SA DIVERSITÉ PLUS GRANDE
phrases simples : le repos le plus important ne se trouve pas toujours au milieu. Soit la phrase qui occupe les hexamètres 391-396 (quo dum Proserpina... properatus amor); ler repos principal est après legendo, entre les subordonnées et la principale, et partage l'ensemble en deux parties inégales ; pour faire une division régulière, il devrait être à peu près à la fin du vers 3^3 : or, nous ne trouvons près de cet endroit, au début du vers 39/i, qu'un repos très médiocre (après Iraplet).
Le discours a plus de variété que le vers, non seulement pour la place des repos, mais encore pour leur durée. Dans le vers, on compte quatre classes ou quatre durées de pauses, trois seulement si l'on néglige la pause finale. Dans une seule phrase du discours, on peut compter plus de quatre pauses, toutes différentes. Ainsi, la phrase quo dum Proserpina en contient cinq (. . . ludit | ; . ... carpit | ; . . . implet | ; . . . legendo | ; . . . Diti |.) dont aucune n'est pour la durée exactement semblable aux autres ; et encore, nous laissons de côté les repos très courts à l'intérieur des propositions. La différence du vers et du discours s'accuse plus nettement encore si l'on considère la suite des vers, et la suite des phrases. Un hexamètre donné, abstraction faite des mots qui le composent, ne diffère en rien du précédent ni du suivant : les pauses s'y trouvent à la même place ; elles y ont la même durée ; aussi un groupe d'hexamètres, si étendu qu'il soit, ne contient-il que quatre durées de pauses différentes. Au contraire, les pauses d'une phrase donnée ne reproduisent pas celles de la précédente ; tout au moins, une pareille rencontre est exceptionnelle. La phrase dea territa... iactura dolorem, qui fait suite à la phrase quo dum Proserpina... contient quatre pauses entre propositions (. . . clamât f ; . . . ora | ; . . . remissis | ; . . . annis | ;) abstraction faite de celle qui la termine : aucune ne reproduit exactement à l'oreille du lecteur aucune des cinq pauses citées plus haut. A mesure que s'accroît le nombre et la longueur des phrases,
Cahen. 3
le nombre des pauses de durée différente, et dont chacune forme une classe distincte, grandit lui aussi sans limite. C'est ainsi qu'à la monotonie du vers s'oppose l'infinie variété du discours.
b) Repos logique et repos rythmique.
Mais le discours et le vers étant si différents, pourrons-nous atteindre notre but, c'est-à-dire une définition rigoureuse des faits de versification ? Cette définition suppose d'abord, que nous comparons les pauses du vers et les pauses du discours ; or, les premières sont des pauses du rythme perçues par l'oreille ; les secondes sont à la fois des pauses du rythme et des pauses du sens, perçues à la fois par l'intelligence et par l'oreille. Il est impossible de rapprocher des éléments aussi disparates ; une telle comparaison ne peut produire des résultats certains, faire apparaître des nuances faciles à apprécier et à noter. Pour obtenir la clarté et la simplicité, il faut délimiter dans le discours le domaine du rythme et le domaine du sens, y faire apparaître des faits rythmiques en tout semblables à ceux du vers. Voilà un premier obstacle, qui vient de la complexité des repos du discours ; en voici un autre, qui vient de leur variété. Chaque fait de versification contient un repos du vers et un repos du discours, et ne peut être défini nettement, que si le premier est distingué des autres repos du vers, et le second des autres repos du discours. Le classement des repos du vers est facile, parce qu'ils sont peu nombreux; les repos du discours sont très nombreux au contraire, et nous ignorons encore le moyen d'en noter et d'en classer les multiples nuances. Ainsi, pour poursuivre le rapprochement du discours et du vers sur lequel reposent les faits de versification, il faut mettre à part les repos rythmiques du discours, et classer ces repos. Les deux difficultés seront résolues en même temps.