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I. Pensées de l'empereur Marc-Aurèle

PREFACE

fidèle unira nos existences individuelles à la vie collective de la nation. Si l'antique laurier de l'Hymette attire encore les nouveaux poètes par son glorieux arôme ; s'ils s'enivrent d'enthousiasme dans les vignes de Dionysos ; s'ils se désaltèrent volontiers aux sources pures qui, là-bas, dans les pays d'héroïque et charmante mémoire, scintillent parmi les lauriers-roses, du moins ils ne voudront jamais connaître la saveur du dangereux lotus qui fit perdre aux compagnons d'Ulysse le souvenir de leur patrie. Ils voudront collaborer à la grande œuvre d'intellectualité, de moralité, de poésie que la France poursuit par un labeur séculaire. Puisse celte poésie, essentiellement française et humaine, nous aider à supporter, à aimer (presque) la fuite des années, la chute des feuilles, le rapide déclin des jours qui nous sont départis. La vie vaut la peine d'être vécue jusqu'au bout avec courage et avec cette sorte de joie qui vient de l'acceptation des lois universelles. De nouveau, voici que l'Art, — l'Art tout entier — sera mis au service de la Vie, — de la Vie tout entière. Grâce au sortilège de la gaie science, nous goûterons je ne sais quel arrière-goût de nectar et d'ambroisie jusque dans l'amertume des larmes et dans la tristesse des souvenirs! Cette poésie neuve sera, pour l'humanité, un réconfort d'autant plus précieux, qu'étendant

PREFACE

chaque jour son domaine et poursuivant sa conquête, elle découvrira, résumera, parmi le va-et-vient des choses et des âmes, les beautés éparses dont l'ensemble fera comprendre à notre esprit rassuré, à notre cœur apaisé la magnificence de l'Etre, l'allégresse de l' Action, la beauté de l'Amour et de la Mort.

Il faut chanter des chansons toujours nouvelles, afin de vivre avec eurythmie et pour mettre de la joie dans nos labeurs quotidiens. La caravane humaine a besoin de musique à toutes les étapes de sa route infinie. Jouons notre musique d'un jour sur l'éternel clavier. Chantons sous la rafale, dût notre chanson s'éparpiller dans la rumeur des bourrasques. La poésie sera pour nous une chanson de bonne route et d'heureuse traversée^ le long des sillons et au gré des flots, un délassement harmonieux, une consolation et une espérance, — le rythme de la vie.

Melle-sur-Béronne, jour de Pâques de l'année 1906.

PRELUDES

0 mon cher Socrale, couLinu;i l'élraugèie de Mantinée, ce qui peut donner du prix à cette vie, c'est le spectacle de la beauté éternelle...

PLATON, le Banquet.

... Nous avons donné le nom de musique à l'art qui, réglant la voix, va jusqu'à l'àme et lui inspire le goût de la vertu.

Im Atifani/ war (1er Rijlhmus.

Pour distiller le miel des divines paroles, J'ai choisi la saison où les prés sont en ileurs, Quand les amaryllis entr ouvrent leurs corolles Au vol étincclant des papillons frôleurs ;

Dans les jardins, parmi l'odorante corbeille Qu'Avril tresse avec les guirlandes du jasmin, J'ai suivi le frisson bourdonnant de l'abeille, Dont le sillage d'or m'a montré mon chemin.

J'entendais palpiter, dans les branches, la sève Puisée aux profondeurs du terroir nourricier; Je regardais frémir le bourgeon que soulève Un chaud désir de vivre et de fructifier.

Le jour limpide était embaume de cytise ; Les cyprès s'égayaient sous le ciel triomphal; C'était l'heure où l'azur des eaux s'aromatise Au frais eftluve des bouquets de Floréal.

Tout s'enivrait d'espoir : une lente rivière Promenait à travers ce décor enchanté La molle langueur de sa courbe aventurière Et le charme ondoyant de sa fluidité.

J'ai suivi le conseil d'aimer, que la campagne, Pleine de nids, prodigue au rêveur inquiet; Dans l'aube d'un matin candide, une compagne Vint à moi : son visage était clair, et riait.

Je la laissai passer pour en choisir une autre ; Les biens que l'on n'a pas semblent toujours meilleurs; Quel trouble en nos désirs ! Quel destin est le nôtre ! L'occasion nous tente, et nous clierchons ailleurs

Celle c[ui vint ensuite avait de la lumière Sur son front pur et dans ses yeux épanouis ; Mais mon cœur inconstant regretta la première. Et pleura des attraits si vite évanouis.

Je gravis des coteaux où des baltcmcnts d'ailes Mettaient une rumeur de jeunesse et d'amour : Salut au couple, uni par des anneaux fidèles ! Son bonheur resplendit dans la beauté du jour.

Au Paradis perdu, lorsque l'Homme et la Femme Goûtèrent la saveur de leur premier péché, Ils virent qu'ils avaient tous deux une même âme. Et qu'en eux un trésor immense était caché.

G L E R Y T II M i: DE LA VIE

Un indomptable espoir consola leur misère, Quand l'Epoux, enivré par le doux réconfort D'un regard plus profond, d'un baiser plus sincère. Fut indulgent pour Èvc, et se sentit plus fort.

L'Humanité, craintive et faible, voudrait croire Que l'invincible amour est vainqueur du tombeau ; Ilélas ! Chaque printemps voit renaître l'histoire Du mensonge éternel dans un cadre nouveau.

Car les fleurs durent peu... Brève est l'apothéose Des^ rosiers empourprés et des narcisses blancs ; Les corolles s'en vont, dans la métamorphose Des hivers engourdis et des étés brûlants.

Insensé qui se fie aux promesses rieuses Que la brise chuchote à l'ombre des forêts ! Tout périt, et les yeux d'azur des scabieuses Sont prompts à se ternir d'un voile de regrets.

Oh 1 pourquoi cet amas de poussière et de cendre Sur le foyer où meurt le reflet des jours clairs ? Le soleil monte au ciel vite, et doit redescendre Pour éteindre ses feux dans le gouffre des mers.

Nos heures de plaisir sont courtes et furtives ; Nous ne saurons jamais où le sort nous conduit; Notre destin oscille en des alternatives De joie et de douleur, de lumière et de nuit ;

Mais qu'importe la mort et cp'importe la tomhc. Et la caducité frêle des arjjres verts. Et la fleur qui se fane et la feuille qui tombe. Si l'Esprit souverain domine l'univers?

La lourde énormité du monde nous accable ; Mais le nain a vaincu le stupide géant : Gloire au génie hautain de l'Homme misérable, Qui confisciue la terre et dompte l'océan !

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