‹ Le rythme du chant dit grégorien d'après la notation neumatiqueChapitre 34 sur 48 · C. Séquence · texte numérisé non relu

C. Séquence

Ex. 267.

' ^ = ^^^^^ --iP g^

-etc. Qrad. p. S07.

Vic-ti-mae pa-scha-Ii lau-des im-mo-Ienl christi - a - ni

II est d'usage de chanter chaque note des groupes, en leur donnant la même valeur de durée que celle qui est attribuée aux notes isolées^. En d'autres termes, il faudrait dans les deux premiers exemples A et B remplacer toutes les croches par des noires! Est-ce rationnel? Non, à coup sûr

La notation neumatique est là pour prouver le contraire ; et à son défaut la pureté de la déclamation s'y oppose formellement.

C'est cependant la pure théorie bénédictine ^ et ce n'est pas la seule fois que l'on regrette de la prendre en défaut.

Ici ce défaut est capital. La base même de l'art musical grégorien est fausse.

Il faut bien se convaincre que, dans tout groupe de 2, 3, 4 notes, une seule est réellement mélodique, les autres sont les ornements de la pre-

mière. (Voyez ex. 281. Hymne aPange» mots uLauream certaminisn et uarbor una nobiliso,)

Tout groupe se fond, par conséquent, en une inflexion d'une durée d'émission égale à la durée d'une note isolée ; il n'y a, en d'autres termes, que des notes temps rythmiques, les unes sans ornements, les autres avec ornements ^

Chantées selon ce principe, les antiennes sont souvent ravissantes de pureté ; la ligne mélodique est ciselée à jour, c'est de la dentelle musicale. Seraient-elles laides, d'une laideur exagérée, que nous n'en maintiendrions pas moins notre théorie. Ceci est pour répondre par anticipation à l'objection usuelle : « Ce n'est pas parce que la mélodie reconstituée est jo/ie, qu'elle est vraie. »

* Et l'on ne paraît pas s'apercevoir que l'on chante ainsi, exactement comme on l'a toujours fait depuis deux cents ans! La seule différence consiste dans le martellement que l'on prend soin d'éviter. Cela paraît insuffisant.

* Voy. Tribune de Saint-Gervais^ 2* année, n© 12. Conférence du R. P. Dom Mocquereau. Le Rév. Père confond la lettre et la syllabe. Une syllabe peut être composée d'une seule lettre aâ'me», mais une lettre n'est pas obligatoirement une syllabe. Delà, son erreur!

3 Ce sont des syllabes musicales, on l'a dit au chapitre des temps rythmiques; syllabes

composées d'une, deux, trois notes, comme les syllabes littéraires le sont, d'une, 2, 3, 4, S,

6.... lettres: à, tUy toi^ nous, chant ^ prompt. Dans le groupe musical, la note pivot est en quelque sorte la voyelle de la syllabe ainsi formée. Changez cette voyelle, le sens est autre.

is

Nous nous appuyons uniquement sur la notation, on le sait.

Pour que la théorie des notes égales ait une apparence de raison, il serait nécessaire que les groupes fussent écrits spécialement sur les syllabes toniques des mots du texte. En ce cas, on pourrait soutenir que les compositeurs primitifs ont voulu traduire par un mouvement mélodique long la syllabe accentuée tonique du mot, en confondant ainsi longueur d'émission avec force d'émission ; mais il n'en est rien. Bien au contraire, la syllabe accentuée est généralement exprimée par une seule note, tandis que la syllabe atone qui la précède et celle qui la suit, le sont souvent par des groupes. Ce groupe placé sur la syllabe atone précédant l'accentuée est généralement un podatus; c'est Y élan préparatoire de l'inflexion sostenuto suivante :

Ex. 268.

' ^ S— rn

n de— lis

Dans le cas où le groupe est placé sur la syllabe atone qui suit la syllabe accentuée, c'est généralement le groupe «clivis», marquant ainsi la chutef le diminuendo de l'inflexion tonique :

Ex. 268 b««.

fi « de - lis

Dans aucun cas, la déclamation ne peut être bonne si Ton émet:

OU

fl — de - lis

fi - de - lis

parce que c'est à contre-sens d'accentuation.

Fixons dans notre mémoire : i° qu'un groupe est une note, c'est-à-dire un temps rythmique; 2® que toute notation primitive neumée a un sens certain, n'en a qu'un et n'est pas une simple fantaisie calligraphique, comme nous le lisons dans certains ouvrages.

— igS —

Seconde forme d'art.

C'est la forme grégorienne pure que nous abordons, et comme telle la plus intéressante archéologiquement, et même musicalement, parce qu'elle fut créée pour un but défini, et que jamais on ne paraît avoir tenté d'en reprendre les procédés en vue d'une application nouvelle. Chaque syllabe du texte est exprimée :

1° soit par une seule note ;

2? soit par un seul groupe, cas de beaucoup le plus fréquent; 3® Soit par plusieurs groupes tout à fait passagers et rares.

Ces groupes de surplus sont généralement commandés par le sens mélodique de la phrase ou par une nécessité de concordances rythmiques, ce qui revient à peu près au même. On Ta vu (ex. 257) sur la syllabe «^^» de la phrase ^Dominus enim prope

est, dont le deuxième groupe est commandé par la symétrie du dessin et le sens mélodique, pour faire équilibre au groupe traduisant la syllabe €pro ».

Cette forme de composition est le propre des Introïts et des Antiennes fleuries, de certains offertoires, traits, répons et communions, enfin des deux seules hymnes notées neumatiquement dans le manuscrit 339 de Saint-Gall.

Le rythme des hymnes est très controversé. Fidèle à notre principe, nous concluons d'après ce que nous lisons dans la notation neumatique.

L'Introït suivant est le type parfait de ce genre de pièces. On sait que rintroït est une antienne fleurie.

Introït ^Gaudeamus"»^. Saint-Gall, p. 26. Einsiedeln, p. 74. Gradualis, p. 408.

t/^ • fi t/i ^ t/^ /l a^

Ex. 269.

-rit.

^^^Sl^^^

Gau-de-a — mus om — nés

in Do —

mi

— — no. — di-

Li=^

nzzx

em

fes -

tum

ce - le

bran - tes

sub ho -no —

ro

* Le texte nouveau contient une variante sur Tancien, aux vc\ok% mbeaiœ mûriytisn.

— IÇÔ —

he-a-tœ A — galh» Vir

gi - nis

et Mar - ty - ris:

, allarpr. raolto

de eu — rit. ,

jus pas-si -0 —

QC

gau — dent An — — ge — — li,

et col-

ail. 3 molto

rit. Var.A. St.Oall.

lau — dani Fi — li-um

De — i

A-gatlix

Marly — ris

L'Antienne de procession suivante (Fête de la Purification de laB.V. M.) est dans le même genre :

St. Oall p. 25.

Qrad. p. 401.

Ad — or — na tlia — la-muni, tu — — um. Si — —

on,

3~~g" "ÊTt-f

et sus — ci-pe re — gem Chris — — — tuni am-plec-le-re Ma —

I fir\ I

rit,.

B-» r 4 rr- y

±rb:[:d

, Rllar^.

-etc.

n — — — am

quœ est cœ-les — — (is por — ta

Avant d'aller plus loin, remarquons, — - et nous aurons l'occasion de faire la même remarque pour chaque pièce, — la netteté des syllabes musicales s'assemblant en mots musicaux coïncidant exactement avec le mot du texte qu'ils traduisent un à un; cette netteté de séparation avec arrêt

imperceptible entre chaque mot d'un même membre de phrase est spécifiée par Guy d'Arezzo (Microl XV, 2) « syllaba vero compressius ». Puis, chaque membre de phrase principal est nettement défini par le groupe final clivis rallentendo (Rythme II® du Tableau général), l'arrêt est demi-long, sans exagération, « Ténor vero, id est mora ultimœ vocis, qui, in syllaba quantuluscumque, est amplior ia parte. . . »

On aurait tort de chercher dans la mélodie grégorienne les sensations éveillées en nous par notre musique moderne. Le chant antique est tout autre; son rythme, ses formules mélodiques, ses tonalités n'ont aucun rapport avec les nôtres. Il est le reflet de sensations tellement pures, tellement au-dessus de notre humaine et charnelle nature, que ce qui est Tâme de notre art moderne en est exclu naturellement, non par des règles de composition, mais tout simplement par intuition religieuse.

Considérée au point de vue des notes, la mélodie paraîtra monotone ; mais placez-la dans son milieu, c'est-à-dire à l'église, à sa place dans l'office dont elle fait partie intégrante, les sensations éveillées en nous seront tout autres. A ce sujet, on ne saurait trop s'élever contre l'usage des auditions données dans le but de faire connaître ces sortes de pièces. Ce ne sont pas des œuvres de concert dit spirituel, et comme telles, elles doivent être réservées pour les cérémonies en vue desquelles elles ont été écrites ou adoptées après épuration.

Les traits, répons, offertoires, communions ne peuvent être classés d'office parmi les pièces de seconde forme d'art.

Si quelques-unes d'entre elles, telles que :

le Trait « Domifie non secundum », Gradualis, p. 77, le Répons Emendemus)^, d®, p. 75, l'Offertoire ^Improperiumi^, d**, p. 168, la Communion « Jérusalem surge-», d°, p. 6, en ont tout le caractère, par contre un plus grand nombre d'autres sont tellement ornées que la troisième forme s'impose.

A vrai dire, ces quatre sortes de pièces empruntent la forme transitoire entre la déclamation musicale des Introïts et la musique fleurie des Graduels.

Nous allons donner la Communion « Jérusalem surge », qui nous permettra de placer une remarque immédiate.

Remarque. Dans la plupart des pièces, il y a une double barre marquant un arrêt de la mélodie, aussitôt après le premier mot, c'est Y Intonation.

Le procédé n'a rien de mauvais en soi, lorsque le dernier groupe exprimant la dernière syllabe du mot d'intonation est une noie seule (une note seule est un groupe sans ornement), comme nous le voyons dans l'Introït « Gaudeamus-» et l'Antienne ^Adorna-^, qui précèdent. Le repos court est possible, quoique la phrase soit coupée^ puisque ce premier mot appelle les suivants. Mais, lorsque le premier mot est terminé musicalement par un groupe véritable, comme dans la Communion ^Jérusalem surge » *, il y a contre-sens mélodique flagrant et l'effet en est fâcheux. Le sens des paroles n'est complet que si l'on déclame ^s^ Jérusalem surge^,.., et sta in excelso-». C'est du moins ainsi que l'a compris le compositeur lui-même, la notation neumatique le montre, le repos se faisant après la syllabe «^«r-ge».

Tous les groupes de ce membre de phrase sont notés « nuance maèstoso allargando^ pour mieux faire sentir l'élan ^Jérusalem, lève-toi!^\ la notation est admirable dans cette pièce.

Ex. 271.

Eiusiedeln.

St.GalLp. 3.

Grod p. 6.

dH • molto allars.

Èf^J^i^

- j>;^^. îrJ^- ^=J»j^"B =5^*^^

Je

ru

sa - lem

sur — ge et

sta

in ex-cel-

rit, 9 allarg .

ôO et vi —

de ju—cun — di— ta — tem quas ve — ni-

— bi

tu — — -

Note. -^ En changeant nn seol groupe, on obtiendrait la meaore 3/4 modemo parfaite

Abordons enfin les hymnes. Sujet controversé, s'il en fut, dans la question « rythme » du chant antique.

Deux écoles sont en présence. L'une, non-mensuralisle, la Bénédictine; l'autre, mensuralisle, représentée par bon nombre de musiciens? Il ne nous

* Ce groupe est même terminé par un ornement. Avec l'exécution actuelle, il n'y a pas d'inconvénient, parce que l'on s'arrête sur la dernière note, sans souci du neume lui-même!!

appartient pas de les départager, suivant notre goût — ou notre inclination personnelle. — Nous nous honorons de connaître les érudits de chaque école; leur personnalité est au-dessus de la question.

Le manuscrit SSg de Saint-Gall contient seulement deux hymnes : le « Pange lingua gloriosi^ lauream .. » et le « Gloria, laus et honor. . . » Le manuscrit d'Einsiedeln contient les deux mêmes, et en plus, le cantique: « Benedictus es ». La notation neumatique des deux premières est identique dans les deux manuscrits; le système de notation est le même que pour toutes les autres pièces des recueils ; conclusion : Ces hymnes sont écrites en rythme libre, prose musicale, comme le reste. Ce que nous avons déjà objecté aux mensuralistes des pièces sur textes-prose, s'adresse de tous points aux prosodistes, à savoir que, pour trouver dans la mélodie le décalque du rythme prosodique conventionnel, il faut ne tenir aucun compte de la notation neumatique.

Ce simple fait se passe de commentaires. Nous ne rechercherons même pas si, au point de vue de la saine déclamation, il est raisonnable de prétendre qu'il faille, ou simplement qu'on puisse marteler les pieds métriques selon leur constitution conventionnelle de longues et de brèves. Ces rythmes populaires, — de danse, disons le mot, — ont été employés dans les proses ! Excusons leurs auteurs, mais ne cherchons pas dans les hymnes l'emploi du même procédé, pour l'honneur de l'art et pour celui des compositeurs primitifs. Constatons ce que nous voyons, rien de plus.

A moins que la notation ne nous montre le rythme mesuré concordant avec le rythme prosodique, nous ne pourrons l'admettre ; et elle ne nous le montrera pas; non parce qu'elle est impuissante à traduire ces rythmes créant une mesure régulière, nous croyons l'avoir démontré, et le démontrerons de nouveau dans les pages ci-après, mais, parce que, le pouvant, rien dans les manuscrits ne permet de supposer qu'il en ait été ainsi.

Que nous dit la notation neumatique?

Prenons un exemple. L'hymne ^Pange lingua gloriosi, lauream certaminis, . . » se présente comme il suit dans le manuscrit n** 889 de Saint-Gall :

Ex. 272.

Pange lin - gua glo-ri— o — si lau-re-ain cer — ta -mi — nis

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