‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 220 sur 270 · V. Dictionnaire, n° 317, p. a5o · texte numérisé non relu

V. Dictionnaire, n° 317, p. a5o

faut pas oublier au livre III la présence du nominatif Me en tête du second membre. Ce fait indique un élément d'intérêt qui manque au livre V : l'apparition d'un nouveau personnage, qui vient supplanter dans l'attention du lecteur celui qui tout à l'heure s'y trouvait au premier plan. Ce pronom a dans cet endroit, comme dans beaucoup d'autres, une valeur d'opposition (l'autre). Au contraire, dans le livre V, les deux membres ont le même sujet.

Les faits de style nous conduisent à la même conclusion que les faits de syntaxe : dans l'ensemble, les deux passages sont très voisins ; dans le détail, ils diffèrent, et la différence d'intérêt est au bénéfice du livre III. Ici, comme au livre V, le verbe du second membre est rejeté assez loin : au livre III, il est dissimulé derrière un participe présent (III, 5i6, ... Me mouens albentia tempora canis, etc.); au livre V, le second membre débute par une suite de subordonnées :

Emissumque ima de sede Typhoea terrae Gaelitibus fecisse metum...

dont la proposition principale narrât n'apparaît qu'au vers 325. Ainsi, dans les deux groupes le second membre contient un discours. Ce discours est la partie principale, dont le premier membre forme le préambule ; il en résulte que la proportion d'étendue des deux membres est à peu près la même au livre III qu'au livre V1. Mais voici les différences. Dans le premier passage, l'annonce du discours (Me mouens albentia tempora canis... [ait], v. 5i6) est immédiatement suivie des paroles mêmes de l'orateur, telles qu'elles ont été prononcées; le narrateur s'efface et laisse parler son personnage (discours direct): « Quam felix esses... » (v. 517). Dans le second,

1. Au livre III, 3 vers et i temps marqué pour le premier membre, 5 temps marqués et 9 vers pour le second ; au livre V, 3 vers pour le premier membre, 1 1 vers pour le second.

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tout le début du discours (vv. 32 1-326) est inclus dans le récit, présenté par le narrateur en son nom propre, et transcrit en subordonnées infinitives (discours indirect). Le personnage qui parle n'intervient en personne qu'au vers 327. De ces deux procédés, le premier est le plus dramatique. La comparaison des préambules qui préparent les deux discours (c'est-àdire des deux premiers membres des deux groupes) est également à l'avantage du livre III. Le premier membre y contient les paroles d'un premier interlocuteur, auxquelles le second, le principal, répond immédiatement après.

5i4 praesagaque ridet

Verba senis, tenebrasque et cladem lucis ademptae

' Obicit. | Ille

Le contenu de ce premier discours, on le voit, n'appelle pas de réponse, et ne fait pas prévoir celui qui suit. Ces deux motifs de surprise, le lecteur ne les rencontre pas au livre V, où le premier membre contient le début du même récit dont l'épisode principal remplit tout le second membre. Cette ressemblance se manifeste nettement, si l'on compare les verbes principaux des deux membres : Bella canit superum (v. 3 19) et narrât (v. 325) : ils ont, non seulement le même sujet, mais encore le même sens, et l'on pourrait remplacer l'un par l'autre.

Passons maintenant des détails à l'ensemble. Au livre III, le premier membre met en présence le devin Tirésias, dont il a été question dans l'épisode précédent, et le roi Penthée. Celuici est le sujet des deux propositions citées quelques lignes plus baut (vers 5 1 4-5 16 : ridet, obicit). Ille est Tirésias ; il répond à Penthée en lui prédisant ses outrages au dieu Bacchus et son châtiment. Ces événements sont racontés dans la fin du livre III. Ainsi, le groupe 5i3-525fait partie d'un récit longuement développé. C'en est même une partie importante, car elle contient l'annonce de ce qui arrivera par la suite ; cette

annonce est donnée sous forme de prophétie, et s'impose par là davantage à l'attention du lecteur, qui prendra intérêt à éprouver par les faits à venir la véracité du prophète. Au contraire, le groupe V, 3i8-33i forme à lui seul un épisode distinct, sur lequel l'auteur passe rapidement, et qu'il pourrait résumer plus sèchement encore sans nuire, ni au récit qui précède, ni à celui qui suit. Les neuf Piérides ont provoqué les neuf Muses à lutter avec elles dans l'art du chant : cellesci acceptent le défi, et les nymphes sont choisies comme juges (vv. 3oo-3i7). Les mortelles comparaissent d'abord; l'une d'elles chante au nom de toutes les autres ; elle raconte la lutte des dieux et des géants, la défaite des dieux, qui fuient devant le géant Typhée, et lui échappent en prenant figure d'animaux. Tel est le sens des vers 3i8-33o. Ensuite commence la seconde partie du récit, la réponse des nymphes, le chant de la déesse Calliope. C'est la partie la plus importante (vv. 34i-66i), et la première partie, le chant de la Piéride, est tout à fait rejetée dans l'ombre.

Ainsi, le mouvement du récit est beaucoup plus rapide, l'émotion dramatique beaucoup plus intense au livre III qu'au livre V, et cette différence suffit à justifier le choix anormal de la coupe après le premier trochée au vers III, 5 16, au lieu de la coupe finale du vers Y, 3 20.

Mais une autre raison s'ajoute à celle-ci : c'est qu'il y a plus de pathétique au livre III qu'au livre V. On connaît la mort de Penthée : Tirésias ne lui en cache point l'horreur.

Mille lacer spargere locis, et sanguine siluas Foedabis matremque tuam matrisque sorores.

Le ton même de la prophétie est pathétique aussi bien que le contenu, car le devin, irrité par les sarcasmes de l'impie, lui répond avec mépris et colère. Au contraire, le récit du livre V ne décrit ni n'inspire au lecteur aucune passion violente. Il

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est vrai que la victoire des Muses se conclut par le châtiment et la mort de leurs rivales ; mais nous ne devons éprouver aucune pitié pour elles, et d'ailleurs, à l'endroit où nous sommes du livre V, aucun détail ne nous fait prévoir le dénouement du récit, encore très éloigné.

Les comparaisons qui précèdent forment, dans Fétude détaillée que nous avons entreprise de certains longs repos, la partie la plus importante. Elles nous apportent un double enseignement. D'abord, elles servent à confirmer la loi générale d'attraction, qui règle les rapports des repos du vers avec tous les repos déterminés du discours, quels qu'ils soient. Mais en outre, elles viennent à l'appui de l'explication que nous avons proposée plus haut des contrastes observés à propos des longs repos entre la théorie et les résultats statistiques : la connaissance directe que nous venons de prendre des repos où ces contrastes se manifestent, nous apprend qu'ils sont soumis à la force d'attraction, et qu'elle y apparaît comme dans les autres, dès qu'on les soustrait à la force de répulsion qui vient détruire, dans les nombres, les effets de la première. Des résultats déjà acquis nous pouvons conclure, qu'en observant ceux des faits de versification pour lesquels il y a accord entre la théorie et les nombres, nous arriverons sûrement à vérifier par l'étude du contenu, des membres la loi d'attraction. Mais le présent chapitre ne serait pas complet si cette prévision n'était pas soumise à l'expérience. Nous ferons donc une dernière comparaison entre deux exemples choisis parmi les repos dans lesquels l'attraction l'emporte nettement sur la force opposée.

y) Deuxième espèce : repos qui présentent des résultats statistiques conformes à la loi générale.

On trouve en effet parmi les catégories de repos signalées plus haut, repos correspondant à des membres de 5, de 10

EXEMPLES DE LA DEUXIÈME ESPECE /|8l

vers, de i3 vers et plus (v. le tableau de la p. 43i, lettres G, F, G), des faits de versification pour lesquels il y a accord entre les nombres et la loi d'attraction : cet accord se présente, pour ces catégories, partout où ne figure pas la coupe finale. Il semble donc qu'en choisissant parmi les faits de versification composés avec les autres coupes, nous pourrions découvrir les exemples que nous cherchons. Mais, en se reportant au texte des Métamorphoses, on voit qu'il n'existe, ni parmi les repos G, ni parmi les repos F, ni parmi les repos G, un couple de passages qui se prêtent à la comparaison. A défaut de ces catégories, les plus remarquables, parce qu'elles contiennent, parmi les repos longs, ceux qui ont la moindre durée (G), et ceux qui ont la plus grande (F, G), il faut donc nous adresser aux repos qui ont une durée moins nettement caractérisée, par exemple les repos déterminés par des membres de 6 vers, soit D, ou de 8 vers, soit E.

Mais ceux-là présentent une difficulté nouvelle : c'est que par leur nature même il ne saurait y avoir, à leur endroit, d'accord entre la loi et les nombres. Les nombres existent, mais la loi se dérobe, et ne se traduit par aucune prévision que les nombres puissent satisfaire. On peut déduire de la loi d'attraction que les repos les plus longs tendent vers les coupes les plus importantes, et les repos les moins longs vers les coupes les plus faibles, mais on n'en déduit rien pour les repos qui ne sont ni l'un ni l'autre. Si nous voulons faire porter notre étude sur ces repos intermédiaires, il faut les traiter comme des repos longs quelconques, et leur appliquer la loi telle qu'elle se formule pour les repos longs pris sans distinction de longueur, opposés, non point à d'autres repos longs, mais aux repos courts : c'est que les repos longs doivent être attribués le plus souvent aux coupes les plus importantes, et que, de deux faits de versification donnés, ayant des repos de même durée, celui qui a la coupe la plus forte est le fait relativement homogène. Cette prévision une fois formée, puisque Cahen. 3i

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nous cherchons des faits pour lesquels il y ait accord entre la loi et les nombres, nous les prendrons parmi les rencontres du discours et du vers dans lesquelles cet accord est, non seulement présent, mais établi par des différences numériques bien sensibles.

Soit la catégorie des repos correspondant à des membres de 8 vers (E). La distribution de ces repos, telle que l'indique le rapport du nombre E au nombre B, qui est celui des repos longs réunis ensemble, est pour chacune des quatre classes de coupes la suivante :

Coupes. E/B =

Classe I 7 °/0

Renonçons à embrasser ces quatre nombres à la fois. Il importe peu, en effet, que leur progression soit ascendante, descendante, ou alternativement l'un et l'autre ; la loi d'attraction, qui ne permet pas de la prévoir, ne peut être ni confirmée par elle, ni infirmée. Retenons seulement les nombres affectés aux classes III et IV, la nature et la grandeur de leur différence. Ces nombres nous démontrent que les repos des groupes de 8 vers E sont beaucoup plus fréquents à la classe III qu'à la classe IV. Ils nous confirment pour ces repos en particulier le résultat numérique déjà obtenu pour les repos longs pris ensemble (B), et consigné dans le premier tableau

Coupes. B/A =

Classe III io°/o

Ces deux résultats, qui sont d'accord, s'accordent en outre l'un et l'autre avec la loi d'attraction, qui fait prévoir que les repos longs sont plus fréquents aux coupes les plus fortes.

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