‹ Le rythme du chant dit grégorien d'après la notation neumatiqueChapitre 46 sur 48 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Notre conclusion sera brève.

D'une part :

V* Nous croyons avoir reconstitué irréfutablement le rythne primitif des mélodies dites grégoriennes, et, ainsi, avoir satisfait au vœu exprimé par les R. P. Bénédictins de Solesmes, dans l'Introduction générale de la Paléographie.

« Encore aujourd'hui^ disent-ils, nous pouvons ajouter que les neumes de ce manuscrit (Saint- Ga/l) sont loin cT avoir livré tous les secrets quils contiennent^ spécialement au point de vue du rythme des xnôlodies. » (Paléog. T. i, p. ii.)

IP Nous croyons avoir démontré, par l'analyse minutieuse des formes graphiques des neumes, qu'ils indiquent les nuances les plus délicates de la mélodie, répondant ainsi à ce qui n'était qu'une espérance vaguement formulée par les mêmes Pères :

« Bien plus, ajoutaient-ils, une étude très attentive et minutieuse de ces neumes nous fera découvrir, pour nous guider dans la pratique même du chant, les nuances d'exécution les plus délicates, » (Paléog. T. i, p. 25.)

III" Nous croyons avoir démontré la possibilité, pour les chanteurs de la grande époque, de lire couramment dans les neumes, « le rythme "* ia nuance, toujours », avions-nous affirmé nous-mème « ex professo » da notre étude préliminaire .

— aSg —

JD^autre part:

En ce qui concerne l'Art idéal en lui-même, pris dans son ensemble et non plus dans ses détails :

I^ Nous croyons avoir montré clairement la constitution de la phrase grégorienne^ et son mode d'exécution ; confirmant en ceci la prévision des R. Pères:

« // n'est pas impossible ^ croyons-nous , à notre époque de surpasser les écrivains du moyen âge dans, l'exposé théorique et scientifique du chant grégorien, et de donner avec plus de sûreté qu'eux-mêmes les règles qui ont présidé autrefois à la formation de la phrase mélodique, comme à son exécution. * (Paléog. T. i, p. 25.)

11^ N'ayant rien tiré de notre propre fonds, rien imaginé ni fixé de notre propre autorité, pour asseoir un nouveau système abritaire, préconçu, nous croyons avoir montré, conformément à l'assertion des Pères, « que les règles traditionnelles2d' écriture et d'exécution du chant grégorien sont gravées pour ainsi dire dans les mélodies elles-mêmes, dans la structure de la phrase grégorienne^ dans les groupes de notes, dans les traits ou signes supplémentaires que certaines familles^ de manuscrits nous ont conservés avec soin, » (Paléog. T. i, p. 3i.

Enfin, pour en finir, nous pensons pouvoir dire que nous attendons avec calme « l'épreuve de confrontation » de notre méthode d'interprétation et de traduction « avec les manuscrits neumés, seul moyen efficace et décisif de distinguer, dans les différents systèmes proposés jusqu'ici, ce qu'il y a de trop personnel et d'inexact^ pour ne laisser subsister que la part de vérité et de tradition qu'ils contiennent^ » dit encore la Paléographie. (T. I, p. 3i.)

On a pu juger si quoi que ce soit de personnel dans l'interprétation des signes, à'inexact dans l'observation des principes fixés « ab initio » par nous- même, s'est glissé dans notre œuvre. On jugera en dernier ressort laquelle contient la plus grande part de vérité: de notre œuvre, reposant sur une interprétation rigoureuse, — sans aucune exception, toujours semblable à elle-même, — de tous les signes neumatiques, ou de celle des »éoriciens actuels, qui, ne tenant aucun compte des manuscrits neumés,

^ Manuscrits sangalliens à lettres et signes romaniens.

cherche une interprétation plausible d'une ligne mélodique fautive copiée, ou compilée, sur les livres du moyen âge.

Le lecteur jugera et tranchera finalement la question de savoir : quelle théorie a pour elle d'être la traditionnelle^ remise au jour: de celle qui s'appuie uniquement sur les plus anciens manuscrits neumés, ou de celle qui, écartant ces monuments, ne peut s'appuyer que sur une théorie postérieure de cinq siècles au moins à l'époque de la culture du chant qu'elle tente d'expliquer!

Terminons. Comment la restauration actuelle, qui s'était annoncée il y a dix ans, avec de tels pressentiments de la vérité à découvrir, avec de telles garanties d'impartialité et d'appoint scientifique, a-t-elle pu s'égarer théoriquement et pratiquement au point de s'abîmer dans le néant ?

Nous nous le demandons avec une réelle douleur. Mais les faits sont là, écrasants, indéniables. Tout fut entrevu dès l'abord, avec une justesse de perception tout à fait remarquable, rien n'a abouti; après dix ans d'efforts on est plus loin du but que jamais, la théorie enseignée aujourd'hui étant la négation de tous les principes posés à l'aurore de la restauration !

Restaurer le chant, selon nos principes, — auxquels on ne déniera pas une base scientifique solide, — nous paraît, avouons-le, difficilement réalisable universellement. Trop de fois nous l'avons laissé pressentir dans le cours de cet ouvrage, pour que l'aveu final nous coûte.

Nous avons entrevu, dès le début de nos travaux, cette quasi-impossibilité.

Etait-ce une raison pour nous arrêter au seuil de nos recherches? Nous ne l'avons pas cru; et poursuivant nos investigations jusqu'à la fin, nous conservions du moins l'espoir de révéler la forme inconnue de l'Art musical cultivé du IIP au X* siècle.

L'avons-nous révélée?

Nous en avons la ferme conviction.

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