‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 181 sur 270 · ATTRACTION RÉCIPROQUE DU DISCOURS ET DU VERS 3^Q · texte numérisé non relu

ATTRACTION RÉCIPROQUE DU DISCOURS ET DU VERS 3^Q

correspondent aux caractères du discours, c'est-à-dire aux trois durées comprises dans le même repos.

b) Loi générale des faits de versification : attraction réciproque du discours et du vers.

Revenons à la question posée dans les trois chapitres : avec quels repos du vers se rencontrent les repos du discours d'une durée donnée. Elle détermine, non seulement leur sujet, mais encore leur contenu. Il y a en effet une réponse qui se présente à nous tout d'abord, et qui, avant toute observation, nous paraît la plus vraisemblable. Elle a été annoncée plusieurs fois dans les pages qui précèdent (v. p. i/ii et p. 201). C'est qu'il y a entre les repos du vers et les repos du discours une attraction conforme à leur nature : les longs repos du vers attirent les longs repos du discours ; et de même, les coupes sans importance se rencontrent le plus souvent avec les repos de faible durée. Nous tiendrons pour exacte, jusqu'à nouvel ordre, cette relation simple du discours et du vers, et notre méthode consistera à découvrir et à exposer les moyens de démonstration qui en font apparaître la certitude. Ils sont d'ailleurs les mêmes pour les trois aspects du repos du discours, et ils déterminent dans les trois chapitres la même ordonnance.

Le lecteur pourrait à bon droit trouver téméraire la méthode qui lui est proposée : car si l'attraction réciproque des repos de même durée est démentie par les faits, tous les développements qui se rapportent à cette hypothèse auront été écrits en pure perte. Aussi n'est-il pas inutile d'apporter dès maintenant, à l'appui de cette hypothèse, un argument tiré des faits, qui en renforcera la vraisemblance logique, et qui lui donnera une demi-certitude.

Nous l'obtenons en considérant les repos du discours réu-

35o PRÉAMBULE A l'eXPLICATION

nis en un seul groupe, sans distinction de nature ni de durée. Au cours des chapitres qui vont suivre, il nous sera loisible d'isoler les repos de l'étendue totale, de l'étendue relative, de l'ordre des membres, puis d'établir pour chacune de ces catégories un classement des repos par ordre de durée. Pour l'instant, il nous faut négliger ces détails, et considérer chaque repos entre propositions comme un fait rythmique simple, et comme égal en durée à n'importe quel autre. Ainsi simplifiés, les i3 5oo repos entre propositions des Métamorphoses forment un seul groupe. Observons comment ces repos se répartissent entre les différentes coupes : nous pourrons entrevoir, grâce à eux, même en négligeant la différence de leurs durées, les rapports du rythme du discours avec le rythme du vers, c'est-à-dire la loi même que nous voulons connaître. Voici pourquoi.

Parmi les repos entre propositions, il s'en trouve de très longs, et de très courts. Il en est de même pour les repos situés à l'intérieur des propositions. Cependant on observe qu'il y a plus de repos longs parmi les premiers : la durée moyenne des repos entre propositions est supérieure à celle des autres. Ce caractère n'est pas propre aux Métamorphoses : il se rencontre dans n'importe quelle page de n'importe quel livre latin, grec, français, allemand, etc., il se rencontre nécessairement dans n'importe quel discours organisé en propositions. Ainsi, après avoir comparé sommairement et d'ensemble les repos entre propositions avec les autres, on peut avancer, qu'un repos entre propositions pris au hasard est un repos de longue ou d'assez longue durée. Cette donnée nous permet de mettre à l'épreuve la loi d'attraction des repos du discours vers les repos du vers de même importance. Si elle est vraie, les repos entre propositions, qui ont en moyenne une assez grande importance, une assez longue durée, seront attirés vers les coupes les plus importantes du vers. Or l'expérience prouve que cette attraction existe.

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