‹ Le royaume socialiste: choses vuesChapitre 7 sur 41 · LA TOURNÉE MILLER AND · texte numérisé non relu

LA TOURNÉE MILLER AND

ma lampe à la lampe de mon interlocuteur, je lui dis ;

— Mais alors, hier, à Lens, ceux qui criaient : c A bas les longues coupes !... » Pourquoi !

— Des fous ! Les longues coupes ? Le travail supplémentaire ? Mais c'est notre intérêt.. Nous ne demandons que cela, puisque nous sommes aux pièces, pour ainsi dire ! à

— Et la tyrannie syndicale ?

— Elle n'existe pas ! Le syndicat autorise les longues coupes, et tout le monde est content !

Ma foi ! vous le dirai-je ? Je me doutais bien que tout le monde était content dans le bassin houillier. Tout le monde ? Non ! Il y a ceux qui crient : A bas les patrons ! en escortant la voilure du citoyen-ministre. Ceux-là ? Mais ce sont des êtres d'une nature bien spéciale. On les rencontre toujours en pays de grève, au Creusot, à Saint-Etienne. Ils crient : « A bas les patrons ! » parce qu'ils s'imaginent que la chute du patronat c'est l'abolition du travail,

TT

Jaurès et ses digcipleg. — Les fédération s spontanées. — Lavis du citoyen Delclnze.

Le lendemain du Congrès de la salle Wagram, à peine la sorlie de Guesde était-elle connue, commentée, blâmée, applaudie, qu'une note partait de Douai pour Paris. Elle annonçait la création d'une fédération autonome entre Jes départements du Nord et du Pas-de-Calais. Elle annonçait encore que lé siège de cette fédération était établi à Douai, et, en outre, que le conseil fédéral (?), dans sa réunion de lundi — le Congrès de la salle Wagram avait été clos le dimanche soir — avait décidé l'organisation de plusieurs tournées de propagande dans toute la région. Ce fut, d'ailleurs, très miraculeux. Le lendemain mardi, deux jours après le Congrès, Jaurès et ses disciples se voyaient attribuer un poste de prédication pour les deux journées des 20 et 21 octobre.

Cet ordre de service de la jeune fédération était signé par le secrétaire général M. Maurice Monier.

Il indiquait pour chacun des leaders socialistes les deux villes où leur parole était soi-disant attendue.

Jaurès était désigné pour prêcher à Dunkerque et à Calais.

Gérault-Richard, à Aniche et à Denain.

Fournière, à Hénin-Liétard et à Lens.

Aristide Briand, à Somain et à Dorignies.

Turot, au Cateau et à Caudry.

Le matin même où paraissait cette note dans la Petite République, Jaurès qui écrivait déjà l'oraison funèbre des guesdistes du Nord, disait :

« Une fédération autonome du Nord et du « Pas-de-Calais se constitue ; et, dans la région « même où le Parti ouvrier a ses forteresses, « cette fédération ne tardera pas à attirer à elle « tous les groupes qui veulent vivre delà pleine « vie socialiste. »

De fait, le cercle des conférences tourne smtoqr de Lille et de Roubaix, véritables places

fortes du Parti ouvrier. Toutefois, notons qu'à Lille le citoyen Delesalle semble obliquer vers le socialisme ministériel. Mais cela ne saurait être suffisant pour dire que tout le Nord et tout le Pas-de-Calais marchent à la suite.

On s'étonnera sans doute que Jaurès et ses lieutenants consacrent leurs instants h crier : « Vive la sociale ! » aux oreilles de gens qui se réclamaient du socialisme à l'époque où M. Jaurès était assis au centre gauche. Mais voilà ! Ils ne vont pas en guerre pour le socialisme. L'ordre du jour de ces dis conférences ne comporte qu'un seul article: l'Unité socialiste.

La situation matérielle et morale de ces deux déparlements, composés d'agglomérations ouvrières très denses, peut se ressentir de celte suralimentation politique. Que vont devenir les groupements existants? Comment les guesdistés vont-ils accueillir Jaurès et ses amis? Toutes questions intéressantes au lendemain du raid de Millerand dans le bassin houiller.

A Duukerque, Jaurès aura une belle salle.

On verra plus loin que, pendant la grève des

ouvriers du port de celle ville, l'éclosion du syndicat dont le père fut Gérard-le-Lutleur et le parrain Salambicr, ancien maire de Calais.

Les ouvriers du port de Dunkerque encore à la lune de miel de leur syndicat acclameront Jaurès et l'unité socialiste ; Jaurès: parce qu'il parle bien; l'unilé socialiste : parce qu'ils ignorent le socialisme et qu'ils aiment l'union : les mots trompent.

Voici donc pour Dunkerque ; ir Calais, nous retrouvons , le citoyen Salambier. Mais il y a aussi Delcluze, ancien maire socialiste de celte ville et membre influent, militant, du Parti ouvrier.

Au cabaret du citoyen Delcluze.

Comme la grande majorité des membres influents du parti socialiste du Nord et du Pasde-Calais, le citoyen Delcluze est patron d'un estaminet. Le sien est à Calais, boulevard Jacquart. A l'heure où je m'y présente — cinq heu-

res — c'est une solitude complète. Le citoyen Delcluze est attablé devant une dizaine de journaux plus socialistes les uns que les autres : Petite République, Lanterne, Petit Son, Socialiste, Réveil du Nord, etc.

Très accueillant, il m'invite à boire une chope. Ma qualité d'écrivain « bourgeois » l'inquiète bien un peu. Mais ça passe vite. Le citoyen Delcluze n'est pas inintelligent. Front élevé, cheveux en arrière — le coup de vent de 48 — yeux vifs, voix profonde. Peu raisonneur, raisonnable et très raisonnant. C'est le « sublime » de Denys Poulot, revu et corrigé par Benoît Malon.

— Ah ! oui, me dil-il, il y en a bien de trop de tous ces journaux !

— Quoi ! n'aimeriez -vous point la politique ?

— La politique pure ?... Une bonne blague !

Il n'y a qu'une chose qui compte, voyez-vous, monsieur..., c'est l'économie... l'économie sociale... Tout le reste... attrape-nigauds, attrapebadauds !

. — Cependant, la politique... pure, comme

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5S LÉ ROYAUME SOClALtSTÈ

vous l'appelez, règne ici en maîtresse... et bientôt, avec la venue de Jaurès...

— Qu'importe ! Ça ne compte pas ! Ils peuvent venir... Ils sont de bons apôtres !.*. Ils tentent de récoller ici la moisson que nous avons semée depuis tantôt vingt ans. Le parti, ici, n'avait que 39 voix en 1882 ; 149 voix en 1884... il y a 6.000 voix socialistes maintenant rien que dans la ville de Calais.., Jaurès peut venir ! nous n'avons pas besoin de leçons !

— Il va pourtant vous en donner une... ou, du moins, essayer.

— Non ! Il colporte une doctrine nouvelle...

Il radicalise le parti.

— Au profit de Millerand ?

— Je suis un peu gêné pour répondre... Millerand est venu déjeuner ici... en ami.

Et, ce disant, le citoyen Delcluze, d'un geste simple, me montre la modeste salle de Testaminet.

. — Et, lui dis-je, si vous l'invitiez maintenant, acceplerail-il?

— Je ne le crois pas ! Je n'ai pas cette iflu-

Les socialistes dans le nord 59

sion... le Millerand d'aujourd'hui n'est plus le Millerand de jadis.

— Tout de même il rallie quelques-uns des vôtres 1 Voyez, a Lille, Delesalle.

— Delesalle !... Delesalle !... scande le citoyen Delcluze, c'est pour lui une question de relations personnelles... Il a fait son volontariat avec Millerand !

— Mais... les autres 1... la Fédération aulor nome du Nord el du Pas de-Calais, que le citoyen Maurice Monier...

— Monier ! interrompt vivement le citoyen Delcluze... sait-il seulement ce que c'est que le socialisme ?... Non, croyez-moi, ici, nous sommes, nous guesdisles, fortement organisés. Ceux qui se disent ministériels sont des indépendants qui espèrent des faveurs. Ils vont vers Millerand, distributeur de médailles et donneur d'emplois.

Alors, comme je compris quo le citoyen Delcluze, quoique socialiste et bien que cabarelier, avait un peu de lettres, je lui dis :

— Vous êtes de l'avis d'O'Connell.

— Vous ne pourriez pas m'indiquer, lui dis-je, où sont allés les socialistes?

— Lesquels ? Si c'est pour un renseignement, je suis là.

— Vous êtes déjà socialiste? dcmandai-je à l'adolescent.

— Mais oui ! j'appartiens à la « Jeunesse socialiste d'Hénin-Liélard » !

— Ah ! mais, m'écriai-je, en effel, c'est vous, c'est votre groupe, qui avez défilé à Leus, en béret rouge.

— Vous y étiez donc !

— Et vous fumiez la pipe, en criant devant Millerand : « Vive la Sociale ! »

— Nous avons aussi chanté l'Internationale!

ajouta mon interlocuteur avec fierté, et désireux de me rafraîchir la mémoire.

— Oui, c'est vrai Y Internationale!... Mais... la Sociale, savez- vous bien ce que c'est?

— Bien sur! c'est la mine aux mineurs...

la verrerie aux verriers... la terre aux paysans...

— Et le capital aux capitalistes.

ôâ LE ROYAUME SOtilÀLiStË

— Les capitalistes ? Il faudra qu'ils travaillent.

— Croyez-vous donc que ce sont des paresseux, les patrons, les directeurs d'usines, les chefs d'industries!

— C'est nous qui les faisons vivre !

La conversation allait bifurquer vers un discussion âpre. Je la coupai net.

— Est-on, demandai-je au « jeune sacia- Iiste », pour Guesde on pour Jaurès, ici?

— À Hénin-Liétard, il y a beaucoup de soeié-, tés socialistes. Les unes sont musicales, les autres sont de secours mutuels. En général, toutes vont à toutes les réunions. C'est an prétexte à sortie. Comme ça, on voit que nous existons.

— Alors, quand il y a réunion comme celle de Fournière prochainement, vous prenez part aux délibérations ?

— Non ! les sociétés sont convoquées dès le matin pour se rendre en corps à la gare audevant des orateurs.

Drapeau en tète?... dans sa gaine.

— Nous n'en avons pas encore, mais ça va venir. Voici une noie pour les journaux socialistes.

Et mon interlocuteur me tendit l'annonce suivante :

Pour an drapeau. — Le groupe La Jeunesse socialiste à" Hénin-Liétard organise pour le dimanche 11 novembre, dans le salon de Mme veuve Lomprez, un brillant bal pour l'acquisition d'un drapeau.

Vu l'œuvre et le but de cette société, nou:

espoir que les cartes se vendront facilement

Prix d'entrée : 50 centimes.

— Oh ! nVécriai-je, vous réussi un drapeau, une œuvre, un but pi

— Mais, monsieur, c'est un dr que nous voulons !

— Diable! Mais quand la jeune:

sera de la « classe qui part », elle changement au drapeau, à l'armée

Celte opinion, plutôt militariste dir les yeux de mon interlocuteur.

— Oh ! d'ici là ! murmura-t-il.

J'en savais assez. La ville d'H<

A Candry. Lbb tollirtes. — Pittoresque définition du socialisme.

C'est de Gaudry, où se tint un Congrès, que fui lancée par le P. 0. F. la première excommunication aux socialistes ministériels.

On comprend, d'ailleurs, qu'au milieu d'une nature aussi maussade, des hommes, retenus là par le labeur industriel, trouvent mauvais que leurs frères en théorie se gobergent en de bons emplois. La ville de Caudry est triste. D'inter- - minables rues, des chaussées crevées de canivaux, de l'eau croupie dans les ornières, des cloaques où, pieds nus, des enfants barbotent. Peu de maisons de deux étages. Sur la majorité des façades, des enseignes de lullisles. C'est l'industrie du pays. C'est pourquoi, auprès du décor crotté de la rue, on a le contraste des intérieurs qui apparaissent proprets derrière le voile de dentelles dont les fenèires sont ornées. Mais on sent que, dans celte ville, l'hygiène, la salubrité, la voirie sont autant de questions sacrî-

il iiïïL

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fiées à la politique militante. Les socialistes, ouvriers tullistes pour la plupart, sont cantonnés en dix groupes rattachés au P. 0. F.

Le citoyen Deladœuille ne demandait pas mieux que de me renseigner sur l'état du parti à Caudry. Toutefois, respectueux de la hiérarchie collectiviste, il n'en voulut rien faire tout d'abord.

— Le maire pourrait bien tout vous dire, ajouta-t-il... mais il n'est pas là !... oh ! son adjoint est aussi fort !... c'est le citoyen Sandras.

— Et... pour le trouver?

— Suivez la Grande Rue, tournez à gauche... vous verrez... son nom est écrit sur la porte... il tient là un débit !

Je m'en doutais un peu. J'allai donc vers le débit. Il était fièrement dénommé : Estaminet de l'Egalité. Mme Sandras me reçut :

— Je ne sais pas, me dit-elle, quand mon mari rentrera. Il est sorti, il y a une heure, en tournée de propagande.

Je quittai l'estaminet où un unique conson^-

maleur dégustait une chope en écoutant le « chœur des fiançailles », de Lokengrin, seriné par un harmonica allemand. Tous les débits du Nord et du Pas-de-Calais ont de ces réservoirs musicaux à deux sous l'air.

Force me fui de revenir dœuille.

— Et vous croyez, me ( Turot va venir ?

— Il est annoncé !

— Tant pis et tant miet géra en rien les affaires. C't à Calais. Il y a du pour et à dans la ville de Calais, Si pas être toujours maire e Mais, voilà !... il doit y av( eux !... C'est malheureux pour Jaurès ou pour Ouesi résigneront à n'être pour rie Turol va venir, bon ! On Pé derons nos idées... Quant

— Alors, l'avenir vous :

— C'est peut-être vingt

Dans le Cambrés is, les socialistes ont singulièrement simplifié la doctrine de Karl Marx.

Chez les verriers d'Aniche. — Grévistes laboureurs. — Trucs socialistes.

Avant de partir pour Aniche, où la principale industrie du pays, la verrerie, occupe deux mille ouvriers, j'avais lu les journaux socialistes. Ils donnaient sur les verriers, actuellement en grève, de lamentables détails.

Depuis quatre mois, disait la Petite République, ces grévistes luttaient courageusement pour la défense de leurs droits. M. Gérault-Richard, le jour même où Millerand officiait à Lens, était venu à Aniche.

Monté sur l'échafaudage d'une maison en construction, il avait harangué une foule de plusieurs milliers de citoyens. On avait chanté {'Internationale en agitant des drapeaux rouges. Le Réveil du Nord, plus copieux, donnait, de la grève, un tableau sinistre : « C'est la misère, disait-il, et la faim, et, derrière la faim, la révolte, et, pour les patrons, le châtiment! »

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Je croyais donc, en descendant à la gare d'Aniche, tomber dans un pays en révolution, au milieu d'une population affamée et prête aux pires éclats. Quelle rie fut pas ma surprise ! Sur la grande place d'Ânichc, lumineuse sous le ciel pur, une foule nombreuse se pressait.

C'était jour de marché. Les ménagères, en caracos roses ou bleus, s'approvisionnaient tle belles victuailles. Vers le haut de la place, une voilure de « banque » était arrêtée. Un orchestre, assis sur le toit de ce véhicule, jouait des airs de danse. Une femme douée d'un bel organe fit signe à l'orchestre qui se tut. La femme était une dentiste. Voici son boniment :

— Oui ! dit-elle, je sais que l'ouvrier est en grève ! Aussi, aujourd'hui, je ne vendrai pas mon remède un franc!... Ce sera cinquante centimes.

En moins de rien, elle en vendit une bonne douzaine. Alors, j'avisai un des acquéreurs.

— Etes-vous gréviste ?

— Oui, monsieur.

— Savez-vous où j'aurais chance de rencon-

LES SOCIALISTES DAtlS LE SURI

irer M. Gallaïs, le président du syndi< riers ?

J'avais lu ce nom sur une belle afll mée en plusieurs couleurs et sur rii C'était l'annonce d'une conférence.

— Tenez, monsieur, me dit t'incoi désignant son voisin, voici un car syndicat. Il va vous conduire.

Le citoyen dallais, conseiller muni berchicourt, commune soudée à Ani l'enterrement. Nous allâmes jusqu'à C'est un tout petit immeuble sans et!

et bien tenu. La ménagère était seul*

— Il va rentrer d'un moment à vous voulez l'attendre ici ou au cabar

Mon conducteur préférait le cabï Mme Gallais de dire :

— Allez deux maisons plus loin, cabaret d'un syndiqué.

Confidences d'un gréviste.

Installés dans le débit, nous corn les inévitables chopes.

« du casse » à Denain... j'en vendrai beaucoup d'autres !

— Et que faites-vous entre temps?

— Je quête pour la grève... Nous sommes allés à Lens quand Millerand y était... Mais nous n'avons rien pu faire .. Il y avait trop de monde dans les rues.

Je ne crus pas nécessaire de parler politique avec ce gréviste, qui me paraissait avoir, avant tout, une réelle vocation de camelot.

D'ailleurs, on vint nous prévenir que le citoyen Gallais était de retour.

Une réponse aux politiciens.

Je ne voulais pas entrer plus avant dans la maison ; mais M. et Mme Gallais, avec une insistance charmante, tenaient à me faire les honneurs de leur modeste salon de campagne.

C'était une pièce bien sablée, et meublée de sièges confortables. L'art n'était pas exclu de ce logis ouvrier. Une mandoline était accrochée à un pupitre sur lequel un morceau de concert offrait ses gammes à la lecture.

■ant entrer, le citoyen Gallais

la main, en me disant :

ne santé ! sans vous connaître !

m'étais fait connaître, il n'avait son doux sourire, cachai pas ma profonde surprise iiiiclie tant de calme et une vie si

dit-il, on a exagéré. La vérité, a pas de misère ici !... Tout le ouvrage aux champs... Chacun quatre francs par jour.

.là qui est loin des salaires de :euts francs par moi.* des soûf-

t mais ça reviendra !... Nous ne ries salaires !... Nous discutons, our un règlement.

lement ?

tout l'article !S : Le patron peut si, en cas d'absence pour maladie, rt pas reconnue.

Hes tous syndiqués ?

pr-

LÉS SOCIALISTES BÀNS LE KOtlD 73

— Ouf, au nombre de mille deux cents.

— Mais les autres ?... Vous êtes deux mille

— Ah 1 oui, les « glaciers », ils sont huit cents... Non, eux, ne sont pas syndiqués avec lions.

— Donc, la grève n'est pas générale, comme on dit.

— C'est une erreur !... D'ailleurs, nous ne sommes pas pour la grève générale... Puis, la politique n'a rien à voir dans notre cas...

~r Pourtant les politiciens ne s'occupent que de vos grèves.

— C'est vrai. Mais, beaucoup certaine mont sont à la recherche d'un mandat.

— Et ça ne vous dit rien, à vou mandai ?

— Oh, non ! d'ailleurs, le pays n'est cultivé. Puis, je sais bien que je n'aur une place de député. Aussi la politiqi m'en occupe que le moins possible.. N (lit est un conflit économique. . les quen tiques, à propos de Jaurès ou de Gu

pourraient que L'envenimer... Nous demandons simplement l'arbitrage... mais pas de politique!.. Oh ! je sais bien, parbleu ! On m'a déjà fait des offres pour les élections législatives. Il y a mon vieux camarade Moche qui a si souvent été candidat malheureux !... Il m'en parlait un jour... « Pourquoi n'esaaye-tu pas, me disait-il ! — Va, va, mon vieux, lui ai-je répondu, ça n'est pas mûr... Nous luttons, nous, pour les autres... Mais nous ne serons jamais députés. »

— Peut-être.

— Non, c'est bien sûr ! Pour nous, les profits ne sont jamais grands.

— lis le sont certainement plus pour te « camarade » Millerand.

Alors, le brave homme pour lequel les nuances politiques ne comptent guère, me répondit amèrement :

— Oh ! Millerand, il en est coiffé de sa place 1

A Douai. — Les coulisses d'une fédération. — Socialisme et limonade.

Accueillie avec enthousiasme el lyrisme par le citoven Jaurès, la Fédératiou autonome du Nord et du Pas-de-Calais, sortie toute faite, et pour les besoins de la cause, au lendemain du Congrès, apportait, à peine née, un extraordinaire programme de conférences.

Il semblait bien qu'une pareille organisation, comportant la création d'au moins dix comités, dans les dix villes visitées par les leaders socialistes, demandait un peu plus d'une nuit de labeur.

Or, comme la proclamation signée du citoyen Maurice Monier était datée de Douai, au siège de la fédération, 19, rue du Canleleu, quoi de plus simple que d'aller voir ce nouveau quartier général du socialisme?

Une fois à Douai, mon premier soin fut naturellement de me rendre à l'adresse indiquée. Je croyais trouver là quelque officine révolution-

naire, bourse du Iravail ou maison du peuple, mais point : utt joli pelit hôtel d'un étage. Du rez-de-chaussée, par les fenêtres entre-bâillées, on apercevait un petit salon d'une rare élégance. Des lampes coquettement coiffées d'abat-jour en dentelles, des meubles soyeux, etc., etc. Kt je me dis qu'il y avait erreur.

— ... Qui demeure là?... demandai-je à un voisin.

— C'est un chef de bataillon d'infanterie !

— Ah!.. Mais... Et, la Fédération autonome... du Nord et du Pas-de-Calais?

— Sais pas !

Ce n'est pas que je crusse le citoyen Monier incapable d'habiter une aussi douillette bonbonnière. Au contraire. J'avais eu la chance de voir le citoyen à Lens. Organisateur des fêtes en Thonneur du ministre du commerce, il était là, un des premiers sur le quai, à attendre le citoyen Millerand. Jeune, dodu, vêtu avec une suprême élégance, impeccable de la pointe de ses bottes vernies aq bout de ses gants blancs, il me fit

l'effet d'un beau fils de famille amplement pourvu de bijoux d'or. Il souriait, et sa bouche n'avait que des paroles aimables sous l'arc frisé de sa moustache rousse. Il pouvait donc très vraisemblablement M.re l'bolc de la petite maison de la rue du Canteleu. C'est ce que je demandai au voisin.

— Il y a peut-être, nie dit-il, une pièce a louer sur le derrière.

. Je n'insistai pas. La fédération, si autonome qu'elle fût, me parut réellement trop mince et trop chétive pour en visiter le berceau.

Je ne cachai pas mon désappointement à un Douaisien qui suit, depuis de longues années, la politique républicaine. Je dois dire qu'il ne put s'empêcher de rire aux éclats quand je lui appris que j'étais venu a Douai exprès pour contempler la Fédération autonome du Nord et du Pas-de-Calais.

.-— . Mais, ici, me dit-il, ça fait sourire et hausser les épaules.

— Tout beau, cher ami, mais c'est avec ces baudruches habilement gonflées que Jaurès et

ses amis font croire au Midi que je Nord leur appartient.

— Ils n'ont rien du tout... Delcluze, de Calais, avait raison de vous dire que Monier ignore le socialisme... Savez -vous qui est le citoyen Monier !

— Un charmant garçon ?

— Pas plus... Il menait à Lille, après avoir fait ses études à Douai, une existence d'étudiant joyeux, essayant son intelligence à des petites œuvres littéraires. Il est jeune... à peine ving-tcinq ans... Heureux dans ce monde... Il n'a pas souffert de la vie... Pas soldat!... il a ignoré les petits ennuis du métier militaire... Naturellement, il est antimilitariste. Sa situation actuelle?... Il est secrétaire du citoyen député Basly.

— Et l'ouvrier ? lui qui croit que c'est arrivé !

— On s'en moque !.. Je vous donne en mille la raison fondamentale de toute cette agitation fédérale.

— J'écoute I

— C'est très simple ! le citoyen Maorice

Monier a pour pfere..., pour bon père..., un brasseur établi pas loin d'ici, àLefôrel... Il est fournisseur de tous les débits où se réunissent les syndiqués... Vous voyez d'ici la filière... La propagande du fils fait vendre la bière du père...

— El le socialisme alors ?

— Ce n'est plus une idée spéculative... c'est une spéculation !

I* paendo-Congrè» de Douai.

'Les raisons de mon interlocuteur m'avaient fortement impressionné... Maisje ne voulais pas encore croire à tant de machiavélisme pratique. Le Congrès de Douai devait faire sur tout cela une lumière complète. J'ai vu ce Congrès. Il se leuaille vendredi 12 courant, dans un modeste estaminet de la rue de Valenciennes qui s'intitule solennellement la Taverne. Les congressistes étaient à peine une trentaine réunis dans une petite salle. Commencée à une heure et demie, celle parlolc prit (in deux heures après. On fuma des pipes en buvant des chopes. El, le

rableoient faire usage du timbre en pour la création des groupes.

Il faut véritablement toute l'illusi tance qui facilitele mensonge, toute des masses ouvrières, pour donner i nisalion au titre ronflant une af vérité.

Il faut aussi toute la puissance citoyen Jaurès pour nous présent socialiste du Nord « apaisée, éclair par l'oeuvre de franchise de la Féd^ nome du Nord et du Pas-de-Calais :

Ce doit être dur, pour le cito; d'étayer sa gloire sur de pareils faui

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