INTRODUCTION
L’automatisme, si largement répandu dans le cœur du Mammifère, sy trouve cependant hiérarchisé, comme de multiples travaux, devenus maintenant classiques, en ont apporté la preuve. L’ablation du « pace maker » habituel, le nœud sinusal, ne saurait donc suspendre Pactivité de la pompe cardiaque ; la commande de l’organe est immédiatement assurée par la formation qui, dans la hiérarchie, vient aussitôt après le nœud de KEïTx et FLACK, par le nœud de Tawara. Le rythme ainsi présenté par le cœur est dénommé rythme nodal, atrio-ventriculaire ou encore septal, selon les auteurs.
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, la révolution cardiaque n’est point bouleversée par le déplacement du foyer de l’automatisme. Gertes, l’exploration électrocardiographique révèle bien, tout d’abord, quelque anarchie dans la séquence auriculo-ventriculaire, mais ces désordres, tels que systole auriculaire postérieure à l’activité ventriculaire, ou contemporaine de celle-ci, s’atténuent dans les jours ou dans les semaines qui suivent l’ablation du nœud sinusal, au point qu’il devient parfois difficile de reconnaître le trouble rythmique à un examen superficiel. Telles sont les données que nous devons à nos prédécesseurs ; elles résultent de leurs investigations sur le Chien ou sur le Chat et permettent de mieux reconnaître le rythme nodal lorsqu'il se manifeste chez l'Homme.
Mais quelle est l’emprise sur le nouveau rythme du système nerveux cardiaque extrinsèque ? Dans quelle mesure nerfs pneumogastriques et nerfs accélérateurs conservent-ils le contrôle du nouvel automatisme ?
Notre Maître, Monsieur le Professeur JourDan, nous a confié le soin d'exposer les travaux auxquels il nous a fait l'honneur de nous associer. Avec lui et avec notre collègue le Docteur A. CoLLET, nous
avons parcouru les phases de la mise au point, sur le Lapin, de la délicate technique de l’ablation chirurgicale aseptique du nœud sinusal, dont dépendait le succès de notre travail.
Entreprises dès 1947 avec l’équipement alors bien incomplet de l’Institut de Recherches Cardiologiques, nos investigations ont en effet porté sur le Lapin, seul matériel animal dont l’Institut disposait à ce moment. Un premier groupe de cinq animaux fut opéré avec succès ; il devait nous permettre de suivre l’évolution durant une année, du rythme nodal ainsi créé, avant que ne fût étudiée l’influence des nerfs extra-cardiaques. Mais une malencontreuse épizootie nous fit perdre au bout de quelques mois l’espoir d’atteindre cet objectif. Il fallut recommencer l’année suivante et c’est seulement alors que nous pûmes écrire la seconde partie de ce travail.
Néanmoins les difficultés matérielles rencontrées, difficultés qui nous avaient contraints à utiliser le Lapin, nous fournirent, par cela même, l'avantage de pouvoir généraliser les données établies par nos prédécesseurs. Elles nous permirent en particulier de définir les caractères du rythme nodal sur une espèce dépourvue de tonus vagal et de montrer, comme on le verra dans ce- qui suit, combien modeste est alors l’expression électrocardiographique de ce trouble rythmique.
Le lecteur, après le bref aperçu historique du premier chapitre et l’exposé des techniques employées, auquel est consacré le second, trouvera dans le troisième les caractères généraux et les diverses modalités du rythme nodal engendré par l’excision du nœud sinusal chez le Lapin. Le chapitre IV expose l’étonnante puissance de l’action vagale sur l’automatisme tawarien. Les deux derniers chapitres sont consacrés, l’un à l’action des accélérateurs, l’autre enfin à celle de deux substances que leur parenté avec les médiateurs chimiques nous faisait une obligation d’étudier.