LES TULLISTES DE CALAIS
poésie anarchiste qui fait l'apologie du vol. On l'acclame.
Après le forl lénor, les ténors légers. A Jaurès succède la chorale de la grève. Car la grève, en outre d'une fanfare, possède une chorale aussi. Elle exécute uo chœur de circonstance, parait- il :
Aimons-nous, c'est le cri de l'aurore I Aimons-nous, c'est le cri de la nuit !
La réunion des grévistes calaisiens est, comme on voit, une véritable fêle familiale. Jamais, sous aucun régime, on De se réunit avec autant de bonne humeur.
h' Internationale clôture la partie de chant. C'est le tour des danses auxquelles le citoyen Salembier convie les amateurs des deux sexes.
Eu un clin d'oeil, les banquettes du parterre sont rangées le long des murs. Et en avant la fanfare!. . Et c'est un spectacle inimaginable que ces quatre mille personnes grouillant, gigotant, se trémoussant, au son d'une mazurka que mène un piston nazillard ! Je monte au pre-
mier étage pour contempler en son ensemble cetle Valpnrgis ouvrière. Le citoyen Salembier est là justement.
Il déguste son œuvre.
— Je vais chercher Jaurès, dit-il.
Et il va chercher Jaurès qui paraît à son tour à cet observatoire.
— Très joli, fait le meneur de grève avec un rire à la Mépbisto.
Et, comme entraîné par le rythme, il bat la mesure avec les pieds, avec les mains... Pour un rien, il en pincerait une!
Mon pécheur du matin, accoudé près de moi sur la balustrade, considérait ce tableau d'un œil mélancolique.
Je lui demandai :
— Et les 25.000 francs que vous avez reçus des lullistes de Nottingham, est-ce un don?
— Non, c'est un prêt. Il faudra les rendre !
Pauvres gens ! me disai-je... C'est la danse
macabre qu'ils exécutent là !
Hier, sur le coup d'une heure, un acheteur
rr i-*
vues sur l'avenir de la classe ouvrière. Tout cela, comme on voit, est bien sérieux. Evidemment, ces gens-là ne peuvent réussir : ils sont trop trisles. Comment ! ils sont en grève, ils chôment) ils souffrent, somme toute, des angoisses de l'avenir tout autant que de la gêne du présent, et que font-ils ? Ils cherchent le moyen de concilier l'intérêt patronal avec le leur, ils prêchent l'union ! Quels drôles d'individus ! Il semble qu'ils veuillent à plaisir se créer des soucis ! Mais, dans le syndicat où règne maitre Salem bier, c'est bien moins auslère. On ne s'attarde pas à des futilités. Le cabaretier profère quelques injures à l'adresse des patrons ; il y joint un geste expressif, un coup de coude, puis il donne la parole à quelque orateur parisien, dont c'est le plus souvent le métier de faire les grèves... Et la soirée se termine sur un pas de mazurke...
En vérité, n'est-ce pas là l'idéal des syndicats ?
Pour bien montrer leur mépris envers les membres dn syndicat l'Emancipation, Salem-
s. l'épi-
mème, me. Il y ►il n'y a mvriers
veulent is leurs
is à la îées du iscours .11 ce. Il il veut e fran-
ce qu'il l'bésite
tes qui I flétrit
comme il convient le rôle louche de Salembier.
Sous 1'influcnee de ce discours, la réunion s'est terminée par le vote d'uu ordre du jour de blâme contre Jaurès et autres politiciens.
À la sortie, je pris à part le tulliste et lui demandai quelques détails sur le syndicat Y Emancipation .
— Nous sommés, me dit- il, mille hommes et quatre cents femmes... Nous avions, nous, proposé la journée de dix heures acceptée par les patrons. Si nous faisons grève, c'est par esprit de solidarité.
— Oui, fit un autre compagnon, quand la grève fut déclarée, les patrons voulaient que nous fassions marcher les métiers des grévistes. Ça, nous l'avons énergiquement refusé... Nous avons dit aux patrons que nous ne voulions pas combattre les amis de Salembier...
Au contraire, avons-nous dit, ce sont des égarés... Nous allons les remettre dans le bon chemin.
Ce désir part d'un bon naturel ; mais ce n'est pas par la douceur que les membres de l'Union
une fièvre d'organisation, un grand nombrt
femmes et de fillettes, pauvres brebis bêlantes, celles-là, venant implorer la pâtée quotidienne, demandant avec des mines allongées quand finira ce long jeûne. Il gèle jour et nuit, une bise âpre et rude racle les rues, si larges 1 et les maisons, si basses ! Dans celte i mmense Bourse du travail, le spectacle est lamentable. Les miséreuses arrivent, mal protégées contre le froid par des fichus de laine trop courts, dont elles se couvrent la tête, réservant les extrêmes pointes pour leurs mains déformées et bleuies.
J'ai honte de mes gants de laine !
Quand elles entrent dans le. bureau de Y Emancipation qu'ensoleille un modeste feu, elles se blottissent autour du poêle. On les voit sourire. Mais c'est pour elles une habitude perdue. Leurs joues fanées et creuses, leurs yeux brûlés en disent long. Et ce sourire ne saurait cacher les souffrances qu'elles endurent.
C'est ici que le citoyen Jaurès devrait venir prêcher le courage. Mais peut-être, en voyant ces trop cruelles réalités, n'aurait-il pas lui-
Salembier a trouvé dans quelques journaux, patronaux capitalistes et impérialistes de l'Angleterre, un appui dont l'intérêt s'explique.
Le Daily News du 3 janvier, notamment, produit une leltre signée de Salembier qui n'est qu'un long chapelet d'erreurs et d'invectives, erreurs sur le nombre des vrais ouvriers grévistes, invectives contre les patrons.
Le Noltingham Daily Express traduit les comptes- rendus — bien spéciaux — des réunions de Salembier.
The Warehouse and Draper, se joignant aux socialistes français dans cette campagne, affirme à chacun de ses numéros que la loi impose le travail de huit heures.
Ce mensonge phénoménal justifie aux yeux des tullistes de Noltingham la grève de leurs confrères de Calais. Pour eux les patrons calaisiens sont en révolte contre la loi française.
Ils ont besoin de cette excuse pour masquer leurs envois d'argent, leur prêt. Sans ce déguisement, le véritable but des Anglais apparaîtrait trop. Il serait trop visible qu'ils ne soutiennent