ANOMALIE DE LA COUPE FINALE
Il faut d'ailleurs maintenant réunir en un seul les deux faits qui se présentent à notre attention, quand nous observons l'attribution des différents repos à la coupe finale, et qui sont l'un et l'autre contraires à la loi ; c'est-à-dire, d'une part, la trop grande rareté des repos relativement longs, et d'autre part, la trop grande fréquence des repos relativement courts. L'un entraîne l'autre nécessairement, et il nous suffira de considérer l'un d'entre eux pour expliquer les deux. Soit B le total des repos de longue durée affectés à la coupe finale ; parmi ces repos, nous distinguons deux catégories : M les repos relativement courts, N les repos relativement longs. La somme des repos M et N compose le total B : aussi, quand après avoir attribué par hypothèse aux nombres M et N une certaine grandeur nous constatons que l'un est plus faible que notre prévision, il est certain par là même que l'autre se trouvera plus fort : l'un des deux faits statistiques est la contre-partie nécessaire de l'autre. Cette corrélation subsiste, si au lieu de considérer l'ensemble des groupes M et N nous isolons dans l'un et l'autre les catégories extrêmes, dans M les repos les plus courts G, dans N les repos les plus longs F et G : la fréquence des repos G résulte donc, en quelque sorte, de la rareté des repos F et G. Il est facile d'expliquer la corrélation des nombres par l'analogie des faits qu'ils désignent. Supposons un certain caractère de la coupe finale qui ait pour effet d'en éloigner les repos relativement longs F et G : il la rendra nécessairement plus apte à recevoir les repos très différents de ceux-ci, c'est-à-dire les repos relativement courts C : la même cause qui produit la rareté des uns, produit aussi la fréquence des autres. En somme, l'observation des différentes catégories de repos longs à la coupe finale nous présente un seul fait sous deux aspects différents. De ces deux aspects, il nous est permis de retenir l'un et d'exclure l'autre. Nous retiendrons seulement celui qui se manifeste dans les repos les plus remarquables et les plus rares, et nous nous attacherons désor-
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mais à la rareté des repos les plus longs en négligeant la fréquence des repos les moins longs.
Mais avant de chercher à expliquer les faits anormaux que nous venons de signaler, c'est-à-dire l'affaiblissement de l'attraction aux classes II, III et IV, l'annulation de l'attraction à la classe
I, nous achèverons de recueillir les enseignements contenus dans les nombres réunis page 43 1. Il nous reste à observer en particulier ceux qui concernent la classe III. Confirmentils l'opinion suggérée par le premier tableau des longs repos (p. 425), que l'emploi des coupes de la classe III est plus semblable à celui des coupes II qu'à celui des coupes IV?
Non ; il semble au contraire que celles-ci soient plus voisines des coupes III, que les coupes III ne le sont des coupes
II. En effet, pour les colonnes C/B et G/B (p. 43 1), le nombre inscrit sur la ligne III est plus rapproché de celui qui le suit que de celui qui le précède ; pour la colonne F/B il est également distant des deux. Ainsi, l'examen des deux tableaux qui résument l'étude statistique des longs repos conduit sur ce point à des conclusions opposées. L'observation des courts repos aboutit à la même incertitude. Le premier tableau (p. 382) pris à part autorise évidemment le rapprochement des classes III et IV par opposition à la classe II. Mais ce résultat n'est corroboré qu'en partie par les données du second tableau (p. 384). Dans la colonne D/B de ce tableau, qui nous présente les exemples les plus nombreux, et les plus voisins de la normale, le rapprochement est, il est vrai, plus étroit entre les nombres III et IV qu'entre les nombres III et II ; mais les nombres de la colonne G/B, qui sont ceux des repos les plus courts et les moins nombreux, autorisent le rapprochement inverse. Si l'on ne retient que les nombres correspondant aux groupes d'exemples les plus nombreux, c'est-à-dire le premier tableau des longs et des courts repos, et dans les deuxièmes tableaux les proportions C/B pour les premiers et D/B pour les seconds, le résultat d'ensemble,
(( AFFAIBLISSEMENT )) ET « DESTRUCTION )) DE l'aTTRACTION /JS'y
celui que l'on obtient pour 3 catégories de repos sur l\, autorise le rapprochement des classes III et IV, des coupes au tiers avec les coupes faibles. Mais il est très incertain, et ce qu'il faut retenir de la discussion qui précède, c'est moins, semblet-il, ce résultat lui-même, que les contradictions qui en diminuentl'intérêt. Elles prouvent qu'il ne faut chercher dans l'étude statistique que le contenu même de la loi d'attraction, l'importance relative des quatre classes de coupes, et non la distance qui les sépare.
Parmi les résultats solidement établis par l'étude statistique des repos longs, soit réunis en un seul groupe, soit répartis en plusieurs catégories, nous pouvons, semble-t-il, compter les suivants. D'abord, la confirmation de la loi d'attraction : si l'on réunit les nombres contenus dans les deux tableaux, et qu'on en dégage la signification générale, ils démontrent que les longs repos du discours sont attirés presque toujours vers les longs repos du vers, de même que les courts repos du vers attirent les courts repos du discours. C'est là la conclusion la plus importante, celle qui ressort des faits les plus nombreux, les plus apparents.
Ces faits, conformes à la loi générale d'attraction, n'appellent aucune remarque. Mais il s'en rencontre d'autres, qui ne trouvent pas dans la loi une explication suffisante. Ils sont de deux sortes.
Les premiers apparaissent quand on observe les repos longs, soit d'ensemble soit en catégories, par comparaison avec les repos courts : on constate, en effet, que les nombres affectés aux quatre classes de coupes pour y indiquer la fréquence des repos, sont moins différents dans ceux-là que dans ceux-ci. Il semble qu'il y ait là un affaiblissement de cette attraction qui entraîne les repos vers les coupes à raison de leur importance respective ; aussi, nous réunirons ces faits, et nous les désignerons par la suite sous le nom à' affaiblissement de l'attraction appliquée aux longs repos.
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Les faits du second genre ne se découvrent que quand on distingue et compare les différentes catégories de longs repos, et ils n'intéressent que la coupe finale. Nous avons remarqué dans le second tableau statistique (p. 43 1), que le nombre affecté à la coupe finale, au lieu d'être, suivant les prévisions conformes à la loi, soit le plus petit soit le plus grand de tous, se trouve intercalé parmi les autres. 11 y a donc, en ce qui concerne la coupe finale, non seulement affaiblissement, mais anéantissement complet de la force d'attraction. C'est donc le nom de faits de destruction qui convient aux anomalies propres à la coupe finale, et que nous proposons de leur appliquer désormais.
La loi générale d'attraction ne rend compte, ni des faits d'affaiblissement, ni à plus forte raison des faits de destruction. Elle est suspecte, ou du moins incomplète, tant que ces faits n'ont pas été expliqués. Nous avons donc maintenant à rechercher leurs causes. On peut en supposer à priori deux bien différentes : d'une part, affaiblissement, et par endroits anéantissement, dans les longs repos, de la force d'attraction telle que nous l'avons définie en général, puis éprouvée dans les repos courts ; d'autre part, intervention d'une force propre aux repos longs, produite par certains caractères de ces repos, qui vient s'ajouter à l'attraction, et, sans la détruire elle-même, opposer ses effets propres aux siens. La première cause est peu vraisemblable ; c'est la seconde que nous supposons vraie, et dont nous allons démontrer l'existence.
y) Explication des nombres contraires à la loi d'attraction :
répulsion.
Mais il nous faut montrer d'abord, que les anomalies relevées sous les noms <ï affaiblissement et de destruction peuvent
EXPLICATION DES ANOMALIES PRECEDENTES ^3q
être les effets d'une seule et même force, que les faits désignés par ces mots peuvent être rattachés à une seule et même cause. Essayons de nous les représenter tels qu'ils sont dans la réalité, c'est-à-dire non seulement dans le poème, mais dans l'esprit du poète qui crée les vers, et de l'auditeur qui les perçoit. Les anomalies à expliquer sont au nombre de trois.
i° AJJaiblissement de l'attraction à la coupe finale dans les repos longs pris en un seul groupe. Interprétés quant aux nombres, ces mots signifient que le nombre de repos attribué à la coupe finale est plus voisin dans les repos longs des nombres attribués aux autres classes. Cette relation des nombres, traduite elle-même dans les faits, nous apprend que les repos longs attribués à la coupe finale sont moins nombreux qu'ils ne seraient, si les forces, ou les affinités, qui règlent la distribution des repos, étaient les mêmes dans les repos longs que dans les repos courts. Imaginons, au lieu des faits, les forces qui les produisent : nous voyons alors apparaître une force qui tend à éloigner les repos longs de la coupe finale.
2° La seconde des anomalies de la statistique a été désignée tout à l'heure comme la destruction de l'attraction à la coupe finale dans les repos longs divisés en catégories. Si l'on prend à part les plus remarquables d'entre les repos longs, c'est-à-dire les plus longs de tous, on constate que le nombre des repos à la coupe finale est, non pas même très voisin des autres nombres, comme dans le tableau des repos longs pris ensemble, mais inférieur à l'un d'entre eux, pu à plusieurs: la progression des nombres est, non seulement faiblement décroissante, mais irrégulière, tantôt croissante, tantôt décroissante. Si l'affaiblissement constaté tout à l'heure est produit dans les nombres par la rareté dans le poème des repos longs à la coupe finale, la destruction que nous observons maintenant est produite dans les nombres par une rareté plus grande des repos très longs à la même coupe. La rareté rela-
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tivement peu sensible des repos longs (affaiblissement), et la rareté relativement très sensible des repos très longs (destruction), peuvent être sans aucun doute considérées jusqu'à preuve du contraire comme les effets d'une seule et même force, qui, éloignant les repos longs de la coupe finale, s'exercerait avec plus d'intensité sur les repos les plus longs que sur les repos de longueur médiocre.
3° Nous réunissons en une seule les anomalies qui intéressent les coupes autres que la coupe finale : c'est-à-dire l'affaiblissement des différences entre les nombres qui correspondent aux trois dernières classes de coupes, qu'on observe tous les repos longs, ou seulement les espèces les plus notables1. Ce rapprochement des différentes classes de coupes est produit patune raréfaction des repos longs ou très longs aux coupes relativement importantes, telles que les coupes de la classe II (penthémimère, etc.) ou, ce qui revient au même, par un afflux des repos longs, ou très longs, vers les coupes les moins importantes, celles des classes III (trihémimère, etc.) et IV (coupe au premier trochée, etc.). Les mots de raréfaction et d'afflux n'ont de sens que si l'on suppose les repos longs comparés aux repos courts : mais la comparaison est le seul moyen d'apprécier les éléments du rythme poétique. Cet affaiblissement de l'attraction, qui se fait sentir dans les coupes intérieures du vers, peut-il être expliqué par la même cause que les anomalies propres à la coupe finale ? Nous avons attribué celles-ci à une force qui éloigne de la coupe finale les repos longs dans l'ensemble, et en particulier les repos les plus longs. Supposons que les repos soumis à cette force soient transportés par elle aussi loin que possible de la coupe
i . La comparaison des repos longs et des repos courts, quant aux trois dernières classes de coupes séparées de la première, n'a pas encore été faite complètement. On la trouvera ci-dessus, p. 433, pour les repos longs et courts divisés en catégories. La voici pour les mêmes repos pris ensemble. Total des différences des nombres affectés aux trois dernières classes : dans les repos longs, 5 (v. p. 4a5) ; dans les repos courts, io (v. p. 382).
RÉPULSION l\'\ I
d'où elle les repousse, c'est-à-dire vers les coupes les moins importantes : alors l'appoint des repos dont l'absence diminue le nombre affecté à la classe I, le rapproche des autres ou le confond parmi eux, se trouve reporté vers les nombres qui correspondent aux classes III et IV ; il y produit un effet à la fois inverse et semblable : inverse, puisqu'il augmente les nombres au lieu de les diminuer; semblable, puisqu'il les rapproche l'un de l'autre, et l'un et l'autre des nombres affectés aux classes II et I.
On peut donc concevoir que la même force étende son influence aux quatre classes de coupes, et explique tous les faits remarquables, propres aux repos longs, que la statistique nous a révélés. Comme cette force éloigne les repos de la coupe finale, et s'oppose à l'attraction qui les y entraîne, nous lui donnerons le nom contraire à celui d'attraction, et nous l'appellerons force de répulsion.
La répulsion n'existe encore que par hypothèse : il nous reste à chercher dans la réalité, c'est-à-dire parmi les impressions que nous font éprouver les coupes et les repos, si elle s'y trouve en effet, et comment elle agit. L'hypothèse proposée a l'avantage de la simplicité, puisqu'elle embrasse à elle seule les trois faits à expliquer ; s'il apparaît par la suite que la répulsion supposée s'exerce par des opérations simples et naturelles, nous tiendrons pour suffisante et vraie l'explication qu'elle nous apporte. En outre, nous savons déjà en quel point chercher l'origine de la répulsion. Nous avons vu plus haut (p. 427), qu'une partie des effets qui lui sont attribués, soit l'affaiblissement de l'attraction, dans les repos longs pris ensemble, à la coupe finale et aux autres coupes réunies, se trouvent corrigés si l'on fait disparaître l'influence des valeurs indéterminées : nous entendons par ce mot les repos indéterminés eux-mêmes et la coupe finale considérée comme siège naturel de ces repos. C'est donc l'indétermination d'une certaine coupe, la coupe finale, et de
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certains repos qui engendre la répulsion. Mais cette remarque générale, et l'expérience faite plus haut, ne suffisent pas. Nous avons à montrer en détail comment se comportent l'indétermination et la répulsion , comment elles produisent les trois faits anormaux révélés par la statistique : i° Les repos longs tendent à s'éloigner de la coupe finale; 2° Cet éloignement est plus intense pour les repos les plus longs ; 3° Les repos longs, détournés de la coupe finale, se retirent vers les coupes faibles.
i° Les repos longs éloignés de la coupe finale.
L'antagonisme des repos longs et de la coupe finale s'explique aisément, quand on considère la nature de la coupe et celle des repos. La coupe finale a, nous le savons (v. p. 355), une double nature, une double valeur rythmique. Elle est d'abord la coupe la plus importante du vers ; elle est ensuite le point de séparation entre le vers observé et le suivant. Prise comme coupe principale, elle reçoit, par comparaison avec les autres, une durée déterminée. Prise comme coupe finale, dans la fonction que le mot désigne, elle a une durée indéterminée ; c'est une valeur rythmique à certains égards inexistante : l'attention l'enregistre sommairement et sans intérêt, parce qu'elle ne lui donne aucune prise, aucune perception mesurable. Il est facile, en lisant attentivement quelques vers, de distinguer par l'expérience le double caractère, la double fonction, de la coupe finale. Maintenant, cherchons quel est le rapport de cette coupe complexe avec les repos déterminés du discours. Gomme elle est le repos le plus long du vers, elle attire les repos du discours les plus longs : ainsi l'exige la loi d'attraction. Mais comme elle est, pour une part, en dehors de la structure rythmique du vers, elle échappe dans une certaine mesure à cette loi, et à toute loi : c'est dire ce que nous disions tout à l'heure en d'autres termes, que l'attention ne s'y attache point. Mais les repos longs, qui sont plus longs que la moyenne des repos, et par là même relativement rares, s'imposent à notre attention. En comparant