ENCHAINEMENT DES GESTES
Les rapports réciproques des éléments constitutifs de la plastique animée forment le phrasé du mouvement.
En musique, la phrase est un assemblage d'éléments s'appelant les uns les autres. Elle possède en elle-même un sens plus ou moins complet. Dans la plastique animée nous dirons de même que « tout ensemble de gestes logiquement enchaînés constitue une phrase ». Autrement dit, si deux gestes sont la conséquence l'un de l'autre, ils forment une phrase.
Prenons comme exemple le mouvement que fait le bûcheron. Pour que ces deux gestes : lever les bras et les laisser retomber, ne forment qu'une phrase, il faut que le premier geste soit la préparation du deuxième et que le deuxième soit le résultat fatal du premier. Il suffit qu'il y ait une interruption, si courte et si imperceptible soit-elle, entre ces deux gestes pour qu'ils ne constituent plus une mais deux phrases, sauf, cela va sans dire, quand l'interruption n'implique pas un repos et que le corps reste pour ainsi dire en suspension. (Nous reviendrons sur ce cas un peu plus loin.) Du moment qu'il y a interruption de mouvement, il faut une volonté pour recommencer à se mouvoir, et cette volonté ayant comme caractère principal d'être indépendante des mouvements précédents, peut se manifester à n'importe quel moment, sans préoccupation du mouvement précédent. Elle n'en est donc pas le résultat nécessaire.
Nous appelons anacrousique l'action qui ne dissimule pas sa préparation, de telle sorte que cette préparation visible a l'air d'être l'action même. Le résultat fatal de cette préparation est soumis à la loi de la pesanteur. Par exemple : les mouvements du bûcheron, du paveur, du forgeron, l'action de se tirer, de se pousser, etc.
Et nous appelons crousique toute action dont la préparation est dissimulée, de telle sorte que le résultat de cette préparation semble être le début même de l'action. Le mouvement spontané qui constitue l'action elle-même, produit un mouvement involontaire moins accentué qui en est le résultat fatal : la réaction. Par exemple : les actions de ramer, faucher, raboter, tourner une roue, tirer de l'arc, lancer une pierre, etc. Il va sans dire que la plupart des actions peuvent être à la fois crousiques et anacrousiques, c'est-à-dire que la réaction du mouvement prépare l'action suivante.