octobr
LA GRÈVE DE MONTCE ta mines de Blftnzy. — Pli mille
— Suis-je en France ?
Telle est la question que toute p sée se pose, au réveil, dans ce pa sî noir d'ordinaire.
La situation actuelle en augmenl lie. Dans le matin, sous un ciel bi fours de la petite ville minière, et mouvements de troupes. Desgenda patrouilles ; au centre des cours dragons et chasseurs, pansent les leurs escadrons. Au loin, vers la i côté des puits, la garde montante!
va relever ses sentinelles. Au re:
de l'hôtel du Commerce, déjà les t rieurs du 134', colonel entête, soi Ou pourrait, avec un peu d'imj croire à l'époque des manœuvre! préparatifs fiévreux de la revue fin
mée maintenant place de la Grè théâtre de quelques bagarres.
Doux pays ! Vers midi, ton pâle soleil d'hiver, un avis p soins de la Société des mines de pour aujourd'hui la paie de la zaine de janvier. C'est donc un p va tomber dans le gousset des £ Est-ce celle perspective de jours qui donne à celto foule u joyeuse ? Toujours est-il qu'aux de paie, les cenlaines d'ouvrie qui, pendant des heures, attend passera, la caisse, forment de pe où règne ia plus parfaite boni fillettes en cotillons roses, bl< quelques-unes avec des cols en i :
le chignon coquettement releW des dragons impassibles sur le lance a la cuisse. Les hommes i avec moins de recherche : pant historié, mince des genoux et If chapeau mou à larges bords. I
tES CENT-IOUBS DE MO.NTCE4U-LES- MINES 91
pour entendre le citoyen Roldes ; il y en a davantage aux abords de l'hôtel du Commerce pour assister au va-et-vient de la troupe, général, colonel, commandants, officiers et soldais. Va-et-vient tout à fait pacifique et qui semble inspirer aux grévistes plus de curiosité que de crainte.
Nous sommes loin de « l'heure des tueries et
des massacres », dont il est question dans un
article du Petit Sou. Les trois mille soldats ne
sont pas là « fusil chargé »
une garde commandée par J
seau lui-même, car, renseigi
voi des troupes est dû à l'ini Ces pantalons ronges, je I
lent pas les grévistes. Une
des alouettes va nous le clé m Les Alouettes, c'est un des
qui environnent la mine : vi
plusieurs centaines de niaise
jardinet sur le devant, tou
même modèle. Mais, rien qu'i
rémenl, on a vite conscience
de mèm sont divi
ContK propres, sous u DE sur le se sur une sœur, s inculte, lesquelU mourir. '
C'est c type que
— Mo droit, vo bre, noi l'usine c nientatk ques ou syndicat la Comp menlatic de grand
LES CENT-JOUBS DE MONTCEAU-LES-MIKES 93
discutés. Dans celle du 2 jauvicr, on tomba d'accord de part et d'autre. L'usine accordait 5 0/0 d'augmentation de salaire, du I*' janvier . au 1 er octobre, et elle ajoutait une prime de 2 0/0 payable au mois d'août.
— Et cela vous convenait?
— Certes oui ! Cette prime tombant à la Saint- Martin nous aidait pour le loyer.
— Il est cher?
— Cinquante à soixante francs.
— Et la prime était de 36 francs... Donc, tout était bien.
— Mais oui! puisque cet accord, intervenu le 2 janvier, était ratifié le 5... Seulement, quinze jours après, la grève était décidée... ob ! pas par moi, qui suis un ouvrier du jour de la mine ; mais par d'autres, pas des mineurs, assurément.
— Et vous avez suivi?
— Dame ! Et les coups ! Vous savez, les autres, ils sont rudes pour les renégats !
Je quittai le pauvre homme.
Eu vérité, c'est une honte pour la France, ces
, et parfois sans issue, qui ule volonlé d'un groupe de mple désir d'un ambitieux !
le celte situation cruelle pour batelier du porl s'est chargé
il dit, en me montrant toutes )lus d'une centaine — de la
ouvriers sont des égoïstes...
irgent eux, aujourd'hui ; mais ; que nous, nous vivons au and la péniche est vide, notre aussi ! Et les voilà qui change, avec la fanfare encore !
tnt posséder l'imagination de re, après cela, que le « prolé-
its dangereuses.
îs ce trouble et dans cette folie e toute l'horreur. Cet après-
IfcS CENT-IOtiRS DE MONTCEÀC-LËS
midi du jour de paie fui relativerm Mais, vers le soir, changement di Dans les rues où beaucoup de becs i éteints, c'est un silence de mort. ) longue et large. Elle est boueuse heures, huit heures et demie au pi boutiquiers — dont les affaires, héla» jamais aussi mal — mettent les vole débits demeurent ouverts. Ce son grévistes, des maisons hospilalièt rideaux de toile cachent les buveu des curieux. Dans le calme des rues sauvages font tressaillir le promené attardé à huit heures et demie du soi Je dis » le promeneur », car j' faire cette promenade nocturne et sa Aux carrefours, des groupes de gré lent la garde, armés de courts bal Dès que la nuit tombe, toute vie es suspendue. Ceux que leurs affaires i dehors risquent d'être violemment i sinon pis.
Si vous avez un pardessus, on
pour un employé de la Compagnie, et c'est un débordement d'injures. Pareille mésaventure m'est arrivée. Je passe rue Carnot, près de la mairie, à l'angle de laquelle stationne un groupe de cinq ou six jeunes gens. Je n'étais pas à dix mètres de ces « sentinelles » qu'on me corne aux oreilles :
— Assassin !... assassin !
Je ralentis. Les cris redoublent :
— Assassin !... Assassin !
Je fais volte-face et marche droit vers le groupe.
— Alors, quoi ? dis-je à l'un deux.
— Ah ! me répond-il confus on s'a
trompé !
Et nous parlementons...
— On vous prenait pour... le « Bosco »...
— Et si j'étais le « Bosco » ?
— Ah 1 dame !
Voilà le gai spectacle qu'offre un coin de France, au début du vingtième siècle, sous le ministère Waldeck.
Et si vous ouvrez les journaux socialistes,
vous y lirez que les rues sont sillonnées de patrouilles militaires. La vérité, c'est qu'en fait de patrouilles il n'y a que celles des grévistes. C'est même une chose assez douloureusement impressionnante que ces ponts gardés par des hommes armés de bâtons.
Ils rôdent autour des gendarmes, un par un, comme des chacals autour d'un camp. Les gendarmes ont des ordres pour ne pas intervenir. Ils doivent, en silence, digérer les insultes. Il en est de même aux abords des puits, où des femmes de travailleurs qui portaient à manger à leurs hommes ont été conspuées ou molestées.
Les vrais grévistes.
Ces manœuvres, je me hâte de le dire, ne sont pas^le fait des mineurs grévistes. Ici s'impose une petite distinction!
La Compagnie des mines de Blanzy, contrairement à ce qui se passe dans les entreprises similaires, occupe toutes sortes de corps d'états. Parmi les huit mille huit cents personnes ins-
criles sur ses contrôles, il n'y a guère que qtia- Ire mille quatre cents mineurs ; le reste est composé d'ouvriers de tous genres et surtout de manœuvres, jeunes gens de 16 à 18 ans. Ce sont ceux-là qui terrorisent les autres. Les initiateurs et les « mainteneurs * de la grève, ce sont eux.
Cest ce qni fait que cette grève, accueillie, décidée par la jeunesse, n'a pas decause sérieuse.
La réunion de tantôt, place de l'Eglise, réunion ratée, on peut le dire, montre, ane fois de plus, !e désaccord entre la pensée intime des ouvriers et les théories de ceux qui s'en font les meneurs.
Les socialistes font, ici, de l'an timili tari sme le principal acte de leur foi. Ils vont jusqu'à répandre le bruit que les trois cents conscrits de Montceaurefuserontdetirer au sort te 30 courant. Or, aux réunions de là place de i'Eglise, les sociétés d'instruction militaire et de gymnastique — en uniforme s. v. p. — sont toujours les premières arrivées, heureuses-de faire montre de leur belle prestance guerrière.
Le» socialistes crient : A bas la calotte !
Bouveri, maire, a fait afficher un arrêté proscrivant le port de la soutane. Or, voici, à trois heures et demie, en plein jour, un enterrement religieux qui passe... Tous les grévistes se sont découverts!
On parlait hier dé l'arrivée du citoyen Viviani.
Le citoyen Collongy a aussitôt pris la parole pour dire :
— Au nom des travailleurs du Creusol, je mets en garde nos amis grévistes contre l'intrusion des politiciens. Les envoyés du ministère qui firent avaler aux ouvriers la pilule dénommée : arbitrage ministériel, doivent èlre considérés comme suspects parles travailleurs de Montceau.
Voilà qui est net. Aussi M. Viviani, dont on avait annoncé l'a r rivée, n'est pas venu.
De toutes les revendications formulées par les grévistes, une seule mérite et méritera toujours attention : c'est celle concernant le salaire.
J'ai vu quelqu'un qui sait tout ce qui se passe à la Compagnie. Il est bien vrai qu'au mépris de )'accord signé )p 9janvier, le* ouvriers ont sour-
■avail. Us demandent Voici ce que la per»
liclaré de façon fores salaires, un exemre que la Compagnie
On s'appuie pour la lires du Nord et du nis 1889. Or, depuis
salaires a augmenté Calais de 40 0/U et le )/0. A la Compagnie si autre chose. Les îe augmentation de isubi, lui, une dimi- 1 verhé ! Après cela, 1. Jaurès peut écrire écrivait hier encore :
e les salariés et les te essentielle, permantérêt à réduire au
du dividende, et les •ofit du dividende la
LES CENT- JOURS DE MONTCEAU-LES-MLfES 101
part du salaire. » En vérité ce n'est pas le cas pour Montceau.
Ici, donc, les salariés et les patrons paraissent en mauvaise posture.
Toutefois on annonce pour demain dimanche deux bals dans les salles où les grévistes tiennent habituellement leurs assises.
26 janvier 1901.
LES PLAISIRS DE LA GRÈVE Au théâtre. — Les pupilles rouges.
Le ciel n'est pas avec les grévistes. Une pluie diluvienne tombe sans arrêt depuis bientôt quarante-huit heures. Les drapeaux rouges ou tricolores restent aux logis. Les grévistes font de môme. La ville est morne, des coups de vent dur soulèvent l'eau du canal qui, seul, semble vivre dans cette immense désolation. Les cheminées, veuves de leur panache de fumée, se dressent lamentablement sur la grisaille lourde
LES CENT-JOURi DE H OHTC EAU- LES- 11!» ES 103
soldat tuer son lieutenant d'un coup de fusil au moment do la bataille. Comme ça sentait énormément la poudre, on a beaucoup applaudi.
Toutefois, le simple soldat passe au conseil de guerre et il est condamné à mort. On assiste à la cérémonie du peloton d'exécution. Un souslieutenant, puisque le lieutenant est mort, commande le feu.
— Crosse eu l'air ! crient quelques voix dans la salle.
Ce cri reste sans écho. Je l'ai dit et je le répèle, les mineure ne sont pas antimilitaristes. Ne saluaient- ils pas, hier, an passage, le général de La Pommeraye ?
La seconde pièce était tirée d'un vieux mélo : des épisodes de grève mêlés d'un roman d'amour. Il n'y manquait aucun des accessoires du mélodrame, épée, revolver et poison. Seulement le bruit des armes fit pleurer les marmots et le lintin des verres de limonade couvrit parfois l'organe un peu timide des premiers rôles.
Ces distractions, contrastant avec tant de misères, n'ont rien qui puisse surprendre.
qui peuvent s'offrir ce dangereux consolateur s'installent là pour de longues heures. Ils causent de choses vaines, se plaignent du manque de détails sur la situation. J£t Ton voit bien, à leur attitude lasse, que la grève les tient in actifs contre leur volonté.
Il y a, dans le nombre, des adolescents de quatorze, quinze et seize ans. Eux aussi boivent du vin bleu. Mangent-ils ? Ce que j'ai vu permet d'en douter... Ils élaient trois à se partager un litre. Lors, entre un marchand de petits pains mollets. Il les vend deux sous. L'aîné des trois en achète un et le partage entre ses camarades, qui se jettent gloutonnement sur celle boachée de nourriture. Et l'amphytrion de dire, en jetant un regard triste sur ses petits amis :
— J'en mangerais bien à moi seul une douzaine !
Le marchand revint. J'achetai trois brioches el les leur offris.
— Nous ne voulons pas vous en priver, me dirent-ils.
— Oh ! moi...
tes CENT-J0UR8 DE MOJITCEAD-l.ES-lll.NES ÏVl
faudra huit jours pour les remettre en état.
Des bruits singuliers circulent. On dit que, par crainte d'être battus, les 300 conscrits de Moittceau ne tireront pas au sort mardi.
37 janv. 1901 \
LA TEEHEUR NOIRE Justes plaintes. — Vaine police. — Ver» la ruine.
On espérait que la pluie dissiperait toute crainte. Il n'en est rien. La nuit dernière a fourni son lot d'incidents qui, tous, n'ont pas été clos à la joie des grévistes.
Ou parie de la noyade d'un ouvrier qui aurait été jeté à l'eau par des grévistes hostiles au syndicat auquel ce malheureux appartenait.
D'autre part, un incendie s'est déclaré dans une boulangerie, dont le patron est incriminé d'avoir refusé du pain * crédit à des grévistes. C'est le troisième depuis deux jours.
A distance, ces choses-là peuvent paraître