‹ Le rythme du chant dit grégorien d'après la notation neumatiqueChapitre 16 sur 48 · V. Oradualis p. 61— 6i · texte numérisé non relu

V. Oradualis p. 61— 6i

vir

— — lu

— lem

Or la notation de Saint-Gall, comme celle du man. n® 121 d'Einsiedeln, qui lui est presque identique, nous donnent la ligne neumée suivante :

Ex.

"'■ JTJ^ ^ Uj ^ N

vir — — tu

tein

Le fa % devient donc possible, adouci par le fa \ suivant, celui-ci affirmé par le troisième fa tj précédé du quilisma bref, caractéristique dans

rimmense majorité des cas du Vj ton diatonique bref. Encore une fois la notation neumatique dévoilée remet tout en place.

Le manuscrit d'Einsiedeln remplace le ^ signe avec quilisma par un neume d'ornement qui affirme encore plus l'altération momentanée de ce fajf.

Ce signe d'ornement, que nous verrons dans le chapitre suivant, se traduit ainsi qu'il suit, et le commentateur [a pris soin de le surmonter de la lettre romanienne /, qui signifie « tractim » en tirant, sans presser, c'est-àdire € posément un poco ritenutoi^ selon Einsiedeln,

Ex. 180.

p. 68. du Man. lîl.

vir

— — — tu — tem

Ce qui revient au même, en plus orné.

Il n'y a véritablement qu'un mot pour qualifier la notation neumatique, elle est « admirable », et prétendre que son sens n'est que relatif, sinon nul, artistiquement, c'est nier le jour quand le soleil nous éclaire. Puissionsnous, nous-méme, ne pas nous heurter à un parti-pris d'école, en voulant éclairer d'un jour éclatant les arcanes de cette science très compliquée en apparence, très simple au fond.

Cet autre passage est tout aussi probant. Selon la notation bénédictine la mélodie serait :

Keames Boas-entendas.

Ex. 181.

Ôff. te VeriiÊLB méat»

St. QM p. SI.

Grad. p. [6].

Veri — tas — me — — — — a

La notation neumatique est heureusement là pour nous permettre de rectifier une mélodie si ridicule, avouons-le !

Ex. 182.

ibld.

Veri - tas — me — — —

C'est encore le Trigon qui nous permet cette restitution vraisemblable et au moins admissible.

rw^

L'ex, i3r est spasmodique et inacceptable; d'ailleurs la notation de Saint-Gall est là pour la rectifier, répétons-le à satiété, et chaque fois que de semblables passages se rencontrent dans les livres actuels, on peut être presque assuré à l'avance que leur notation est fausse. Tel est ce passage:

Neomes Boofl-entendas. ^

EX. 188. ^^^^^^= a«.. p. M.

a — do — — — rai

tandis que d'après Saint-Gall, c'est ceci :

Ex. 184. t /fp 4 r"r7r = ?E:pf"?"'»^ :=:===: st a«ii p. lo. a — do — — — rat

Ces syncopes bénédictines, qui n'existent pas dans le chant neumatique, sont antimusicales, antireligieuses, antiartistiques. C'est du spasme, rien de plus, et pour l'honneur des saints auteurs de ces mélodies antiques, reconnaissons que leur notation les met à l'abri de tout soupçon.

Il est un fait certain, l'homme chantant expressivement tend naturellement à chanter par degrés conjoints, V exagération du « conjoint » se trouve dans le chromatisme moderne, c'est le conjoint réduit à son intervalle le plus resserré, La mélodie par mouvements disjoints en est tout l'opposé et tombe dans l'inexpression, puis dans le grotesque. Jamais l'Art grégorien n'a seulement côtoyé ce bord dangereux.

En résumé, tant que les théoriciens actuels n'auront pas répondu victorieusement aux trois questions suivantes, en ce qui concerne le Trigon :

i** S'il est admis que tantôt c'est le demi-ton,' tantôt c'est le ton, et que rien ne l'indique, comment admettre qu'un mode de notation si imparfait n'ait pas été perfectionné pour lever tous les doutes?

2® Pourquoi avoir imaginé neumatiquement un mode de notation différent, si aléatoire, alors que cette nouvelle notation fait double emploi avec un groupe neumatique parfaitement clair? (celui de la syncope médiane).

3® Pourquoi avoir créé toute une classe de signes spéciaux, respectés scrupuleusement dans tous les manuscrits, si elle ne comblait pas une lacune certaine, dans la notation d'intervalles certains?

Nous serons autorisé à maintenir notre affirmation basée sur la notation et sur elle seule. Les pages qui précèdent en font foi et les exemples qu'elles contiennent corroborent notre assertion.*

d) TORCULUS RESUPINUS et dessins mélodiques dérivés (V. Tab. V^).

On a vu que le Torculus est un véritable podatus resupinus ; le torculus devient lui-même resupinus par l'adjonction d'une ou plusieurs notes en mouvement mélodique inverse du dernier dessin du torculus fondamental.

podatus t/ fj

podatus resupinus j^ fj f ou Torculus.

Torculus fondamental t/^ p f p

Torculus resupinus *^ ^^p ^

Les dessins similaires et dérivés, en partant du même principe de mouvement mélodique inverse post-adjoint, créent des « Torculus, double, triple, etc.. resupinus I » Les noms de convention sont peu usités.

Le principe créateur qui les forme étant compris, passons en revue les principales combinaisons, classées par rythmes similaires, selon notre méthode habituelle.

Rythme P.

Très fréquent. Exécution legato, nuance moyenne

simple resapinttfl de 4 notes

do de 5 notée

double reeapinne de 6 notes

Jî/I

do de 7 notes

Ex. 136.

i =ss= i

Ad te

— — di — cta Adducen — tur opéra — —

Off. u Ad te levavl »

St Qall p. 2.

Gred. p. 3.

A11.U lisetatiis siim ».

St. Gall p. t.

Grad. p. 5

TrsiCt. «Audi fille».

St, Qall p. 2S.

Grad. p. [61].

Off. («Dextera».

St. Gall p. S4.

Gtrad. p. 62.

double resoplnus de 8 notes

Quadruple resoplnus de 8 notes

sanc

-. lis

Off. «« MlrabI11s|>»

St. Gall p. 88.

Grad. p. [t4J.

Do - -

Grad. « Beata fcns ».

St. Gall p. 54.

Grad. p. 838

Certains de ces sortes de groupes se présentent, dans quelques manuscrits, divisés en deux neumes distincts. On ne doit voir dans ce procédé qu'un mode d'exécution local, c'est une question de goût. Néanmoins, et bien que ce [soit généralement le torculus double ou triple resupinus qui soit ainsi recoupé, le fait est plutôt rare.

Pour le 6* groupe ci-dessus, quadruple resupinus, c'est bien un seul groupe dans le man. SSç de Saint-Gall et dans le man. 121 d'Einsiedeln, page i55. Ce dernier manuscrit ajoute l'indication de l'exécution par / et c^ lettres qui signifient que ce groupe doit être exécuté moderato au début et plus vite ensuite.

La notation bénédictine, en le présentant ainsi :

Kenmes 8ous<entendn8.

Ex. 186.

T. p. 839 Gradualis.

ne paraît donc pas conforme à Tesprit de la notation neumatique, à respecter obligatoirement si réellement on veut rétablir le chant primitif dans sa pureté originelle.

Rjrthme n^.

Groupes ralentis, un poco marcato.

resuplnui ilmple

avec noten

pré-iOotttëe8.

resupinus doable

avec notes

pré-4^outëea.

resupinuB double

avec notes

post-ajoatëes.

Ex. 187.

po

— pulura

Grad. i<Tn esDeos».

St. Gall p. 32.

6rs4. p. 71.

qui — a

Tract M Commovlsti >i

St. Oall p. 31.

Orad. p. 68.

notes supposées T. 8.

Off. «Angelns»

S* rerset. «AUelnla»

St. Gall p. 78.

Grad. néant

Il est Utile de remarquer, à propos de ces groupes chargés de notes, qu'on rencontre dans certaines pièces des signes compliqués de dessins similaires et prêtant à doute, ou mieux à double interprétation. Il y a deux points à considérer pour éviter toute hésitation dans leur traduction :

i^ La ligne neumée de toute la pièce, parce qu'un groupe très chargé de notes et seul dans la pièce en question serait le plus souvent intempestif* ;

2^ Les concordances rythmiques des groupes voisins du groupe en litige.

On peut ajouter une troisième recommandation qui s'applique, d'ailleurs, à toutes les traductions de neumes : la confrontation de plusieurs manuscrits.

Tel est le groupe suivant:

yï^

Ex. 188.

Grad uÂéUotor in opportniiitatlbus ».

St. Gall p 29.

Est-ce bien la traduction réelle du signe composé? Disons de suite qu'elle ne l'est pas. En effet, si nous appliquons successivement les trois méthodes recommandées ci- dessus, nous constaterons :

11 jr en a des exemples,''cependant ils sont rares et trouvent une explication plausible dans les successions diatoniques qui les composent.

I® Que la pièce est relativement simple de groupes et qu'une semblable agglomération de notes sur un seul temps rythmique serait déplacée ;

2** Que, ce groupe serait isolé rythmiquement, parmi d'autres groupes de 4 sons se ^répondant mélodiquement ; présomption première que la forme générale dudit groupe de huit notes se décompose en deux figures de quatre notes, faisant concordance avec les dessins mélodiques qui les précèdent dans la pièce;

Enfin 3** si nous confrontons cette version neumatique avec celle du manuscrit 121 d'EinsiedeIn p. 81—82. Nous verrons que les 4 premiers traits sont' isolés avec leur nuances romaniennes caractéristiques, et que le groupe torculus resupinus culminant est également isolé. Notre présomption première se change en certitude, ce sont deux groupes distincts et la pièce grégorienne est parfaitement équilibrée !

Cette confrontation nous permet de voir, une fois de plus, combien la notation neumatique est parfaite! En effet, le premier groupe de quatre traits superposés porte dans Einsiedeln 2 lettres romaniennes, m s'appliquant aux deux premiers traits inférieurs, et / aux deux traits supérieurs. Regardons maintenant le manuscrit de Saint-Gall, nous verrons précisément le groupe de quatre traits, séparé en deux subdivisions, correspondant aux deux subdivisions de nuances m et /d'EinsiedeIn.

Aucun doute n'est plus permis'et'la traduction rigoureuse s'impose ainsi :

EtISQI vu" ' """ ^l — '^ — ^^ ^— ' ^ ' — Tk ♦ Orad. p. «3.

I,x.is9 . .fa - ,^,^=:^:f:ippi,z^3^ig:pi^gi= «te. gt. Gau p. «

mine

Nous ne devons pas laisser passer un tel exemple sans constater le mode nouveau de notation du scandicus tout en traits superposés quand tout le membre de phrase est largement déclamé ^allargando maëstoso^ et que le scandicus — ou le podatus dans certains groupes — est tout entier composé d'intonations inférieures à celles du groupe qui le suit.

La ligne neumée ci-dessus off"re un modèle parfait de ce genre de notation.

* Voy. Ex. 169., p. 90, exemple similaire.

Rythme m*.

Groupes avec note finale liquescente ^ Ils sont assez fréquents.

ResaptnttS simple <^

Ex. 140. F

AI — tissimus Yir — tutem et — veni plau — dite rctror — sum

Qrad. uSchnt

ffontçgo.

Bt Gall p. !fO.

Orad. p. G7.

Gmd. hTu os Deus»

St. Gall p. 82.

Grad. p. 70.

Grad. oQnlScdea».

8t. Oall p. 4.

Ail. «Omncs

eentes».

St. Gall p. 127 '

Grad. p. 311.

Gom. (( Erubeseant »>.

8t. Gall p. 41.

Grad. p. 94.

/fo

Double rcaapinns.

Ex. 141.

îJ:J-.i^t J J^i^

Vir — gîncs An — gcli Ser — vura filiura ~ — Confundentur —

Off. «Afferentur

reff l •>.

St. Gall p. S.

Grad. p. 409.

Int. «Gaudeamus»

St. Gall p. SO.

Grad. p. 408.

Grad. «Salvum fac

serviim >i

St. Gall p. 41.

Grad. p. 93.

Int. ((Gaudeamus».

St. Gall p. 26.

Grad. p. 408.

Grad. h Univers!

qnl teti.

St. Gall p. 1.

Grad. p. S.

Peut-on admettre un seul instant que ces signes neumatiques soient écrits tels que nous les voyons dans les manuscrits sangalliens, par pure fantaisie de copiste? Et s'ils n'ont pas la signification que nous leur attribuons logiquement, peut-on admettre que la notation bénédictine respecte la pensée de l'auteur en les transcrivant comme il suit, alors qu'ils sous-entendent les neumes simples que nous leur juxtaposons : (comparez avec l'ex. 141)

Neumes

sons-entendus

noL Bënëd.

Ex. 142.

iVi/

En présence d'une notation aussi claire, il peut paraître étrange que le copiste sangallien ne s'en soit pas servi de préférence à celle que nous trouvons dans son manuscrit; s'il ne l'a pas employée, c'est que cette

if

^ Cette liquescence finale est à peu près impossible à rendre dans les groupes «double resupînus ». C'est plutôt le rendu graphique du mouvement de la langue à l'émission de la consonne qui est noté ainsi. On la fait donc inconsciemment, plus ou moins.

•vï

iiotatioii, comme on peut le constater sans effort, ne traduisait pas la pensée de l'auteur.

Rythme IV".

La première ou une des premières notes est brève.

/f wî/ -f .-^ 1 --^ *-^^ ,-^ -* -

plaudi — le

i.l AU. «iiiiiDU I

Rythme IV»»>'».

Groupes composés d'éléments des R. 3° et 4°, c'est-à-dire d'un certain nombre de notes coulées précédées d'une brève et suivie d'une liquescente.

La traduction des groupes du premier type A demande beaucoup d'attention, le signe neumatique est quelquefois employé pour le scandicus liquescenf (v. p. Sg et suiv.).

Rythme IX".

Les groupes classés Rythme 9* sont de nuances variables; ils sont peu fréquents et se présentent généralement sous la forme suivante :

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