal repoussé et des nattes. Le chef de famille a une graadc autorité sur les siens; l'ancienneté de naissance est «ussi., dansla famille et dans la société, un privilège et un droit aux égards des plus jeunes. Les filles sont élevées parles mères, ou envoyées chesi le marabout du village, si celui-ci a des demoiselles du même âge qui reçoivent le» leçons en même temps et dans le même local. Les femmes s'occupent du ménage, tissent des étoffes, font des habits et travaillent aux champs.
De même que les Khmers, les Malais n'ont point de nom de famille et chacun d'eux porte un nom particulier qu'on lui donne en naissant. ^On dit les Malais peu hospitaliers pour les voyageudi mécréants; ils les accueillent cependant chez eux, s'ils les connaîsseot ou s^ils leur sQnt recommandés, mais à condition que ce ne soit .que pour quelques jours. ,
Les Malais se sont plies petit à petit aux usages cambodgiens. Ils se prosternent, comme les Khmers, devant le roi, les princes et les mandarins plus élevés en grade qu'eux et ils leur parlent avec soumission; mais il s'en faut qu'ils soient au fond aussi résignés et aussi soumis que les Cambodgiens. Bien qu'ils soient capables, à un moment donné, de beaucoup de cruauté, ils montrent d'ordinaire un certain respect pour la vie même des bêtes, et ils ne tueraient pas un poulet avant d'eu avoir demandé pardon à Allah.
Les esclaves sont moins bien traites chez les Malais que chez les Khmers. Cependant, à l'exemple de Mahomet qui releva l'esclave croyant, ils ont plus d'égards pour leurs coreligionnaires captifs; ils les aident à se racheter, mais ils ne leur permettent que deux femmes au plus pendant la durée de leur esclavage.
Les vols sont assez nombreux parmi les Malais ; les suicides et les crimes y sont rares. Les Malais, les marabouts exceptés, sont soumis
\6i LE ROYAUME DU CAMBODGE
aux mêmes impôts, aux mêmes corvées et, en un mot, aux mêmes charges que les Khmers.
Tous les membres d'une même famille prennent le repas ensemble. Les parents, jusqu'aux degrés inférieurs, se réunissent pour prier et festiner à l'occasion de la mort d'un des leurs, et ces réunions ont lieu 3, 10, 20, 50, 90 et 550 jours après la date du décès.
Les bons croyants se confessent avant de mourir et ils réparent alors, s'ils le peuvent, le tort qu'ils ont pu faire à autrui par paroles et surtout par actions. Dans le cas où des restitutions sont ordonnées, si les intéressés ont disparu, on s'adresse à leurs héritiers, et à leur défaut c'est le marabout du village qui profite des valeurs disponibles et qui dit par la suite des prières pour le défunt.
Avant d'enterrer un mort, on le lave une première fois avec une décoction légère de feuilles de jujubier; on le lavé une deuxième fois avec de l'eau pure et on le saupoudre de camphre. On couvre ensuite le cadavre de sciure d'un bois odorant et on le roule dans la toile. Cela fait, on dépose simplement le corps dans une sorte de niche pratiquée horizontalemeiit snf le côté d'une fosse profonde ; on ferme cette chambre par une cloison en planches et l'on comble le trou que l'on a été obligé de faire pour creuser cette chambre intérieure. La fosse est toujours^ orientée nord et sud et la tête du mort occupe toujours la partie nord. On relève la terre en forme de tumulus au-dessus de ces fosses ; on les couvre de branchages épineux et l'on plante un pieu à chaque extrémité, afin d'en fixer la position exacte.
Nous avons eu occasion de voir en 1874, sur la colline de Oudong, un vieux marabout malais qui a passé sa vie dans la solitude et les voyages, et qui vivait là retiré avec trois ou quatre disciples dévoués. Ce religieux se nommait Ta-San. Il était alors aveugle et il avait passé sa jeunesse parmi les Chams dont il parlait et écrivait couramment la langue. Le roi du Cambodge lui avait fait construire une petite mosquée sur un des sommets de la colline de Oudong, et dont le pauvre ermite avait fait sa demeure. Ses disciples, devenus ses serviteurs, cultivaient autour du temple quelques légumes et quelques fruits dont on vivait avec ce que rapportaient les aumônes.
Lors de l'épidémie cbolériforme qui sévit au Cambodge à la fin de Tannée 1874, Ta-San quitta sa chère retraite et il se fit conduire au milieu des mahométaus gravement éprouvés dans le village de Chhuc Sa. La présence d'un homme comme celui-là était très capable de
raviver les courages au milieu d'une populalion si naturellement portée au fanatisme; mais son âge, ses infirmités, ne permirent pas, sans doute, à Ta-San de faire d'autre bien. Ses parents et ses amis essayèrent vainement de le retenir parmi eux, mais l'épidémie une fois passée, le vieillard ne songea plus qu'à retourner à Oudong, où il est encore au moment où nous écrivons ces lignes, janvier 1877.
L'ascète de Oudong jouit parmi les mahométans, et aussi parmi les buddhistes, d'une grande réputation de sainteté.
Nous terminerons ce rapide aperçu historique sur les Malais du sud de l'Indo-Chine par une note intéressante que nous devons à l'obligeance d'un Annamite intelligent et instruit, M. Truong-vinh-ky.
En 767, les Chavas (Malais) de Con-Non * attaquèrent le territoire de Chau-Nhai (Annam), mais ils furent repoussés par un général et des troupes envoyés par l'empereur de Chine alors suzerain de l'Annam".
Selon le livre intitulé Annam-ki-yeu et V Histoire des barbares du sud, publié du temps delà dynastie chinoise des Duong, de 618 à 939, le royaume, ou la contrée habitée parles Chavas', était bornée à l'est par Chon-lap- terrestre (Cambodge septentrional), à l'ouest par Thientruoc (Inde orientale), au sud par la mer et au nordfpar le pays de Nam-Chieu, formé de dix-huit petits États '.
D'après l'ouvrage annamite intitulé Viem-vo quan-quoc-loi-benhtho, les Chavas occupaient une grande étendue de côtes, dont les points les plus rapprochés de l'Annam étaient Miên-diên (Birmanie) et Xiêm-la (Siam) ; ils étaient organisés en petits États divisés entre eux et ils furent finalement refoulés dans les pays de Tat-luc, Ha-licu, Giang-luu, Ba (Java) et Maluc-giap, occupés aujourd'hui, disent les nouvelles éditions de l'ouvrage précité, par les Européens * .
Arrivons aux Chams^ qui sont très anciens dans le sud de l'Indo-
' Celaient les Malais du sud, c'est-à-dire, sans doute, les habitants de Java» de Sumatra et des groupes d'ilt^s situées plus au nord dans la mer de Chine jusqu'à Pulo- Condor, qui a seule conservé l'ancienne dénomination, car les Annamites l'appellent encore Culao-con-non (fle Con-non).
* Les Annamites appellent les Mdlais chava, et les Khmers les appellent chvéa. Il semble résulter de là. que seule l'île de Java a retenu le nom de cette race malaise.
« Ces États devaient se trouver placés entre la vallée do Tlraouaddy et celle du Mëcong. Tous ces peuples étaient de race thaï, d'où proviennent les Siamois et les Laotiens. Les Siamois ont porté originairement le nom de Tiiais-noi (petits Taïs) et les Laotiens celui de Thaïs-lao. Les Birmans sont également do race thaï. D'après les géographes anjiamites, la majeure partie des habitants du Yunan sont de race thaï.
* Ce sont présumablement les îles de Bornéo, Sumatra, Java et la presqu'île de Malacca.
't#Âi LE UoYALME DL CAMB4JDCK
Chine. «'Os n>n 4^mi m^me ori^rioaires. dont le passé hstorinBc e9t lié k celai den khcoen. ce qai nous met dans robligalM§^.CM pt^lfer avec quelques détails, * .; * / *
II f*M Aft tradition parmi les Chams, les Malais atlitl)|ipBers« foe le t^-rritoire actuel du Camb<>dge, le^ provinces septMAriottdes occopées aujourd'hui par les Siamoi:^ et eofio toute la Cochiuchîoe française, étaient rtccupé^^ par les Chams, qui furent relégués par FinTasion des f^mbodgiens, fers le Ciampa proprement dit, dont ils furent par la suite chassés par les Annamites qui enyahirent à leur tour le royaume déjà réduit des Chams.
Antérieurement à son morcellement, le Ciampa était un des plus puissants États de la presqu'île indo-chinoise. Outre l'immense territoire dont nou» Tenons de parier, qui était sous leur domination à rorigine, et dont s'emparèrent les Khmers dès leur arrivée en Indo-Chine, Fempire Cham embrassait toute la Cochinchine depuis Hué, la capitale actuelle de FAnnam, jusqu'à la chaîne de montagnes de Bahria, qui sert de limite aujourd'hui entre Fempire d'Annam et nos possessions.
De plus, il est certain qu'à cette époque éloignée le Laos inférieur fut, à diverses reprises, placé sous la domination des Chams. Le regretté capitaine de frégate de Lagrée écrivait de Bassac au début de sou voyage d'exploration du Mëcong: « A Bassac, à Khong et sur beaucou[) d'autres points du Laos, le souvenir s'est conservé de la domination des Chams, auxquels les Laotiens attribuent la conslruclioii des monuments du pays, qui sont moins importants, mais d'un caractère analogue à ceux des Khmers. » Encore de nos joure, les gouvernements des peuples de Flndo-Chine, dans leurs rapports officiels, désignent toujours le petit Etat de Bassac sous le nom de Cham- Bassa(*.
Los traces du séjour des Chams au Cambodge sont partout sensibles (»t très multipliées : ainsi, on trouve des rivages qui de temps immémorial portent le nom de Compong-Cham (rivage des Chams); un pont (;n pierres de Fépoque artistique connu sous le nom de Spéau Chain (pont des Chams); un affluent de la rive orientale du grand lac porte également le nom du peuple dont il s'agit... etc. Nous pourrions multiplier ces citations qui témoignent que les Chams ont occupé jadis le territoire sur lequel les Khmers fondèrent leur immense empire.
1/Annam, le Cambodge et le Siam ne se développèrent qu a des époques plus ou moins postérieures à celle qui correspond à la toute-
puissance des Clumis dans le sud de la presqu'île. L'Aimaiu el le Camljodge s'agrandirent au dôlrimenl du Ciampa, que les Clmms émigrés au Camhodge désignent sous le nom de Panry-Panrang et dont la capitale ne devait pas ôtre éloignée du cap Padarang. appelé pur les Cliams cap panrnny. On peut voir encore sur les caries marines européennes deux Ijaits portant l'une le nom de Panrang, située à quelques milles au nord du cap Padarang et l'autre, nommée Panry.
Deux prisonniers cnuiliod):!
placée à peu de distance au sud de ce môme cap. ([les deux baies sont comprises dans la province annamite du Binli-tlmau.
On a préfendu que les Cliams avaient conservé le souvenir de traditions relatives à leur histoire, fi leur origine et qu'ils avaient des annales écrites en langue cham. Nous avons fait nofrf possible pour découvrir ces documents et nous nous sommes mis, dans ce hut, en rapport avec un des descendants des anciens rois du Ciampa, le prince Po-Takay, qui réside à Lovec, une des anciennes capitales du Cambodge, ("c piince passail pour être le seul à posséder les noies dont nous parlons.
Il viut uous voir h Phnoni-Penh dans les premiers jours de janvier 1875, et il nous apporta ce qui restait des anciens livres chaoïs, le reste ayant péri, selon lui, dans des incendies, des guerres et des désastres de toutes sortes dont le Ciampa avait été le théâtre dans les derniers siècles de son existence politique.
Le premier document que Po-ïakay nous présenta se composait de quatre ou cinq très vieilles feuilles de palmier portant un tableau généalogique des anciens souverains du Ciampa, ou plutôt le nom de quelques-uns d'entre eux, car la liste est loin d'être complète. Ces noms étaient écrits en vieux caractères encore déchiffrables et le priilce les lut en notre présence, ce qui nous permit de les écrire tels qu'il les prononça. Ces noms propres, ou plutôt ces titres, étaient simplement écrits les uns à la suite des autres, comme sur une liste d'appel, sans indication de dates et sans mention de faits historiques d'aucune sorte. Les voici : Po Nosavang; Po Clong Cohul; Po Clong Carai; Po Pan*; Po Sénimpo; Po Bomi"; Po Peatelic phuni; Po Moha Piccheac; Po Soya Jetamis; Po i>it; Po Chomparan; Po Phinnasac; Po Narap; Po Atiér; Po Uatlala.
Le prince Po Checoc, frère cadet du roi Rattala, fut forcé, par suite de démêlés avec celui-ci, de se retirer sur la frontière khmer, du côté de Tayninh. 11 mourut là laissant un lils, Po Tomun, qui eut lui-même trois enfants: l'aîné Po Takay, qui mourut laissant un fils nommé I*o Chung; le cadet, nommé aussi Po Takay, eut un lîls nommé Po Pécb: enfin le troisième Po Bac laissa un fils nommé Po Chue.
Le princ(^ Po Takay, qui nous a fourni ces renseignements, est le petil-fils (h^ Po Pécb.
La cbronique relative à Taucien Ciampa n'est ni plus étendue, ni plus claire que cela, et il nous a été impossible de nous procurer auprès des Cliams, retirés au Cambodge, d'autres notes historiques valant la peine d'être rapportées.
Les renseignements que nous cherchons et que les Cliams expulsés de leur pays,, dispersés aujourd'hui et dégénérés ne peuvent nous fournir, doivent se trouver, en partie du moins, dans les annales des pays voisins. Nous allons donc relever dans les annales de Chine, de rAnnaiu
* Les annales cllinoi^-es fonl rogner ci^ prince à la lin «lu iv" siècle et au commencemenl du v"^ (le notre îTe.
* D'après les annales chinois -s ce princ régnait eu U70 de noire ère.
et du Cambodge tout ce qui s'y trouve ayanl trait au pass6 des Chams et nous le reproduirons ici fidèlement.
Ce sont les annales khmers qui parlent les premières du peuple Cliam. On y lit que vers Fan I'^'' de l'ère du Buddha, c'est-à-dire environ cinq siècles avant Jésus-Christ, le roi des Chams Prea-Bal-As-Chey-R6ach* fil une excursion dans le Ivouch-Thloc ' à la tête de cinq cents hommes. Le bâtiment, surpris par une tempête, fit côte au pied de la chaîne de Phnom-Dangrec, aujourd'hui éloignée, ainsi que nous l'avons dit, de trente heues de la mer de Chine. Le roi n'ayant plus de navire pour s'en retourner, s'établit dans le pays avec sa suite et s'imposa comme souverain aux indigènes.
Préa-Bat-As-Chey-Réach était âgé de cinquante ans; il mourut h soixante-dix ans et sou fils Prea-Cravalla-Réach lui succéda. Ce prince monta sur le trône en 523 avant J.-C. ; il avait alorsvingt ans. Sous cette dynastie, le royaume s'étendit et devint puissant.
En 443 avant Jésus-Christ, un prince nommé Prea-Thong, originaire d'Indraprastha(Inde), émîgradansle Kouch-Thloc elles annales ajoulent que les compatriotes du prince se mêlèrent aux Chams. Prea-Thong ne tarda pas à avoir des démêlés avec le souverain cham; enfin, un jour les partisans du prince indou se révoltèrent, et avec l'appui des indigènes, également mécontents de l'administration des étrangers qui s'étaient imposés à eux, ils forcèrent les Chams à se retirer dans le Laos inférieur, qui porta depuis le nom de Champa-Sac, aujourd'hui appelé parles indigènes eux-mêmes Cham-Bassac et par les européens Bassac tout simplement. (Ann. khmers.)
La première mention que font les annales annamites des Lam-ap (Chams)' remonte à l'année 345 avantJ.-C. A cette époque l'Annam était tombé déjà pour la troisième fois au pouvoir de la Chine. Les Chams attaquèrent à leur tour ce pays, mais ils furent repoussés par Nguyenphu, gouverneur de Gia-Chau (Annam), imposé au peuple annamite par le gouvernement chinois. Cet agent de la cour de Pékin fit, de son côté, la guerre à Pham-Phat, roi des Lam-ap (Chams) et il lui enleva plus de cinquante murailles (citadelles) qui furent rasées. C'est ce même
* Prea est réquivalent du mot Cham po; l'un et l'autre indiquant qu'il s'a^'it d'un roi ou d'un prince.
'Première appellation de cette contrée avant la fondation de l'empire khmer.
3 Les noms des pays et des peuples du sud de i'Indo-Cliine ont varié dans le cours de leur carrière politique suivant leurs amoindrissements ou agrandissements territoriaux.
Étal, ajoulent les annales, qui donna naissance an royanme pins considérable qui prit le nom de Champa on Ciampa.
Le Lam-ap était limitrophe de Viet4hnong, qui formait la partie sud de TAnnam.* Plusieurs documents officiels chinois établissent que vers l'époque dont nous parlons le Lam-ap fut, comme TAnnam. annexé à la Chine et qu'il fut constitué en Huyens, on arrondissements dépendant du Quan du Nhut-Nam (sud du soleil).
Ce fut du temps de la dynastie chinoise des Than, de 235 à 207 avant Jésus-Christ, que le royaume de Chiem-Thanh (Ciampa) prit le nom de Tuong-Quan-Lam-ap. (Annales chinoises.)
Les annales de FAnnam rapportent que vers la fin de la dynastie chinoise des llan, de 1 11 avant Jésus-Christ à 39 après, un chef indigène, appelé Khu-lien, assassina Fadministrateur du pays annexé, imposé par les Ilan, et il se fit proclamer roi de Lam-ap. 11 n'eut point d'héritiers directs et ce fut son pelit-fils, Phum-hung, qui lui succéda. Celui-ci transmit le pouvoir à Dat, son fils, lequel aidé des conseils d'un de ses esclaves, d'un esprit très supérieur, nommé Pham-Van, construisit des forts, des palais et fabriqua des armes, ainsi que des munitions. A la mort de Dat, le célèbre esclave usurpa le trône et le transmit à son fils Phat. A celui-ci succéda Ho-Dat, son petit-fils. Le fils de Tarrière-petitfils de Ho-Dat, connu dans l'histoire sous le nom de Van-Tich, fut assassiné par Duong-Can-thang, fils du roi du Phu-Nan, État voisin*. Cependant, Pham-Chu-Nong, ministre du feu roi, triompha du régicide, pacifia le pays et le gouverna souverainement. Duong-Ngai, son fils, lui succéda. Celui-ci envahit le sud de FAnnam en 420 après J.-C, du temps de la dynastie chinoise des Thongs, qui envoyèrent, en 436, le général Dan-hoa-Chi avec une armée pour soumettre les Chams. Dot, son fils, lui succéda.
En 500 du Buddha, 43 ans avant J.-C, le roi des Chams descendit du Laos il la tête d'une forte armée et attaqua le roi khmer, qui fui
• Cet attentat est rapporté clans les annales de Canton à Tannée 291 après J.-C, ce qui est vraisemblable. Mais les annales chinoises se trompent, pensons-nous, sur le nom de la victime qu'elles supposent être Khu-lien, qui s'était élevé lui aussi jusqu'au trône au moyen du poignard et qui régnait, selon les annales de TAnnam, peu de temps avant ou très peu do temps après la venue du Christ.
Nous savons que Phu-Nam était un immense empire, situé au sud de l'Indo-Chine, dont le Chon-lap faisait partie. D'après les mômes annales, ce ne fut qu'en 705 de notre ère que le l^hu-Nam se désorganisa et que le royaume khmer reprit son autonomie divisée alors, pour l'administration, en deux parties connues dans l'histoire sous le nom de Chon-lap de terre et de Chon-lap d'eau.
forcé de se retirer à Korat, Un an après, celui-ci reprit Toffensive; il repoussa les Ghams qui se retirèrent dans les montagnes de l'ouest, dans les provinces appelées aujourd'hui Treang et Bali, où ils restèrent pendant fort longtemps. (Annales klimers.)
En 399 de J.-C, pendant que TAnnam était sous la domination de la Chine, Pan-hodat, roi du Ciampa, enleva à FAnnam les provinces de Nhut-Nam et de Cuu-Chon. Ces provinces furent aussitôt reprises par les troupes d'occupation chinoises.
A cette époque, le Ciampa fut lui-même soumis à la Chine, mais les Chams mirent à mort le représentant de la cour de Pékin, qui avait été placé auprès de leur gouvernement.
En 420, les Chams furent de nouveau vaincus par les armées du Céleste Empire et ils offrirent une rançon consistant en éléphants, en or, en argent, en écailles, perles... pour le rachat des prisonniers de guerre.
En 436, les Chams se soulevèrent de nouveau contre la domination chinoise ; montés cette fois sur un grand nombre d'éléphants dressés pour la guerre, ils attaquèrent avec tant de promptitude et de fureur l'armée d'occupation que celle-ci fut surprise et bousculée à la première rencontre. Mais le général chinois ayant trouvé le moyen d'effrayer les dangereux pachydermes en leur lançant au nez des fusées et d'autres artifices, obtint aussitôt des succès sur les Chams et s'empara des grandes richesses qui étaient en leur possession. Les Annales annamites disent que les Chams appartenaient alors à la religion appelée Ni-Can et qu'ils adoraient d'énormes idoles d'or et d'argent dont certaines avaient plus de dix mètres de périmètre*. Dès que le roi des Chams fut en fuite avec son armée, le général victorieux, resté maître du royaume, fit main basse sur les trésors qui se trouvaient dans les temples et les palais. Il fit briser les idoles et il expédia en Chine plus de cent mille livres de métal précieux. (Annales de l'Annam.)
En 444 de J.-C, le roi de Chiem-Thanh (Ciampa) rendit hommage et se résigna à subir la domination chinoise.
En 454, les Chams attaquèrent le Chon-lap (Cambodge) avec une flotte qui put s'avancer jusqu'à la capitale. j (Annales chinoises.)
L'empereur de Chine organisa, en 581, une expédition commandée
' Ces grandes idoles devaient être, comme celles du Buddha au Cambodge, simplement dorées; mais il y en avait de dimensions plus réduites qui étaient en argent ou en or purs.
par le général Luu-Phuorig en vue de châtier les Chams, dont le souverain Phan-t!hi avait une tendance à s'affranchir de ses obligations de vassal (le la Chine. Mais le roi ciampois se soumit à la première dénionslration hostile que firent les Chinois, et il envoya des ambassadeurs pour porter le tribut spécifié dans le traité.
En 603, le gouvernement annamite^ après avoir secoué le joug de la Chine, et être resté quelques années indépendant, fut de nouveau forcé d'accepter la suzeraineté du Fils du Ciel, qui dirigea à la même époque une expédition contre le Ciampa qui fut également subjugué. Cette fois aussi Its Chams avaient employé des cavaliers montés sur des éléphants aguerris, mais les Chinois leur tendirent des pièges vers lesquels ils surent les attirer et où ils périrent presque tous, ce qui détermina la défaite de l'armée ciampoise. Le général chinois s'empaia de la capitale du Ciampa, mais cette campagne fut meurtrière pour l'armée chinoise qui perdit au feu, ou dans les épidémies, plus de la moitié de son effectif. (Annales annamites.)
Les annales chinoises constatent les bons rapports qui existaient entre Tempire Rhmer et le Ciampa en 616.
Sous la dynastie chinoise de Duong, suzerain de l'Annam, en Tannée 027, Dau-li, roi de Lam-ap, mourut sans postérité, car son fils avait été assassiné. Le peuple porta spontanément au trône Gia-cat-dia, fils de la tante niaternelle du feu roi Dau-li, qui gouverna sous le nom de roi de lluoii, changeant ainsi le nom de TÉtat de sa propre autorité. Ce prince attaqua souvent l'Annam. mais Truong-Chau, gouverneur jL^éuéral de rAnnaui pour le compte de la Chine, le battit toujours el le fon;a à abandonner le Lam-ap et à se retirer vei*s le sud à Chiêm ou Cliam*. Les Lam-ap quittèrent dès lors leur premier nom pour prendre celui de Cham, et ils donnèrent celui de Ciampa au territoire sur lequel ils avaient été forcés de se retirer. Peut-être aussi que ces noms étaient ceux du pays et du peuple indigène qui l'occupait avant les Lam-ap, et ceux-ci adoptèrent ces nouvelles appellations, ou bien on les leur appliqua lorsqu'ils se furent substitués ou mêlés et fondus avec les premiers habitants. La ville capitale de cet État s'appelait Chiém-thanh (citadelle de Chiêm). Cette citadelle ne devait pas èti-e loin de Hué el pas au sud de Tourane, car il subsiste encore là un
* Cliièm est la rcprésonlnlion exac(e en caraclôres latins ri u caract«>re chinois correspondant. Mais les indigt^^nes eux-mômf^s prononcent toujours Cham.
témoignage de la présence de ce peuple lorsqu'il porlait déjà le nom de Chiôm, ou Chém ou, enfin, Cliam; nous voulons parler de l'îlot qui abrite la baie de Tourane et qui porte encore le nom de Culao-cham (île Cham).
Les Chams furent obligés par la suite de déplacer, et de porter plus au sud leur capitale à mesure que les Annamites empiétaient sur leur pays. On irouve encore dans les environs de Hué les vestiges d'une ancienne citadelle du nom de Phat-thô, qui fut longtemps la résidence des souverains ciampois. Celte capitale fut transférée par la suite dans le Binli-Dinh et prit le nom de Cha-Ban. Les ruines de celte ancienne place forte en sont encore reconnaissables. On retrouve d'autres traces de citadelles ciampoises dans les villages de Trung-ai et de On-Ao, dans la province de Quang-Binh ; dans le village Nguyet-xa (province de Hué) ; dans le village de Tliang-Binli (province de Quang-nam) et, enfin, dans le village de Nam-An (province de Binh-dinh).
Ce fut vers cette époque que le roi des Cbams et celui du Cambodge réunis envoyèrent une forte armée au secours de l'empereur d'Annam, qui était serré de près par les armées chinoises.
Nous voyons en 722 de notre ère près de trois cent mille Chams et Cambodgiens enrôlés sous les ordres d'un chef de parti entreprenant, connu dans l'histoire sous le nom de Hac-dè (empereur noir), essayer d'expulser les Annamites qui occupaient alors le Ciampa; mais cettte tentative d'indépendance fut réprimée aussitôt. (Annales annamites.)
Les annales chinoises signalent une invasion malaise dans le Ciampa en 767 deJ.-C.
Les Chams s'emparèrent sans motif, en 808, des provinces annamites de Hoan et Ai. Le représentant de la cour de Pékin en Annam envoya un corps d'armée contre les Chams, et les deux provinces enlevées par ceux-ci furent reprises. Les Chams perdirent dans cette campagne plus de trente mille hommes.
Les annales de TAnnam mentionnent un envahissement du territoire vers la même époque par les Nam-Chiêu *, ou Laotiens ; dont le mouvement fut combiné, paraît-il, avec celui des Chams^ grâce au concours
• Chièu, et on langage vulgaire Chaii, est le nom par lequel les Nam-ChiOu, c'est-à-dire les Siamois, les Laotiens et les peuples rie même race désignent leurs princis et leurs rois.
desquels ils purent arriver jusqu'aux murs de Ha-Noi, la capitale du Tong-Ring.
Les annales chinoises et celles de rAnnam mentionnent le voyage fait à Ha-Noi, en 836, par les rois cham et khmer, dans le but de rendre hommage à Tempereur de Chine dans la personne de son représentant au Tong-King.
En 860, les Khmers et les Chams payaient régulièrement leur tribut à la Chine. (Annales annamites.)
Dans une guerre heureuse, entreprise en 960, les armées du roi du Chon-lap (Cambodge) envahirent le Chiêm-Thanh (Ciampa). Le vainqueur s'annexa le pays conquis après lui avoir donné le nom de Chiëm- Lap, suivant Fusage de Tépoque qui voulait que le nom de tout pays conquis joignit à son nom propre le nom ou un des noms de la nation conquérante. Dans cette expédition le roi des Chams fut fait prisonnier et emmené au Chon-lap.
Le souverain du Ciampa essaya en 974 de se soustraire à la domination de la Chine. L'empereur, irrité d'entendre toujours parler de résistance à son autorité dans le Ciampa, fit préparer une expédition formidable contre ce pays. L'armée fut expédiée par mer. Arrivée sur la côte, on la divisa en trois colonnes qui pénétrèrent sans rencontrer de résistance dans le cœur du royaume. Le roi des Chams se retira dans les montagnes; on lui députa un parlementaire pour l'engager à se soumettre, mais il repoussa Toffre et fit mettre à mort l'officier qui la portait. Plus tard, ce roi se soumit, un peu forcé par la volonté de son peuple qui souffrait de [l'état de guerre continue auquel le pays était soumis depuis longtemps. (Annales chinoises.)
Bomi, roi des Chams, envoya en 979, disent les annales chinoises, une flotte pour attaquer les cotes de lempire d'Annam, mais elle se perdit toute entière dans un ouragan.
Le gouvernement ciampois ayant violé le droit des gens en retenant prisonniers des ambassadeurs annamites, le roi d'Annam lui déclara la guerre en 981. L'armée annamite fut victorieuse, et son général livra aux flammes et au pillage la capitale du Ciampa. La citadelle fut aussi détruite, ainsi que les temples, et l'armée annamite, en se retirant, emmena en captivité une troupe de danseuses et un religieux indien. (Annales del'Annam.)
En 1020, le premier roi de la dynastie des Ly vainquit les Chams. (Annales chinoises.)
Les Chams exerçant constamment la piraterie sur les côtes sud de la mer de Chine, Tempereur d'Annam résolut de mettre un terme à cet état de choses. 11 fit préparer secrètement dans ce but une flotte de jonques rapides et lui-même se mit à la tête de cette expédition maritime en 1044. Cette flottille fit voiles vers Tembouchure de la rivière de Ngu-bo où se trouvait l'armée ciampoise. Dès en arrivant, les Annamites attaquèrent brusquement Farmée ennemie, qui ne se trouva pas être en mesure de supporter un choc pareil, mais qui néanmoins voulut résister; elle fut battue et ses pertes ne s'élevèrent pas à moins de trente mille hommes tués\ cinq mille prisonniers, trente éléphants capturés, sans compter le butin qui fut considérable. Le roi des Chams eut la tête tranchée par deux de ses sujets qui allèrent la présenter à l'empereur d'Annam. Cette affaire, ou plutôt cet affreux carnage, laissa le plus pénible souvenir parmi les Chams. Après sa victoire, l'empereur marcha sur Phat-thê> la capitale ciampoise et il s'en empara ainsi que de la reine, de plusieurs actrices du palais et enfin de tout le sérail qu^il emmena en Annam. La reine se jeta à la mer de désespoir et se noya. On fit donner des terres cultivables aux cinq mille prisonniers chams, afin de les encourager à rester en Annam.
En 1061 eut lieu une nouvelle entreprise de l'Annam contre le Ciampa^ dont le roi Chê-Cu retenait prisonniers des ambassadeurs annamites. Cette campagne dura neuf mois sans produire des résultats décisifs; après ce temps,* l'armée d'invasion rentra en Annam. Mais l'empereur, honteux de son insuccès, ordonna aussitôt que Ton renforçât l'armée et que l'on attaquât de nouveau les Chams, dont le roï fut pris, ainsi que cinquante mille de ses sujets qui furent tous emmenés prisonniers en Annam. Chê-Cu obtint la liberté et sa couronne moyennant la cession régulière faite à son vainqueur des provinces de Dia-ri (aujourd'hui Quang-Nam), de Ma-linh (Minh-linh) et de Bo-Chanh. Les traducteurs des annales de TAnnam ne sont pas d'accord sur la date qu'il convient d'assigner à cette guerre entre les deux peuples. Nous avons vu une traduction sur laquelle cet événement est porté à 1070.
Les Chinois, les Khmers et les Chams coalisés attaquèrent Tempire d'Annam en 1072. Le premier engagement qui eut lieu fut à l'avantage des Annamites. Après les premières opérations, les armées belligérantes
* n y a là sûrement de grandes exagérations : les armées indo-chinoises lâchent pied bien avant qu'il y ait autant de monde que cela sur le carreau.
|>aâHèrpnt plusieurs mois h î*'oh<H*rvf*r sans rien entreprendre de sérieuTt. fj^ gémirai t>n rh«^f d*^ Tarmée rhinoîse étant mort pendant ce temps, les troupes «coalisées évacuèrent le territoire annamite et eette campagne nVut pas il'autres résultats.
Ln prétendant à la couronne du Giampa demanda, en 1153, àFemprreup dWnnam de vouloir bien le soutenir dans ses prétentions. Cette demande étant accompa^mée d'une offre de cession d*nne partie du territoire ciampois si lai tentât qu'il méditait venait à réussir, Fempereur sVmpressa d'accepter le marché et il mit à la disposition de cet ambilieux un corps d'armée commandé par un général en renom. Celle armée annamite fut battue par les troupes royales cîampoises^ mais le roi Chéribvt, peu rassuré par ce premier succès, et redoutant les conséquences d'une guerre sérieuse avec F Annam, envoya à Fempereur une ambassade qui lui offrit des présents et des filles pour son harem. Le souverain annamite accepta les avances de son voisin, et, à partir de ce moment, il abandonna la cause du prétendant.
En 1107, le nouveau roi du Ciampa demanda et obtint Finvestiture de Fempereur d'Annam.
ï^ prince Pr>-tri, ou Potro^ neveu de Po-dien, roi du Ciampa, quitta son pays en 1203 et il se rendit en Annam pour demander Fhospitalité et en«*uile Tassistance de Fempereur pour Faider à se venger de son oncle qui, disait-il, l'avait chasfié. Mais Po-tri ayant été déçu dans Fespérancc d'obtenir du gouvernement de Hanoi Fappui qui lui était nécessaire, se mil h la tête des Chams qui Favaient suivi et ravagea, avant do se retirer, toute la province de Nghé-An, dont il tua le gouverneur.
Kn 1217, les Cliams, secondés parles Klimers et profitant de la désorganiscition du pays causée par la mauvaise administration des princes de la maison des Ly, et d'une révolution qui avait renversé le gouvernement, attaquèrent la province de Nghe-An.
Kn 12il, les Chams ne pouvant obtenir par la voie diplonialique la reslilulion des provinces qu'ils avaient antérieurement cédées aux Annainilos, ou que c(»ux-ci leur avaient extorquées, attaquèrent ouvertement le lerriloin» de FAnnam^ mais ils furent bientôt repoussés par leurs ennemis (|ui emmenèrent au Tong King une grande partie des habilunls de race cianipoiso des provinces annexées, afin que les Chams eussent moins de chances de trouver là par la suite des recrues disposées h s'cMirnler sous leur drapeau. La reine ciampoise Po-da-la fut également emmenée en captivité.
En 1282, selon les annales de Chine et de TAnnam, l'empereur de Chine envoya des ambassadeurs au gouvernement ciampois pour le sommer de se reconnaître vassal du Céleste Empire. Mais le fils du roi du Ciampa ayant fait emprisonner les messagers, la guerre entre les deux États s'alluma à la suite de cette mesure barbare. Le gouvernement de FAnnam, afin de couvrir le Ciampa, dont il était alors l'allié, essaya vainement de faire obstacle au passage de l'armée expéditionnaire chinoise. Les Annamites, qui s'étaient mis en travers, furent culbutés, et le général mongol, qui commandait les Chinois, s'empara en premier lieu du territoire de l'Annam, qu'il mit trois ans à conquérir. Mais les Mongols étant visiblement affaiblis par de rudes fatigues et parce long séjour dans un pays chaud et malsain, les Annamites surent profiter de cette circonstance favorable pour pousser les envahisseurs hors de leur territoire. C'est ainsi que le Ciampa fut sauvé pour cette fois encore.
Ce fut vers cette époque que Marco-Polo visita le Ciampa et le trouva très riche. Ce célèbre voyageur parle dans sa relation du luxe et de la débauche qu'il remarqua à la cour du roi cham et des ruines qu'il rencontra dans le royaume et qui, selonlui, attestaient une civiHsation avancée et un État politique puissant.
Vers 1300, un prince annamite, qui avait régné et puis abdiqué, se rendit au Ciampa et entra en relations avec le souverain de ce pays, qui s'appelait alors Chê-man. Le prince an)iamite résida longtemps dans la capitale du Ciampa et il parvint à prendre beaucoup d'ascendant sur le roi Chê-man, qu'il finit par décider, en 1302, à aboHr le vieil usage qui voulait que l'on se tînt prosterné des quatre membres devant le roi du pays.
Ce prince annamite, pendant son séjour au Ciampa, mena à bien des négociations qui avaient pour but de fortifier, au moyen d'un mariage entre le roi cham et une princesse annamite, les liens d'amitié qui unissaient alors les deux cours. Dans l'entourage de l'empereur d'Annam on s'opposait à cette union, mais le prince qui en était l'inspirateur et le négociateur se rendit à Ha-Noi (ou Kê-cho) et obtint le consentement de l'empereur.
Ce fut en 1305 que Chê-man, roi du Ciampa, épousa la princesse annamite Iluyen-tran (perle de jais). Un traité eut lieu à celte occasion, par lequel le roi des Chams cédait à l'Annam les provinces de 0 et de Ry^ dont les noms furent changés en Thuan-chau et
>t7Ô LE ROYAUME DU C^MWXWE
ifa-ehaa, ma» la popolation cham des deux pronnees protesta ccMitre e^tte annexion et il fallut, poor la contraindre à la résignation, rem|M de la forc^ et eniioite une administration bienveillante et le dégrèvement ou TalKilition des impôts les plus impopulaires.
Ijt roi Ché-man mourut peu de temps après son mariage: mais romme la loi voulait que, à Tinstar des snfties de Flnde, la reine monlAt vivante sur le bâcher qui consumerait les restes de son époux, la cour d'Annam s'émut et envoya des ambassadeurs qui obtinrent, non sans peine, que ce sacrifice inutile fût évité et ils ramenèrent la princesse dans leur pays.
A la mort de Chè-man, son fils Po-da-da fit présent à Fempereur d^Annam d'un éléphant blanc. Étant donné les usages de tous les peuples de Flndo-Chine, c'était là un hommage de vassalité fait, sans doute, dans le but de disposer la cour d'Annam en faveur du prétendant qui ToiTrait. Mais ces avances furent, il faut croire, rejetées, ou bien Tintervention de Fempereur d'Annam resta sans effet, car nous voyons un aulre prince, nommé Chè-chi, succéder au roi Chè-man, le mari delà princesse annamite. A cette époque où les esprits étaient surexcités contre les Annamites, et aussi contre la mémoire du roi défunt, qui avait eu la faiblesse de céder une partie du territoire ciampois , en compensation d'une alliance qui n'avait été approuv(^o ni par les Annamites, ni par les Chams, Chê-chi, qui n'était pas partisan de l'alliance avec l'Annam, dût être porté au pouvoir par I(» vn»u unanime de la population et par un mouvement populaire hostile à Po-da-da , qui était le candidat de la cour de Ha- Nui.
(lliA-chi, cédant (mi cela au sentiment public, méconnut les clauses du dernier traité conclu entre son prédécesseur et le gouvernement annamite, traité qui, comme nous l'avons vu, consacrait la cession à FAnnam des deux provinces ciampoises de 0 et de Bi/.
Une première expédition dirigée contre le Ciampa resta sans effet, mais Fempereur d'Annam pei^ista dans sa résolution, et il fit partir par des routes différentes, deux par terre et un aulre par mer, trois vorps d'année qui envahirent simultanément le territoire ennemi. Ces armées maiThèivnt sans coup férir sur la capitale ciampoise qu'ils enlevèiHMit, et le roi Chè-chi, réduit t^ Fimpuissance, se constitua prisonnier. L'empeur dWnnani, qui commandait en personne Farmée d1nvasion« détrôna Ché-chi et lui substitua son frère <sans doute Po-da-
LK llOYAUME DU CAMBubàS il?
(la) en 1311. Le roi dûchu fut emnieni} en caplivili:' et il mourut à Hîinoi en t3l3.
Les Siamois, ayant attaqué le Cianijia on (313, l'empoioup d'Aimam envoya à son allié, ou tributaire, une armée pour le secourir.
Chè-a-naiu, roi tUi Ciampa, élant mort eu 13i2, siTn gondre Trahoa-bo-(ié s'empara de ia couronne au détriment du prince Chê-mo, qui était le propre fils du roi défunt. Celte division dans la famille royale occasionna des troubles dans le royaume et le prince dépossédé fut forcé de se retirer au Tong-King. où il fut liien accueilli; mais nous allons voir que ses nouveaux protecteurs ne réussiiTot pas, ou ne voulurent pas s'employer pour lui faire rendre sa couronne.
L'usurpateur Bo-dô notifia son avènement au (rùne du Ciampa au gouvenieraeiit annamite, mais il n'y mît pas toutes les formalités voulues, et l'ambassadeur chargé de la uolilîcation n'apporta pas non plus les cadeaux qui, aux termes d'un tiailé ancien, devaient accompaguer toute ambassade du Ciampa à la cour de l'empereur d'Annam. Ce manque d'égards indisposa d'abord l'empereur qui députa un officier au Ciampa pour demander des e.xplicalions et faire des remontrances. La cour ciampoise se soumit de mauvaise grâce et envoya en 1346 une députalion en Annam avec des cadeaux, qui ne se trouvèrent pas être encore cette fois en conformité avec les clauses du traité. A partir de ce moment, les relations entre les deux gouvernements voisins devinrent difficiles et les Annales ne mentionnent plus la visite annuelle de la députation ciampoise à la cour d'.\nnara.
En 1352, le gouvernement de l'Annam entra en négociations avec le prince Cliè-mo, le véritable héritier du feu roi Ché-a-nam, qui avait, ainsi que nous l'avons vu, été dépossédé par son beau-frère. A la suite de ces négociations, une expédition au profit de ce prince fut entreprise dans le Ciampa en 13o3. Mais cette opération militaire fut mal combinée et ne réussit pas; l'armée prit la voie do terre, tandis que les vivres, les munitions et le matériel furent embarqués sur des jonques de mer, qui rencontrèrent du mauvais temps au large et ne purent arriver à temps pour fournir h. l'armée ce qui lui était nécessaire pour entrer en campagne. Le générai annamite, mis ainsi dans l'impossibilité de rien entreprendre, se retira sans attaquer. Cette oxpéditiou ne fut pas reprise.
Parmi les présents que le prince cham avait offerts à l'empereur d'Annam pour le décider à prendre son parti contre l'usurpateur, on
ciie un éléphant blanc, un cheval blanc et une grande fourmi qui mesurait soixante à quatre-vingts centimètres de long. Suivant une légende malaise le nom de Sumadra, dont les Européens ont fait Sumatra^ a été donné à l'île de ce nom à la suite de l'apparition d'une fourmi colossale €^ un chef du pays. Cette bête extraordinaire était grande conunp un chat. On le voit, les Chams ont voulu surenchérir sur leurs amis les Malais.
En 1361, de nombreux pirates ciampois renouvelèrent leurs coupsde-main sur les côtes de Tempire d'Ânnam. L'année suivante, ils poussèrent jusqu'à Ilué avec Tintention d'attaquer et de piller ce grand marché, mais ils furent repoussés. Dans le courant de Tannée 1364, ils reparurent en force, et inopinément, aux portes de cette ville, en pleine fôte du jour de l'an, et ils enlevèrent une foule de jeunes filles qui s'amusaient ce jour-là hors de leur maison.
Les Chams essayèrent d'attaquer, en 1365, la préfecture de Lam- Binh; ils furent repoussés, et afin de les empêcher de recommencer leurs audacieuses tentatives, le gouvernement de l'Annam organisa aussitôt une expédition contre le Ciampa et les hostilités commencèrent à la fin de 1366.
Le gouvernement ciampois, instruit et effrayé des préparatifs militaires faits par les Annamites, dépêcha, alin de gagner du temps, un ambassadeur à la cour d'Annam en 1367. Cette démarche n'aboutit à rien, puisque deux mois après celle mission Tarmée annamite envahissait le Ciampa. Pourlanl, grâce aux deux mois de temps que les Chams îivaionl gagnés en feignant de vouloir négocier, on avait pu se mellre en mesure chez eux de repousser celte nouvelle invasion. Les Chams parvinrent mémo, en se soulevant on masse contre des ennemis qui leur étaient 1res antipathiques, à cerner Tarniée d'invasion; ensuite, ils l'attaquèrent avec une sorte de rage, la battirent, lui firent beaucoup de prisonniers, parmi lesquels se trouvait sou général en chef, et forcèrent le reste à la retraite vers la lin do l'année 1 367.
La mère d'un ancien usurpateur annamite, nommé Nhut-le se réfugia au Ciampa en 1371 pour exciter le gouvernement de ce pays contre le roi légitime de l'Annam. Sur ses conseils, les Ciampois organisèrent une expédition. Ils arrivèrent inopinément par mer au port de Dai-an, à l'entrée de la rivière de Hué ; ils remontèrent sans encombre cette rivière et se porteront rapidement sur la ville qu'ils mirent à feu et à sang; ils enlevèrent, suivant leur usage, la partie jeune de la population et emportèrent au Ciampa de grandes richesses.
Chê-bong-nga, roi des Chams, envahit la province de Hué en 1375. L'empereur d'Annam lui opposa une armée de cent vingt mille hommes. Dès que Chê-bong-nga eût la certitude que les Annamites étaient en mesure de se défendre, .et qu'une armée nombreuse» et organisée marchait contre lui, il craignit pour les suites de la campagne qu'il venait d'entreprendre avec des moyens insuffisants et il prit le parti de négocier. Afin de disposer favorablement l'empereur d'Aunam, il commença par lui envoyer dix plateaux pleins d'or. Le général de l'armée ennemie, qui reçut d'abord les présents, se ks appropria, ce à quoi il fallait s'attendre de la part d'un pur Annamite. Cet officier général ne se contenta pas de détourner des valeurs considérables adressées h son maître, mais il osa, de plus, tromper celui-ci sur les dispositions de l'ennemi^ ce qui excita la colère de toute la cour contre les Chams. L'empereur se mit lui-même à la tête de son armée et il arriva dans les premiers jours de l'année 1377 aux portes de Thi-Nai (Cho-Gia) et de Hon-Cang, tout près de la citadelle Cha-Ban*, où le roi des Chams s'était réfugié avec son armée.
Chê-bong*nga, qui voyait bien que sa position était désespérée, imagina pour sortir d'embarras une ruse qui lui réussit pleinement : il fit sortir de la citadelle, et il envoya au camp ennemi un de ses ministres, qui feignit d'aller faire sa soumission, prétendant que son souverain avait abandonné la ville et pris la fuite avec son armée. Sur cette déclaration, faite avec assurance, l'empereur d'Annam donna ordre de lever le camp et de se mettre en marche aussitôt pour aller occuper la ville évacuée. Lui-même partit en avant avec une simple escorte, sans défiance et sans autre précaution. L'armée suivait, sans ordre, à rangs rompus, et sans que ses chefs eussent pris, de leur côté, aucune disposition en vue de l'attaque ou de la défense.
Lorsque les Annamites se furent suffisamment avancés dans la ville et dans la citadelle, mille cris de mort s'élevèrent et des flots d'ennemis se précipitèrent de toutes parts sur cette foule surprise et désordonnée. L'armée annamite fut presque complètement détruite ce jour-là et ses débris violemment dispersés et poursuivis s'enfuirent dans toutes les directions. Le roi d'Annam perdit la vie dans cette grande bagarre, ainsi que la plupart de ses officiers. Le prince Uc^ frère du roi, fut fait
Les Annamites appellent l'ancienne capitale duCiampa, Cho-Ban ou Do-Ban.
prigonnier M ^m liii témoiana beaucoup d'égard». ♦)a verra bientiit ponr/jnAî.
Afin di» n** paM pi*rdre le fruit de leur victoire. les Chanuf vouiorent. vef4 h^ milieu de> l'année MTT. envahir 1*^ terriloire annamite^ Ib f^f^rkrml un débarqu**ment nur la* cAtes de rAimam. ma^ fe forent repou'^^ég et forcée de ^^e rembnrrpier en toute hâte. Les âésieBis se Hg^iièrent contre eux cette foiîi, car ils périrent presc^ tom» dans un ^mra^an fifui \en surprit en pleine mer,
f>, tni ^prè^ ce dé^a.^fre qae les Clhams, tn>p affaïUis poar reecmrrvencer la lutte avec )e^ Annamites^ leur î^oscitèrent des embarras d'un wmvf'j^n genre en introdni;4ant comme prétendant à la eoorcmne d^Annnm le prfnce Ce. qn ils avaient fait pri^nnier à Cha-Ban. Le roi ^/>ié-')i<<tig-nga avait donné one de %eii filles en mariage an prince nnt}$kmUe captif, afin de se rattacher. Les Chams proclamèrent ce prince roi d'Annam et iU allèrent FétaMir en cette qualité dans la province annamiie de Nghe-an. oii un parti nombreux se forma de suite autour de lui. Quélfinf'.^ provinces voisines reconnurent également sonaulorité*
A la nouvelle de cette installation, la cour de Ha-Noi fit partir un corps d^armée qni défit les Chams et les força à reprendre rapidement le chemin de h'iir |)roprc pays.
An commcnecmenl de Tannée* 1382, les Chams entraînant à leur miiln \vH p(»pnlalions (Poriginc ciampoise des provinces de Tan-binh et il(^ Thnan-hoa, qni avaient él6 anlrefois détachées du Ciampa el nnnoxéo» an royanmo, (PAnnam, cnvahinMil une fois de plus le Nghaan el do l/i pénélrîîronl dans le Tanh-hoa, où ils avaient conservé des l'olalions. Un romlml naval fnrieux eut lieu à Fembouchure de la rivière ilo Ngo-ginng onlrc la llolle annamilc et la lloUe ciampoise, commandée par In roi Cli<V-l)ong-nga en personne. Mais celui-ci, malgré son habileté («I sa valiMM* l)i(Mi connues, no put soutenir le choc de la flotte annamite, cpii laissa porh^r vont arrière sur les barques ciampoises arrêtées et inonilléos on travers du lleuve comme pour en barrer le passage. Cette ligne fid rompue en jdusieurs points, et Chê-bong-nga fut défait et s^enfuil, abandonnant le passage au vainqueur. L'armée de terre aimamile, qui n'était pourtant pas loin, no prît aucune part à Taction. Los Annants» n'ayant plus devant ou\ des ennemis à combattre, ne poursuivironl pas colle campagne, malgré les avantages dont Doœ venons do paHor. ol ils se retirèiH}nt choi eux.
En 1383, les Chams reparaissent sur la scène et on les voit comme toujours pillant les côtes et les frontières. A cette époque, les incursions des Chams étaient si fréquentes, si hardies et si re<loutées, que le gouvernement annamite fit transporter hors de la capitale, objet principal de l'attaque de ces forbans, les portraits et les sépultures des anciens rois, afin de les soustraire, disent les Annales, d la profanation des barbares du midi.
Au commencement de Tannée 1384, les Chams se jetèrent sur la province de Thanh-hoa, qu'ils mirent à sac. Une armée annamite marcha aussitôt contre eux; elle les trouva établis dans une position presque inexpugnable sur le sommet d'une coUine escarpée, et les Annams souffrirent beaucoup dans les premiers engagements qu'ils eurent avec des adversaires aussi avantageusement placés, qui leur lançaient des pierres et faisaient rouler sur eux des blocs de rocher qu'ils détachaient des flancs élevés de la montagne. Enfin, le général annamite, après avoir fait cerner la colhne par le gros de ses troupes, réunit les soldats d'élite et prit la résolution extrême d'enlever avec eux la position. A cet effet, il forma une colonne d'assaut qui aborda avec entrain la hauteur et qui finit par déloger l'ennemi, qui se croyait en sûreté sur le plateau supérieur.
La montagne étant cernée, ainsi que nous l'avons dit, les soldats chams ne purent ni battre en retraite en bon ordre, ni guère fuir isolément et il en périt un très grand nombre. Ceux qui avaient cru trouver un refuge dans un bois presque impénétrable furent brûlés vifs sur l'ordre du général annamite, qui eut la cruauté de faire incendier la forêt.
La flotte ciampoise fut également brûlée à la suite de cette victoire des Annamites. Ce double désastre n'abattit pas le courage des Chams, car nous voyons l'année suivante, 1385, leur infatigable Chê-bong-nga repartir en guerre contre les Annamites, secondé celte fois par le meilleur de ses généraux, le célèbre La-khai. Le roi Chê-bong-nga pénétra dans la province de Quarig-oai ; il la traversa et alla occuper celle de Khong-muc. Les Chams étaient ainsi arrivés aux portes de la capitale ennemie, où l'on était dans la consternation. Une armée annamite envoyée contre eux fut battue et son général en chef, Le-mat-on, fut fait prisonnier.
A cette nouvelle, l'empereur d'Annam se démit du pouvoir suprême et il quitta la capitale, effrayé des rapides succès des Chams. Pendant six mois, ceux-ci ravagèrent le pays envahi, mais leurs entreprises j. 31
4»i LE ÏIOYALME I)L CAMBODGE
coulre la cajiilale demeurèrent sans succès. Enfin, les Chams se décidèrent à se retirer à la fin de Tannée 1385.
Des ambassadeurs de la cour de Pé-king traversèrent rAnnam en 12hH pour se rendre au Ciampa, ou ils allèrent réclamer au roi cinquante éléplians.
A la lin de lUfM), Tintrépide Cliè-bong-nga attaqua de nouYeaa les Aiuiamites dan- la province de Tbanh-hoa. Suivant leur habitude, les Cbam^ essayèrent d* attirer Tennemi dans un piège^ en feignant une retraite précipitée et en cachant le gros de leurs forces derrière des digues près desquelles Tarmée annamite, lancée imprudemment à la poursuite des fuyards, trouva la mort. Pourtant, Lé-qui-ly, qui commandait larmée annamite, parvint à rallier ce qui en restait encore; il se porta en arrière et il alla s* adosser au ileuve fiai-trieu, dans une position où il ne pouvait guère être débordé. Il attendit là les secours qu'il avait demandés et dès que son armée fut renforcée et approvisioimée, il prit l'offensive et remporta sur les Chams une bataille décisive en 1392. A la fin de Faction, le roi Chè-bong-nga fut atteint mortellement de plusieurs coups de feu au moment où il essayait de s'écha[)per dans une barque. L'armée ciampoise, consternée de la mort de son chef, qui avait su inspirer aux soldats une entière confiance, se débanda et prit la fuite. Mais La-khai, à qui revenait le commandement de rarniée après la mort du roi, ne perdit pas la tête : afin de retarder reiniemi dans sa marche, il fit semer sur la route, en se retirant, des ol)jets de valeur, des pièces de soie, des langoutis, des hngots d'argent et des monnaies. C'était bien connaître les Annamites, qui se ruèrent, ainsi que La-khai l'avait prévu, sur ces effets et ces valeurs, ne songeant plus, malgré les excitations des chefs, à poursuivre Tennemi, qui pendant ce temps ralliait ses éléments épars, se réorganisait et se retirait en meilleur ordre,' emportant son matériel de guerre, des vivres et des bagages.
Le général La-khai rentra dans la capitale à la tête de son armée qui lui devait son salut et il profila de cette circonstance favorable pour faire un coup d'Etat à son profit. Il n'eut pas de peine à s'emparer du pouvoir, (|uc personne ne pouvait lui disputer à ce moment; lise fit proclamer roi en 1392, au détriment des héritiers légitimes, les princes Chè-mano-chê-nam et Ciiê-san-no, tous les deux fils de Chê-bong-nga. Ces deux princes dépossédés se réfugièrent en Annam, où ils furent accueillis avec de grands honneurs.
Eu 1393, le fameux général Lé-qui-ly envoya au Ciampa une reconnaissance militaire qui s'aventura un peu trop, il faut croire, car elle fut arrêtée et retenue prisonnière, ainsi qne le général qui la commandait, mais qui parvint, lui, à s'échapper.
La-khai mourut en 1402, laissant la couronne à son fils Po-dicli-lai. A ce moment, Tcmpereur d'Annam, qui projetait de s'agrandir du côté du Ciampa, profila du désordre que la mort de La-khai avait occasionné dans le gouvernement et il marcha sur ce royaume h la tête de cent cinquante mille hommes, dans le courant de Tannée 1403. Le nouveau roi des Chams, Po-dich-lai, effrayé, demanda la paix, qu'il paya de nombreux présents et de la cession à son ennemi du territoire de Co-luy, qu'on laissa, afin de Fassimilor insensiblement, sous le commandement de Chê-ma-no-di-nam, chef ciampois notoirement dévoué à la cour d'Annam. Mais ces pays conquis par les armes se soumirent difficilement et, quoi qu'on fit, ils étaient sans cesse agités, grâce, sans doute, à Tinfinence et à l'excitation des Chams, qui avaient des sympathies parmi ces populations composées presque entièrement d'individus de leur race.
Pour en finir, l'empereur d'Annam fit envahir de nouveau le Ciampa par une armée forte de deux cent mille hommes, qui occupa sans coup férir le royaume et qui introduisit aussitôt dans le pays l'organisafion administrative de l'Annam. Ciia-Ban, la capitale du Ciampa, tenait seule et tous les efforts de Tarmée annamite pour s'en emparer échouèrent. Les Chams durent leur salut h la belle conduite et à la persévérance des troupes enfermées dans Cha-Ban, car l'armée annamite, fatiguée par une longue et pénible campagne, a court de munitions et d'approvisionnements de toute espèce, dut se retirer et abandonner un pays qu'elle s'était figurée un instant avoir conquis pour toujours.
Néanmoins, les Chams, peu rassurés pour l'avenir, malgré la retraite de l'armée annamite, demandèrent du secours h l'empereur de Chine, qui fît expédier au Ciampa neuf jonques de guerre, qui firent la police sur les côtes et forcèrent les croiseurs annamites h rentrer dans leurs ports.
Vers 1406, la guerre s'étant rallumée entre la Chine et TAnnam, les Chams purent reprendre haleine un peu pendant que leurs éternels ennemis étaient sérieusement occupés à batailler du côté du nord.* Cette guerre eut des résultats heureux pour le gouvernement chinois,
48i LE ROYAUME DU CAMBODGE
dont les armées occupèrent tout rAnnam et établirent dans ce pays la domination et même le système d'administration da Céleste Empire» Mais ces essais d^organisation d'un pays conquis ne réussirent point et les administrés, fatigués d'être gouvernés par leurs ennemis, se levèrent à l'appel de Lé-loi, chef annamite influent et combattirent les Chinois.
Lé-loi essaya d'abord d'opposer à Tannée chinoise des masses compactes d'Annamites: mais Foi^anisation militaire de Farmée envahissante eut vile raison de ces bandes indisciplinées, mal armées et sans instruction militaire. Lé-loi comprit qu'il ne poorraît venir à bout de ses projets, qui étaient de rejeter Tennemi hors da royaume, qu'en le fatiguant, en le menaçant et en Tattaquant sans cesse sur un grand nombre de points. Lé-loi organisa très convenablement les ressources du pays pour cette guerre de partisans et il fit éprouver en très peu de temps de grandes pertes aux Chinois. Mais le Laos intervint à propos en faveur de la Chine et la guerre d'indépendai^e subit un temps d'arrêt, grâce à Tentrée en ligne de ces nouveaux ennemis. Cependant Lé-loi ne perdit pas courage ; il excita Fardeur des hommes de bonne i^olonté et le patriotisme de tous les Annamites, qui obébsaient de plus en plus aux décisions et aux ordres de ce général improvisé, dont Fautorité et le prestige grandissaient de jour en jour avec Fimportance des services qu'il rendait à son pays. U réussit, enfin, à s'emparer de plusieurs cantons et à acculer Farmée chinoise dans un cercle de plus en plus étroit, où il était plus facile de la harceler et de Finquiéter.
L'armée chinoise, fatiguée d'une guerre où elle ne pouvait déployer ni ses forces, ni sa valeur: coupée de son pays par des bandes nombreuses qui manœuvraient autour d'elle en vue précisément de Fisoler, gênée dans ses approvisionnements sur les lieux mêmes, prit le parti de se retirer.
Ce triomphe rendit Lé-loî très populaire dans toute Flndo-Chine. Le roi des Chams lui envoya un officier pour le complimenter et pour lui offrir des présents. Quelques mois après, les Laotiens et les Chams députèrent des ambassadeurs à Lé-loi. Les Chams lui firent à celte occasion de nouveaux cadeaux, que le général annamite rendit en <Mïvoyant aux Chams des cristaux, des chevaux...
Les ^nnamiles entreprirent une nouvelle expédition dans le Ciampa on 1450; ils s'emparèrent de la capitale et firent prisonniers le roi
Po-caî. Un ancien roi du pays, nommé Po-da, remonta sur le trône avec le consentement du gouvernement annamite.
La guerre reprit en 1471 entre les deux pays. Cette fois, les Chams, qui étaient nouvellement convertis à Fislamisme, luttèrent avec Tacharnement et le fanatisme connus des sectateurs de Mahomet. Ce fut vers cette époque que le gouvernement annamite, profitant des divisions et des guerres intestines qui avaient éclaté au Ciampa, envahit le pays, s'empara de la capitale et emmena le roi cham prisonnier en Annam. Le général de Tarmée d'invasion traita de la paix avec un prince ciampois nommé Po-tri-tri, qui céda une partie du territoire de son pays à TAnnam, moyennant quoi il fut reconnu lui même souverain du Ciampa, très réduit alors et ne formant plus qu'un État de second ordre.
Ce fut en 1528 qu'un prince de la dynastie des Lé annexa définitivement au Tong-king une partie du royaume du Ciampa, qui ne se composa plus alors que de six provinces de la moyenne Cochinchine, savoir: Quang-nam ou Cham-quang-ngaî, Binh-dinh, Phu-yên, Nliatrang et Binh-thuan.
L'anéantissement de la puissance de l'empire khmer, consommée en 1585 par les Siamois, qui détruisirent Lovec, leur capitale, et tuèrent le roi, fut un événement fatal pour les Chams aussi, qui se trouvèrent dès lors sans alliés pour les soutenir contre les attaques incessantes de leurs voisins du nord devenus puissants.
Le prince Nguyen-hoang, de la dynastie mongole, obtint en 1600 de la cour de Ha-Noi le gouvernement des provinces conquises sur le Ciampa. Il fixa sa résidence à Hué, mais bientôt ce prince ambitieux organisa une armée dans le cercle de son commandement et cessa tout rapport avec la cour du Tong-king, qui l'avait élevé à cette haute position. Lorsqu'il mourut, il légua à son fils son gouvernement. Ce fut l'origine de la longue guerre qui éclata entre la dynastie des Nguyens et celle des Lé.
Les Lé, qui régnaient en Annam, envoyèrent successivement des armées vers le sud dans le but de réduire les Nguyens et de les forcer à se soumettre; mais ceux-ci parvinrent toujours à repousser ces attaques et finirent même par agrandir leur domaine du côte du Ciampa, qu'ils rognèrent encore un peu. Ces événements se passaient de 1610 à 1615. Le Tong-king et la Cochinchine formèrent deux gouvernements distincts pendant deux siècles , mais en réalité les Cochinchinois ne recon-
naissaient qu'un sofuyeraiiLy qui était celui de Ha-Noî (Tong-king). En 1627, le fils de JNgùyen-hoang ayant appris que des troubles graves avaient éôlaié au ToJi^-king, profita de cette occasion pour s'émancip^tout à fait.
Les Nguyens accomplirëj^flfeur conquête du Ciampa vers 1650, époque à laquelle le roi des Chams fut pris par les Annamites et mis dans une cage en fer, où il se laissa mourir pendant qu'on le portait en Annam. Cependant, la veuve de cet infortuné souverain lui succéda et régna sur une partie de ses États, mais sous Tœil et l'autorité d'agents supérieurs annamites, qui finirent par la détrôner et l'exproprier complètement.
Les Chams no furent pourtant pas soumis de si tôt : ils luttèrent longtemps, mais sans ordre, sans discipline, sans organisation et sans grandes ressources financières, contre un ennemi relativement riche et bien pourvu. Les Rhmers les secondèrent bien de leur mieux, et mal leur en prit, car les généraux annamites prirent prétexte de cette marque d'hostilité à leur égard pour s'autoriser à agir contre le Cambodge, dont le territoire fut envahi à son tour.
Un grand nombre de Chams voyant leur patrie subjuguée par un ennemi qui leur était antipathique, au lieu de se soumettre, préférèrent s'expatrier. Ils passèrent chez leurs anciens alliés, les Cambodgiens, et certains d'entre eux joueront bientôt dans leur patrie d'adoption des rôles politiques importants; ils entrèrent avec les Malais dans des complots, dos conjurations ayant pour objet le renversement du gouvernement établi au Cambodge.
Ce fut chez les Chams, et sur le territoire ciampois, que l'abyoreach Prea-ang-non alla, en 1682, recruter des partisans pour faire la guerre à son parent le roi légitime du Cambodge, auquel il enleva le territoire formant aujourd'hui les arrondissements français de Sroc-treang et Tra-vinh, Mais cotte révolution fut étouffée à la suite d'une grande bataille que le prince rebelle No7i perdit devant Oudong. (Annales khmers.)
Vers Tannée 1700, le Ciampa, qui n'existait plus comme royaume depuis longtemps, fut divisé en petites principautés qui s'administrèrent elles-mêmes sous la protection de l'Annam. Ce fut pour ne pas heurter les usages, les croyances religieuses, l'attachement réel des Chams à leurs chefs, surtout à leurs princes, que le gouvernement annamite, tout en maintenant son droit à gouverner le pays amiexé, laissait en
réalité les Chams s'administrer eux-mêmes par letirs chefs, qui devinrent dès lors quelque chose comme des agents de Taiitorilé supérieure annamite. Les Chams avaient toujours uinirbî, mais q)L(in'en avait guferc plus que le nom et qui élait toul à fait subordonné h Tempetëtir d'Anuam, Néanmoins, les Chams éiaiont Ia1sl$(!(s très libres de suivre leurs coutumes, leurs usages...
De nos jours, les Chams, fout en étant administrés par le gouvernement annamite, conservent leurs anciens costumes, leur langage, leur écriture et pratiquent librement leurs croyances religieuses et leurs coutumes. La plupart se sont retirés dans la partie montagneuse du Binh-thuan. Là se trouvent deux villages, Xuan-quang et Xuan-hoi, entièrement habités par des Chams. Les habitants de ces doux endroits se sont presque annamitisés, paraît-il. Plusieurs d'entre eux ont appris la langue et récriture des Annamites. Ceux-ci désignent spécialement les Chams de ces deux villages par ces mots ; « Nguon-kinh-cuu (les habitants de Fancienne capitale). » On les suppose les descendants de la race royale de l'ancien Ciampa.
Il est bon aussi de noter que les Chiêm-thanh, ou Chams, ou Thuanthiong, ne sont jamais qualifiés de Mois (sauvages) par les Annamites, qui sont assés pénétrés cependant de leur supériorité sur les peuples qui les avoisinent.
Le gouvernement de Hué, encore à l'heure présente, a ou feint d'avoir un tel respect pour les coutumes et les pratiques religieuses de cet ancien peuple, que le gouverneur annamite de la province qu'ils habitent se rend lui-même dans leurs temples, à des époques déterminées de Tannée, pour offrir des sacrifices aux mânes des anciens souverains chams.
Ce fut aussi vers 1700 que les provinces de Saigon, de Bahria et de Bienhoa, qui avaient été déjà ravies au Cambodge par les Annamites, eurent à subir l'administration des vainqueurs.
En 18H, sous le roi Gia-long, les deux gouvernements rivaux de l'Annam et du Tong-king n'en formèrent plus qu'un, dont ce prince devînt le chef suprême. Gia-long décapitalisa Ha-Noi et fit de Hué sa résidence officielle. Tout espoir fut dès lors perdu pour les Chams et pour les Khmers de rentrer en possession les uns de leur royaume et les autres des provinces qui leur étaient enlevées. Ceux-ci, au contraire, furentparla suite victimes de nouvelles spoliations; et quant aux Chams qui voulurent entrer en lutte contre Gia-bong, ils furent vaincus et ils
perdirent la jouissance des quelques privilèges qu'on leur avait laissés. Leur roi, nommé JW, qui s'était rangé du côté des Tay-sons, révoltés contre la cour de Hué, fui mis à mort et l'ancien territoire ciampois fut désormais divisé et administré comme les autres provinces de l'empire, Il existe au Cambodge des descendants de la famille royale ciampoise rmigrée en 1692, pour lesquels les Chams professent un grand respect; ils ne les désignent point sans faire précéder leur nom du mot Po, qui veut dire prince. Le nombre des Chams fixés au Cambodge s'élève aujourd'hui à six ou sept mille environ.
Nous allons joindre aux annales dés divers pays de l'Indo-Ghine quelques renseignements sur l'histoire contemporaine du peuple ciampois, qui nous ont été fournis par les chefs de cette race réfugiés au Cambodge.
Nous avons vu que le prince Po-checcoc, frère cadet du roi ciampois, émigra au Cambodge à la suite de démêlés avec son frère. Nous ignorons à quel moment se produisit ce désaccord, mais ce ne peut être qu'à une époque antérieure à la fuite de la famille royale ciampoise ellemême, qui eut lieu, ainsi que nous l'avons dit, en 1692.
Le prince Po-chung, fils de Po-ta-kay et petit-fils conséquemment de Po-checcoc, fui, en 1817, nommé Orchun par le roi du Cambodge, c'està-dire gouverneur de la grande province de Thbong-Khmum, dans laquelle tous les Chams fugitifs s'étaient préférablement retirés et établis. L'année suivante, Po-chung fut envoyé pour calmer une agitation qui s'était produite dans la province de Baphnom. A la suite de cette mission, il renonça à son litre de gouverneur et il rentra dans la vie privée. Ses fils et petits-fils ont été successivement honorés des faveurs des rois du Cambodge et ont exercé des fonctions publiques plus ou moins relevées.
Lors de l'occupation annamite au Cambodge, en 1834, Po-pchim, petit-fils de Po-ta-kay, fut investi par le général de l'armée d'invasion du titre de Chanh-vê-nhut. Le Chara resta néanmoins attaché par le cœur à la famille royale du Cambodge; et lorsque les Annamites, refoulés par les Siamois accourus au secours des Khmers, évacuèrent le territoire, traînant pour ainsi dire à leur suite la princesse cambodgienne qui gouvernait à ce moment le Cambodge, Po-pchim la suivit en captivité et y mourut en 1841. Ce chef cham laissa trois enfants, qui vivent encore et dont l'aîné est le prince Po-ta-kay, que nous avons connu. Le roi Norodon lui a donné un titre honorifique élevé. C'est un homme de
cinquante-six ans, de taille moyenne et de fier maintien; il demeure à Lovec, au milieu d'une population nombreuse de Chams qui le regardent comme leur roi.
Po-ta-kay est persuadé qu'il ne reste plus de rejetons de sa famille en Cochinchine ; il croit que l'autorité annamite les a fait périr tous, princes et princesses, afin d'assurer la tranquillité du pays conquis.
L'ancien culte national du Giampa a dû être, du moins à une certaine époque, le brahmanisme, et voici sur quoi nous fondons notre opinion à cet égard : d'abord, nous avons vu dans la première partie de l'histoire des Khmers que ceux-ci trouvèrent les Chams établis dans le sud de rindo-Chine, lorsqu'ils y firent eux-mêmes apparition plusieurs siècles avant J.-G. ; et nous avons dit aussi quelque partque^ selon l'opinion des Khmers érudits, ces Chams étaient Brahmanes. Les annales de l'Annam étabhssent, ainsi que nous l'avons vu plus haut, qu'en 436 de J.-C. les Chams appartenaient àla religion dénommée par les Annamites Ni-can. Il nous a été impossible de savoir au juste de quel culte on entend parler dans les annales ; mais, d'un autre côté, comme il s'agit de l'adoration d'énormes idoles, nous pensons qu'il faut reconnaître peutêtre à ce signe une secte de buddhisles.
Plus tard, en 981 , une armée annamite envahit le Ciampa et les annales rapportent qu'elle détruisit les temples de la capitale, ce dont il faut conclure en premier lieu, selon nous, que ces monuments religieux n'étaient pas élevés au culte du Buddha, qui élait le culte officiel de l'Annam et que les généraux annamites auraient su faire respecter s'il en avait été ainsi. Parmi les prisonniers de marque que l'armée d'invasion emmena en se retirant, l'historien annamite cite un religieux indien. Ce religieux ne devait sans doute pas être le seul prédicateur indou qui se trouvât dans le Ciampa à cette époque ; et pour les mêmes raisons que nous avons données de la profanation des temples^ nous pensons que ce religieux n'était pas un ministre du Buddha, car si c'eut été un buddhiste, il eût été entouré d'égards par les Annams, au lieu d'être traîné en captivité. Or, si ce n'était pas un bonze, ce ne pouvait guère être qu'un brahme, car à cette époque, c'est-à-dire avant l'introduction de l'islamisme dans l'Inde, il n'y avait dans cette partie de l'Asie que le brahmanisme et le buddhisme qui eussent un clergé et des moyens de propagande. La présence d'un ou plusieurs brahmes dans le Ciampa ne prouve pas absolument que le brahmanisme fût à cette époque le culte des Chams, ni même celui d'une partie
de la population ; mais on conviendra que cela donne cependant lieu à une présomption, en attendant que nous puissions fournir d'autres preuves.
En continuant à parcourir les mêmes annales, nous trouvons qu'en i305 un prince annamite se rendit au Ciampa, dans le but de travaillera fortifier les liens d'amitié qui unissaient ace moment ce pays àTAnnam. Ce prince réussit h faire accepter par les deux cours un projet de mariage entre le roi du Ciampa et une princesse annamite. Cette union eut lieu dans le courant de Tannée 1305; mais le roi des Chams mourut peu de temps après et les annales nous font part des efforts qu'il fallut faire pour sauver la reine, devenue veuve, et qui, d'après les usages, ne devait pas survivre h ce malheur et devait périr brûlée vive sur un bûcher dressé pour consumer le cadavre de son époux. Ici, il nous semble qu'il est difficile de méconnaître une des pratiques, un de ces rites barbares de la religion brahmanique parvenue à la période de son déclin.
Qu'on nous permette une digression et quelques observations historiques sur la religion brahmanique. On sait que ce culte fut intronisé dans rinde par les Aryens, qui en exposèrent et développèrent la doctrine dans une encyclopédie connue sous le nom de Védas. Le dogme religieux dos Védas était simple : croyance en Vwiité de Dieu^ à Fimmortalilé de Tâme et à ses transmigrations successives jusqu'à son absorption dans Fârac du monde, c'est-à-dire dans le sein de Dieu, considéré comme le paradis pour les justes. Le passage à travers les enfers n'était que transitoire; on en revenait après avoir purgé toutes les fautes et l'on reprenait un des maillons de la chaîne des transmigrations, puis un autre et puis enfin les suivants, jusqu'à ce que Tâme n'eût plus à son actif que des mérites, auquel cas elle passait pour toujours dans le sein de Dieu.
On pôHt voir, par ce court exposé, que la doctrine apportée aux hidous était, à l'origine, empreinte d'une grande justice et d'une grande douceur, et qu'on n'y trouve pas ces tourments éternels si peu d'accord avec l'idée qu'on peut se faire de la justice divine, et qui figurent cependant avec tant d'éclat dans des systèmes qui passent pour être plus perfectionnés. Afin de faire admettre leur doctrine dans le pays où ils exerçaient leur propagande, les premiers prédicateurs furent forcés de lui adapter quelques-unes des idolâtries auxquelles les indigènes étaient le pins attachés. Parmi celles-ci, citons celles qui consistaient à off'rir
à des divinités mal définies des sacrifices sanglants. Celte concession dut paraître bien dure aux auteurs, ou aux adeptes d'une organisation religieuse aussi patriarcale que celle des Aryens brahmaniques. Ces emprunts faits aux grossières croyances des aborigènes se trouvèrent bien en désaccord avec les préceptes des Védas. Ainsi, par exemple, à côté d*un commandement aussi profondément humain que celui-ci : Ne fais point de mal à une créature sensible^ on inscrivit cet autre : Tue la victime consacrée. Et ailleurs : Quiconque accoynplit un oswa médha (l'immolation d'un cheval) conquiert tous les mondes^ surmonte la mort^ expie ses péchés et ses sacrilèges. L^adoption, par larehgion nouvelle, de ces rites barbares, inventés et pratiqués par un peuple sauvage, superstitieux et idolâtre, ne diminua pas le nombre des victimes, mais on ne célébra plus ostensiblement les sacrifices qu'en l'honneur du vrai Dieu, unique et universel, et ce fut seulement pour lui rendre hommage que le meurtre des animaux fut toléré.
Plus tard, vers les vi* et vn* siècles^ après une lutte désavantageuse de mille ans contre les buddhistes, les brahmes aux abois furent contrain ts d'appeler à leur aide, et de faire venir, des bords de l'Indus, les Kchattryas, qu'ils avaient autrefois mécontentés et éloignés, comme tout ce qui pouvait faire ombrage à leur domination spirituelle et temporelle. Mais l'intervention de ces guerriers ne suffisant pas, il fallut chercher aussi un appui dans le peuple conquis, que l'on avait grandement humilié en lui attribuant le plus mauvais lot lors de la division de la société en castes, et en contrariant plus ou moins l'exercice de ses croyances idolâtres. Afin de le ramener, les brahmes furent conduits à remanier leur constitution politique et leurs dogmes religieux; ils subdivisèrent alors les castes et en créèrent de nouvelles pour y faire entrer les hommes de métier qui exerçaient un certain empire sur la masse du peuple, et que l'on espérait Rattacher en les admettant dans les catégories des privilégiés, des ennoblis. : *
Dans le domaine spirituel, les brahmes se montrèrent encore plus accommodants : ils feignirent d'adopter et de respecter les anciens dogmes et les nombreuses divinités des vrais Indous, qui purent dès lors se livrer sans crainte à toutes les coutumes extravagantes des temps passés, coutumes que les premiers législateurs aryens avaient en partie détruites.
En adoptant, ou en laissant croire qu'ils adoptaient la mythologie des indigènes, les brahmes furent cause que le polythéisme s'intro-
duisit dans la religion dont ils étaient les représentants et dont la base la plus solide était, comme nous Tavons iru, Funité de Dieu. Des sectes religieuses se formèrent alors, dont les plus ferventes furent celles qui vouèrent un culte spécial à Siva et à la déesse Kali, son épouse, à laquelle on sacrifia jusqu'à des victimes humaines. Ce fut aussi l'époque de rimmolation des veuves et de tous ces cultes orgiaques qui subsistent encore dans Flnde, malgré l'opposition et la surveillance des agents du gouvernement britannique.
Ces transformations du culte brahmanique dans Flnde étaient acceptées par tous les peuples qui avaient embrassé cette religion, et tout porte à croire qu'il en fut ainsi des Malais, car ils s'étaient ralliés de bonne heure à cette doctrine, puisque dans sa relation de voyage le célèbre explorateur chinois Fa-hian dit qu'au retour de Flnde il s'arrêta à Java, en 410 ou 411 de notre ère, et qu'à cette époque « les hérétiques et les brahmanes y étaient nombreux. » De nos jours, une des lies de l'archipel malais porte le nom de Bali, singe fabuleux et célèbre, une des divinités du panthéon brahmanique.
D'un autre côté, les annales chinoises signalent une invasion malaise très importante dans le Ciampa en 767. Cette émigration d'une partie de la population des îles malayes devait être due à une cause religieuse, car ce fut peu avant celte époque que les brahmes triomphèrent dans Flnde et refoulèrent dans toutes les directions, mais surtout vers le sud et le sud-est, à Ceylan et dans Farchipel malais, les prêtres et les adorateurs du Buddha. Ceux-ci s'en allèrent grossir le nombre des buddhistes déjà considérable dans ces contrées, car si Fa-hian, qui visita Java en 4U, ne parle que des brahmanes et des hérétiques qui étaient nombreux dans File, il faut sous entendre les buddhistes qui n'y étaient pas, sans doute, en moins grand nombre. Il faut croire ajifôi que lui, fervent buddhiste, entend par hérétiques ceux des Malais qui étaient restés fidèles aux anciennes idolâtries, n'osant pas désigner ainsi les brahmanes à cause de l'analogie de leurs croyances avec le système religieux inauguré par le Buddha. Ces nouveaux venus, qui représentaient la partie intelligente, instruite et énergique de la secte religieuse vaincue dans Flnde, triomphèrent facilement dans le sud et le sud-est et forcèrent à l'expatriation ceux qui voulurent leur résister. Ce sont, sans doute, ces émigrants qui excitèrent la dévotion, .le zèle et Fenthousiasme des indigènes, au point de les disposera coopérer à Fédification des superbes monuments que l'on rencontre à
Java, et dont le plus important est la grandiose et superbe pyramide de Boeroe-boedoer, élevée incontestablement au culte de Sakiamuui vers le vin* ou ix* siècle de notre ère.
Vraisemblablement, les Malais brahmanes, forcés de s'expatrier, refluèrent vers la terre ferme et certains d'entre eux se rendirent sur la côte du Ciampa en 767, selon les annales chinoises, où ils apportèrent les doctrines sanguinaires que les brahmes avaient été forcés de tolérer et même de pratiquer dans l'Inde environ un siècle auparavant.
L'islamisme prit le même chemin pour arriver jusqu'au Ciampa. Il fut importé dans Tlnde à la fin du xii* siècle ; il passa en Malaisie dans les premières années du xui* siècle, et les annales annamites nous montrent les Chams combattant contre l'Annam en 1471, avec le fanatisme dont sont possédés les adeptes de l'islamisme, religion à laquelle, ajoute l'historien, les Chams étaient nouvellement convertis.
De nos jours, les Chams qui sont fixés au Cambodge, et qui sont ralliés aussi à l'islamisme vraisemblablement depuis la même époque que leurs compatriotes restés en Annam, prétendent qu'un grand nombre de ceux-ci sont demeurés fidèles à leur ancien culte, qui leur permet, disent-ils, ne sachant le définir autrement, l'usage de la viande de porc et des liqueurs spiritueuses. Ces Chams ont conservé la coutume de brûler les morts et Ton rencontre dans le pays d'anciens monuments funéraires, des tours en pierre d'un caractère analogue à celles que les anciens Rhmers élevèrent pour le même usage. La pratique de la crémation est une raison qu'on peut mettre à l'actif de notre supposition, à savoir que les Chams étaient autrefois brahmanes, car il n'y a guère qu'eux et les buddhistes de certains pays qui brûlent leurs cadavres et l'on nous a assuré que les traces de cette dernière religion étaient de nos jours à peu près insensibles dans le Ciampa.
Actuellement^ si nos renseignements sont exacts, en dehors du cirfte appelé Ni-ca ou Ba-ni, certains Chams, denjeurés sur le territoire de l'ancien Ciampa, sont voués à un autre culte connu sous le nom de Ba-xe. 11 nous a été impossible de trouver la signification de ces mots Ni-ca et Ba-xe et d'en déduire, à coup sûr, les cultes qui leur correspondent. Les Ni-ca font, d'accord en cela avec l'usage khmer, avaler du mercure aux morts que l'on ne doit par brûler de suite ; on leur bourre aussi la bouche de riz cuit, de peur qu'il ne leur vienne à l'idée, avant d'entreprendre le grand voyage, de se retourner vers les vivants
pour leur réclamer des provisions. L'usage veut que les ustensiles dont le défunt avait coutume de se servir soient brûlés avec lui, sauf les objets que les religieux désirent s'approprier et qu'ils prennent soin de purifîer en les passant légèrement à travers les flammes. Une fois le corps réduit en cendres, on recueille les os des quatre membres principaux dans des vases en or, en argent, "fen cuivre ou en terre cuite, selon la position de fortune de la famille, et on enterre aujourd'hui ces restes sous les banians, ou on les dépose dans le tronc de ces arbres sacrés lorsqu'on peut en trouver de creux. Les cendres sont portées en pompe dans le cours d'eau le plus voisin. Les Chams croient que c'est de là que proviennent les mânes, ou revenants, rôdant sur les eaux et que Ton redoute tant dans le pays. On se figure, d'un autre côté, que les revenants des champs ne sont pas autre chose que les âmes (Tes individus dont les ossements y ont été enfouis. On a l'habitude d'offrir à ces revenants du maïs frit pour apaiser leur faim et cette offrande se fait au son de la musique et avec l'assistance des religieux. Les buddhistes chinois et annamites désignent les religieux de leur culte sous le nom de Ni-co. 11 y a un rapprochement évident à faire entre ce dernier mot et celui de Ni-ca, le nom d'une religion suivie par un certain nombre de Chams et qui pourrait bien être un buddhisme corrompu.
Les Chams fixés au Cambodge désignent généralement sous le nom de Chams-Béni (Chams apostats) ceux qui ont embrassé Tislamisnie; par opposition, ils appellent ceux de leurs concitoyens de l'Annam qui n'ont pas varié dans leurs croyances religieuses Cham-chéat (Chams purs).
Les Chams convertis au mahoniétisme n'ont pas abandonné complètement les coutumes de leur race et on les phe difficilement aux règles rigoureuses de la nouvelle religion. Ils s'abstiennent bien moins que les Malais de liqueurs fortes et ils n'ont jamais voulu renoncer à la viande de tortue, dont se privent par dévotion leurs coreligionnaires de la Malaisie.
Les Chams appellent leurs marabouts Achars; c'est aussi le mot par lequel les Khmers désignent les individus instruits en théologie et qui sont les auxiliaires des bonzes dans certaines cérémonies du culte. Cette appellation appliquée par les Chams et les Khmers à des religieux, à des dévots s'occupanl spécialement de l'étude et de l'enseignement des matières religieuses, nous paraît être un reste de Tancienne coutume où les uns et les autres désignaient leurs prêtres enseignants sous le nom
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de Achar, corruption ou abréviation du mot sanscrit Atcharya, qui était le titre distinctif des brahmanes experts en théologie.
Les Chams mahométans, ceux du moins du Cambodge, n'ont pas d'ouvrages de religion écrits dans leur langue ; ils se servent de ceux des Malais, qui sont écrits en arabe.
Le calendrier des Chams est le même que celui des Khmers, des Siamois, des Laotiens et des Birmans. Ils ont une semaine, des mois de 29 à 30 jours, Tannée de 12 mois lunaires et un cycle duodénaire pour la supputation des années. Ce calendrier est d'origine indienne. Le cycle des Chams est formé des noms d'animaux employés pour le même usage chez tous les peuples de l'Indo-Chine, et nous avons vu ailleurs que ce cycle est également en usage au Thibet. Le cycle des Chams présente ceci de particulier, c'est que les lettres cycliques sont précisément les mots servant h désigner en langue cham les animaux qui leur correspondent.
La langue cham diffère essentiellement du malais et elle s'écrit avec des caractères particuliers qui ne ressemblent aucunement à ceux employés par les Malais qui leur viennent des Arabes. Les caractères représentant les chiffres sont distincts également. Les Chams intelligents, ceux surtout qui se destinent au sacerdoce, apprennent l'alphabet arabe, afin de pouvoir lire au moins le Coran.
Dans la vie ordinaire, la langue cham est la seule usitée entre eux. Peu de Malais comprennent le cham et le parlent tant bien que mal, tandis que presque tous les Chams possèdent le malais. Les individus de ces deux races, nés ou fixés depuis longtemps au Cambodge, parlent le khmer et c'est encore dans cette langue qu'ils se comprennent le mieux. Les Chams en particulier parlent le cambodgien avec un accent étranger très désagréable à entendre, comme il arrive à tous ceux dont la langue-mère étant vario-lono essaient de s'exprimer en un langage rigoureusement recto-tono.
En adoptant le culte des Malais, les Chams se sont faits petit à petit à leurs usages. Le nombre de femmes qu'ils peuvent avoir est limité à quatre. Grâce aux unions contractées entre Chams et Malais, la fusion (le ces deux races s'opérera au Cambodge avant longtemps. A l'heure qu'il est, les Chams conservent encore une physionomie propre, et pour peu qu'on ait l'habitude de les voir, on les distingue aisément des Malais.
Le divorce est rare parmi les Chams ; il peut être ordonné par les
quatre grands prêtres réunis en conseil pour des raisons impérieuses. Une femme n'est admise à demander le divorce avec son mari que û elle prouve que celui-ci Ta abandonnée sans ressources depuis plus de trois ans.
Les Chams purs sont beaucoup moins foncés en couleur que les Malais, ce qui conduirait à supposer, s'il était vrai, comme on l'a supposé à tort, selon nous, que ces deux peuples sont de même origine, que les Malais se sont brunis au contact des Indous avec lesquels ils ont élé de tout temps en fréquentes relations *. \
Les Chams sont assez peu soigneux de leur tenue ; ils sont pins actifs \ et plus industrieux que les Khmers. Les annales' annamites nous les 1 représentent comme très batailleurs et portés instinctivement versla»;^ piraterie. Nous les voyons aujourd'hui au Cambodge très retirés et assez pacifiques. S'ils ont été mêlés aux luttes politiques qui ont boule* versé dans le temps le Cambodge, ce n'a pu être qu'à l'instigation, et pour ainsi dire à la remorque de leurs amis les Malais. On dit les Chams 1 flatteurs et menteurs. 3
Au Cambodge, les Chams sont cultivateurs, pêcheurs et marchands de bois. En fait d'objets d'art, ils savent seulement tourner d'énorme» pendants d'oreille en cuivre qu'ils bordent en fils d'or.
Il y a des femmes chams, ainsi que des malaises, qui se vouent au service particulier d'Allah; elles ne peuvent se marier qu'avec des achars, ou marabouts; elles ne sont nullement cloîtrées, vivent chez elles et sont simplement tenues de s'habiller de blanc deux fois par jour pour dire leurs prières. Nous ne savons pas si cette institution de religieuses n'est pas en désaccord avec le Coran, qui relègue bien trop la femme sur Tanière-plan pour l'admettre aux honneurs du sacerdoce.
Les Achars sont vêtus de blanc ; ils portent un pagne tombant très bas par dessus un caleçon court. Us ont un gilet ou veston à manches, échancré au haut de la poitrine et qu'ils mettent directement sur la peau. Ils passent, enfin, par-dessus tout une longue robe ouverte devant et agrafée seulement au collet. La taille est serrée à l'aide d'une ceinture appliquée sur ou sous le vêtement supérieur. Ces religieux ont les cheveux entièrement rasés; ils portent une calotte en coton blanc
• Voir page 209.
Ebnbst Lbboux; Éditeur^ rue Bonaparte^ 28, Paris.
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tressé venant de la Mecque, sur laquelle ils roulent, les joui^s de finies, un vaste turban.
Les laïques ont aussi un pagne lombanl et serré à la taille au moyen d'une ceinture; ils ont le torse nu ordinairemenl, ou bien ils portent un veston court et ouvert devaot. Les Chams se coupt»nt les cheveux courts, mais ils ne les rasent pas et ils se coilTent d'un tout polit lurbun. Les femmes ont adopté le costume des Malaises.
Nous regrettons de n'avoir pu nous procurer des renseignements précis sur les Chams qui n'ont pas émigré, et que Ton peut voir enconî groupés par villages le long du liane oriental de la chaîne de montagnes qui sépare l'Annam de la Cochinchine française, du Cambodge et enlln de la vallée du Mëcong.
Un vieil achar de notre connaissance eut la bonne fortune de rencontrer autrefois quelques-uns de ces Chams h Saïgon, où ils étai(»nl allés faire du commerce. Ils étaient fixés, lui dirent-ils, dans la province annamite du Binh-thuan, limitrophe de nos possessions. L'achar put se convaincre, en causant avec eux, qu'ils parlaient la langue usitée parmi les Chams du Cambodge; ils lui parurent plus clairs de teint que. ceux-ci, qui s'allient depuis des siècles aux Malais et aux Khmers, car le nombre des femmes chams émigrées par rapport aux hommes était relativement faible.
L'achar nous dit, en outre, qu'il avait appris de ces Chams que l'usage des castes, institution toute brahmanique, comme on sait, s'était maintenue parmi eux et que les mésalliances étaient rares.
Xous avons entendu plusieurs Annamites, qui ont visité les Chêinthanh (Chams) chez eux, convenir qu'ils sont aussi blancs qu'eux. C'est là un aveu qui coûte fort à Torgueil des Annams et qu'il faut, h cause de cela, apprécier, car la blancheur de la peau est considérée par les indigènes comme une preuve de la pureté de la race.
Vers l'année 1835, dans le dernier soulèvement des Chams contre l'autorité annamite, plusieurs familles influentes de celle ra^re furent déportées en masse au Cambodge, qui se trouvait être alors Im-inhuf'.^ sous prétexte de protection, envahi et occupé militairement par les armées de FAnnam. C'était sous Tadmini^^fration de la princesse cam« bodgienne Ang-mey, que le gouvernement annamite a^ail mîî^ au pouvoir, mais qui était en réalité dominée par le comttïHitdmtl en chef des troufH.'S dV>ccn{ialion. I>5S anciens Khmers se souviimaerit a%'oir %ii arriver à c^Ue épof{ue plusieurs centaines de Chams. parmi \t*^\n*:h »e
faisaient remarquer par leur beauté deux jeunes princesses qui étaient, assure-t-on, entièrement blanches.
Les Chams élèvent leurs demeures sur des pieux, comme les Khmers, les Malais et les Chams du Cambodge, tandis que les maisons annamites sont a un rez-de-chaussée, dont le sol constitue le parquet. Les Chams de TAnnam portent, paralt-il, les cheveux longs et noués suivant la mode indoue ou annamite; leur pagne est tombant, comme celui des Chams du (Cambodge et des Malais.
Le prince Po-Takay, dont nous avons parlé déjà, nous montra, en môme temps que les maigres renseignements historiques que nous avons reproduits, un très ancien manuscrit sauvé du naufrage de tous les autres livres du Ciampa. Nous ftmes traduire ce document et nous le reproduisons ici, afin de donner une idée de la littérature ciampoise.
CONSEILS d'une MÈRE A SA FILLE
Enfant, foie et fiel de ta mère, approche, ton père m'a chargée de Renseigner les usages qui concernent les femmes. Écoule bien et invite, si lu veux, les jeunes amies à venir, afin qu'elles puissent profiter également delà leçon.
Ma fille, lorsque lu parleras h ton mari, que ce ne soit jamais sur un ton élevé et ne cherche pas h te placer d'aucune manière au-dessus de lui, ou même à son niveau : c'est le mari qui doit conduire la femme.
Ma fille, si ton mari s'emporte en la présence et l'ofTeiise, même sans sujet, no lui réponds pas : ce serait un scandale fait à ton dommage, car les voisins riraient de toi. Aie la figure gaie toujours et n'aie de c œur que pour ton époux, qui, de son coté, se prendra d'amour pour toi et ne te quittera plus.
Ma iille, la barque ne va pas en dérive si le pieu auquel on l'amarre est fixe et solide. Dans la famille, le point d'appui c'est l'époux et la femme n'obtient d'autre considération que celle que lui-même mérite.
Pondant le sommeil du mari, la femme doit marcher sans bruit sur le parquet. Si elle ne suit pas celte recommaudalion, et qu'elle agile le plancher en marchant, elle troublera le repos de son époux et fera rouler à terre les grains de riz empilés dans le grenier, ce qui serait une prodigalité de mauvais augure.
L'inconduite fait perdre à la femme ses grâces et alors elle n'est
plus qu'un morceau de boîs abandonné, tombé en travers d'un ruisseau et sur lequel chacun marche comme sur un pont.
Ma fille, veille bien toujours à ce que les oreillers et les matelas de ton lit soient propres et bien placés. Lorsque tu iras te coucher ferme les portes, et lorsque tu seras dans ton lit ne parle pas fort. Sois active, industrieuse et tâche de gagner honorablement ta vie. Si tu fais des dettes, on saisira tes biens et on te prendra toi-même.
Ma fille, suis fidèlement les conseils, les recommandations de ton mari; lorsqu'il te parlera de ses affaires, écoute-le et tâche de ne le point contrarier. Tu le suivras partout où il lui conviendra de te conduire. Tului parleras avec les égards dus au chef de famille qui s'expose à la pluie et au soleil pour gagner la vie des siens.
Ma fille, souviens-toi que les biens d'une maison sont entre les mains des femmes, et que c'est sur elles que l'on compte pour les ménager et non pour les gaspiller. Si tu as des buffles, il faut aussi avoir un parc et des cordes pour les bien garder. Une porte doit toujours avoir son verrou. La maison doit être entourée d'une barrière et on doit cultiver dans le jardin ce qui est nécessaire à la vie.
Si tu suis ces prescriptions, ma fille, tu seras heureuse. Lorsque ton mari reviendra d'un long voyage, et qu'il te trouvera à la maison, il sera plus content que si on lui donnait une pleine corbeille d'argent. Si, enfin, tu te conduis suivant mes conseils, serais-tu laide comme une guenon, ta présence, à côté de ton époux, fera autant d'effet qu'aine colonne d'or de la hauteur d'un cocotier.
L'écriture cham étant peu ou point connue, nous pensons que Ton nous saura gré de produire ici son alphabet, les chiffres et la numération en usage chez ce peuple. Un autographe du prince Po-Takay pourra donner une idée de la valeur graphique de cette écriture.