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LES TCLLISTES DE CALAIS

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maire de la ville — avait l'intention d'acheter un cabaret. C'est chose faite aujourd'hui. Et c'est du jour où le zinc fonctionna que date la

•ève fut votée par les ouvriers déclarèrent que cet acte de e » était prémédité par les les propriétaires d'une indusouissement pouvaient préméqui les fait vivre ! Les gens cident pas.

lie à l'enquête sur ce nouveau ie saurais mieux faire que de ession de cette industrie, d'a- Is fournis par la chambre de mne.

fabriques de tulle, à Calais.

! 1816. En 1821, on y comp- 3 en 1828 ; 489 en 1837 ; 679 in 1880. Actuellement, on en

272 LE ROTAUME SOCIALISTE

LA GRÈVE EN MUSIQUE Jean Jaurès onvre le bal.

— Si vous voulez voir les grévistes, m'avait dit hier un négociant, allez donc dans ie port, sur la jetée... Vous y rencontrerez la plupart d'entre eus, occupant leurs loisirs à la pêche.

C'était dimanche. J'allai dès neuf heures du matin a l'endroit indiqué. En effet, beaucoup d'hommes étaient là trempant du fil dans l'eau, trempés eux-mêmes par un brouillard très pénétrant.

— Ça mord ? dis-je à i'un d'eux.

— Non, monsieur... la saison des harengs est passée...

— Alors, si vous n'avez que ça pour vivre ?

— On n'a pas que ça, mais onn'aguèreplus...

avec ça que le comité nous a rogné les portions.

— Le comité?

— Oui, le comité de la grève... Je suis tul-

LE ROÏAtJMÉ SOCIALISTE

— Oui... Et puis, ils détestent Salembier parce qu'il nous aide de ses conseils.

— Désintéressés?

— Oh I nous ne lui donnons que trente francs par semaine pour s'occuper de nos affaires. Il y est du « sien », allez !

— C'est vrai qu'il a son cabaret.

— Heureusement pour nous, ça nous fait un lieu de réunion.

— Alors, vous êtes heureux ainsi ? dis-je à mon interlocuteur dont le vêtement plus que léger trahissait assez tristement l'état des finances.

— Heureux ! heureux ï... on ne peut pas dire qu'on est heureux... Il y a des maisons avec cinq ou six enfants, et même plus. Je vous assure qu'il y a du mal à vivre chez ceux-là !

Et le pauvre diable, tout en disant cela, relevait son col que bouclait mal, d'ailleurs, un morceau d'étoffe à parapluie nouée en guise de cravate.

De fait, le brouillard était froid. Le ciel bas accentuait l'aspect morne de ce paysage lamen-

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table. La sirène de la jetée poussait par iutervalles de rauques sanglots. L'homme toussait. Il poursuivit :

— Il y en a parmi nous qui n'ont même plus de domicile. Ils demeurent les uns chez les autres... El la pèche qui ne donne pas !... Ah ! il faut que je m'en aille de bonne heure... vous savez que le citoyen Jaurès va venir tantôt.

A l'Elysée.

L'Elysée, un café-concert, est, à Calais, la salle où, plusieurs fois par jour, se réunissent les grévistes.

L'arrivée du « camarade » Jaurès est annoncée pour cinq heures. Mais déjà, près d'une heure avant, la salle est quasi-pleine.

J'y pénètre vers cinq heures moins le quart.

Je suis étrangement surpris par les airs de fête de l'assistance. On peut évaluer à trois mille personnes. Le parterre, garni de banquettes, est comble, les loges du premier étage regorgent et, à l'étage supérieur, plusieurs rangées d'hommes

se tiennent debout. On famé en jasant. Rien de sinistre ni de sombre, rien de semblable à ces assemblées du Creusot où les faces noires, durcies au feu, s'éclairaient d'yeux brillants de fièvre, farouches, inquiets. Rien que des visages épanouis, roses, rouges, des balles joufflues, des bouches grasses au rire sonore. Beaucoup de femmes et des mieux nippées, des collets de fourrure, des chapeaux à plumes ; par-ci par-là, quelques coiffes tuyautées, en auréole, des coiffes boulonnaises, jettent une noie pittoresque et claire sur ce fond criard. Des enfants proprement vêtus, en très grand nombre, piaillent au premier rang, tandis que les mères, heureuses, harmonisent les boucles blondes de ces bambins. A cinq heures et demie, cinq mille personnes acclament le « citoyen Jaurès » à son arrivée.

En avant la musique 1

La fanfare gréviste, mais oui ! joue immédiatement un air de polka, bien rythmé, quelque chose comme la Marche des petits pierrots, ou

fait cent fois. I) ne faut pas désespérer, dit-il, en substance... l'étranger envoie des fonds... il continuera... les journaux allemands publient un appel en faveur des grévistes de Calais qui, à celle heure, ont entre leurs mains le sort et l'avenir du prolétariat entier.

Le discours de Jaurès est une longue diatribe haineuse contre les patrons, à coups de phrases et de mots sonores. Il traile le président du syndicat des patrons, M. Héaon, de pacha aux fantaisies cruelles. Il adule les femmes grévistes et dit que la loi de huit heures sera fatalement appliquée à Calais.

Sa péroraison est un conseil assez facile a suivre désormais, vu la pénurie du syndicat :

— Souffrez, souffrez pour la bonne cause, el la victoire est à vous !

On applaudit à tout rompre. El le citoyen Clovis monte à la tribune pour demander que Jaurès envoie de Paris des orateurs qui, seuls, peuvent par leurs discours remplacer le pain quotidien. Le citoyen Clovis récite alors une

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