L K R Y T II M E D K L A V I E
L'Homme apparaît : voici qu'une flore nouvelle. Parure éclose aux flancs du sol transfisfuré, Fait, clans les steppes nus cpie le râteau nivelle, De la friche un jardin et de la lande un pré.
Quel minerai d'or vaut l'or dos moissons, gerbées Sous la faucille par les semeurs de froment P Mieux vaut le chaud rayon des récoltes coupées. Que l'éclat inutile et froid du diamant...
Défier le néant et recréer la Vie, Sans cesse rajeunir l'Etre multiplié, Offrir, avec l'encens de la terre asservie. Une fête idéale au ciel émerveillé ;
Illuminer la nuit, disperser les ténèbres. Vaincre la pesanteur et l'espace et le temps. Exorciser l'horreur des fantômes funèbi'es, Dérober de la flamme aux astres éclatants ;
Chercher la vérité, dissiper l'ignorance
Comme un fatal nuage étendu sin- nos yeux ;
Et, pour l'homme vieilli, faire une eau de Jouvence
Avec l'âpre sueur des grands fronts soucieux ;
Assurer, par la loi d'une nouvelle Bible, Un salaire terrestre aux humaines vertus ; Remplacer par l'accueil d'un Eden accessible Le mirage lointain des paradis perdus :
Vivre mieux, et donner l'essor à l'espérance Qui veut que la souffrante et noble Humanité Par un âpre chemin marche à sa délivrance Vers un haut idéal de paix et de bonté ;
Quel rêve 1 Les héros, les poètes, les sages Vont s'assembler en un cortège harmonieux. Afin de cheminer, comme autrefois les Mages, Vers l'étoile qui brille au plus profond des cieux.
Donc renonçons aux vains plaisirs, aux tristes fêtes Par qui le voyageur s'épuise à mi-chemin ; Et sachons préparer, pour monter jusqu'aux faîtes, Dans les sommeils du soir l'effort du lendemain.
Qu'une saluhre joie accélère l'élape !
Chantons, pour que nos pas soient vifs et cadencés ; Et, si quelque roquet hargneux clabaude et jappe, Couvrons par des refrains ses abois insensés.
Chantons ! que notre voix vibre dans l'air des cimes. Dès l'heure où le matin dore les rochers nus, Alîn que la gaieté des aubades sublimes Eveille, près du ciel, des échos inconnus.
L'univers est docile aux lois de l'eurythmie ; Tout se lueut en mesure; un céleste concert Fait graviter, au gré d'une immense harmonie, Les mondes entraînés dans l'espace désort.
Que l'ordre universel soit pour nous un exemple ! Imitons la beauté du poème divin :
Entrons dans la nature ainsi que dans un temple Où l'esprit s'extasie en des hymnes sans fm !
Le laboureur pousse, en chantant, son attelage. Et le sillon plus droit s'entr'ouvre au fer du soc ; Une chanson soutient le trouvère en voyage. Et le mène à son but. sans cahot et sans choc.
La vague, d'une vague incessamment suivie, Chante, avec la musique indécise du vent ; Chantons! Et que l'Art soit le rythme de la > ie. Pour l'artiste pensif, qui travaille en rOvanl !
Paris, lO avril 19...
RlîlSIGNATFON
Notre existence brève est le rêve d'une ombre ;
Nous marchons an tombeau par un brusque chemin,
La vie est un écLair clans l'immensité sombre; Vivre aujourd'hui, mourir demain,
Tel est le double aspect de notre destinée ;
Nos amours sont craintifs et durent peu d'instants; Le vent d'automne chaque année, Suit de près les fleurs du printemps.
11 nous faut résigner à la mort imminente ;
Dans nos plaisirs d'un jour il n'est rien qui ne mcnio:
L'inlmi n'entend point notre suprême appel ;
Rien ne répond à nos désespoirs, à nos larmes;
Et nous ressemblons tous à des guerriers sans armes,
Exilés sur les rocs d'un lointain archipel;
Bientôt le vent hurleur et les sombres rafales,
Eparpillant l'écume au tranchant des écueils,
Flagelleront l'effroi de nos visages pfdes.
Et la fragilité de nos tristes orgvieils;
Alors plus de lumière en nos yeux, plus de rêves
En nos pauvres cerveaux que martelle sans trêves
Le rythme atroce du flot noir; Les corps des naufragés s'en iront sur les grèves Chercher au sable aride un dernier reposoir, A moins qu'un fossoyeur, en quelque cimetière Empli d'âmes en peine et d'os inanimés. N'ouvre à notre destin la terre hospitalière Où nous pourrons du moins, dans une étroite bière
Dormir près de nos bien-aimés.
Melle, 28 juillel igoS.