SÉRÉNADE D'ARRIÈRE-SAISON
La chanson de la mer pleure sous les étoiles ; Le flot, après le flot, glisse et meurt doucemenl La nuit endort la terre en de lumineux voiles ; La brise est une voix qui console et qui ment.
S'en aller d'un pays dont l'Ame vous fut chère; Quitter l'accueil riant du toit hospitalier ; Dire adieu, pour jamais, à l'heure passagère Où nos yeux ont revu l'horizon coulumier ;
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Sentir que quelque chose en nous est mort, peut-être, Que les échos aimés seront demain sans voix ; Et qu'on ne verra plus, en ouvrant sa fenêtre, Les grands arbres pensifs qui parlent d'autrefois ;
S'en aller, hésiter au tournant d'une route. Et suivre pas à pas un morne et long chemin, Etre le voyageur qui chancelle et qui doute, C'est le sort qui m'attend demain.
Je regarde trembler, aux pentes des collines. Les grands bois vaporeux que le lointain bleuit ; On dirait qu'un écho de frêles mandolines S'éveille, vibre et meurt pour enchanter la nuit.
Le vent chuchote une romance sans paroles ; Je vois, près des buissons, veiller les vers luisants, Et, tandis que s'en vont les dernières corolles. L'odeur des foins coupés monte comme un encens,
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Je regarde dormir la montagne et la plaine. Les érables, les ifs, les pins et les tilleuls ; La brise est une voix qui pleure, presque humaine : Une invisible main effleure les glaïeuls.
Las ! Déjà la saison amoureuse est finie ;
Un frisson fait trembler les bouleaux, chaque soir ;
Et l'oiseau, grelottant, contemple l'agonie
De la feuille qui meurt, collée à l'étang noir.
A présent, tout se noie en d'immenses ténèbres ; L'ombre du mur se mêle aux tiges des roseaux, La terre se recueille en des linceuls funèbres ; Les houles de la nuit ruissellent sur les eaux.
L'Océan ne dort pas ; il semble avoir une âme ; Et la vague, pâmée en un rythme d'amour, S'abaisse et se relève ainsi qu'un sein de femme. Joyeuse et triste tour à tour.
SERENADE D'AUIUERE-SAISON
Voici qu'à l'occident un nuage d'opale S'écai'te, l'évélant un disque d'argent clair ; La lune, œil de la nuit, regarde la mer pâle, A travers les rameaux que menace l'hiver.
Sous les rayons glacés de l'aslre taciturne,
Notre esprit est luoins lier, notre cœur, plus soumis
La lumineuse paix de la fête nocturne
Berce et calme, un instant, nos regrets endormis.
Dans les maisons, que baigne une lueur dinuse, L'humanité cherche un repos exempt d'émoi Et trouve, en un sommeil léger qu'un rêve amuse, Le bonheur d'oublier l'inéluctable Loi.
Malgré la sombre nuit, que hantent des fantômes, Je veux me souvenir, et savoir, et prévoir ; La chanson de la mer et la plainte des hommes M'ont parlé d amour et d'espoir.