‹ Le royaume du CambodgeChapitre 5 sur 37 · I.K HOYAI-MK UV CAMBODGE · texte numérisé non relu

I.K HOYAI-MK UV CAMBODGE

lluMi (|U(« ti^s piMiiblo, ot nu^ino (langereusc, la chasse à Téléphant ?»au\«m\ lorMin'on so proptKso do le prendre vivant, est celle qui tente Ir pluH l(^N rliassours randmd^^ions. Nous donnerons bientôt le détail d uno rhasso do co jrenn* à propos d'un éléphant blanc offert au roi Norodon,

lorsqu'on n'a pas on vuo do prendre ces animaux vivants, ou les (iiv au dolaul do Topaulo avec des fusils de gros calibre fortement ohav^os. O^t^^^iuofois. on glisse d^ans le canon une flèche préalablement ouq^oisonutV. |Vor\Uuain\ on no fait que les blesser et on les suit à dislanoo >ans ti\^p s*appi\Hrhor, car ces animaux sont très dangereux alors, xi \\ (m\1 t^l^v toujours ptt^t à monter lestement sur un arbre en cas lun ivtour otîou^f do U IvMo,

On oh,^sso roiOi^hAui ^vur Ti^oîn?, qui devrait lè^ÂÎemeut revenir ,<,i î\\i. ;x^x<i:t ^;uo kos oh^^sour^ iirxleu:, s'ils le p-eu^^nt. pjur leur j^ \^j*îv ^\^;xuvîo, Jtr.'îs: >;ui" W pc\viu;î if li ^eu:e ries ^iinirs qu'ils fulAîoi»*, y,v; .U\x *NS. ,ù"i:; <vrîjuiï$. ^^s ubùs 5cr;.M: c::: 5.:-^: :r« fins de

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que légère, il faut être prêt à renouveler le coup de feu ou faire un acte de contrition. Si les buffles sont nombreux, il est plus prudent de ne pas les attaquer, à moins que Ton ne soit monté sur unélépliant bien dresse pour celte chasse, et encore il n'est pas rare qu'une lutte acharnée, terrible, s'engage entre les éléphants et les bêtes blessées.

Les bufllesses allaitant des petits sont extrêmement redoutables, et les éléphants eux-mêmes en ont très peur. Dès qu'un buffle est blessé et qu'il tombe, l'éléphant du chasseur s'approche, lui met le pied droit de devant sur le ventre et en fait sortir tripes et boyaux.

La chasse la plus périlleuse, parait-il, est cefle du khting, espèce de bœuf sauvage, grand de taille, ayant le poil noir et luisant. Cet animal vil dans les vastes plaines qui avoisinent les forêts; il est extrêmement difficile à approcher, et, dès qu'on est aperçu, i\ faut se mettre en défense, car il est à peu près certain que l'on sera attaqué par l'animal. Les chasseurs de khtings ne s'aventurent guère que dans les endroits boisés et où se trouvent des arbres assez forts pour servir de refuge au besoin. C'est là un animal bien extraordinaire : il ressemble au bœuf, mais il n'a pas, comme le bœuf du pays, une bosse très prononcée sur le dos et il a le poil et la haute taille du buffle. On les chasse le plus souvent par fanfaronnade, car il est bien impossible de les dompter, et l'on ne profile guère que de leur chair qui est médiocre et des cornes qui sont bien plus belles et plus estimées que celles des autres bœufs, sans compter les propriétés extraordinaires que la superstition des Rhmers leur attribue.

On chasse rAnsong,une autre espèce de bœuf sauvage, au fusil, et on ne cherche pas à le prendre vivant, car, bien qu'il soit moins dangereux que le précédent, il est comme lui rebelle à toute espèce de dressage et ne tarde pas à mourir en captivité.

11 y a un autre bœuf sauvage àpoils grisâtres, grand, ékncé, fin de jambes et admirablement coiffé, que les Khmers recherchent pour opérer des croisements avec l'espèce domestique. Voici comment on parvient h les prendre vivants : les chasseurs chargent à cheval les troupeaux de bœufs sauvages lorsqu'ils les rencontrent dans les plaines; et lorsqu'ils sont parvenus à approcher de très près les jeunes, qui sont toujours un peu en arrière delà bande, ceux-ci se retournent, fonttête et ferment à ce moment les yeux, au dire des Cambodgiens. C'est alors que les chasseurs descendent lestement de cheval et se précipitent aux pieds de devant des jeunes bêtes qu'ils renversent sur le dos en un tour de main. On leur lie de suite les pattes et on leur passe des cordes aux naseaux qui servent à

les conduire au logis, mais ce n'est pas une mince besogne que celle-là lorsque les prisonniers sont d'un certain âge.

Bien peu de Cambodgiens osent chasser le tigre au fusil; on lui tend géni^ralement des pièges où il va se prendre sans la moindre défiance. Le piège à tigres est un réduit à trappe, h deux compartiments, dans Y un desquels on met un animal vivant. L'endroit où le tigre se trouve pris est tellement étroit que le prisonnier ne peut faire aucun usage de ses pattes pour détruire la palissade de forts pieux qui Tentoure. Ces prises se font surtout la nuit; le lendemain matin, les Khmers arrivent pour tuer à coups de lance ou de fusil leur prisonnier .

Les Annamites ont des pièges analogues à ceux qu'on tend aux loups eu France, qui leur servent à prendre les gros rats et quelques autres animaux. Us ont aussi pour les petits rongeurs un piège assez ingénieux : c'est un gros tube [de bambou dans le fond duquel on introduit un appât et qui porte à l'entrée uu anneau comme certaines de nos souricières. L'animal s'y prend par le cou.

Pour aborder un tigre acculé, les Aanamites s^avancent vers lui portant à la main gauche une claie de bambou destinée à leur servir de bouclier et leur permettre de le frapper à coups de lance. Lorsqu'ils sont plusieurs réuuis et exercés à cette chasse, ils attaquent le ligre sans grande appréhension et le tuent une fois sur deux. Us déploient dans ces occasions un véritable courage, beaucoup de sang-froid et d'adresse.

Les Khmers prennent les cerfs et les sangliers dans de grands filets en ortie de Chine, ou en peau de buflle^ qu ils tendent sur les lisières des forets et où ces animaux vont se prendre le soir lorsqu'ils rentrent dans leur solitude. Ces filets embrassent de grands espaces et quelquefois on y pousse les animaux par des battues bruyantes^ U n'est pas rare que des tigres, des chats-tigres et des pauthèi^s succombent daus ces sortes de chasses.

Mais il est un mammifère qu'aucun Cambodgien n'oserait chasser, cVst le singe. Nous avons connu uu intrépide chasseur, un Cambodgien de sac et de corde et d'origine sauvage, mais qui u'aurait pas tiré sur un singe pour loutTor du monde. Nous étions uu jour tous les deux en présence d'un ôuurme gibbon, qui s.^ tenait assis tranquiliemeut sur une branche et semblait nous braver. *< IHivz, dis-je à mon compagnon^ que redoutez-vous?... »> ^^ Le fUvsii m'éclaterait $ùi*emeutdaus les mains si je vousêcoutais, répoadit-il. » Oummeje me disposais à mettre enjoué, mon

homme tourna brusquement le dos et s'éloigna à grands pas du lieu do la scène.

Ce respect superstitieux que les Khmers ont pour le singe doit être un reste des anciennes croyances brahmaniques, car le singe était une incarnation de Vichnou et qu'aussi les singes prirent parti pour les dieux, c'est-à-dire pour les chefs de la religion brahmanique, contre les infidèles de Geylan.

Les Annamites prennent les oiseaux d'eau, les bécassines, les pluviers, les sarcelles... avec des filets qu'ils traînent la nuit sur les marais en portant des torches allumées.

Ils tendent pour les gallinacées un piège semblable à celui qui sert à prendre les perdrix en Europe ; ils prennent ainsi les faisans, les coqs et les poules sauvages.

Pour d'autres oiseaux, on a des cages à trappes multiples très ingénieuses. Enfin, les Khmers élèvent des tourterelles, des merles parleurs auquels ils enseignent le chant des autres animaux, afin de les faire servir comme appaux.

On a prétendu à tort que les Bouddhistes de l'Indo-Chine considéraient les éléphants blancs comme autant d'incarnation du Bouddha ; d'autres ont affirmé que ces peuples avaient pour ces animaux une sorle de culte. La vérité est qu'au Cambodge, de même qu'au Siam, je pense, l'éléphant blanc est, de tradition, un gage de prospérité pour un royaume, de même que tous les autres animaux blancs, dans les espèces où cette couleur est rare, sont des porte -bonheur pour les familles qui les possèdent. Ces croyances sont entretenues par le souvenir d'une anecdote racontée souvent par les bonzes et contenue dans le Moha- Cheat, le livre traitant de la dernière génération, qui est vénérée comme canonique et que l'on appelle la grande génération. Voici sommairement cette célèbre légende :

Un roi de l'Inde avait dans son palais un éléphant blanc d'un grand mérite et qui avait le pouvoir d'influer sur les saisons, le temps, les moissons... Grâce aux facultés surnaturelles du gigantesque animal, le royaume n'eutjamais à souffrir de la rigueur du climat et la félicité publique y était parfaite.

Le souverain d'un état limitrophe, écœuré de la misère de son peuple, des fléaux qui accablaient son pays et dont le plus terrible était une persistante sécheresse qui tuait ou arrêtait toute végétation, imagina un stratagème qui lui réussit et qui le mit en possession de l'éléphant blanc

de son voisin. Aussitôt, la prospérité revint dans ce malheureux royaume, tandis que la misère se faisait sentir dans l'autre. ..

Les Cambodgiens connaissent tous les détails de cette histoire ; ils y ajoutent une foi qui ne pourrait être détruite par aucun raisonnement. C'est là, et là seulement qu'il faut placer Tespèce de déférence que les Khmers témoignent à Téléphant blanc, et la joie qu'ils manifestent à la nouvelle d'une prise de ce genre. L'arrivée d'un animal aussi précieux dans la capitale donne lieu à des fêtes officielles d'un grand éclat.

Autrefois^ le roi du Cambodge étant tributaire à la fois de Siam et de l'Annam, ne pouvait prétendre avoir dans ses écuries un éléphant blanc. Les traités qui liaient les tributaires aux suzerains stipulaient expressément que les éléphants blancs pris dans les forêts d'un état tributaire devaient être envoyés en hommage au prince de la suzeraineté duquel le pays relevait. Aujourd'hui, la situation politique étant changée et notablement améliorée au Cambodge, le roi Norodon peut conserver, et faire élever dans son palais, un jeune éléphant femelle, à taches blanches, qui a été pris dans son royaume dans les circonstances suivantes :

Un Cambodgien nommé Ma-Mey^ gardien d'éléphants et chasseur depuis son enfance, âgé de cinquante-neuf ans, maïs actif encore et d'apparence énergique, chassait l'éléphant^ avec sept autres de ses camarades, dans la province de Somrong-tong, au pied de la montagne de Phnom-Pis. Ce Ma-Mey avait une bonne réputation de chasseur étabhe sur le nombre d'éléphants sauvages qu'il avait pris ou tués dans sa vie et dont le nombre s'élève, dit-on, à soixante.

Dans la circonstance qui nous occupe, il dirigeait la chasse comme le plus ancien et le plus expérimenté des chasseurs présents. Ils étaient en tout huit, montés deux à deux sur quatre éléphants privés et dressés pour la chasse de leurs semblables des forêts. Pour toute arme, chacun des chasseurs avait un couteau passé dans une gaine à la ceinture, et, en fait d'engins de chasse,' simplement un tortis en lanières de cuir de buffle de cinq à six centimètres de diamètre et de vingt-cinq brasses environ de longueur. Il y avait une glène de cordage de ce genre suspendue au cou de chacune des montures et disposée de manière à pouvoir être dégagée rapidement au moment voulu.

Les provisions de bouches se composaient seulement d'un peu de riz cuit.

La plaine que Ma-Mey et ses compagnons exploraient était couverte

de grandes herbes sauvages; elle était à peu près dépourvue d'arbres el point marécageuse. La chasse se faisait en plein jour, sous un soleil brûlant... Bientôt, les chasseurs aperçurent sur une ondulation du sol une quinzaine d'éléphants sauvages, broutant paisiblement les bambous el les herbes de l'endroit. Suivant leur coulume, les chasseurs les chargèrent avec vigueur et la bande ennemie prit aussitôt la fuite. On les poursuivit l'intervalle de quatre ou cinq cents mètres. Au bout de cette course, très rapide des deux côtés, un jeune éléphant sauvage, sans doute fatigué et ne pouvant plus suivre sa mère, s'arrêta el, apercevant parmi les éléphans privés une femelle, il vint de confiance se coller fortement à elle comme pour lui demander protection. La grosse femelle était justement la bête sur laquelle Ma-Mey était monté. Le vieux chasseur ne perdit ni la tête, ni son temps ; il se laissa tomber à terre et passa rapidement la corde en cuir, disposée en nœud coulant, à la patte droite de l'arrière de la captive, qui se mit alors à fuir de toutes les forces qu'elle avait repris dans cetinstant de repos. Ma-Mey suivait en courant accroché à l'autre bout de la corde, qu'il parvint heureusement h tourner autour d'un arbre et c'est ainsi qu'il arrêta sa jeune bête. Il s'assit, lui, ému et harassé au pied de l'arbre, et sans crainte, dit-il, car le pauvre animal songeait bien davantage à fuir qu'à l'attaquer. C'est là qu'il put contempler de près, et à son aise, le bel éléphant qu'il venait d'entraver. Son cœur se serra lorsqu'il le vit moucheté de blanc sur les 'diverses parties du corps où il faut que les taches soient placées pour constituer ce que Ton est convenu d'appeler un éléphant blanc.

Les compagnons de Ma-Mey arrivèrent avec leurs montures; ils s'empressèrent de mettre la jeune prisonnière entre leurs deux plus gros éléphants et passèrent une forte corde en cuir au cou des trois animaux, de manière à les Uer indissolublement entre eux, tout en leur laissant la liberté de se mouvoir. Us conduisirent ainsi leur prise sous un fort arbre de la plaine el ils la laissèrent là provisoirement attachée par le cou. Eux s'élaWirent tout près de là pour manger leur riz et prendre un repos indispensable et bien conquis. Us dormirent profondément et à la belle étoile, bien entendu, la nuit suivante. Le lendemain matin, ils retrouvèrent la jeune captive embarrassée dans sa corde et coUée contre le tronc de l'arbre, souffrant de ses liens et faisant des efforts pour se dégager. Nos braves s'empressèrent de l'aidera sedésentortiller; et, afin d'éviter le retour du même inconvénient, ils fixèrent le bout de la corde à une forte branche horizontale et à un point assez éloigné du

tronc, disposition ing(^nieuse qui permit à Fanimal de se mouvoir dans un espace assez vaste sans rencontrer d'obstacles. On le laissa dans cet état trois jours, au bout desquels ils donnèrent un peu de mou à la corde ; trois jours après ils augmentèrent encore la longueur du licou, et chaque jour on approvisionnait d'eau et de bonne nourriture cette écurie en pleine forêt.

Le huitième jour, l'éléphant fut accouplé au plus robuste des animaux domestiques et conduit ainsi au village^ oîi on le fit s'engager entre six ou huit gros pieux, solidement enfoncés dans le sol, et entre lesquels il se trouva pris comme entre les mâchoires d'un étau. Cette précaution avait pour but de maintenir la bête sauvage en respect pendant qu'on lui attachait les pattes deux à deux au moyen de forts liens en rotins tressés en forme de 8. Ces sortes d* entraves sont employées aussi pour les éléphants domestiques que l'on ne veut pas s'astreindre à garder assidûment, ou pour ceux qui sont en chaleur, ou bien encore pour les mères qui ont déjeunes petits et qui deviennent alors ombrageuses^ agressives. L'éléphant ainsi entravé, peut encore circuler et pourvoir à sa nourriture ; il marche en sautillant et avance sans pouvoir faire néanmoins beaucoup de chemin.

Tous les jours, un cornac, monté sur un gros éléphant, aUait à la recherche de l'intéressante bête ; il l'approchait de manière à pouvoir relier les deux animaux par le cou. Cela fait, il débarrassait le sauvage de ses liens aux pattes et le conduisait dans un arroyo oîi il le lavait bien, et où il le laissait se baigner à l'aise en compagnie de son mentor, qui se prêtait fort intelligemment à toutes ces manœuvres. Après le bain, on le reconduisait à son petit réduit, entre les pieux; on lui passait les liens aux pattes et on le laissait là

Cette première partie de Télevage dura trois mois. Au bout de ce temps, on ne fut plus forcé d'employer les moyens de rigueur pour le conduire à la rivière ; on lui prodigua encore pendant cinq mois des soins spéciaux, après lesquels son éducation fut considérée comme étant assez avancée pour qu'un cornac osât se risquer aie monter.

Le Roi ayant été informé de cette prise précieuse, envoya un mandarin compétent pour l'examiner. Ce fonctionnaire rapporta à Phnom-Penh quatre poils arrachés sur les taches blanches et dont la couleur satisfit les plus sévères appréciateurs.

Ordre fut donné d'amener cet éléphant h la capitale ; on le parqua en dehors de la ville sous un hangar provisoire, élevé sur le bord d'un large

fossé à moitié plein d'eau. C'est là que nous Favons vu pour la première fois : c'était un animal de cinq ou six ans, petit et lié parle cou à un colosse domestique armé^ lui, de fort beaux ivoires. Les taches n étaient pas absolument blanches ; elles étaient couleur de chair et étaient placées ainsi qu'il suit : une large tache embrassant tout le front, une sur chaque tempe et sur les oreilles ; le poitrail et les fesses étaient mouchetés de la même teinte^ ainsi que la trompe et la queue ; enfin, les poils longs qui dépassaient les oreilles étaient rigoureusement blancs. Partout ailleurs, la couleur ne différait point de celle des éléphants ordinaires.

A l'entrée du hangar flottaient deux llammes de guerre aux couleurs cambodgiennes. Un petit chef et vingt hommes, parmi lesquels était Ma- Mey, composaient la garde du seigneur Eléphant blanc^ en attendant qu'on lui fit faire son entrée triomphale à Phnom-Penh.

Enfin, les devins officiellement assemblés fixèrent la date de la cérémonie au 20 juillet; mais un grave accident de voiture arrivé au Roi quelques jours auparavant, fit ajourner la fête, sans respect pour la décision des faiseurs de présages.

Ces quelques jours de répit permirent aux charpentiers d'enjoliver la demeure de Thôte illustre qui devait venir. Dans la case en bois et en paillottes qu'on lui destinait, on établit un solide plancher, sorte de basse estrade s' appuyant contre de forts pieux enfoncés verticalement dans le sol, reliés entre eux et avec l'estrade par des traverses. Cette sorte de cloison verticale servait de point d'appui à l'éléphant blanc lorsqu'il voulait se reposer. Le terrain près de là était disposé en talus, afin que l'animal pût s'y coucher et se relever plus facilement. Les matériaux de construction de cette immense case étaient recouverts d'une couche épaisse de peinture préparée à l'ocre rouge. Sur l'un des côtés régnait un long lit de camp pour les gardiens.

Une avenue de trente ou quarante mètres de long, bordée de palissades de bambous tressés en losanges et recouverts de feuillages frais, conduisait à cette superbe écurie. On avait élevé à l'entrée, et de chaque côté de ce chemin, une haute estrade d'où les Bakus (Brahmes) devaient laisser tomber l'eau lustrale sur le corps du pachyderme au moment de son passage, afin de le purifier des souillures de la forêt. Des lampions étaient répandus un peu partout pour l'illumination de la nuit, et l'on voyait aussi en place les diverses pièces d'un feu d'artifice.

Pendant ce temps, la reine-mère impatiente de voir guérir son fils.

et redoulant les conséquences fâcheuses que le retard apporté à la réception de Télépliant blanc pouvait entraîner pour le pays et même pour le roi, essaya de tous les remèdes et de tous les sorciers. Voyant que rien n'y faisait, elle eut recours aux prières de cinq cents bonzes qu'elle réunit dans ce but, dans le palais de Phnom-Penh. Ces talapoinsse livrèrent trois jours durant à toutes les invocations, mais la guérison n'en alla ni plus, ni moins vite, parce que, paraît-il, Norodon n'accorda pas la confiance voulue à ce genre de traitement.

Quelques jours après pourtant, le roi s'étanl un peu remis de ses contusions, la cérémonie fut décidée et fixée au 16 octobre. Aux préparatifs faits, il était aisé de voir que Ton voulait donner de Téclat à cette fête, et qu'il y aurait des sujets de distraction et de réjouissances pour tous. Sur la grande place, en avant du palais, on avait disposé des baraquements pour les acteurs, les saltimbanques, les bouffons, les teneurs de jeux, les acrobates... et, enfin, la grande salle de danse du palais était mise en état^ ce qui indiquait que les bayadères de la cour viendraient exécuter leurs ballets remarquables.

Enfin, le 16 octobre, vers midi, les ordonnateurs de la fête sortirent de la ville pour aller présider à la toilette du héros du moment et à l'organisation de l'escorte qui devait suivre à travers les rues et jusqu'à l'écurie. Vers les quatre heures, l'éléphant fil son entrée le dos et le front couverts d'étoffes de soie brochées* d'or. Il était accouplé à un énorme mâle vêtu, lui aussi, de beaux habits et ayant ses longs ivoires ornés de distance en distance de joUs anneaux en or ciselé. De chaque côté étaient placés sur une file plusieurs grands éléphants caparaçonnés, montés simplementpar leurcornac en grande livrée rouge. Ces géants marchaient entre deux haies de Cambodgiens portant des bannières, des guidons, des parasols en soie à sept étages, des sortes de talapoins emmanchés au bout de longs bâtons. ..

Le grand mandarin Presor-Sorivong, chargé des services de la guerre, porté pour l'instant sur un palanquin de gala et entouré d'une suite nombreuse à pied, tenait la tête du cortège, qui n'avançait que lentement et gravement, au pas réglé par une musique de l'ancien temps, composée d'une flûte et d'une douzaine de tambourins.

I^ cortège, après avoir parcouru l'artère principale de la ville, bien dégagée et balayée par extraordinaire ce jour-là, se rendit directement à l'écurie. Là attendaient, rangés de chaque côté de la route, la musique européenne des lagals de Manille, la police et la cavalerie Cambod-

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giennes, qui rendirent^ les uns avec leurs armes et les autres avec les sons harmonieux de leurs cuivres, les honneurs à Thôle précieux dont on venait de doter le Cambodge.

Et Ma-Mey, le véritable héros de cette solennité, le chasseur intrépide qui avait eu la bonne fortune de mettre la main sur une bête si bien traitée, que devenait-il au milieu de l'appareil déployé de la force armée, des musiques et des jeux publics ?.. Il passait inaperçu à la foule, à pied, le plus près possible de son éléphant, le fer du cornac à la main, le torse nu et en pagne simplement, Fœil vif toujours et assuré bien qu'un peu humecté par les larmes du bonheur. En attendant les compliments etl'étrenne du roi, le brave chasseur jouissait par tous les pores de son triomphe et lo Buddha seul sait la quantité de camarades qui le regardèrent ce jour-là avec envie.

Lorsque le cortège arriva sous l'arc de triomphe élevé au bout de l'avenue précédant l'écurie, il y eut une pose et les Bakus firent pleuvoir sur l'éléphant l'eau de la purification. Après quoi, la jeune bète assez étonnée, et même effrayée, de tout ce qu'elle venait de voir et d'entendre, fut conduite à son logement. On la dégagea des liens qui l'unissaient à son gros compagnon de route, et on l'attacha parle cou et une des pattes de l'arrière aux forts pieux verticaux dont nous avons déjà parlé. Dans cette position, elle ne pouvait ni se sauver, ni commettre aucun désordre, et déjà on tâchait de l'amadouer en lui donnant à manger des douceurs.

Pendant la durée de la procession, du baptême et le temps que l'on mit à installer la bète dans son nouveau local, les jeux et les réjouissances aUaient leur train au dehors ; le sol de la place était surchargé de monde et l'on se pressait surtout autour de la demeure du nouvel habitant.

Enfin, le roi, qui n'avait pas paru jusque là^ sortit de son palais sur un riche palanquin, précédé par des licteurs et suivi par les serviteurs d'usage. 11 fut salué sur la place par les dignitaires du royaume, réunis en groupe et accroupis^ à la vue du roi, près de la porte extérieure du palais. Le peuple se prosterna' spontanément, ainsi que c'est l'usage en présence du souverain. Le but de la promenade étant de visiter l'éléphant blanc, Sa Majesté se dirigea directement vers l'écurie, examina la bête attentivement, donna quelques ordres, fit des recommandations, mais ne lui rendit aucun hommage, au moins ostensible, de déférence ou de respect et rentra ensuite dans son palais. Après lui, la reine-mère, entourée de sa cour de femmes, rendit visite, de son côté^ au bienheureux animal. On comprend que cette fois la station fut plus longue, la curio-

LE RCIVAUME Dl" CAMBODGE

site plus exciit-e et l'examen plus minutieux. Nous pouvons affirmer, pour revenir sur un sujet déjà débattu, que nt lareino-mère, ni les dames qui l'accompagnaient, ni les mandarins, ni le peuple ne rendirent au colosse ces devoirs ridicules dont certains voyageurs onl parlé.

On put voir les jours suivants passer et repasser l'éléphant blanc, que I l'on conduisait ou que l'on ramenait du bain, accouplé à un compag'non phis gros, plus vieux el mieux dressé que lui. Les deux i)files étaient couvertes de leurs habits de gala, mais l'escorte était alors réduite it deux guidons, une douzaine de gardes armés de bAtons et vêtus de rouge; et quant i"i la musique, c'était toujours un fifre et des tambourins. Pour le laver dans le fleuve, on le débarrassait de ses riches draperies, et. pendant qu'on le frottait, deux ou trois cornacs (ùchaienl de J le distraire on lui donnant ^i manger des cannes à sucre.

Knfin, dans la nuit du troisième jour de fêtes, le roi donna un nom îi ' l'éléphant blanc dans une cérémonie spéciale.

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