J 0 A C H I .M DU BELLAY
JHalogue d'un Amoureiia; et d'Echo.
OIi ! l'amère douceur du baiser des adieux ! Je songe, maintenant, à ces J^elles années Qui nous ont prodigué des nuits passionnées, Des matins éclatants et des midis joyeux.
La lumière s'éteint, qui ravissait nos yeux ;
Les dernières moissons de nos champs sont glanées ;
Dans le jardin en deuil les floraisons fanées
Me parlent des soirs clairs et des jours radieux.
Aux promesses des fleurs bien fol est qui se fie. Qu'importent ces reflets, ces parfums et ces voix, Qui ne font qu'irriter ma peine et mon envie?
Rien ne remplacera l'inoubliable Amie,
La femme dont l'amour sait donner à la fois
Le désir de la mort et le goût de la vie
Déjà, sur le rivage abrupt, où chaque roclie En souvenir des deuils anciens porte une croix, La Nuit, lourde d'orage et grondante d'efïrois, La Nuit hallucinanle et perfide s'approche.
Une oblique lueur glisse, flolle et ricoche Sur le grès morne et sur la houle aux reflets froids Les chiens hiu-lent : parmi leurs lugubres abois, .l'entends gémir au loin une (nnèbre cloche.
Un brasier d'incendie empourpre l'Occident, La vague a des frissons fiévreux ; le jour ardent Jette, avant de sombrer, ime clarté magique.
Une immense blessure a saigné sur la mer ; Et je vois, comme au fond d'un mirage (P^nfer. Le soleil cliavirc dans l'Océan tragique.