‹ Le rythme de la vieChapitre 61 sur 85 · CLAIR DE LUNE SUR LA MER · texte numérisé non relu

CLAIR DE LUNE SUR LA MER

Nuit transparente. Nuit très douce. Nuit d'étoiles Et d'arômes épars dans la tiède clarté ; Un cantique d'amour, une blancheur de voiles Montent du golfe pâle au firmament lacté.

Horizons bleus, dont la flottante perspective Ouvre les profondeurs vagues de l'Infini ; Mystère obscur où s'égare l'âme craintive Comme un oiseau qui tremble en s'envolant du nid.

CLAIR DE LUNE SUR LA MER ig3

Quel paysage étrange, impalpable, fragile!

La Nature s'évanouit dans l'irréel.

L'ombre endort le rivage et les champs et la ville

Aux bords de l'océan qui reflète le ciel.

Chaque étoile du haut des solitudes vagues Semble tomber dans les houles du gouffre amer. Et, jetant sa lueur à la cime des vagues. Fleurir en étincelle au jardin de la mer.

La lune blême est une lampe funéraire Qui veille sur la paix des cités et des ports. Comme si la bonté divine eût voulu faire Avec un astre éteint la lumière des morts.

Vois, au-dessus des champs et par delà les grèves Les sommets idéalisés dont le profil Flottant et vaporeux prend des formes de rêves Et s'atténue en un rayonnement subtil.

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On voudrait, dans ce clair-obscur, où la nuance Fond, disperse et dissout la ligne et la couleur Écouter en sourdine une douce romance, Écho presque effacé d'une ancienne douleur.

C'est l'heure où la réalité, divinisée.

Renonce à la rigueur de ses contours précis. Et c'est aussi l'instant fragile où la pensée S'achève et s'éparpille en songes indécis.

Les rocs et les maisons, les choses et les hommes Flottent d'un air spectral dans la molle vapeur ; On dirait je ne sais quel groupe de fantômes Qui surgit, disparaît, revient, s'éloigne et meurt.

Le clair de lune plaît à notre fantaisie, Il éloigne la borne où butaient nos désirs ; Notre âme, libre enfin, s'échappe et s'extasie Hors du cercle banal des coutumiers plaisirs.

CLAIR DE LUNE SUR LA MER IqS

Nous aimons, pauvres fous, complaisants aux mii'ages.

Cet élargissement du monde extérieur ;

Le vertige des eaux et du ciel sans nuages

Nous offre un double attrait de joie et de frayeur.

Nous espérons ainsi sortir de notre vie, Courir vers l'impalpable et vers l'illimité. Quitter la voie étroite et tristement suivie, Conquérir l'Infini, le Temps, l'Éternité.

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