V. TratL
On sait que le Trait remplace, dans la liturgie, TAlleluia momentanément supprimé dans les temps de tristesse et de pénitence, principalement pendant le Carême.
La forme musicale du Trait est assez complexe. Sa caractéristique est l'emploi d'un certain nombre de formules revenant dans chaque verset à place fixe ou peu s'en faut; ces formules s'allongent ou se raccourcissent selon le nombre de syllabes des mots à exprimer; enfin ces formules hachent la déclamation du texte de telle sorte que, si à proprement parler elles ne sont pas des vocalises pures, du moins elles introduisent constamment dans la pièce des digressions musicales qui détruisent le principe de la déclamation syllabique. Comme telles, ces œuvres sont assimilables aux pièces fleuries.
Les Traits sont tous écrits dans le deuxième ou dans le huitième mode.
Donnons de suite le Trait ^Deus, Deus meusy^ du Dimanche des Rameaux. Il est célèbre par sa longueur, mais il mérite de le devenir, à plus juste titre, par son sentiment très élevé artistiquement.
Ces paroles sont en quelque sorte la paraphrase des paroles de désespérance tombées des lèvres du Sauveur, du haut de la Croix: « Eli, Eli, lamma sabachtani » == « Deus, Deus meus, . . quare me dereli-
quisH. »
Cette désespérance est traduite ici d'une façon admirable et poignante. La longue supplication, que rien ne peut déceler dans les éditions actuelles., est représentée dans les neumes par une notation qui ne prête à aucun doute.
Ceux de nos lecteurs qui seraient désireux de connaître l'exécution de cette phrase selon la méthode bénédictine la trouveront dans le volume du R. P. Lhoumeau (Rythme du chant grégorien, p. 199).
Ex. 299.
St. Oall p. 65.
Grad. p. 161. -
De - us
écho w mf Hten. ,
— Le verset « Longe » suit.
qua - re me — de — re — li — qui ~ sti.
Cette pièce est du deuxième mode. Presque tous les traits du deuxième mode dérivent d'un thème initial qu'il ne serait pas malaisé de dégager.
L'intonation (ici le mot « Deus ») varie d'une pièce à l'autre, selon l'idée du compositeur, d'après le nombre des syllabes à exprimer, et parmi ces syllabes, d'après la place des accentuations toniques. La même mélodie ne se retrouve donc pas identique dans deux pièces.
Voici quelques-unes des variantes les. plus usitées de l'Intonation cidessus ;
Grad. p. 164. St. Gall p. 65.
De-H8 Grad. p. 188. St. Gall p. 70.
jV
J^ yû /.^
E - ri - pe — me
— — Do — mi
ne —
Qnd. p. l«e. 8t. OiU p
^^^gl^-fe^P^^JS
On remarquera des petites variantes neumées d'une version à l'autre ; elles affectent la nuance, non le rythme. Telle nous voyons cette mélodie s'étendre ' selon l'idée du compositeur, telle nous allons la voir se varier à l'infini dans les versets que nous donnons ci-après.
Pour faciliter l'intelligence du travail d'adaptation, nous superposons les versets les uns au-dessus des autres, de telle sorte que toutes les formulestypes se retrouvent ensemble visibles à première vue.
Ces formules sont au nombre de deux, principales. Elles terminent le premier et le dernier membre de phrase. Dans certains versets, la formule finale elle-même subit une transformation et s'étend quelque peu. Enfin plusieurs autres courtes formules se retrouvent dans l'un ou l'autre verset, mais sans place fixe.
En résumé, la mélodie complète d'un verset se compose de t i" deux formules -types formant conclusions des deux membres de phrases, — sortes d'hémistiches du verset entier; 2° de courtes formules placées dans le corps des membres de phrase ; 3" de divertissements, variés d'un verset à l'autre et d'une longueur indéterminée, mais ayant tous entre eux une affinité indéniable permettant d'affirmer l'existence d'un thème initial — à découvrir — ayant servi de base aux développements de la composition entière.
' Voyei ex. aûo. Emploi du même procéJiS.
Enfin, les formules-types sont généralement employées pour traduire une syllabe accentuée et sa chute. L'adaptation est très bien faite et ne paraît jamais à contre-sens du texte. Nous devons y voir la preuve d'un enseignement classique, la forme adoptée étant différente de celle des Graduels et Alléluias.
Dans le Graduel, la mélodie marche droit devant elle, sans se répéter. Dans l'Alléluia, la vocalise alléluiatique se répète à la fin du verset, comme formule de conclusion. Dans le Trait, c'est un thème initial brodé et varié de verset à verset, mais généralement sans reprise ni rappel d'aucun motif. (On en trouve un seul exemple dans le 2*^ verset ci-contre.)
Une telle mélodie est -elle expressive? est-elle religieuse ? Deux questions que le lecteur ne manquera pas de se poser à la vue du déploiement de luxe vocal répandu à profusion dans le Trait « Deus, Deus meus,,. » qui suit. Ces deux questions se présentent toujours d'ellesmêmes à l'esprit pour chacune des mélodies.
Pour bien juger de ces mélodies, il faut se reporter par la pensée à l'époque de leur mise au jour et ne pas établir un parallèle entre elles et nos œuvres modernes. Bien plus, on ne doit pas envisager les mots « expressif 1^ et « religieux » dans leur acception actuelle.
L'expression réside pour nous dans les successions de notes employées, conjointement avec le mouvement rythmique général de la phrase. Dans Tart grégorien, l'expression réside surtout dans le mode employé et fort peu dans les successions mélodiques, bien que l'on sente, dès cette époque, l'évolution de l'inspiration; il en est bien ainsi dans le Trait « Deus » dont l'expression ne se dégage pas du rythme lui-même.
Le caractère religieux, à son tour, réside pour nous dans le calme, la gravité et l'onction de la déclamation, abstraction faite du rythme général aussi bien que de la tonalité employée, majeure ou mineure. A notre point de vue moderne, la mélodie grégorienne est à l'antipode de l'idéal que nous nous faisons du « religieux » dans l'art. L'exubérance vocale de la mélodie grégorienne est le reflet d'un état d'esprit différent du nôtre, et comme telle, il n'y a pas de comparaison à établir entre deux productions musicales d'époques différentes et surtout de culture artistique diamétralement opposée l'une à l'autre.
Ex. SOI.
Trait.
jeryt
Lon —
Tu —
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E - go
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Spe - ra
Ip - si ve —
Li — be — ra nie —
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