EFFETS DE LA RÉPULSION
avec un repos moyen un repos long, surtout un des plus longs, le repos d'un groupe de 10 ou de i3 vers, on reconnaît combien celui-ci nous paraît plus digne de remarque, et quelle surprise il éveille en nous. Ainsi, la coupe finale repousse les repos longs en même temps qu'elle les attire : elle les attire parce qu'elle a une durée déterminée et longue ; elle les repousse parce qu'elle a une durée indéterminée et dépourvue d'intérêt.
L'attraction est, pour le moment, en dehors de notre étude; c'est la répulsion qu'il faut mettre en lumière, puisque c'est elle qui produit les faits que nous nous proposons d'expliquer. 11 ne nous suffira donc pas d'en montrer les causes ; nous nous efforcerons de la faire reconnaître elle-même dans les vers du poète. Prenons un exemple au livre XI :
7/17 Tune iacet unda maris : uentos custodit et arcet 748 yEoIus egressu pracstatque nepotibus aequor. ||
Hos aliquis senior iunctim fréta lata uolantes 75o Spectat et ad finern seruatos laudat amores ; |
Proximus aut idem si fors tulit : hic quoque dixit
Quem mare carpentem substrictaque crura gerentem
Aspicis
Regia progenies
sunt huius origo
Priamusque nouissima Troiae
708 Tempora sorti lus ; frater fuit Hcctoris iste. ||
A la fin du vers 75o se trouve le repos long | qui sépare les deux membres du groupe de 10 vers contenu dans les vers 7^9 à 758. Le groupe est limité au début et à la fin par des repos indéterminés ||, l'un à la fin du vers 7 48, l'autre à la fin du vers 758. Quand on lit attentivement le vers 760, on s'aperçoit qu'il y a entre le repos et la coupe à la fois conformité et désaccord. La conformité vient de ce qu'ils ont l'un et l'autre une longue durée. Le désaccord vient de ce que la coupe indique un repos complet, tandis qu'après avoir lu le
4 h A REPOS LONGS DE l'ÉTENDUE TOTALE
premier membre du groupe, nous attendons impatiemment le second. Cette continuité du sens, nous l'indiquons par le ton même que nous prendrions à la lecture : au moment d'accuser le repos long | , la voix se fait plus aiguë, tandis qu'aux repos indéterminés || des vers 7^8, et 758, elle devient plus grave et se relâche complètement. Le désaccord entre le repos et la coupe finale a pour effet une certaine inclination à transporter les repos vers une autre coupe : c'est là précisément la répulsion dont nous avons exposé plus haut la cause et les effets. Quand nous commençons à lire le vers ^5i , c'est-à-dire le second membre, le premier mot Proximus nous semble se détacher du membre auquel il appartient, et venir s'adjoindre au précédent : c'est que cette adjonction satisfait notre désir d'assurer la continuité du groupe, et de corriger l'opposition du repos et de la coupe ; elle transporte, en effet, le point de séparation des membres ailleurs qu'à la coupe finale, c'est-àdire à l'intérieur du vers ; par là le fait de versification, si nous le limitons aux deux impressions antagonistes de continuité dans le discours, discontinuité dans le vers, nous paraît certainement devenir plus agréable à l'oreille.
Ces caractères opposés déterminent donc une première opposition, une première répulsion, entre les repos longs et la coupe finale. Nous appelons celte première répulsion répulsion directe, parce qu'elle se produit directement, à cause d'un caractère propre à la coupe en elle-même. Mais il existe aussi entre les repos longs et la coupe finale une répulsion indirecte, qui s'exerce par intermédiaire.
La coupe finale est par nature le siège de certains repos qui ne se rencontrent presque jamais ailleurs; ces repos entrent en opposition avec les repos longs, et cette opposition a pour effet indirect d'écarter les repos longs de la coupe finale, qui appartient pour ainsi dire en propre à leurs antagonistes. Les repos antagonistes, ce sont les repos indéterminés. Nous avons montré ailleurs (v. p. 356) pourquoi ils sont attirés par