‹ Le rythme de la vieChapitre 21 sur 85 · VICTO R HUGO · texte numérisé non relu

VICTO R HUGO

Laisse éclore et tleurir en toi la poésie, Comme un divin trésor ;

Ensuite, verse aux cœurs ulcérés par le sort Ce nectar et cette ambroisie.

A Daniel X.

Elle t'a reconnu, par miracle, à Venise; C'était au bal, un soir, chez un comte romain, Fier d'assembler tout un Olympe féminin : Clorinde et Sylvia, Glarice et Cydalise.

Timide et recueilli, tu passais ton chemin, N'osant pas murmurer une oraison précise ; Sans doute, elle a compris ta prière indécise, Lorsqu'en passant, coquette, elle a serré ta main.

Parmi le tourbillon banal de cette fête, Tu sentis, au contact de ses' gants satinés Le silence éloquent de l'étreinte muette.

C'est ainsi : quand le sort nous a prédestinés, Nul obstacle ne peut empêcher, ô Poète, La rencontre des cœurs à s'unir obstinés.

J'ai vu aujourd'hui la sein de Leïlali ; mon cœur en saute au ciel.

Chanson populaire de V Afghanklan,

Brune, dont les cheveux, comme une nuit splendide,

Sont étoiles de feux.

Belle, dont le front calme et blanc n'a point de ride,

Je louerai vos cheveux.

Fière, dont les yeux noirs ont des flèches mortelles

Et des philtres subtils.

Je veux louer encor les vives étincelles

Qu'abritent vos longs cils.

Hautaine, votre lèvre en son dédain farouche

Semble ignorer l'amour; Nul souille de désir n'eiHeura votre bouche

Vers le soir d'un beau jour.

Le Destin, qui dota votre corps et voire unie

De grâce et de fierté, A voulu nous montrer, dans une seule femme,

Lue double beauté.

Gracieuse, vos bras ont des gestes flexibles.

Une souple fraîcheur...

Et le mirage des bonheurs inaccessibles

Tourmente notre cœur.

Divine, votre taille a des lignes pliantes

Sous le satin cambré Qui sépare nos yeux et nos mains suppliantes

De ce trésor sacré.

6o LITANIES EN L'HONNEUK D'UNE BRUNE

Votre col, que redresse une noble attitude,

Se rengorge gaîment, Libre du joug banal, exempt d'inquiétude,

Magnifique et charmant.

La vierge, à qui sulfit le plaisir d'être belle

Sous le soleil d'avril, Et la fleur qui referme un calice rebelle.

Soupçonneux du péril,

Sont l'adorable énigme où se fixent nos rêves

Et nos désirs errants, Quand nous voulons saisir au vol les heures brèves

Qui fuient sur les cadrans.

Le mystère voilé que la Femme et la Rose Réservent dans leur cœur.

C'est l'asile et le temple où l'Amour se repose, Invisible et vainqueur.

LITANIES EN L ' II 0 N N E U H D'UNE BRUNE ' 6l

Lorsque l'Amour est las de parcourir la terre

En de brusques sursauts, Et de meurlrir sa soif, que rien ne désaltère, Aux cailloux des ruisseaux;

Lorsqu'il a, loin des cicux, traîné ses ailes d'ange

Au hasard des chemins.

Fatigué do heurter la poussière et la fange

Et les péchés humains ,

Lorsqu'il connaît l'odeur du sang, le goût des larmes,

L'aiguillon du remord, Lorsqu'il a savouré l'angoisse des alarmes

Et l'horreur de la mort.

Il revient s'enivrer de vie et de lumière

Au refuge natal.

Aux sources dont il sait la clarté coutumlère,

La candeur de cristal.

11 élit une ileur, belle entre les plus belles,

Au jardin de Beauté ; Son choix, parmi les lys et les blancs asphodèles ;

A longtemps hésité.

S'il préfère l'orgueil de la rose superbe.

S'il s'arrête, ébloui, Devant celle qui mieux dresse au-dessus de l'herbe

Son limbe épanoui.

C'est que la rose est femme, et qu'elle est amoureuse.

Sous son air virginal, Et qu'elle resplendit comme une épouse heureuse

Qu'exalte Floréal.

C'est que, sur sa corolle où l'abeille empressée

Vient butiner le miel, L'aurore a distillé des perles de rosée

Où miroite le ciel,

LITANIES EN l'honneur D'UNE BRUNE 63

Vous, jeune fille aux yeux ardents, aux lèvres fraîches.

Au front casqué de noir, Vous no ressemblez pas à ces vierges revêchcs

Qui s'enferment, le soir.

Derrière les verroux, les judas et les grilles D'un cloître ou d'une tour.

Craignant que les galants, les lurons et les drilles Ne rôdent alentour.

Voire jeunesse rit dans l'éclat de nos fêtes ;

"^ ous dansez, vovis chantez ; Vous ne redoutez point, pour les formes parfaites

De vos calmes beautés.

L'audace des regards qui dénouent les corsages

Ni l'esprit indiscret Qui, dans l'aménité de vos paroles sages.

Cherche plus d'un secret.

Chacun peut admirer, à loisir, sous les branches Des lustres flamboyants,

Votre sein de déesse et l'orgueil de vos hanches. Sous les tissus brillants

Qui, pour mieux célébrer les trésors qu'on devine,

Découvrent tour à tour Et masquent d'un reflet soyeux la chair divine

Et le vivant contour.

Vous vous plaisez pourtant à rester solitaire -,

Votre cœur Indompté Aime le voile obscur et le troublant mystère

De sa virginité.

Belle par votre corps, plus belle par votre âme,

Par le i-ayonnement De vos traits ambigus, vierge au regard de femme.

Vous régnez doublement.

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