ENCHAINEMENT DES GESTES AU POINT DE VUE ESTHÉTIQUE
La valeur plastique du geste. Il est un autre point de vue que nous devons envisager dans les actions crousiques et anacrousiques, c'est le « point de départ » de la phrase corporelle.
L'action volontaire doit être localisée, c'est-à-dire que la volonté du mouvement à accomplir doit se concentrer en premier dans telle ou telle autre partie du corps ou du membre qui se meut, de façon d'abord à répartir l'effort et à éliminer toute action musculaire inutile au mouvement, puis à orienter cet effort.
Dans les mouvements des métiers, cette localisation est en général inconsciente. Ainsi, soulevons la hache du bûcheron : si elle est lourde, le point de départ du mouvement se trouve dans les reins qui, en faisant le premier effort, permettent aux bras de soulever la hache plus facilement que si l'effort partait de la main même. Si la hache est légère, c'est la main tenant l'instrument qui fait l'effort volontaire et entraîne fatalement le reste du bras. C'est cette localisation qui donne au mouvement sa valeur plastique. Ce principe est à la base de tout enchaînement esthétique des mouvements. Mais dès qu'il y a enchaînement, la localisation n'est pas une nécessité matérielle et son emploi devient beaucoup plus complexe. Ainsi reprenons le geste de lever le bras : le geste peut être effectué de façon à donner l'impression que l'acte volitif qui le déteri mine a son point de départ soit dans la respiration, soit dans le bras, soit dans l'avant- I bras, soit dans la main, et que les -parties du corps où la spontanéité du premier mou- [ vement ne s'est pas manifestée, sont entraînées fatalement au mouvement par l'acte préparatoire localisé.
Si le mouvement à effectuer n'a pas une signification pathétique ou intellectuelle nettement caractérisée, il s'enchaîne en général des membres lourds aux membres légers.
Le tronc étant la partie la plus lourde du corps et celle qu'animent en premier les émotions, grâce à l'action du diaphragme, il en résulte que l'animateur le plus important et le plus fréquent de tous les mouvements est la respiration.
L'acte de respirer est à la base de toute manifestation de vie, et tant esthétiquement que physiologiquement, la respiration joue dans la plastique animée un rôle de toute première importance. (Voir dans le volume de la Rythmique le chapitre consacré aux divers modes de respiration; voir aussi le petit volume de notre méthode, intitulé La respiration et l'innervation musculaire, avec planches anatomiques.) L'on i^peut dire d'une façon générale que, même dans les cas où ce n'est pas l'acte respiratoire qui engendre le mouvement, la phrase commence avec l'expiration et que l'expiration la termine.
Les mouvements peuvent avoir cependant leur point de départ dans d'autres parties du corps. Le torse, les bras, les jambes, les hanches, les mains, les épaules peuvent à leur tour donner l'impulsion première au mouvement. Et une fois une atti- Lude prise avec point de départ dans un membre quelconque, la respiration aura encore i jouer le rôle intéressant qui consiste à modifier l'intensité du geste arrêté.