CHAPITRE II
Hinétani, m^lAUS et apextii giologiqaa du «ol. — H;drologia. — It'ige d« U pinn polia et dn bronaa ad Ouiibodge.
Les seuls mioéraux contenus dans le sol du Cambodge, ceux du moins qui sont connus et exploités àl'heure présente, sont :
L&pierre à feu, qui est assez commune dans les provinces de Gom- ~ pong-Soai et de Pursat.
Une pierre ferrugineuse, désignée par les Européens bous le nom de pierre de Bienhoa, mélange d'hydrate de fer, de silice et d'argile, très propre aux travaux de maçonnerie et aux empierrements.
Le grès est très commun dans le pays ; il est le plus souvent gris de teinte uniforme; mais on en trouve de rougeâlre, ou veiné de rose et, enHn, quelquefois il se présente sous une couleur presque blanche.
Lesjoî'errffs^ram'te*, très communes aussi ; on les trouve détachées en éclats au pieti des montagnes et des collines, dans des endroits souvent accessibles aux grandes barques au moment de l'inondation, ce qui fait qu'on peut les avoir à très bon compte.
La pierre d chaux dont nous avons déjà signalé la présence dans les provinces du sud-ouest. Il existe aussi des coquilles calcaires, dites boucardites, sur les bords de t'arroyo de Somrong-Sen, pas bien loin de l'entrée du grand lac.
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La craie blanche et craie verte ou chlorithée. La blanche est molle et bien friable étant sèche ; l'autre est plus dure et les Khmers en font des crayons à ardoises.
V ardoise^ ou roche schisteuse, est très commune dans le Ut même de Tarrayo de Campi (province de Somboc) ; on les exploite aux eaux tout il fait basses, de février en juin, et Ton en fait des planchettes pour écrire. Pour en réduire l'épaisseur et unir leur surface, on les frotte sur des plateaux de grès en interposant du sable mouillé afin d'augmenter le mordant.
Les sables de rivière siliceux, très propres à la fabrication du mortier, abondent dans le Mécong et surtout aux quatre bras de Phnom-Penh.
Le salpêtjr que Ton retire des ruines et cavernes du pays.
Enfin la houille. De ce qu'on a prétendu^ sans études préalables toutefois, que le Cambodge ne renferme pas de bassin houiller proprement dit, il ne faudrait pas en conclure que le sol ne contient aucuns combustibles miuéraux. Tout porte à croire, au contraire, que, suivant la loi générale, les terrains tertiaires doivent contenir des couches de lignite, dont l'exploitation permettrait d'utihser les minerais de fer qui sont dans le pays.
Le seul métal exploité est le fer. Nous avons déjà dit qu'on en trouve en très grande abondance dans la province de Compong-Soai. L'habitude bien ancienne au Cambodge de faire usage de vases, de boites et d'objets de toute espèce en or, en argent et en cuivre, a fait supposer que l'on trouvait ces métaux précieux à profusion dans le pays. Il n'en est rien pourtant et, à l'heure présente, il n'y a pas que nous sachions dans le royaume aucune exploitation de ce genre
Dans certains affluents du Mécong, dans le Laos^ on trouve Tor dans les sables quartzeux désagrégés. Le cuivre est très commun dans le petit état de Bassac.
On trouverait sûrement de l'étain au Cambodge en lavant les sables du Mécong et surtout ceux du Tonly-Sap à l'embouchure de ses affluents.
Le sud de Tlndo-Chine est très peu connu au point de y\XQ géologique ; et il n'est guère possible, dans Fétat actuel des connaissances que Ton a sur la matière, de traiter cette question d'une manière complète pour ce pays.
Dans Tétude que nous allons entreprendre, nous nous occuperons spécialement de la Cochinchine française et du Cambodge pour ce qui
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regarde les détails, sans pour cela négliger de ciler quelques points importants des contrées voisines et qui pourraient se rattacher aux formations du Cambodge.
Non seulement une esquisse géologique du sud de Tlndo-Chine est difficile à faire à cause de la pénurie des renseignements, mais à raison surtout de l'excessive rareté des fossiles, ce qui ne permet pas d'établir les divisions du terrain d'une manière précise; car, en effet, ce qui a été trouvé jusqu'à ce jour en fait de fossiles était indéterminable ou insuflîsant pour caractériser un terrain.
Il a fallu procéder par comparaison, en se basant sur la nature minéralogique des pierres. Or, on sait qu'un terrain appartenant à une époque géologique donnée, peut être représenté par des roches" différentes dans des points différents; tandis que l'analogie des fossiles idenliiie leurs époques de formation. Par contre, on sait que deux terrains, bien que d'un âge différent, peuvent présenter des roches minéralogiquement identiques*
La minéralogie de la Chine, bien que peu connue encore, a pu servir de terme de comparaison. On rencontre en Chine, au-dessus des terrains cristallins (granit^ syenites, gneiss), des couches puissantes de calcaires dans lesquelles on a trouvé quelques fossiles caractéristiques qui ont été reconnus par les géologues arfglais pour appartenir à la partie supérieure du terrain devonien. Au-dessus de ces calcaires, sont des grès contenant des couches de houille, constituant la formation h laquelle les Anglais donnent la dénomination de Chinese-Coal-Measures. Ces calcaires et ces grès ne se présentent pas partout en couches horizontales ; ils ont été relevés en beaucoup de points suivant des positions même très inclinées par des éruptions porphyres .
En dehors des terrains d'alluvion, qui continuent à se former de nos jours, on n'a pas reconnu en Chine d'autres formations sédimeutaires. Or, sauf les fossiles, les mêmes couches ont été retrouvées au Cambodge; et M. le docteur Joubert, géologue faisant partie delà Commission d'exploration du Mécong, a cru devoir assimiler les c.cJcaires du Cambodge aux calcaires de Chinei Voici quelques-uns des arguments les plus décisifsenfaveur de cette assimilation : dans les calcai res de Chine, on trouve, comme fossiles, outre des coquilles de mollusques très caractéristiques du devonien supérieur, on trouve, dis-je, des encrines. Ces fossiles, appartenant à la classe des rayonnes, sont composés d'un grand nombre de pièces articulées pouvant se séparer avec la plus grande
facilité . Il en résulte qu'on ne les rencontre que rarement entiers ; mais on trouve les diverses pièces dont ils se composent disséminées dans la pierre cl se délacbaiit sur le fond plus ou moins sombre en moucheUires blanches apathiques . Or, ces mouchetures, qui ne sont autres que des débris d'encrines, ont été ronconfrées également dans les calcaires du Cambodge. Cela ne prouve rien, mais dunne lieu à une prt'sumplion. Pour fiirtiOer cet argument, je dirai que la mission d'esploruliou du Mécong a remonté le fleuve Jusqu'aux provinces méridionales de la Chine; qu'elle a traversé tout le Yun-An et est descendue ensuite jusqu'à Shangaï, par le Yang-tsé-Kiang, retrouvant toujours sur son chemin ces calcaires à points spathiques.
De plus, dansle petit État de Bassac, où l'ou rencontre des mines de cuivre et oîi les couches de grès sont très visibles, la mission d'exploration a remarqué des petits lils de charbon, ayant au plus irOS d'épaisseur, qui peuvent être regardés comme représentant la bouille des Chinois. Ces grfcs seraient donc les représentants de la série rapportée en Chine au liias . HAlons-nous de dire qu'il ne Tant accepter cela que sous toutes réserves, de telles preuves n'étant pas suflisautes.
Ces préliminaires posés, disons quelques mots des terrains ci-dessus cités ; ensuite, nous entrerons dans quelques détails sur les terrains d'alluvion si développés dans le sud de l'Indo-Chine.
Terrains crutallhts. — Le bassin du Mécong est limité à Test par une grande chaîne ininterrompue et grauitique courant -a très peu près du sud au nord. Une chaîne de même composition sépare à l'ouest ce bassiu de celui du fleuve Mënam, qui traverse le royaume de Siam. En certains points, on rencontre aussi de la syénite, par exemple à Pulo-Condor et dans les montagnes de l'est. •
Les roches porphyriques ne sont pas rares en Cuchincliine; elles se sont fait jour à plusieurs époques à travers les terrains cristallins et les leiTaius de sédiment, le plus souvent bous forme de filous. Ces roches puraissonl très développées aux environs de Bassac; aussi, dans les aUuvions formés par les cours d'eau venant de ce côté, M. Katle, ingénieur civil, a rencontré beaucoup de galets composés de cette roche. Cet honorable ingénieur a trouvé aussi dans la même région des porphjres en place, mais ils étaieul dans un état de décomposition extrême.
Les gneiss, roches cristallines sédimenlaires, apparaissent dans quelques endroits au-dessus des granits, surloutà Tourane.
£)fh-onien. — La présence du silurien sous le dévonien est douteuse
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dans le Cambodge; maïs ce qui es( cerlaia, c'esl qu'calre les terrains crislalUns, ou les terrains de gneiss et les calcaires que l'on a ù tort ou à
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raison rajiporlùsau Uévoiiieii, on a lrouv('',par excrapleii l'Ile Kuiij;, sur le Mecong, des roches schisteuse?. Les calcaires viennent ensuite. Ku
plusieurs points, ces calcaires sont creusés de grottes élevées et profondes, dont les parois intérieures sont garnies de stalactites et de stalagmites d'un effet pittoresque.
Trias. — Au-dessus des calcaires dont nous venons de parler, se trouvenl des grès que Ton a peut-être rapportés hwx trias, et qu'il serait plus prudent, en l'état de nos connaissances sur Tlndo-Cliine, de laisser indéterminés quant à leur âge. Cette roche se rencontre partout au Cambodge ; elle est rangée suivant un certain nombre de couches différentes comme composition, comme couleur, comme grain.
Les grès présentent de nombreuses variétés au Cambodge. Les anciens Khmers les utilisèrent dans leurs colossales constructions. La plupart de ces grès, que l'on voit encore en place, ou renversés sur le sol, sont à grains fins micacés, d'une dureté parfois médiocre, à teintes variables, le plus souvent gris, violacés, verdàtres et rosés.
La formation triasique est terminée, à sa partie supérieure, par des grès à gros grains de quartz avec lits de poudingues à galets quartzeux. Ces grès à ciment argileux, ou kaoliniques, et à gros grains quartzeux, se désagrègent facilement lorsque les eaux et les influences atmosphériques ayant entraîné le ciment argileux et fissuré la pierre, celle-ci se trouve composée simplement d'éléments sans consistance. Cette action érosive et désagrégeante des eaux a donné naissance à des sites ardus et sauvages très pittoresques. Avant d'arriver au chaînon de Phnom- Culen, par exemple, on traverse une clairière ne présentant, sur un sol rocailleux et brûlé par le soleil^ qu'une végétation rabougrie, des joncagnées et des roséras dans des petites flaques remplies de mousse et quelques rares arbustes implantant leurs racines dans les anfractuosités de ces roches. Au milieu de ce peu de verdure, se dressent, comme des squelettes, des blocs de grès aux'formes rudes et anguleuses ; ici, lavés par les eaux, là, noircis par des mousses' ou des lichens décomposés présentant des strates bien tranchées, soit qu'elles diffèrent de teintes, soit que des lits de galets siliceux forment des plans de séparation, ou que par suite des différences de consistance des lits successifs, la pierre présente des parties rentrantes et des arêtes vives.
Ce qui surtout ajoute au pittoresque de ces roches, c'est qu^elles présentent des lits minces à ciment ferrugineux, et que ces lits très durs, résistant aux aclions désagrégeantes, ressortent en arêtes vives qui se détachent de la masse par leur couleur plus foncée. Tantôt ces blocs sont en place et forment des pitons de quinze à vingt mètres d'élévation ;
tantôt ils ont été détachés de leur base et paraissent avoir été transportés à une certaine distance, soit qu'ils aient roulé sur le liane de la montagne, soit qu*ils aient cheminé lentement sur ses lianes par suite de la destruction lente de la hase arénacée qui les rattachait au sol fixe. Les artistes khmers ont quelquefois profilé de la présence de ces blocs à la partie supérieure des montagnes pour les façonner en grandes idoles dans l'attitude du repos.
Les ffrès métaxiies contiennent des petits grains de fer oxidulé. Sur beaucoup de points, il n'y a rien au-dessus de ces grès a gros grains; mais sur d'autres, on voit des poudingues dont le ciment est identique au grès dont nous venons de parler. Ils contiennent d'assez grandes quantités de fer à Tétat de ciment, ou eu petits noyaux peroxydes du centre à la circonférence, ou même passant à une terre ocreuse. C'est, selon toute apparence, la partie supérieure de la formation triasique en basse Gochinchine et dans le Cambodge.
Alluvions. — Examinons maintenant la vaste formation alluviale qui couvre toute la Cochinchine française et une grande partie du Cambodge. En Cochinchine, les sondages, poussés jusqu'à douze mètres, ont montré que le sous-sol, de bas en haut, était ainsi constitué : 1° par des argiles ; 2" par des sables plus ou moins argileux ; 3** par des alternances de sables et de ces conglomérats ferrugineux, auxquels les Européens donnent le nom de pierre de Bienhoa.
A une époque plus ou moins reculée, la mer allait jusque dans le Cambodge battre le pied des montagnes, ou des falaises, appartenant aux formations que nous avons reconnues et formait un vaste golfe limité de chaque côté par les axes granitiques qui séparent les bassins hydrographiques du MOcong et du MOnam; et, enfin, le bassin du Mëcong de l'Empire d'Annam.
Toute la masse de sédiments qui a disparu des points élevés est venue comblçr le fond de cette dépression. Ces sédiments se sont déposés sous forme d'argiles provenant de la décomposition du feldspath des roches cristallines, ou l'entraînement, partie sous forme solide, partie à l'état de dissolution, de puissants gisements de fer oxydulé dont il ne reste aujourd'hui que des traces.
Nous allons entrer dans quelques détails sur le mode de dépôt de ces alluvions, qui continuent à se former et à empiéter sur la mer. Les éléments les plus fins, les argiles délayées, sont les matières qui restent le plus longtemps en suspension dans l'eau des fleuves, des torrents, et
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vont par conséquent se déposer le plus loin des côtes et combler les dépressions existantes au fond des golfes ou des mers. Dans ces régions profondes, où les courants sont presque nuls, les dépôts se font par couches sensiblement horizontales. Puis, au furet à mesure que l'on avance vers les côtes, on rencontre des éléments plus gros, des sables sans cesse en butte au mouvement des courants qui régnent le long des côtes, ou au flux et reflux, formant dans leurs dépôts des couches inclinées, quelquefois alternes ; enfin, des galets et des roches plus ou moins remaniées.
Conglomérats ferrugineux et minerai de fer. — Les conglomérats qui couvrent laBasse-Gochinchineet le Cambodge proviennent, sansdoute^ de Tentralnement des minerais de fer existants dans les montagnes. Ces minerais de fer sont probablement les mêmes que ceux que Ton trouve encore en si grande abondance dans la province de Compong-Soai. Ils doivent appartenir à des gites éruptifs, à des filons; ce sont, en effet, des fers oxydulés en masses et ces minerais se rencontrent communément dans de tels gîtes.
On conçoit que des minerais très riches, comme les fers oxydulés, aient dû fournir un élément à de vastes dépôts d'alluvions ferruginaargileux peu riches. Ces alluvions qui ont, sous forme de conglomérats, donné naissance à ce qu'on appelle la pierre de Bienhoa, ne sont, en effet, pas riches. Le plus souvent, on les trouve sous forme de masses celluleuses analogues à la meulière et remplissant les conditions de bonnes pierres de fondation. Dans ce cas, cette pierre celluleuse renferme des fragments plus ou moins, gros de roches diverses et surtout de quartz, des fragments de peroxyde de fer de plus en plus hydratés du centre à la circonférence et d'un ciment argilo-ferrugineux.
11 y a une autre variété de forme et de composition qui parait beaucoup plus riche que la première Elle se compose de petits grains de fer hydroxydé, ayant eu moyenne la grosseur du plomb de chasse n" 0. Ces grains sont plus ou moins cimentés et on les trouve même quelquefois à l'état de sable. Les Ciiuibodgiens donnent à cette roche le nom de thmabay-criem i^pierre comme du riz très sec). L'origine de ce minerai est, selon toute probabilité, la même que celle du conglomérat ferrugineux^ c'est-îVdire que ces grains ont dû être arrachés aux filons de fer oxydulé, puis roulés et peroxydes par THCliou des flots et des agents atmosphériques. Mais beaucoup de ces minerais ont, eu France, par exemple, et aussi dans d'autres contrées, une origiue hydrothermale, et c'est là surtout Torigine des minerais en grains.
Tourbières et Salines. — Nous citons seulement pour mémoire, comme appartenant au terrain moderne, les tourbières et les salines que Ton rencontre dans le royaume de Siam et dans le Cambodge. Mgr Pallegoix rapporte que dans les tourbières dWjuthia des fouilles ont donné lieu à la découverte de divers objets de l'industrie humaine, preuve de l'empiétement sur le domaine de la mer. Pendant que la mer s'éloigne peu à peu, par suite de l'élargissement des rivages, ce mouvement ne se fait pas sans qu'il reste en arrière des lagunes qui continuent à communiquer avec la mer par les terrains perméables sous-jacents, qui se trouvent aux hautes eaux remplies d'une eau salée dont le niveau suit les fluctuations de la mer. Dans ces conditions^ Tévaporation augmente constamment le degré de salure de cette eau et donne ainsi lieu à la formation des salines. Les salines que l'on rencontre dans les alluvions voisins de la mer, dans l'arrondissement français de Bahria et ^ux embouchures du Mëcong, appartiennent à cette formation. Mais il y a aussi dans l'intérieur des exploitations de sel qui appartiennent à des formations très anciennes. Là, le sel se trouve en grandes masses et souvent à de grandes profondeurs.
Nous regrettons que cette esquisse géologique ne présente pas un intérêt pratique immédiat; cela tient à ce que la partie vraiment intéressante de l'Indo-Chine, au point de vue minéralogique et métallurgique, est la plus éloignée de la mer, vers le nord, dans le Laos et les provinces méridionales de la Chine.
Pour compléter notre aperçu, nous allons donner une nomenclature des roches que l'on rencontre dans le sud de l'Indo-Chine.