DESTINEE
Nos yeux se fermeront; nos lèvres vont pâlir
La même profondeur de vide et de tristesse
Engloutit le pécheur avec la pécheresse.
Il fait noir. Le glas sonne... Horreur! Il faut mourir.
Cimetière de...
La chanson du flot qui déferle Est triste sous le ciel voilé ; La mer a des couleurs de perle, Mais le soleil s'en est allé.
Il se cache au fond des nuées En jetant de furtifs reflets Sur les vagues exténuées Qui jasent parmi les galets.
Une monolonc grisaille Assombrit la ville et le port ; L'anxiété du vent tressaille Dans les frissons de l'eau qui dort.
Parfois, un courlis en maraude Qu'énerve le bruit du jusant, Plane dans l'air, s'amuse, rôde.
Monte très haut, et redescend.
L'oiseau, de son aile frôleuse, Égratigne les flots berceurs...
Vois comme sa plume neigeuse Sur tout ce gris met des blancheurs !
Ainsi quand mon âme en détresse.
Qu'accablent la brume et les deuils.
Pleure ses rêves de jeunesse Et la mort des anciens orgueils,
Une lourde mélancolie Etreint mon cœur et ma x'aison ; Je demeure Inerte, et j'oublie L'éclat de la tiède saison.
Un brouillard voile les pensées (Qu'agite mon cerveau confus :
Feux follets, visions brisées, ^ ol de fantômes entrevus.
Mais, s'il m'arrive, sur cette ombre Où flotte un mystère brumeux, D'apercevoir, sous le ciel sombre.
Quelque chose de lumineux,
C'est que tes rêves blancs, ô femme, Planant sur mes pfdcs destins.
Prolongent au fond de mon âme Le rayon des joyeux matins.
ïu viens, quand ma douleur s'éplore, Me rendre un semblant de gaieté ; Le peu qui nie reste d'aurore Est un reflet de ta bonté.
Si la vie indécise et morne, Aux flots changeants comme la mer, Inflige à notre soif sans borne Le dégoût d'un breuvage amer ;
Si la sourde rumeur des foules Importune mon souvenir Comme la voix terne des houles Que je vois monter et mourir;
Si la menace de l'automne Ensevelit tous mes espoirs Dans un nuage monotone, Pareil au linceul des jours noirs ;
Alors, en cette solitude, J'attends le divin réconfort Que promet à ma lassitude Ton amour plus fort que la mort.
Amie au front calme et sans rides, Blonde au geste immatériel, Je vois luire en tes yeux candides Les claires étoiles du ciel ;
Et ces divines étincelles Planent sur l'horreur du néant.
Ainsi que la blancheur des ailes Sur le gouffre de l'Océan.