IDEE DE L (( IMPORTANCE )) DES REPOS
trop longuement; l'étude détaillée de ces faits appartient à la grammaire, et non pas à la versification : elle est donc en dehors de notre domaine. Enfin, après l'exclusion des repos à l'intérieur des propositions, la quantité des exemples admis se trouve assez restreinte pour rendre l'observation possible, assez grande encore pour la rendre profitable. On peut en juger d'après le vers cité comme exemple Silua coronat..., où, par l'exclusion proposée, le nombre des repos est réduit de 7 à i . Si l'on admet que la structura syntactique de ce vers est conforme à celle de la plupart des autres, on peut en conclure dès maintenant que les Métamorphoses renferment à peu près autant de repos entre propositions que de vers1. Il sera possible dès lors de donner place dans notre étude à tous les repos, c'est-à-dire de les définir tous, de les présenter tous à l'attention du lecteur. D'autre part, les faits ainsi réunis seront encore assez nombreux pour que les conclusions que nous en tirerons paraissent solidement établies.
e) Qu'est-ce que V « importance » des repos?
Nous avons observé que le fait de versification se compose de deux éléments distincts, le repos du discours et le repos du vers, et se constitue par leur rencontre, leur rapprochement. Cette définition n'est pas encore parfaitement claire ; il y reste un point obscur. Le voici : comment se fait cette rencontre, ce rapprochement? Quelles sont, dans le discours et dans le vers, les impressions de même nature que l'oreille peut réunir et comparer en leur appliquant une mesure commune ? Nous allons l'indiquer brièvement. Cela fait, nous aurons obtenu pour l'objet étudié, le « fait de versification », une définition
i. La proportion véritable est bien en effet celle-là ; i3 5oo repos entre propositions pour ii g35ven>, soit 1,12 repos pour i vers.
sommaire, mais complète. 11 resterai observer les détails, à définir chaque fait de versification de manière à le distinguer de tous les autres. Pour acquérir cette connaissance plus approfondie, nous devrons séparer de nouveau les deux éléments composants, le repos du discours et le repos du vers, et les étudier l'un après l'autre.
Revenons aux « effets de versification ». En les observant, nous avons recueilli une notion précieuse, celle de 1' « importance » des repos. Les effets de versification consistent dans la rencontre de repos du vers très importants avec des repos du discours peu importants, ou dans l'anomalie inverse. Grâce à cette notion d'importance, nous pouvons définir avec plus de précision l'objet de notre étude. Observer la rencontre des repos du discours avec les repos du vers, c'est observer la rencontre des repos du discours de telle ou telle importance avec les repos du vers de telle ou telle importance.
D'ailleurs, l'importance des repos du discours ou du vers dépend de leur durée ; le second mot est plus concret et plus précis. Dans l'ordre du discours, le repos final de l'hexamètre 3q2 après carpit est plus important que le repos à l'intérieur du même vers, après ludit, parce qu'il est plus long. 11 en est de même dans l'ordre du vers, si l'on compare par exemple le repos final du vers et le repos à l'hémistiche. On peut se représenter à volonté cette durée comme perçue par l'oreille ou par l'esprit : l'un et l'autre vont de pair, l'un ne saurait démentir l'autre. La durée d'un certain repos du discours ne dépend nullement, répétons-le ici, de la durée du repos du vers avec lequel il se rencontre ; elle n'est, à parler proprement, ni augmentée ni diminuée par elle ; de même, le repos du vers se détermine en dehors du repos du discours.
Ainsi pour définir les rencontres des repos du discours et des repos du vers dont il a été question plus haut sous le nom d'effets de versification, il faut d'abord mesurer séparément la durée du repos du discours et celle du repos du vers ; ensuite on
l'importance se mesure a la DURÉE 2 3
rapprochera ces deux données, et on comparera l'importance du premier appréciée par rapport aux autres repos du discours avec l'importance du second appréciée par rapport aux autres repos du vers. Soit par exemple l'effet de versification qui se trouve à l'intérieur du vers 2 de V. Hugo. Il se compose de deux repos, l'un du vers, l'autre du discours. Le premier, c'est le repos après la neuvième syllabe du vers alexandrin ; en observant la structure rythmique de ce vers, nous voyons que le repos en question a telle durée, et, si on le compare aux autres repos du vers, telle importance. Le second, c'est le repos qui sépare la phrase « ... la garde. » de la phrase « C'est alors... » ; en observant la structure rythmique du passage, et en comparant ce repos aux autres, nous en déterminons l'importance, c'est-à-dire la durée. Voilà pour les deux repos isolés. Rapprochons-les maintenant : une fois réunis, ils forment une de ces combinaisons du discours et du vers, infiniment nombreuses et variées, que nous nous proposons d'étudier. Comparons-les enfin : nous découvrons alors que le repos du vers a une très courte durée, et le repos du discours une très longue : c'est ce contraste qui produit l'effet de versification. Dans le passage des Métamorphoses, le repos à l'intérieur du vers 3g6 est tout à fait semblable au repos à l'intérieur du vers 2. Les deux composantes y sont: pour le vers, la coupe hephthémimère ; pour le discours, le repos qui sépare la phrase . . . properatus amor de la phrase Dea territa maesto... ; leur rapprochement fait découvrir le même contraste.
Quant aux endroits où il y a non point contraste, mais conformité du discours et du vers, les deux repos ayant tous deux une faible ou une forte durée, ils sont de même nature que les autres, et définis comme eux par la détermination et le rapprochement de leurs deux composantes.
En mesurant et en classant par ordre de durée les différents repos du discours et du vers, nous arriverons donc à définir,
non seulement les « effets » rares et anormaux, mais tous les « faits » de la versification. Plus le classement des repos du discours et du vers sera précis et rigoureux, propre à retenir tous les cas et toutes leurs différences, plus seront rigoureusement définis et classés les faits de versification.
Cette remarque nous permet de prévoir dès maintenant ce que doit contenir la suite de cette Introduction, et d'en indiquer le plan. Nous avons d'abord à étudier séparément le repos du discours et le repos du vers ; notre but est d'obtenir, pour chacun des repos de l'un et de l'autre système rythmique, sa définition, c'est-à-dire la mesure de sa durée ; grâce à cette mesure, nous pouvons rapprocher le repos étudié des repos identiques, et le distinguer des repos différents, si faible que soit la différence. La structure du vers étant plus simple que celle du discours, c'est le vers qui sera examiné d'abord (Deuxième partie de l'Introduction) ; le discours viendra ensuite (Troisième partie). Dans la Quatrième partie, nous appliquerons aux faits de versification la connaissance plus précise que nous posséderons de leurs éléments composants. Nous l'emploierons à définir, c'est-à-dire à mesurer, chaque fait de versification en particulier. Cette définition exacte sera profitable, non seulement à notre intelligence, qui ne peut se satisfaire avant de l'avoir acquise, mais encore à notre sensibilité, qui est intéressée dans ces faits, puisqu'elle en reçoit des impressions de calme ou de surprise. Soient par exemple le repos à la penthémimère de l'hexamètre 386, et le repos à la penthémimère de l'hexamètre 391. Dans le moment présent, notre intelligence reconnaît que ces deux faits de versification sont différents, mais elle ignore en quoi et de combien ils diffèrent; notre sensibilité perçoit deux impressions de surprise différentes, la seconde beaucoup plus intense que la première ; mais nous ne saisissons encore avec précision ni l'origine ni l'intensité de la différence entre les deux impressions perçues. 11 reste donc à acquérir pour ces deux faits une mesure plus