‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 16 sur 270 · ENCHAINEMENT DES PARTIES DE ^INTRODUCTION · texte numérisé non relu

ENCHAINEMENT DES PARTIES DE ^INTRODUCTION

exacte, dans l'ordre de la connaissance scientifique, une appréciation plus délicate, dans l'ordre de l'intuition et du sentiment. Nous obtiendrons aisément l'une et l'autre. Les exemples observés nous montreront, de plus, que la connaissance obtenue par analyse et l'appréciation rapide du sentiment sont toujours et tout à fait d'accord. Nous terminerons l'Introduction par un court résumé (Cinquième partie).

B) Les repos du vers ; mesure et classement.

Les remarques théoriques qui vont suivre s'appliquent à la versification latine, et non à la versification française, car c'est la première seule qui forme l'objet de notre travail1 ; toute-

i . Aussi n'y trouvcra-t-on nulle part une étude du rythme de l'alexandrin semblable à celle qu'il me faut maintenant entreprendre de l'hexamètre. J'ai négligé de parti pris tous les caractères de l'alexandrin qui n'ont pas d'équivalent dans l'hexamètre. Parmi ces caractères, j'en signalerai deux à titre d'exemple : les temps marqués et la rime.

Les temps marqués que nous percevons dans l'alexandrin :

Gomme s'envole au vent une paille enflammée

n'ont rien de commun avec ceux que l'on percevait, sinon par l'oreille, au moins par la pensée, dans l'hexamètre :

Tantaque simplicitas puerilibus adfuit annis,

Les premiers dépendent à la fois du discours et du vers ; ils ont dans le vers une existence, une place, et une importance constantes, dans le discours une existence, une place, et une importance variables. Les seconds appartiennent au vers pris à part de tout discours : ils ont une existence, une place et une importance constantes, déterminées par les seules lois du vers. Quand on cherche dans l'alexandrin un élément purement métrique, semblable par sa simplicité et sa constance aux temps marqués de l'hexamètre, on n'en trouve d'autre que les douze unités syllabiques, à grouper ensemble et à subdiviser suivant les subdivisions mathématiques du nombre ia. Gomme la définition d'un vers doit reposer sur des caractères purement métriques, l'hexamètre et l'alexandrin sont l'un et l'autre légitimement définis, le premier en raison des temps marqués (les mots hexamètre daclylique n'indiquent autre chose que le nombre, la place et l'écartement des temps marqués), le second en raison des unités syllabiques. Aussi l'analyse rythmique du vers hexamètre, pris indépendamment des mots qu'il contient, doit-elle être éta-

fois, comme les principes généraux du rythme sont les mêmes pour tous les peuples, les vers français cités plus haut nous fourniront encore parla suite d'utiles exemples.

Le vers des Métamorphoses est un hexamètre : c'est-à-dire qu'il est composé de six unités métriques, ou pieds. Cet hexamètre est dactylique, et ce dernier mot nous indique la composition des pieds, évalués en syllabes longues et brèves. Mais comme nous n'aurons pas l'occasion de comparer l'hexamètre dactylique à d'autres vers, la composition des unités métriques ne nous intéresse pas, laissons-la de côté. Quant aux unités prosodiques, ou syllabes brèves et longues, la définition du vers n'en mentionne pas le nombre ; c'est donc là une donnée accessoire : la preuve en est que dans l'hexamètre dactylique, comme dans tous les vers qui forment une unité rythmique distincte, la quantité de la dernière syllabe est indéterminée ; et l'on pourrait citer bien d'autres preuves analogues. L'unité du pied, la relation des syllabes qui s'y trouvent, se manifestent en ce qu'elles composent deux parties de valeur différente : l'une forte et l'autre faible. La partie forte est celle qui porte le temps marqué : on appelle ainsi une durée indéterminée pendant laquelle l'attention se concentre, la voix appuie davantage. Dans le dactyle, le nombre des brèves qui composent la partie forte et la partie faible est d'ailleurs le même ; nous remplacerons donc, le cas échéant, ces expressions par celles de demi-pied fort et de demi-pied faible. Le

blie d'après les temps marqués ; si l'on voulait tenter une analyse semblable pour l'alexandrin, il faudrait l'établir d'après les unités syllabiques. Les temps marqués de l'alexandrin sont voisins par leur nature complexe, non pas des temps marqués de l'hexamètre, mais des coupes, soit de l'hexamètre, soit de l'alexandrin.

Les alexandrins sont associés en combinaisons strophiques, distiques, quatrains, etc., par l'effet des rimes plates, croisées, etc. La présence et la variété des rimes produit des différences dans l'importance des repos qui terminent les alexandrins. Si je néglige ces différences, ce n'est pas que je les ignore, c'est qu'elles ne se trouvent pas dans l'hexamètre. L'hexamètre se traite xarà axr/ov, et tous les hexamètres se terminent par des repos de même importance.

W.VLYSE RYTHMIQUE DE L HEXAMÈTRE l']

rythme du vers résulte de la succession des temps marqués, qui portent toujours sur la même partie du pied, et reviennent h intervalles réguliers. Si je me bats la mesure du vers dactylique, j'entends donc six appuis de la voix, alternant avec autant de relâchements. Peu importe que je batte la mesure à voix haute ou en moi-même, pour l'oreille ou pour l'attention : car l'effort de l'attention contient déjà en germe l'impression auditive. Peu importe même que je batte réellement la mesure d'un vers donné, ou que je me contente d'évoquer sommairement le souvenir des battements passés. Si je représente chaque temps marqué, c'est-à-dire chaque impression auditive par une noire J, le rythme du vers hexamètre, composé de six impressions identiques, sera représenté par une suite de six noires :

Mais, lorsque nous percevons un nombre quelconque d'impressions identiques, nous faisons effort pour les diviser en plusieurs groupes, afin d'assurer à l'ensemble une structure plus complexe, et une unité plus solide. Ces groupes sont distingués les uns des autres par des pauses de plus longue durée. La constitution des groupes, la distribution des pauses, se produisent suivant des règles immuables et simples. Voici l'expérience qui les fait connaître. Imaginons un appareil propre à émettre une série de sons identiques, séparés par des intervalles égaux ; l'expérimentateur ne la perçoit pas telle qu'elle est : les sons se présentent à lui avec différentes intensités, et les intervalles avec différentes durées. La plus forte pause se prononce à la fin de la série ; une autre, la plus importante après celle-ci, prend place exactement au milieu. (Wundt, Volkerpsychologie. vol. I [Die Sprache], Partie II, chap. 7 [Rhytmus und Tonmodulation im Satze],- pp. 38o et suiv.). Appliquons ces principes à la suite des temps marqués du vers hexamètre: la pause de premier rang j|| prend place à

la fin, et la pause de second rang || au milieu, entre les deux groupes de chacun trois temps marqués :

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Un autre principe nous permet d'y indiquer des pauses de troisième rang. Dans une suite de sons identiques, nous associons le plus souvent deux sons consécutifs : etc. , le groupement binaire est le plus fréquent, parce qu'il est le plus simple. Mais nous percevons aussi des groupes de trois

impressions \ I \ : ces groupements ternaires sont, il est vrai, beaucoup plus rares (Ib.,p. 3oo). Considérons en particulier la série de six temps marqués ; le nombre des sons y est peu considérable ; il est le premier multiple commun de 2 et de 3, et nous le ramenons aisément à l'un ou à l'autre de ces nombres. On peut admettre, que dans un ensemble aussi simple la tendance au groupement ternaire se fait jour, tout en demeurant moins importante que la tendance au groupement binaire. Elle détermine alors deux pauses de moindre durée ou de troisième rang, qui divisent les six unités en 3 groupes de 2 : 2 + 2 + 3

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L'ouvrage de Wundt ne contient aucune expérience à l'appui de cette vue. Mais la lecture des poètes latins en démontre la vérité. Le vers hexamètre latin se laisse diviser en trois parties

Tota frémit | uocesque refert | iteratque quod audit

(Ov., Met., XII, 47.)

comme l'alexandrin français :

Toujours aimer | toujours souffrir | toujours mourir

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