V. les nombres donnés, Partie III, chapitre i, section B
CARACTÈRES PROPRES AU REPOS DU DISCOURS 3l
peut modifier en rien le classement proposé plus haut. Selon la théorie rythmique, la coupe âpres le troisième trochée a la même importance que la penthémimère ; on trouvera donc les repos entre propositions qui appartiennent à la première classés auprès de ceux de la seconde, non pas cependant confondus avec eux.
G) Les repos du discours : mesure et classement. Repos exclus de l'étude.
a) Repos du discours comparé au repos du vers.
Nous devons maintenant chercher à définir les repos du discours, qui, se rencontrant avec les repos du vers et entrant en comparaison avec eux, constituent les faits de versification. Le discours est beaucoup plus complexe que le vers, et cela pour deux raisons. D'abord, le vers ne contient que des éléments rythmiques : les temps marqués et leur succession régulière, les syllabes brèves ou longues et leur groupement en dactyles ou en spondées, sont perçus par l'oreille et par elle seule. Le discours au contraire contient à la fois des éléments rythmiques, qui s'adressent à l'oreille, et des éléments logiques, qui s'adressent à l'intelligence. Les premiers, ce sont les syllabes elles-mêmes, qui se succèdent brèves ou longues comme dans le vers ; les seconds, ce sont les idées contenues dans ces syllabes, les formes de syntaxe et de style qui traduisent les rapports de ces idées. Quant à la seconde différence, elle résulte de la première. Prenons les six temps marqués qui composent le rythme du vers : ils sont identiques et séparés par des intervalles réguliers, ils ne manifestent aucune tendance propre à former tels ou tels groupements ; aussi leur imposons-nous notre rythme intérieur, le plus commode pour nous, le plus simple et le plus régulier : groupement
des unités par 3 ou 2, pause principale après la dernière, pause secondaire après la troisième, etc. Au contraire, les syllabes longues et brèves du discours, qui sont en même temps des signes d'idées, diffèrent les unes des autres, et s'associent selon les rapports des idées qu'elles contiennent : elles se présentent ainsi à nous avec une organisation propre qu'il nous faut bien accepter : les syllabes groupées en mots, ceux-ci en parties de phrases, celles-ci en phrases1.
La place des pauses qui se trouvent dans la succession des longues et des brèves du discours n'est plus déterminée par nous : elle s'impose à nous, et résulte de l'association logique des mots. Ainsi, dans les alexandrins 1-2 : Le reste de t armée hésitait sur leurs corps | Et regardait mourir la garde, nous trouvons toute marquée la pause entre les deux phrases ouïes deux groupes d'idées ; de même dans les hexamètres 3()o-3qi : Frigora dard rami, uarios humus umida Jlores | Perpetuum uer est. Il n'y a pas de raison pour que les groupes de mots ou d'idées, qui contiennent des impressions extérieures indépendantes de nous, se conforment à notre commodité, à la simplicité régulière de notre rythme intérieur. Les phrases et les parties de phrases ne sont pas toujours divisées en groupes égaux, et le repos principal des phrases ou parties de phrases ne se trouve pas toujours au milieu, comme dans la série des six temps marqués du vers. La phrase française citée tout à l'heure a une deuxième partie un peu plus courte que la première, et le repos principal un peu plus près de la fin que du début ; la phrase latine a la deuxième partie beaucoup plus courte encore que la première, et le repos principal beaucoup plus près de la fin. Si nous prenons maintenant des phrases complexes, où se trouvent plusieurs repos importants, nous y trouvons la même irrégularité que dans les
1. Sur la variété des repos du discours, v. Wundt, Vôlkerpsychologie, vol. I (Die Sprache), 2e édition, partie II, chap. vu, p. 393 : « [DiePausen des Satzes]... sind in erster Linie von der Satzgliederung abhangig. »